Jérôme Guedj : "J'en ai marre de cette banalisation du mot sioniste"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili.
Il est 8h17 sur Sud Radio et votre invité politique ce matin, Jean-François, c'est Jérôme Guedj.
Bonjour Jérôme Guedj, député socialiste de l'Essonne. Vous êtes candidat, on va y venir tout à l'heure, à l'élection présidentielle. Dégageons la loi Yadant et les sionistes. C'est ce mot d'ordre, celui des jeunes communistes de l'Essonne qui ont appelé à manifester devant votre permanence. Vous êtes victime de menaces ? C'est de l'antisémitisme ?
En tous les cas, c'est dégoûtant. Je comprends parfaitement qu'on puisse s'opposer à un texte de loi. J'ai déjà eu des manifestations devant ma permanence. Mais moi j'en ai marre. J'en ai marre qu'il y ait cette banalisation d'une expression. Je l'ai déjà subie l'année dernière, il y a presque un an, jour pour jour, où j'allais à des manifestations. Je me rappelle celle en hommage à ce malheureux monsieur Sissé qui avait été tué dans une mosquée. Puis le 1er mai, dans ces deux manifestations, de manière assez violente, on m'a dit dégage le sioniste.
Vous aviez été exfiltré d'ailleurs.
J'avais dû être exfiltré parce que l'ambiance était insupportable. Et donc il y a cette espèce de banalisation de ce mot qui d'ailleurs atteste du fait que derrière ça, certains y mettent autre chose. Voilà, moi, dans ces manifestations, j'avais entendu autre chose que dégage le sioniste. Autre chose, qu'est-ce que c'est ? Il faut le nommer. Mais c'était... D'ailleurs, il y a une dame qui m'avait dit à cette manifestation qu'on n'a pas besoin de juifs avec nous alors que je venais exprimer la solidarité d'un député de la nation à un musulman qui avait été tué dans sa mosquée et pour combattre toute forme de racisme anti-musulman. Donc ça pue quand certains ont la parole à ce point libéré.
Voilà, donc, moi j'en ai marre. Je ne peux pas dire autrement. Vous savez, j'ai hésité. Alors c'est d'autres qui ont rendu public cette manifestation parce que je m'étais dit, si j'en parle, ça va donner à voir cette manifestation qui aurait pu rester confidentielle. Mais si je n'en parle pas, ça banalise ce qu'on voit. Et ce que d'une certaine manière la loi Yadant cherche à traiter, c'est que derrière des attaques anti-sionistes, pas toutes, il y a des relents antisémites qui s'expriment. Vous savez, je vais vous dire une chose, il y a 130 personnes, 130 députés qui ont signé la proposition de loi Yadant. Il y a une seule manifestation devant une permanence, c'est la mienne.
Je ne suis pas parano, mais je dis juste...
Dans toute la France, il n'y a que chez vous que ça se passe.
Il n'y a que chez moi que ça se passe.
Fabien Roussel vous apporte son soutien.
Oui, et vraiment, je veux remercier Fabien Roussel, parce qu'immédiatement, il s'est désolidarisé de l'expression des jeunes communistes, qui sont un mouvement autonome, pour dire, on peut avoir des désaccords sur notamment la loi Yadant, on peut avoir des doutes, et ça c'est parfaitement légitime, c'est le débat démocratique, mais on ne peut pas, comme ça, stigmatiser, et derrière cette expression fourre-tout, est un petit peu alambiquée, destinée à cacher le fond de la pensée de certains. Moi, je n'ai aucun problème à critiquer le gouvernement israélien. Mais ça ne fait pas de moi.
J'ai juste encore un mot là-dessus. Vous posez la question, vous dites qui d'autre ? Sur votre compte X, vous dites qui d'autre ? Parce qu'en fait, il y a aussi les écologistes, Génération, FI, CGT...
J'ai eu le soutien du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, du Parti socialiste, et je les en remercie. Mais j'aurais bien aimé que les autres formations politiques qui sont à l'origine de ce rassemblement, les écologistes, les Verts, Génération, la CGT, à un moment disent, ce n'est pas comme ça qu'on participe du débat.
Vous attendez qu'ils condamnent ce communiqué, là ?
Oui, parce que là, aujourd'hui, ils vont se retrouver à manifester avec des gens dont ils savent, en connaissance de cause, qu'ils ont exprimé cette position-là. Donc voilà, tout ça est problématique, mais tellement révélateur d'un problème qui existe, et c'est malheureux de le dire, mais qui existe à gauche. Voilà, moi, ça fait deux ans que je vois bien qu'à gauche, il y a une hésitation, et encore une fois, le conflit israélo-palestinien ne peut pas servir de prétexte. Je suis un adversaire du gouvernement de Benyamin Netanyahou. On va parler de... On va dire un mot... Et ça ne fait pas de moi quelqu'un qu'on peut, comme ça, invisibiliser.
Oui, vous critiquez, au fond, vous,
le gouvernement Netanyahou. Je le critique, j'apporte mon soutien à la sécurité et à l'existence de l'État d'Israël, comme j'apporte mon soutien à la reconnaissance d'un État palestinien. Ce qui a abouti à cette phrase, on s'est moqué de moi, j'ai dit, et je revendique, parce que je ne veux pas que le mot sioniste devienne un gros mot ou quelque chose d'insultant. Je revendique d'être un sioniste pro-palestinien, c'est-à-dire un deux-étatiste qui a la position historique de la gauche et qui est au cœur de mon engagement politique. Pour le droit à la sécurité de l'État d'Israël et pour la reconnaissance d'un État palestinien.
Mais une fois qu'on a dit ça, je suis un adversaire de Benyamin Netanyahou. Je condamne la colonisation en Cisjordanie qui l'a intensifié ces dernières années. Je condamne l'ampleur de la répression et des attaques que Gaza, malheureusement, a subies depuis deux ans. Il y a plein de choses qui ne me vont pas. Je condamne la dérive illibérale de ce gouvernement qui s'attaque à l'État de droit en Israël. Je condamne la loi de rétablissement de la peine de mort en Israël.
Je vous sens en colère là-dessus. Mais oui, je suis en colère
parce qu'il n'y a plus de nuance dans le débat politique. Parce que c'est trop facile. Et il y en a certains qui, ces derniers mois, ont surjoué totalement de ça et ont clivé, ont essentialisé dans le débat politique les uns et les autres.
Vous êtes co-signataire de ce texte de la proposition de loi Yadant avec François Hollande. Tout le Parti Socialiste est contre.
Oui, parce qu'ils ont cédé d'une certaine manière à une interprétation que je ne partage pas. Moi, j'ai des doutes sur ce texte. Moi, je l'ai signé à l'époque pour une raison simple. C'était que je voulais que dans le débat public, on puisse poser cette question des nouvelles formes d'antisémitisme. Vous savez, dans les années 90, on a changé la loi. On a fait la loi Guesso qui a réprimé les nouvelles formes d'antisémitisme qui, à l'époque, étaient le révisionnisme, le négationnisme, la contestation de la Shoah et de l'existence des chambres à gaz. Aujourd'hui, il y a une nouvelle forme d'antisémitisme qui consiste à dire l'État d'Israël n'est pas légitime. On peut s'en passer.
Voir détruisons l'État d'Israël et, ce faisant, détruisons le seul État juif sur le pays, ce qui est une nouvelle forme d'antisémitisme. Ce n'est pas le cas de tous, mais certains le font. Et donc, moi, je voulais poser cette question. Le texte, il n'est peut-être pas idéal. Il n'est peut-être pas le mieux rédigé du monde, même si le Conseil d'État, aujourd'hui, a toiletté les dispositions. Et donc, moi, je souhaitais que ce débat puisse avoir lieu d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui, le débat, il n'est pas apaisé, je le regrette. Il est très clivé.
Il y a une pétition qui a été signée par 600 ou 700 000 personnes que je trouve problématique dans sa formulation parce qu'elle dit des choses qui vont au-delà de la seule contestation de la loi Yadant.
D'un mot, pour en finir, le texte dit grosso modo qu'on peut être critique avec le gouvernement israélien sans pour autant appeler à sa destruction. C'est ça un peu en substance. Oui, c'est exactement ce que je fais. Parce que les gens me disent
« Monsieur Gage, vous pourriez tomber sur le coup de la loi Yadant », mais pas du tout. Ce que je vous ai dit tout à l'heure sur Netanyahou n'est pas un dirigeant fréquentable, digne pour ce pays et qu'il abîme l'âme d'Israël. Est-ce que ça fait de moi un antisémite ? Non, je ne crois pas.
D'un mot encore, vous dites ce matin que la gauche, là-dessus, elle a quand même un rôle dans cet antisionisme qui masque un antisémitisme. Vous avez vu ces manifestations sur les campus à Sciences Po, des étudiants à la Sorbonne. Qui est derrière ça ? C'est la France insoumise ?
Mais, enfin, il y a une partie de la gauche radicale qui, en effet, a décidé de faire de la cause palestinienne et c'est, encore une fois, légitime. On peut et on doit soutenir la cause palestinienne mais on n'est pas obligé de le faire en disant que le Hamas est un mouvement de résistance légitime ou en disant qu'il faut libérer la Palestine from the river to the sea de la mer à la rivière parce que ça fait disparaître l'État d'Israël.
Enfin, encore une fois, est-ce qu'on peut avoir de la nuance sur ce sujet-là et être fidèle à la position de la gauche qui est le respect du droit international et donc on condamne les colonisations illégales faites par Benyamin Netanyahou qui rendent compliquée la construction de l'État palestinien en Cisjordanie mais évidemment condamner le Hamas et l'impuissance pour ne pas dire l'indigence de l'autorité palestinienne à faire respecter un début de démocratie.
Vous attendez une clarification de Jean-Luc Mélenchon là-dessus quand même parce que vous connaissez très bien depuis votre passé au Parti Socialiste commun il doit s'expliquer là-dessus quand même, clarifier parce qu'il y a cette loi qui arrive.
Il a fait le choix de faire de ce sujet-là un sujet de singularisation un sujet clivant et un sujet de mobilisation électorale et bien moi je trouve que c'est une forme d'essentialisation et d'instrumentalisation dans le débat public qui n'est pas à la hauteur de l'enjeu mettons de la nuance mettons de l'intelligence dans le soutien qu'on doit apporter et aux uns et aux autres. Voilà.
Jérôme Guedj le pouvoir d'achat des Français et le gouvernement qui fait un geste sur les carburants des prix qui seront lisses alors c'est très compliqué comme mécanisme les marges des stations aux services encadrées calcul fait par certains chez les distributeurs ça ferait un ou deux centimes pour le consommateur à la pompe ça suffit ça pour vous ? Non, évidemment
ça ne suffit pas ça ne suffit pas d'abord sur le délai de mise en oeuvre et sur l'ampleur de ce que ça peut produire le délai de mise en oeuvre ça fait trois semaines je crois que je fais une première émission de télé il y a trois semaines où j'ai rappelé Michel Rocard Michel Rocard en août 90 il est premier ministre l'Irak vient d'envahir le Koweït on sait qu'il va y avoir une crise pétrolière et bien il prend immédiatement un décret d'encadrement et de plafonnement des marges des distributeurs pétroliers et donc moi depuis trois semaines avec d'autres je dis mais pourquoi le gouvernement ne prend pas immédiatement cette mesure parce que là
ça fait six semaines de guerre
vous voyez bien donc dès le premier jour on aurait pu déjà donner un peu de pouvoir d'achat et donc après ça c'est sur le délai on m'a dit on m'a répondu à l'époque oui mais regardez il y a certains distributeurs pétroliers Total pour ne pas le citer qui lui-même a plafonné certains de ses prix et donc on va faire non mais là c'est pas un problème de finance publique là ce n'est pas un problème de finance publique ça ne coûte rien au budget de l'État ça dit juste que les marges des distributeurs pétroliers ne peuvent pas augmenter à due concurrence de l'augmentation du prix du baril donc voilà moi je le redis la préoccupation de nos concitoyens c'est le pouvoir d'achat et le gouvernement doit limiter plus drastiquement ses marges et puis par ailleurs sur les recettes supplémentaires qu'il peut dégager du fait de l'augmentation du prix du baril là c'est non
là c'est non également
c'est encore non de la part du gouvernement oui mais la question du pouvoir d'achat c'est la préoccupation première de nos concitoyens
justement vous montez au créneau sur le gel des tarifs des mutuelles
c'est la même philosophie si j'ose dire à la fin de l'année dernière nous avons voté à l'Assemblée nationale dans le budget de la sécurité sociale une mesure très importante qui consistait à geler le tarif des organismes complémentaires d'assurance maladie les assureurs privés ou les mutuelles pourquoi nous l'avions fait parce que a été créée l'année dernière une taxe d'un milliard sur ces organismes et nous voulions éviter qu'elle soit répercutée sur les tarifs des mutuelles vous savez qui ont déjà beaucoup augmenté près de 30% ces 3 ou 4 dernières années et là le parlementaire que je suis qui a fait voter cet amendement il est en colère parce que l'amendement a été voté c'est dans l'article 13 de la loi qui a été promulgué parce que validé par le conseil constitutionnel et bien les mutuelles les assureurs les banques qui font de l'assurance santé ont continué à augmenter et là j'interpelle Stéphanie Riste la ministre de la santé pour lui dire ce n'est pas normal qu'une loi votée ne soit pas appliquée et que derrière ça il y a un sujet plus global qui est que est-ce qu'on laisse augmenter année après année moi je reçois des dizaines des centaines de courriers de personnes et notamment de personnes âgées qui me disent bah monsieur Guel j'ai vu que vous aviez gelé le tarif des mutuelles mais moi regardez la mienne cette année elle a augmenté de 9% de 12% de 15% et ça c'est pas normal et voilà les sujets dont les français ont envie qu'on leur parle du pouvoir d'achat du prix de la santé des difficultés à trouver un médecin des vulnérabilités c'est moi tout ça que j'ai envie de porter dans le débat présidentiel
c'est super le pouvoir d'achat Jérôme Guel mais sur le travail du 1er mai Olivier Faure a dit censure du gouvernement si c'est appliqué donc là vous jouez contre le pouvoir d'achat
non mais attendez pas vous pas ça cette mesure franchement il faut la qualifier pour ce qu'elle est c'était un coup politique que Gabriel Attal a voulu faire en disant à droite et dans le socle commun ça va être la course des petits chevaux pour savoir lequel défend le plus et le mieux la valeur travail et il s'est dit avec cette histoire je suis le nouveau Nicolas Sarkozy et je vais pouvoir dire travailler plus pour gagner plus le 1er mai ça fonctionnait vous comme moi on arrivait à trouver du pain on arrivait à trouver un fleuriste pour s'acheter du muguet ou pour s'acheter des fleurs et ça restait un jour chômé celui un peu historique voilà donc franchement il y a bien d'autres sujets sur la valorisation du travail sur donner du pouvoir d'achat aux salariés pour faire en sorte que les entreprises payent plus et mieux leurs salariés plutôt que cette mesure un petit peu gadget
il faut conclure Jérôme Gage j'ai vu la une de Marianne François Hollande je me prépare dit-il il va se présenter donc vous êtes candidat à l'élection présidentielle toujours
oui oui bien sûr et je travaille dans quelques semaines je présenterai dans un livre les propositions que j'ai pour le pays je pense qu'il faut qu'il se débat avec tous ceux qui incarnent la gauche républicaine qui est authentiquement solide sur ses valeurs la laïcité l'universalisme républicain le refus de la brutalisation des débats politiques mais qui est de gauche sur les questions de pouvoir d'achat de services publics de vulnérabilité d'hôpital donc si François Hollande veut participer au débat
bienvenue à bord sacré client quand même s'il va écraser le débat François Hollande
vous savez j'en parle d'autant plus volontiers quand il était président de la république j'ai pas été tendre avec lui et nous continuons nous prolongeons nos discussions il écraser le débat
s'il se présente c'est l'ancien président on sait qu'il est manœuvrier il va savoir faire il va s'imposer
je vais vous dire une chose il n'y aura pas d'hommes ou de femmes présidentielles dans cette élection présidentielle face à nous il y a un iceberg qui s'appelle l'élection probable de Jordan Bardella à la présidence de la république donc en face c'est pas chacun qui peut se dire je suis la solution à moi tout seul au nom de mon expérience ou au nom de mon renouveau etc il y a à d'abord mettre sur la table un projet qui soit solide force est de constater aujourd'hui que chacun en repoussant le moment où il va dévoiler ses propositions ne permet pas d'alimenter le débat et d'offrir une alternative à ce que le RN nous dit en disant le RN ne propose rien il dit juste essayez-nous vous ne nous avez pas essayé encore moi je veux une gauche qui soit une gauche crédible sérieuse une gauche des solutions et du réel
pour vous départager et pour finir une primaire pour savoir qui sera le bon candidat de vous de François Hollande de Raphaël Glucksmann
moi je fais le pari de l'intelligence à un moment sur la base des propositions qui ont été mises sur la table de quelque chose qui se tient à distance d'une gauche radicale qui ne veut pas et qui ne peut pas exercer le pouvoir qui serait la pire solution face à Jordan Bardella et qu'à un moment donné à l'automne nous soyons capables de nous mettre d'accord autour d'une candidature
commune Olivier Faure pour finir qui veut sa primaire pour l'instant
il continue à défendre une primaire que moi je trouve un peu rabougrie avec uniquement le groupe écologiste à l'Assemblée Nationale et ça n'embrasse pas suffisamment large pour offrir justement l'alternative que nos constituations appellent on peut être une gauche radicalement attachée à transformer la société mais qui est crédible dans les propositions et budgétaires et de mise en oeuvre de l'alternative pour le pays merci Jérôme Guedj et merci beaucoup Jean-François Aquilier on vous retrouve bien sûr
Jérôme Guedj