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interviewLe Média — Podcasts· 9 septembre 2023 33 min

Emmanuel Macron : Ce qui se cache derrière son incroyable arrogance | Monique Pinçon Charlot

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Interpellé par des syndicalistes, Emmanuel Macron se défend. Mais moi je n'ai pas le choix à recevoir. Si vous n'aimez pas que la France soit bloquée, arrêtez de la bloquer. Et quant aux remarques sur son costume... La meilleure façon de se payer un cossard c'est de travailler. Une gare, c'est un lieu où on croise. Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Parce que c'est un lieu où on passe. Je fais le tour du airport ce soir avec vous. Je suis sûr qu'il y a 10 autres dans le plan de la ville. Honnêtement, hôtel qui a fait restaurant, je travaille sérieusement, je vous en trouve.

Il y a simplement des gens qui sont prêts à travailler. Moi je suis frappé et c'est pour ça que je le dis avec... Il faut beaucoup de bienveillance et d'attention et de patience. On a eu des manifestants qui ont dit, nous c'est pas la retraite le problème, on ne veut plus travailler du tout.

1:03
Présentateur

Pendant longtemps encore, les petites phrases arrogantes d'Emmanuel Macron resteront gravées dans les esprits. Des petites phrases qui semblent lui échapper à l'insu de son plein gré. C'est en tout cas ce qu'on peut se dire, même si c'est peut-être une fausse impression, tant le point commun de toutes ces sorties de route, c'est une forme assumée de mépris de classe. Dès l'introduction de son dernier livre, Le méprisant de la République, Monique Pinson-Charlot procède à une compilation de ces saillies problématiques du président de la République française. Et on peut se demander pourquoi la sociologue des riches s'attarde sur le goût de la provocation d'Emmanuel Macron.

On verra dans les minutes qui viennent que ces dérapages ne témoignent pas seulement d'un trait de caractère finalement répandu chez les diplômés des grandes écoles les plus prestigieuses, mais aussi et surtout de la matrice de celui qu'un autre ouvrage, également signé par Michel Pinson, présente comme le président des ultra-riches. Bonjour Monique et bienvenue sur le plateau du Média.

2:06
Emmanuel Macron

Bonjour et puis merci pour cette invitation.

2:08
Présentateur

Dans la note de remerciement passif, tu écris, il n'est pas simple de se retrouver à écrire seul un ouvrage qui s'inscrit dans la suite de ce réalisé à quatre mains avec Michel. Michel, c'est Michel Pinson, ton binôme à la ville comme à la Seine, si on peut dire, qui nous a quittés le 26 septembre 2022. On peut ajouter à ta suite que cela n'a pas été simple, mais que tu y es arrivé. Donc voilà, on aimerait savoir un peu, finalement, pourquoi ce livre, où tu as trouvé l'énergie pour sortir finalement dans un délai très court ce petit livre d'intervention ?

2:49
Emmanuel Macron

C'est-à-dire que j'ai tellement été passionnée par le travail que j'ai partagé avec Michel que c'était impensable de m'arrêter parce que finalement, c'est comme une vocation. Je ne sais pas, on a toujours travaillé tous les deux comme deux moines bénédictins et l'un disparaît après une grave maladie et l'autre essaye de poursuivre. Et c'est beau parce que c'est au fond une forme d'immortalité symbolique pour Michel. Il est toujours là où je suis, il n'est plus là où il était, comme disait Victor Hugo. Mais j'ai eu du mal. Ça n'a pas été évident pour moi au départ de m'y mettre.

Mais en même temps, je suis contente d'y être arrivée à écrire, à articuler, comme tu l'as dit, le mépris de classe, ces petites phrases dédaigneuses qui sont devenues banales, qui ne sont pas un trait de caractère d'Emmanuel Macron, mais qui s'intègrent parfaitement dans la panoplie de la violence de classe, de la violence des capitalistes contre les travailleurs, contre toutes les formes du vivant d'ailleurs, que ce soit humain ou non humain.

4:02
Présentateur

Donc en gros, pour toi, le président des ultra-riches et le méprisant de la République, tout cela, ça se tient. Ces petites phrases, ces cadeaux milliardaires, ça va ensemble.

4:12
Emmanuel Macron

C'est en même temps. En même temps, président des ultra-riches et méprisant de la République.

4:18
Présentateur

Alors, je ne sais pas si le mot que j'utilisais est le bon, mais il y a un souffle anthropologique, voire philosophique, dans ce livre d'intervention qui se lit aisément, je le dis à l'usage de ceux qui nous regardent ou qui nous écoutent. Par exemple, tu mets en avant la question du rapport à la mort, de l'immortalité symbolique qui essaye d'atteindre les ultra-riches, que tu compares à la précarité sans fin des pauvres. Le rapport à la mort, mais aussi à la retraite, au vieillissement, bien entendu, parce que la bataille des retraites, elle est omniprésente dans ce livre, tout dans ce domaine met en quelque sorte à l'abri les riches, les amis du président de la République.

C'est-à-dire, ils se croient, en tout cas, ils essayent de se prémunir quelque part du trépas, qui est notre destin commun, du vieillissement, de la retraite, et ils ne peuvent pas, finalement, comprendre le sens fondamental du repos et de la sécurité qu'on mérite, entre guillemets, quand on a fini de travailler. Pour toi, quelque part, il y a une sorte de session anthropologique, quelque part. En tout cas, c'est ce que j'ai lu.

5:25
Emmanuel Macron

Oui, c'est bien. C'est une session anthropologique. On peut dire que c'est une sécession anthropologique. On peut dire que c'est un séparatisme anthropologique, parce que, finalement, ils naissent dans les beaux quartiers, avec des titres de propriété dans la bouche, par exemple, s'ils naissent à Neuilly. Et puis, ils vont grandir ensemble. Ils s'inscrivent dans des dynasties familiales, avec des quartiers de noblesse ou des quartiers de bourgeoisie. Toute leur vie est inscrite dans le temps long. Et, finalement, au moment de leur mort, c'est un petit peu comme quand le roi est mort, on dit « le roi est mort, vive le roi ».

Et, au fond, la mort humaine disparaît au bénéfice de la poursuite de la dynastie, de la continuité dynastique. Et c'est cette idée de l'immortalité symbolique, qui est bien sûr symbolique, mais quand même qui vaut mieux qu'un hypothétique au-delà. Et, en tout cas, qui vaut mieux que des morts dans les milieux populaires, des morts qui sont dures, qui arrivent après une vie d'insécurité, comme tu l'as dit.

6:39
Présentateur

Des morts au travail aussi.

6:40
Emmanuel Macron

Des morts au travail. Puis, une fatigue terrible. Et il n'y avait qu'un seul espoir dans la violence du système capitaliste aujourd'hui. Puisqu'il n'y a même pas de repos. C'est-à-dire qu'il n'y a même plus de secteur de l'activité économique et sociale qui échappe à la rapacité des prédateurs. L'enseignement, la santé, l'information, la politique, tout ce qui est l'agriculture, tout ce qui est commun, tout ce qui est notre humanité, aujourd'hui à vocation, y compris nos données personnelles qui sont aujourd'hui financiarisées par les plateformes numériques. Donc, plus rien ne leur échappe. La moindre petite plante au fin fond du Sri Lanka à vocation à procurer des dividendes.

Et donc, au fond, le seul espoir, c'est la retraite. Et si cette retraite recule de 62 à 64 ans, à un moment où le dérèglement climatique qu'on vit aujourd'hui, on est tous en âge autour de ce plateau, le chaos climatique, le dérèglement climatique terrible qui ampute notre avenir. On ne sait pas de quoi sera fait notre avenir.

Et donc, j'ai essayé dans ce petit livre de tricoter la réforme des retraites, non pas tant d'un point de vue technocratique et avec des chiffres, des démonstrations administratives et techniques, mais de l'articuler précisément, d'en faire un enjeu existentiel et de l'articuler avec, justement, la violence du dérèglement climatique qui ampute notamment l'avenir des plus pauvres. Puisque plus on est pauvre, moins on pourra se protéger du dérèglement climatique.

8:21
Présentateur

Alors, il y a aussi cette parole qu'on a beaucoup entendue pendant la bataille des retraites, c'est « on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps ». Et ce que tu expliques, c'est que le travail n'est pas vu de la même manière chez ces ultra-riches et chez les Français du commun, parce que, justement, il y a quelque chose qui ressort de l'adrénaline, de la volonté d'exister, du Léviathan, quasiment de la quête de pouvoir qu'ils assimilent, eux, au travail, dans leur cercle, alors que le travail, c'est une usure pour la majorité des gens qui travaillent en dehors de leur petit milieu. Ça aussi, quelque part, c'est anthropologique, philosophique.

9:10
Emmanuel Macron

Oui, c'est très important, ce que tu viens de dire. Et on peut observer, à travers ce que tu viens de dire, une évolution du système capitaliste qui est passée d'un capitalisme paternel où les ouvriers, à l'époque, je ne sais pas moi, quand j'étais petite, ou après dans les années 50, 60, 70, les ouvriers étaient fiers de leur métier. Ils avaient de la dignité dans leur travail. Ils fabriquaient des TGV, ils fabriquaient des choses qui étaient essentielles pour le bien-être de nous tous. Et tandis que là, maintenant, avec le néolibéralisme et le management néolibéral, on a tout détruit du sens du travail. C'est-à-dire qu'on n'a même plus, les travailleurs n'ont même plus leur dignité.

Tout est incohérent, que ce soit dans les systèmes de santé, dans l'enseignement, on écoute la radio tous les jours, tout est incohérent. Donc, l'aspiration à la parenthèse de vie libre, libérée des managers, libérée des capitalistes, on continuera peut-être à travailler, mais c'est nous qui choisirons ce qu'on veut faire comme travail. Du bénévolat, nous occuper de nos petits-enfants, cultiver le jardin, voilà, c'est nous qui choisirons. Et cette liberté-là, c'est celle-ci qu'ils veulent nous voler, puisque l'objectif, finalement, si on a bien compris ce qui se passe au niveau de l'Europe, ça sera à terme 67 ans.

10:40
Présentateur

Alors, tu reviens, on l'a dit, sur la réforme des retraites, qui est passée, en dépit des sondages et de la forte mobilisation sur le terrain. Et peut-être que je m'avance un peu, mais dans ce petit livre, tu vois un signe du mauvais état de la démocratie dans notre pays. C'est-à-dire, cette histoire de la réforme des retraites qui passe malgré tout, nous raconte la dégradation ou la disparition, alors peut-être que je m'avance de la démocratie dans notre pays. Pour l'expliquer, tu évoques notamment la sociologie de la représentation nationale, de l'Assemblée nationale, et puis aussi du Sénat, où les professions dites supérieures sont largement surreprésentées.

Tu parles également du conseil constitutionnel où règnerait une forme d'entre-soi. Là encore, il y a une sorte de lecture de classe que tu imposes sur le champ. Alors, ce n'est pas des ultra-riches qui sont à l'Assemblée nationale ou au Sénat, mais ce n'est pas non plus les travailleurs et les travailleuses qui vont subir l'allongement du lage du départ à la retraite. Il y a quelque chose, donc, de la maldonne démocratique, d'une certaine manière.

11:43
Emmanuel Macron

Tout à fait. Tout à fait. C'est-à-dire que le capitalisme, en se radicalisant, d'une certaine manière, dans la phase néolibérale dont j'ai déjà parlé avec la financiarisation généralisée et ce, à l'échelle de la planète, ça fait que il n'y a plus de place, il n'y a plus de possibilité pour les peuples de se révolter. Et pour notre France, pour les classes moyennes et les classes populaires, de se révolter contre ce recul de l'âge de la retraite, il ne peut plus y avoir de démocratie. La démocratie est devenue incompatible avec la violence de classe du capitalisme qui va en augmentant, en s'aggravant, en se radicalisant.

J'aime bien, j'ai déjà répété plusieurs fois le mot radical, mais comme on nous critique qu'on est trop radicaux, voilà, je trouve que c'est bien de renvoyer aussi un peu l'ascenseur aux capitalistes qui carrément, eux, sont dans la radicalité de l'exploitation et de la domination de classe.

12:51
Présentateur

Et on va te dire, mais tu dis qu'il n'y a plus de démocratie, alors que les députés qui finalement auraient pu, puisqu'ils n'ont pas voté, mais en tout cas, le nombre important de députés qui ont quand même validé la réforme de retrait, des retraits, le nombre important des sénateurs qui ont quand même validé la réforme des retraites sont issus du suffrage universel, direct ou indirect, mais on va te répondre, tu ne peux pas dire qu'il n'y a plus de démocratie vu que régulièrement, les gens votent.

13:21
Emmanuel Macron

Oui, alors ça, je ne suis pas sûre d'avoir dit qu'il n'y a plus de démocratie. J'ai dit que la démocratie était menacée, de plus en plus menacée, par la radicalité du système capitaliste et par rapport au vote que l'élection que revendique y compris le président de la République, je trouve que les quelques données chiffrées de la sociologue sont bienvenues quand on sait que les cadres et les professions libérales représentent 22% de la population active mais qui sont 72% à l'Assemblée nationale alors que les ouvriers et les employés qui représentent 47% de la population active ne sont que 5,7%, ce n'est pas vrai.

On n'est pas dans un régime démocratique parce qu'évidemment le fait qu'il n'y ait pas la reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés c'est profondément antidémocratique. Le fait que les dons financiers pour aider les candidats à se présenter sont défiscalisés profitent beaucoup plus aux riches évidemment qu'aux plus modestes. Que les instituts de sondage appartiennent tous à des milliardaires. que la presse appartient massivement aux milliardaires. Je veux dire quand la pensée unique est à ce point assourdissante on se dit ouais on nous parle de pays avec des parties uniques et des oligarques et nous en France qu'est-ce qu'on a ?

Pour moi on a la pensée unique et des oligarques dans la mesure où l'oligarchie c'est bien ce moment-là du système capitaliste où toutes les richesses et les pouvoirs sont accaparés par une petite caste

14:56
Présentateur

et ça se voit de plus en plus donc aujourd'hui ce livre donc il est traversé par la bataille des retraites mais aujourd'hui finalement on ne parle plus tellement de cette bataille des retraites le texte est entré en application en début septembre et l'actualité est monopolisée par les abayas et les questions qui divisent finalement le gros bloc qui refusait à toute force l'allongement de l'âge de départ à la retraite c'est-à-dire il y a quelques mois on se sentait puissant parce qu'il y avait 70, 80, 90% des français ou des actifs qui étaient d'accord sur le fait que le pouvoir avait tort mais là le temps est passé d'autres débats sont venus fracturer ce bloc populaire ce bloc qui va majoritaire extrêmement majoritaire qui va subir l'allongement de l'âge de départ à la retraite et finalement notre discussion semble anachronique pas du tout

15:53
Emmanuel Macron

alors moi je ne le vis pas comme ça d'une part parce qu'il y a ce petit livre qui sort et dont la mission est précisément de montrer à tous ceux qui se sont battus pendant des mois qui ont beaucoup sacrifié de leur temps mais c'était aussi de la joie d'être ensemble c'était des manifestations en unité syndicale des manifestations avec une détermination absolument inédite même si les forces policières quelquefois nous mettaient beaucoup de larmes dans nos yeux nous faisaient peur on se prenait la main les uns les autres et puis on allait de l'avant ce que j'ai vécu ce sont des choses irréversibles ça personne ne nous le volera et ça c'est inscrit il y a des effets de cliquet comme ça dans la vie c'est irréversible et quoi qu'il fasse comme manipulation ce que nous avons vécu restera et cette face au dérèglement climatique face à cette amputation de notre avenir notamment pour les plus les classes moyennes et les classes populaires et bien de toute façon c'est chaque jour davantage qu'on est réactivé là on transpire on a chaud tous les deux et donc voilà on sait qu'il faut qu'on réagisse et là ce livre il est là c'est beaucoup de chapitres portent des titres de slogans que j'ai notés comme le mécréant est passé par là il chausse du 49-3 Macron arrête de nous chauffer la planète brûle des choses comme ça plein d'inventivité pour justement faire participer à cette mémoire collective de ce moment de ce moment unique c'est unique le moment qu'on a vécu et c'est pour ça que je l'ai traité de manière un peu comme tu l'as dit très gentiment au début de cet entretien de manière existentielle anthropologique profondément sociologique pour que les lecteurs puissent se dire voilà je prends un petit exemple la réforme des retraites et avec les analyses des sociologues spécialisées de ces familles les plus riches de France voilà je vais sur un petit objet je vais comprendre le fonctionnement de cette oligarchie ils se tiennent tous par la main que ce soit le fondé de pouvoir de l'oligarchie à l'Elysée avec les camarades de classe du conseil constitutionnel tous ceux qui la constitution qui est instrumentalisée pour finalement qu'il n'y ait pas de vote au parlement enfin voilà donc le tableau devrait être sur le plan pédagogique et la transmission qui a été toujours notre combat Michel et moi ce petit livre est là pour ça

18:26
Présentateur

donc la bataille des retraites tu ne la décrirais pas comme une bataille perdue comme une défaite comme un accablement pas du tout

18:34
Emmanuel Macron

pas du tout je suis triste évidemment qu'on n'ait pas gagné mais eux ils n'ont pas gagné non plus parce que c'est des vaincus ils ont bafoué la démocratie et ils ont bafoué le peuple puisque les trois quarts de la population active étaient contre cette réforme donc c'est pas c'est pas glorieux du tout donc voilà et nous par contre c'est si on réfléchit à ce qu'on a vécu c'est un moment assez unique parce que le 1er mai moi ça faisait 9 ans que je n'avais pas manifesté avec la CGT la CFDT et l'ensemble des syndicats réunis ça a été un moment d'émotion très fort quand on participe régulièrement au 1er mai voilà ben là cette année c'était tous ensemble

19:17
Présentateur

et est-ce que c'est un moment qui fera des petits est-ce qu'il est enceint d'autres moments qu'on va voir dans les mois les années qui viennent à ton avis est-ce que finalement il s'inscrit dans une trame comme on parle de bataille dans une guerre plus longue qui aura d'autres manifestations assez vite de ton point de vue

19:36
Emmanuel Macron

oui oui je pense que la bataille pour l'unité parce que nous on est très nombreux et en plus c'est bien puisque c'est nous qui faisons fonctionner le monde de l'économie réelle donc c'est nous les plus forts et donc nous on doit faire exactement comme ça se passe dans l'oligarchie c'est-à-dire on ne doit pas être divisé chacun fait ce qui toi tu travailles au média moi je travaille je fais mes petits livres tranquillus chez moi et puis après c'est tous ensemble avec des instances de coordination comme le média tout ça tout ce qui peut se passer ça se coordonne et puis ça crée quelque chose avec les syndicats les partis politiques chacun s'investit comme il veut mais il y a des instances de coordination qui viennent créer des dynamiques positives et irréversibles de nos combats et ça ça c'est sacré et ça il faut le il faut bien en avoir conscience et se dire que ça vaut le coup aujourd'hui que la planète l'habitabilité de la planète est menacée c'est quand même pas possible qu'on soit pas à la hauteur de ce rendez-vous historique

20:42
Présentateur

alors quelque part tu as dit dans une vidéo que j'ai regardée que finalement le monde du travail les classes populaires et moyennes devraient tirer exemple de la solidarité des riches que c'est un monde qui est tout aussi dissemblable et traversé de contradictions peut-être plus que le monde de ceux qui travaillent et de ceux qui sont accablés par la bourgeoisie mais que ce monde finalement a des techniques de mise en solidarité dont on devrait s'inspirer

21:14
Emmanuel Macron

et justement la sociabilité la sociabilité qu'on a vécue avec toutes ces manifestations c'était chouette quand la manifestation était terminée on allait se prendre une petite bière et puis on nous disait ah la prochaine c'est tel jour à telle heure et voilà on était reparti cette sociabilité avec la joie des chansons c'est pour ça que les chansons sont présentes aussi dans ce petit livre la joie d'être ensemble la joie d'être unis cette joie-là c'est celle que nous on a trouvé dans les beaux quartiers ils sont toujours dans la joie alors bien sûr ils ont de l'argent ils ont des jolis cadres du bon champagne et tout ça mais nous on peut faire pareil et cette joie-là elle va permettre à la mayonnaise populaire d'être bien ferme que les syndicats restent encore unis pour longtemps les partis politiques aussi chacun dans leurs différences mais tous ensemble quand il y a des luttes comme ça essentielles existentielles comme la réforme des retraites

22:14
Présentateur

je voudrais qu'on reparle un peu du mépris d'Emmanuel Macron le méprisant de la république parce qu'on a parlé donc finalement de techniques sociologiques qui permettent de souder un monde est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de l'ordre du psychologique dans sa manière d'assenner ces phrases pleines de violences toujours aux mêmes victimes c'est-à-dire aux classes populaires aux chômeurs aux gens qui devraient juste traverser la route si c'était un peu moins feignant etc est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de l'ordre du psychologique d'une sorte de construction qui vise à te déprécier pour que toi aussi finalement tu te déprécies parce que nos sociétés sont hiérarchisées depuis des millénaires et donc quand le chef dit quelque chose c'est que c'est peut-être pas tout à fait faux il y a peut-être quelque chose comme ça qui se joue le mépris d'Emmanuel Macron quelle est son son utilité politique pour son monde

23:18
Emmanuel Macron

alors je dirais que l'instrumentalisation de la psychologisation du social en faisant tout ce que tu viens de dire à l'égard des travailleurs des gens qui ne sont rien des derniers de cordée c'est en réalité il y a plusieurs il y a plusieurs raisons qui sont à l'origine de ces phrases dédaigneuses c'est d'une part par une apparence comme ça psychologique de bien mettre à l'écart les logiques sociales qui sont au coeur du capitalisme et puis deuxièmement je dirais que c'est une façon d'écraser d'humilier de tétaniser de sidérer de rendre impuissant toute forme de révolte et de contestation

24:09
Présentateur

et quelque part justement pour éviter que ça marche il faut opposer à ces phrases de mépris un discours de dignité et des pratiques qui rappellent chaque jour la dignité du monde du travail et du monde de la France d'en bas si on peut dire ainsi alors une fois de plus se pose la question des médias je t'évoquais le feuilleton de l'abaya qui semble prendre en otage notre champ médiatique et dans ce livre tu racontes comment tu as été subtilement censuré par l'émission Célèbdo présentée par Ali Badou sur France 5 alors c'est pas l'émission la plus radicalement outrancière c'est une émission finalement de centre-gauche bien propre sur elle tu y es passé mais tu as été victime d'une censure assez assez fine tout en est assez fine pour ceux qui n'ont pas vu l'émission en train de se faire tu peux nous raconter

25:15
Emmanuel Macron

et bien c'est voilà c'est une émission à laquelle je suis invitée parce qu'on vient de publier avec Michel le président des ultra-riches sur Emmanuel Macron et je suis invitée avec Nicolas Domnac et Maurice Safran deux journalistes de challenge qui ont publié eux aussi un livre sur Emmanuel Macron le même jour que nous Macron poète ou tueur quelque chose je ne me rappelle plus exactement du titre peu importe et donc eux commencent à passer sur le plateau et puis moi pendant ce temps je reste avec leur attaché de presse dans la salle d'attente et puis à un moment donné je suis invitée donc je pense être évidemment comme eux seuls avec Ali Badou Jean-Michel Apathy et deux autres deux autres femmes dont je n'ai pas mémorisé mais les noms sont dans le livre mais non eux deux restent aussi donc je me retrouve en fait la seule femme on va s'en prendre un mois on va me poser des questions

26:18
Présentateur

c'est dans la cage au lion

26:19
Emmanuel Macron

je suis dans la cage au lion alors évidemment Maurice Safran me reproche tout de suite de ne plus être une chercheuse une sociologue relevant de la science mais une militante engagée et alors évidemment je lui fais remarquer que lui ils ont fait ils ont fait Nicolas Domnac et lui une pas une dédicace une exergue de remerciement voilà un truc de remerciement pour Claude Perdriel qui est le propriétaire de Challange qui les emploie ils sont journalistes de Challange alors

26:57
Présentateur

Challange qui fait le classement des français les plus riches

27:00
Emmanuel Macron

voilà des français les plus riches donc je trouvais qu'ils n'étaient pas bien pas bien placés enfin bref je n'arrivais pas à parler de toute façon on me coupait tout le temps la parole et ma chance au final a été que Acrimed s'est intéressée à ce qui s'est passé à cet entretien et Pauline Pernault a décidé de faire un décryptage complet seconde par seconde et à un moment donné elle s'aperçoit flac qu'il y a une coupure alors elle me téléphone elle me demande qu'est-ce qui s'est passé voilà et je raconte cela et donc c'est ça aussi la censure c'est-à-dire que c'est pas une c'est pas une censure totale mais en fait on vous met en difficulté pour parler j'ai parlé très peu de temps je sais pas elle le dit

27:46
Présentateur

tu as parlé très peu de temps et une partie de ce temps a été quand même caviardée

27:50
Emmanuel Macron

voilà c'est ça

27:51
Présentateur

et on espère que on verra avec ce livre si oui j'espère si la censure fonctionnera ou bien si tu seras invité et pas caviardé est-ce que ça s'annonce sous de bons auspices

28:04
Emmanuel Macron

moi de toute façon je suis une fille optimiste et j'estime que j'espère qu'il y aura un succès populaire autour de ce petit livre voilà chaque fois que je fais des rencontres depuis que je l'ai fait ça va très bien non je parle

28:22
Présentateur

je parle de de la réception médiatique et que cette fois-ci quelquefois

28:27
Emmanuel Macron

la réception médiatique peut se déclencher quand il se passe quelque chose autour d'un travail et notre travail à Michel et moi depuis 1986 c'est presque 30 livres je crois j'arrive plus à compter presque 30 livres qu'on a écrits ensemble et malheureusement pour eux toujours en phase avec l'actualité et donc forcément la visibilité de ce travail ne fait que s'accroître et c'est bien

28:56
Présentateur

alors cette histoire me sert de transition pour qu'on évoque notre actualité à nous dans la deuxième partie du mois d'octobre le média va se lancer sur le petit écran à la télé tout en continuant d'être présent sur Youtube et les plateformes numériques notre objectif est de faire découvrir les médias indépendants sur le territoire le territoire absolu des médias traditionnels des médias des milliardaires puisque vous savez que les chaînes d'info sont contrôlées par un certain nombre d'oligarques et je voulais t'interroger sur la perception que tu as des médias indépendants qui fleurissent depuis un certain nombre d'années notamment grâce à Internet est-ce qu'ils aident ?

Est-ce que nous de ton point de vue est-ce que nous aidons le combat ? Est-ce que notre présence permet pas d'équilibrer mais au moins d'infléchir un petit peu le rapport de force ?

29:45
Emmanuel Macron

Oui, vous êtes heureusement que vous existez heureusement que vous êtes là et justement on est là sinon ça serait le déni de présence ça serait l'absence totale de la parole alors dans la question il y a eu je vois bien à ton petit regard malicieux que tu as une petite idée derrière la tête que tu te dis elle doit penser ça c'est-à-dire que les choses ne sont jamais toutes blanches et toutes noires et donc plus plus on travaille sur la radicalité du capitalisme plus on donne des informations sur la fraude fiscale des plus riches plus on donne des informations comme ça sur on analyse paf la réforme des retraites ou bien un autre livre paf on analyse les châteaux classés monuments historiques en se demandant qu'est-ce qui est classé est-ce que c'est le château ou le châtelain voilà et bien on apporte des connaissances si vous êtes là s'il y a des médias pour populariser la parole de ceux qui donnent les informations qui créent les idées qui voilà mais en même temps on les aide à affiner leur domination de classe l'exploitation de classe la domination sans partage la prédation et ça il faut qu'on ait toujours ça dans nos têtes et essayer que ce qu'on fait soit irrécupérable et pour ça pour moi il n'y a pas d'autre solution que la transmission la transmission la transmission à travers des médias divers ben moi je fais beaucoup de rencontres en France alors ok c'est chronophage et c'est moins efficace qu'une émission où il y a 500 000 téléspectateurs mais au moins il y a le contact direct il y a voilà et ça c'est très important donc non il ne faut surtout pas baisser les bras il faut se multiplier et se dire que sinon ça serait ça serait épouvantable

31:45
Présentateur

merci beaucoup Monique d'être venue nous voir à l'occasion de la sortie de ton dernier livre le méprisant de la république qui paraît aux éditions textuelles dans la collection petite encyclopédie critique merci aussi à vous d'avoir regardé cette émission je le rappelle dès ce jeudi 7 septembre nous sommes engagés dans une importante campagne de levée de fonds qui doit nous permettre de mobiliser des moyens pour être diffusés à la télévision suite au conventionnement de l'ARCOM le gendarme de l'audiovisuel français c'est important c'est sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank que ça se passe le lien est en description et vous pouvez aussi cliquer ici donner susciter des vocations de donateurs mettons en place ensemble une alternative aux chaînes d'info des milliardaires depuis des mois

32:35
Invité

nous vous en parlons depuis des mois nous travaillons d'arrache-pied pour réaliser l'impossible obtenir le droit d'être diffusé à la télé et concurrencer les médias mainstream sur leur propre terrain c'est maintenant chose faite dès la fin du mois d'octobre le média sera sur vos écrans enfin le paysage audiovisuel français comptera une chaîne télé de gauche une chaîne d'information populaire et indépendante nous allons pouvoir porter la voix de ceux qui luttent et de ceux qui s'opposent à Macron et à l'extrême droite nous allons pouvoir raconter le monde avec nos mots avec vos combats soyez prêts pour le grand virage qui s'annonce rendez-vous dès maintenant sur KissKissBankBank inscrivez-vous pour suivre cette aventure médiatique inédite ensemble révolutionnons la télé sous-titrage Société Radio-Canada

33:20
Locuteur

et sous-titrage Société Radio-Canada