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ChroniqueSébastien Gobert· 7 février 2026 11 minActualité / polémiqueDéfenseEurope & international

L'Ukraine dépendante de la France pour son renseignement militaire?

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Emmanuel MacronChiffre
    « la France fournit 2 tiers du renseignement militaire qu'utilise l'Ukraine »
  • 3:00Volodimir ZelenskiFait
    « il y aurait un plan de désescalade, des frappes contre les infrastructures énergétiques »
  • 4:00Kirilo BoudanovFait
    « l'Ukraine reste extrêmement dépendante du renseignement américain, notamment en ce qui concerne le système d'alerte pour détecter les lancements de missiles russes »
  • 5:00journalisteFait
    « est-ce que on en est effectivement à 2 tiers du renseignement militaire utilisé par l'Ukraine qui serait fourni par la France ? »

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Emmanuel Macron

Dans ses vœux aux forces armées, le 15 janvier, Emmanuel Macron s'est félicité du fait que désormais la France fournit 2 tiers du renseignement militaire qu'utilise l'Ukraine et cela donc pour compenser le retrait américain et le manque de fiabilité du Pentagone qui a déjà interrompu le partage de renseignement et la liraison d'armes plusieurs fois depuis janvier 2025. Et ça ça ferait de la France une championne du renseignement militaire non seulement dans le contexte de la guerre russe contre l'Ukraine mais aussi plus globalement en Europe et dans le monde puisque le renseignement français serait à même de compenser les capacités américaines.

Alors ce ratio de 2/3 il est impressionnant et il est fondé même s'il est aussi à relativiser. Je vous explique. Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo où je parle donc de la place de la France dans la défense ukrainienne à travers cette question du renseignement militaire.

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je fais un tout petit pas de côté euh pour faire un point sur des annonces qu'a fait Volodimir Zelenski hier, donc le 6 février, dans un briefing à des journalistes à Kief puisqueil leur a partagé la volonté américaine de mettre un terme à cette guerre euh d'ici au mois de juin ou en tout cas d'ici l'été afin que l'administration Trump puisse aborder les midterms un peu plus sereinement.

Selon Volodimir Zelenski, pour se faire, Donald Trump est prêt à mettre la pression sur les deux pays, mais on ne sait pas encore exactement quelle forme ça pourrait prendre puisque on a vu sur l'année qui vient de s'écouler que les États-Unis font bien plus pression sur l'Ukraine, la victime de cette agression que sur la Russie. Volodimir Zelenski a aussi dit que dans les cartons, il y aurait un plan de désescalade, des frappes contre les infrastructures énergétiques et donc ça pourrait être progressif.

Encore une fois, on ne sait pas du tout comment est-ce que ça pourrait se concrétiser puisque on est plutôt dans une séquence d'accélération et d'intensification des frappes aériennes russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes et les Ukrainiens repostent notamment sur les oblastes frontaliers. On voit que Belgorod souffre beaucoup de coupure de courant.

Volimir Zelenski a révélé que bien que ces négociations soient plus sérieuses et plus techniques que auparavant, et bien des dossiers très techniques comme par exemple le sort de la centrale nucléaire de Zaporegia ne sont toujours pas réglés étant donné que il y a vraiment un blocage quant à qui va opérer cette centrale et comment est-ce que on va répartir l'électricité produite. Et enfin, la dernière chose que Volodimir Zelenski a révélé, c'est que il y a quand même des négociations bilatérales entre les Américains et les Russes.

Donc en marge de ces négociations trilatérales qui se sont tenues à Abu Dhabi avec visiblement une proposition de coopération économique avec visiblement une proposition de coopération économique poussée en avant par les Russes qui pourrait s'élever à 12 billions de dollars et donc ça serait évidemment un montant colossal. Ce qui montre que à la fois Moscou mais aussi Washington sont d'abord et avant tout intéressés par leur relation bilatérale et à un moment donné dans le processus de négociation, il est tout à fait possible que l'Ukraine s'en retrouve la victime. Pour l'instant, on en est vraiment à l'effet d'annonce hein et des spéculations qui on découlent.

Je reviens sur le sujet du renseignement militaire et donc je me base sur cette déclaration d'Emmanuel Macron à ses vœux aux forces armées françaises le 15 janvier. Pour la petite histoire, c'est là où il est apparu avec une infection à l'œil droit qu'on voit très bien sur cette photo. Et c'est à partir de là qu'il a commencé à porter des lunettes aviateur, donc comme partie de son traitement, des lunettes qui sont de fabrication françaises. He je tiens à le préciser, c'est une fabrique qui est établie dans le Jura. Alors est-ce que on en est effectivement à 2 tiers du renseignement militaire utilisé par l'Ukraine qui serait fourni par la France ?

Ce qu'il faut voir, c'est que effectivement depuis janvier 2025 et depuis que l'ami américain s'est révélé beaucoup moins fiable qu'auparavant, la France a effectivement mis énormément de ses moyens militaires au service de l'Ukraine et donc notamment en terme de renseignement militaire à travers son réseau satellitaire. Et cela s'est permis par ben l'exception française en Europe qui fait que la France dispose de moyens autonomes et souverains. Il y a deux acteurs principaux dans la collecte de ce renseignement militaire.

C'est la DRM, la direction du renseignement militaire et la DGSE, la direction générale de la sécurité extérieure qui sont toutes les deux lié par un très haut niveau de confiance et d'interopérabilité. Dans leur travail dans le cadre de l'invasion russe de l'Ukraine, ces services suivent deux axes principaux : l'évolution du rapport de force sur le front et la capacité de régénération de l'outil militaire russe d'ici 2030. et leur champs d'action sont vraiment complémentaires puisque la DGSE se spécialise notamment sur le renseignement humain alors que la DRM est particulièrement performante dans le domaine de l'électromagnétique et du renseignement satellitaire.

La France dispose à elle seule de 15 satellites militaires qui sont actuellement en orbite autour de la Terre. La deuxième puissance européenne en terme de capacité satellitaire, c'est le Royaume-Uni qui ne dispose que de six satellites militaires. Évidemment, ça n'est absolument rien par rapport aux 246 satellites militaires dont disposent les États-Unis, mais à l'échelle européenne, ça compte. Et dans le cadre de l'observation de l'invasion russe en Ukraine, 15 satellites, ça suffit pour récolter un certain nombre de renseignements.

Et puis on a aussi les vols de reconnaissance, donc l'usage de l'aviation puisque la France déploie des avions de reconnaissance Awax qui effectuent des vols réguliers au-dessus de la Roumanie et de la mer Noire, mais aussi au-dessus de la Pologne et des États-Baltes. Ces avions ne s'approchent pas d'une potentielle zone de conflit, mais donc leur rayonnement permet quand même de collecter du renseignement sur toute la partie occidentale de l'Ukraine.

Et à ces moyens satellitaires et à ces vols de reconnaissance, il faut ajouter donc le renseignement humain qui est principalement l'apanage de la DGSE, mais aussi les capacités cyberes de la France qui permettent donc d'obtenir du renseignement en ligne. Et donc ce qu'on voit, c'est que la France dispose vraiment d'une large palette d'instruments pour effectivement faire du renseignement militaire. et en l'occurrence pour le partager avec l'Ukraine. Tout ce que j'ai décrit de ces capacités françaises, c'est assez unique en Europe puisque on n' pas beaucoup d'autres pays euh à part évidemment le Royaume-Uni qui dispose de cette palette d'instruments.

À partir de là, il est facile de se dire que l'Ukraine a grandement besoin des capacités françaises. Mais quand on demande ici à Kief, la réponse c'est que l'Ukraine n'est pas dépendante de la France pour ce renseignement militaire. D'abord et avant tout, il faut voir que ce partage de renseignement militaire, il est en fait extrêmement diversifié et il y a une grande complémentarité dans ce que les partenaires de l'Ukraine peuvent apporter. Et là donc évidemment, on parle des capacités françaises mais aussi euh d'autres pays européens. Et ça ça rend très difficile toute quantification ou toute comparaison des contributions nationales.

En plus de ça, 2e point, le renseignement américain ne s'est pas arrêté complètement et définitivement puisque on voit que il y a des moments avec, des moments sans, mais que globalement les Américains contribuent à l'effort de défense ukrainien en partageant du renseignement et en aidant les forces armées ukrainiennes à cibler leur tir pour frapper dans la profondeur russe.

Kirilo Boudanov lui-même donc l'ancien chef du renseignement militaire et l'actuel chef de cabinet de Volonimelinski a reconnu en décembre, donc c'était vraiment il y a pas si longtemps que ça, que l'Ukraine reste extrêmement dépendante du renseignement américain, notamment en ce qui concerne le système d'alerte pour détecter les lancements de missiles russes. Et ça c'est un système notamment basé sur l'utilisation du réseau de satellite Spears qui est assez unique et qui confère aux Américains une supériorité. C'est un système donc qui se base sur des détections infrarouges de la mise en service de missile et qui permet donc de détecter un lancement avant même que celui-ci ait lieu.

Les Européens ont eu trois essais pour lancer leur propre programme de ce type. Un essai français dans les années 1990, un essai européen en 2019 et un essai allemand en 2025. Mais aucun de ces programmes n'a abouti et donc à la fois les Européens et les Ukrainiens restent complètement dépendants des États-Unis pour ce genre de renseignement qui à l'heure actuelle est vraiment vite. Je rajoute aussi quand on parle du renseignement militaire américain qui n'a pas cessé que il y a vraiment une coopération de longue date entre les agences américaines et les agences ukrainiennes. Et c'est une des raisons pour lesquelles Kirilo Boudanov est très apprécié aux États-Unis.

il y a vraiment une coopération qui remonte à loin. Donc d'une part, le partage de renseignement militaire est très diversifié et donc il est difficile de le quantifier en fonction des contributions nationales. D'autre part, l'enseignement américain ne s'est pas stoppé. Et aussi troisème élément, ce qu'il faut voir, c'est que l'Ukraine est vraiment montée en puissance dans son renseignement militaire depuis 2022 et elle arrive à mener ses propres opérations qui peuvent être spectaculaires comme des assassinats ciblés ou encore comme l'opération toile d'araignée.

Et donc oui, la France aide, mais est-ce que c'est vraiment 2/3 et l'Ukraine est vraiment dépendante des capacités de renseignement françaises pour continuer son effort de défense ? C'est beaucoup moins sûr que ce que a affirmé Emmanuel Macron en fait. Et je me suis renseigné un peu ici en Ukraine. Ça fait quand même partie d'un effet d'annonce pour cacher le fait que la France aide assez peu de manière financière et matérielle en comparaison d'autres pays européens. Et puis mettre l'accent sur ce que l'on fait, ça permet aussi de cacher ce que l'on ne fait pas. donc à l'échelle française mais aussi à l'échelle européenne.

Et c'est vrai et je donc je l'ai déjà dit plusieurs fois dans cette vidéo que les Européens ont un déficit de capacité en terme de renseignement militaire qui soit autonome et souverain par rapport notamment aux États-Unis. On voit aujourd'hui que les choses sont en train de changer à l'échelle européenne. J'ai vu notamment la semaine dernière que désormais il y a un effort pour construire une plateforme de partage de renseignement au niveau européen qui serait là pour le coup complètement autonome et donc qui ne vise pas forcément à partager du renseignement avec les Américains comme ça a été le cas pendant plusieurs décennies dans le cadre de l'OTAN.

Mais cette plateforme, elle a vocation à être tout à fait prête en 2030. Donc il reste encore un peu de temps et de toutes les manières le développement des capacités de renseignement des Européens passer entre autres par le renforcement des capacités satellitaires. Il va falloir dans les années qui viennent mettre beaucoup plus de satellite en orbite et il va aussi falloir qu'il soit protégé puisque j'ai aussi vu la semaine dernière que visiblement au moins une douzaine de satellites européens auraient vu leur communication interceptée par des engins russes. ce qui montre leur grande vulnérabilité dans l'espace. Donc voilà, tout ça pour dire.

Il y a effectivement eu une montée en puissance des capacités de renseignement française au profit de l'Ukraine. Mais la France n'est pas seule à partager son renseignement avec l'Ukraine et l'Ukraine elle-même a développé ses propres capacités. Ce qui veut dire que le président de la République a raison de se féliciter mais son constat quand même annuancé. Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. Je file et je vous retrouve très vite.