Médine invité d'EELV : "Je serai extrêmement attentive à ce qu'il dira le 24" août, dit Marine Tondelier
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du grand entretien de France Inter ce matin est Marine Tondelier, secrétaire nationale d'Europe Écologie. Les Verts, conseillère régionale des Hauts-de-France, élue municipale à Hénin-Beaumont. Bonjour. Bonjour. 19 départements en vigilance orange canicule aujourd'hui. Les écologistes vont redevenir audibles sur le réchauffement ?
C'est vrai qu'il y a des gens qui confondent la météo d'une semaine précise. De plusieurs semaines en l'occurrence. De plusieurs et le dérèglement climatique. La bonne nouvelle c'est que la semaine prochaine ces mêmes personnes, si elles sont de bonne foi, vont nous expliquer que du coup c'est très grave et qu'il faut agir. Plus sérieusement, on voit bien qu'on a un problème de dérèglement climatique. Les scientifiques qui travaillent sur les projections nous disent en essayant de voir jusqu'à la fin de l'année ce qui va se passer que l'année 2023 sera sûrement l'année la plus chaude jamais enregistrée sur le globe et nous disent à l'avance que l'année 2024 sera encore plus chaude.
C'est un consensus scientifique. Il y a une chance sur deux, quand on projette jusqu'à la fin de l'année, que cette année était la plus chaude de l'histoire des relevés météo et des projections.
Mais ces dernières semaines, vous avez eu du mal à vous faire entendre à cause de ces aléas météorologiques ?
Il y a peut-être un truc contre-intuitif. Des gens qui disent que comme il pleut depuis 4 semaines, il n'y a plus de problème d'accès à l'eau en France. C'est faux. Il y a 85 communes qui n'avaient plus accès à l'eau il y a encore 7 jours. C'est le dernier chiffre officiel. Il y a 72% des nappes phréatiques qui sont en dessous de leur niveau d'eau normal. Et vous voyez, en fait, ce qu'il faut quand même expliquer aux gens, c'est qu'il peut pleuvoir. Les nappes phréatiques ne se rechargent pas en été. Elles se rechargent en hiver. Quand il pleut en été, c'est la végétation, les cultures et les sols qui s'imbibent en priorité.
Il y a peu de cette masse d'eau qui arrive jusqu'à la nappe phréatique. Après, je pense que là, ce que les Français vont vivre la semaine prochaine va être bien plus concret peut-être dans leur quotidien. Ils vont se rendre compte de deux choses. La première, c'est que le changement climatique a un impact très concret, très direct sur leur quotidien. Et vous savez, en fait, ils le savent déjà. Il y a la Fondation de la Nature et l'Homme, la FNH, qui a sorti une étude et qui montre que 7 Français sur 10 sont déjà conscients que le changement climatique a des impacts directs sur leur quotidien.
Ceux dont ils vont se rendre compte surtout, c'est que vivre dans une ville écolo et vivre dans une ville qui n'est pas écolo, ce n'est pas la même chose. Pour deux raisons. C'est que les maires écologistes, ils anticipent ce genre de situation. Ils sont formés à ça et ça fait des années depuis leur élection qu'ils investissent. Ils connaissent ce sujet. Ils préparent leur ville à être résiliente dans ce genre de situation. J'ai des exemples très précis. Et puis, la ville de Lyon a investi 140 millions d'euros pour mettre un maximum de végétation en ville, ce qui fait gagner plusieurs degrés en cas de forte chaleur, ce qu'on appelle les îlots de fraîcheur.
L'inverse des îlots de chaleur de quand vous avez, par exemple, bitumé toutes les cours de récréation. C'est ce que plein de villes ont fait dans les années 70. Dans les villes écolo, ils débitument les cours de récréation, ce qui crée ces îlots de fraîcheur.
Dans d'autres villes aussi, à Paris, c'est un peu la tendance également.
Oui, mais c'est les écolos qui ont été précurseurs là-dessus. Et dans les villes écolo, c'est un marqueur fort de nos politiques. Autre exemple, à Grenoble, ils ont commencé à peindre les toits de bâtiments publics en blanc. Vous savez, quand il fait 26 degrés dans une ville, si un toit est de couleur sombre, surtout les plateaux, la chaleur peut monter sur ce toit jusqu'à 80 degrés. Quand il est peint en blanc, on reste aux alentours à peu près de 45 degrés. Ce sont plein de méthodes qui ne sont pas là des mesures d'urgence pour maintenant, mais qui permettent d'anticiper cela.
Et vous voyez, le groupe écologiste à l'Assemblée, puisqu'on a les mairies, mais pas à la France, a préparé 20 mesures pour passer l'été, et des mesures que le gouvernement aurait pu prendre tout de suite pour engager ces changements. Et puis quand on a caniculé là, il y a plein d'autres mesures. Avoir accès à de l'eau potable, un accès libre dans toute la ville, y compris pour les sans-abri, pour les personnes qui ne sont pas chez elles à ce moment-là. Pouvoir faire des salles fraîcheurs et en avoir beaucoup dans toute la ville, c'est ce à quoi les maires écologistes s'y emploient. Je leur souhaite bon courage, comme à tous les élus locaux de France qui vont avoir à gérer cette situation.
Et justement, le gouvernement a mis en place une cellule interministérielle de crise, activé un numéro vert, je le rappelle, 0800 06 66 66. C'est suffisant, ces mesures mises en place par le gouvernement en urgence hier ?
Ce que je viens de vous dire, c'est qu'un pays, des territoires ne sont résilients que s'ils anticipent. Et on ne peut pas se contenter de dire, j'ai mis en place un numéro vert, ce qui est quand même la grande spécialité de ce gouvernement sur à peu près tous les sujets. Il faut anticiper, il faut agir. Vous savez, on parle des mesures d'atténuation du changement climatique et des mesures d'adaptation. Si vous ne faites que de l'adaptation et pas d'atténuation, ça ne marche pas, c'est impossible. Moins vous faites d'atténuation, plus l'adaptation devient compliquée. C'est assez logique.
Et quand j'entends le président de la République qui fanfaronne souvent sur la scène internationale en se présentant comme le leader du monde libre écologiste, la réalité est quand même un peu plus compliquée. Quand on voit la politique menée en France, condamné pour une action climatique, l'État français, condamné pour une action sur la biodiversité, condamné pour manque de politique sur la qualité de l'air. Et là, récemment, il explique au niveau européen qu'il faut faire une pause sur l'environnement. C'est un peu compliqué quand même de se prétendre prendre les bonnes mesures quand on fait ça pour des mesures de moyen et long terme.
Ça change, ça, apparemment, puisque la fiscalité verte, la fiscalité est en train de se verdir en France, apparemment, pour le budget de l'année prochaine. On l'apprenait dans les échos ce matin. Le gouvernement va faire une plus grande part à cette fiscalité verte avec un malus auto qui va baisser pour faire payer plus les conducteurs de grosses voitures, en clair, taxer les billets d'avion. Alors, ça ferait plus 2 euros pour les billets en classe éco, plus 20 euros sur les billets en classe business et première. Qu'est-ce que vous en pensez de tout ça ? Ça va dans le bon sens, non ?
C'est quand même triste de ne parler dans la politique du gouvernement d'écologie que pour parler de fiscalité. Évidemment que la fiscalité est un des outils nécessaires pour faire la transition, mais ce n'est pas le seul. Et vous voyez bien l'image que ça donne ensuite de l'écologie. C'est d'ailleurs souvent le problème quand ce ne sont pas des écologistes qui font l'écologie. Écologie punitive, c'est ça que vous dites ? C'est ça, c'est que la justice environnementale est forcément liée à la justice sociale et que la fiscalité doit être vecteur des deux en même temps. C'est pourtant un mot qu'aime bien ce gouvernement. Moi, les annonces, je les ai entendues comme vous.
J'entends beaucoup d'annonces, souvent, de ce gouvernement. Ce que je veux, c'est des actes. Et donc, je suis sûre que nos parlementaires écologistes étudieront avec beaucoup d'attention ces propositions et feront sûrement même des contre-propositions que je regarderai aussi avec attention.
Attendez, ce que vous me dites, c'est que vous n'allez pas les voter, ces propositions ? Par exemple, taxer plus les billets d'avion pour financer le ferroviaire. C'est vertueux, ça, non ?
Évidemment, mais vous voyez, quand le gouvernement a annoncé de manière très solennelle qu'il avait compris que l'avion, c'était mal et que ça n'avait pas de sens de prendre l'avion pour des vols intérieurs de très peu de temps où il existe des trajets en train parallèles, ils ont dit qu'ils arrêtaient. Quand vous regardez la réalité aujourd'hui de quels vols ont été interdits ou pas dans les actes, c'est pinus à la fin. C'est-à-dire qu'il y a la mesure, c'est bon, on écolore, regardez ce qu'on va faire. Et puis, il y a dérogation, contre-dérogation, réamendement. Ah, j'ai entendu tel et tel lobby, du coup, j'amoindris encore ma mesure. Et à la fin, il n'en reste plus rien.
Je pense que cette semaine, tous les Françaises et les Français vont comprendre qu'il faut des actes lourds, forts, et qu'on ne peut plus, comme ça, attendre et tergiverser.
Mais du coup, Marine Tondelier, en clair, cette taxe sur les billets d'avion, par exemple, vous la votez ou non ?
Dans les termes dans lesquels vous me le dites, je n'ai pas de raison de ne pas la voter. Il se trouve que je ne suis pas parlementaire. Oui, non, mais vous la votez, vous, votre parti. Mais la question, c'est toujours celle des alternatives. Et vous voyez bien que cet été, les Français ont appris que maintenant, pour acheter des billets de train, qui sont très, très chers, au lieu de se dire, on va rendre le train plus accessible, qu'est-ce que font les autorités ? Ils disent, vous allez pouvoir les payer en plusieurs fois. C'est-à-dire que les gens vont s'endetter pour prendre le train. Et le problème, ce n'est pas qu'ils payent en une fois, en cinq fois ou en dix fois.
Le problème, c'est qu'aujourd'hui, prendre le train sur beaucoup de trajets est plus cher que prendre l'avion. C'est ça, la vraie incohérence. Et donc, on peut jouer sur taxer les billets d'avion, ok, mais il faut aussi une solution d'alternative. Sinon, c'est le droit à la mobilité. C'est des familles qui ne se retrouvent pas. C'est des gens qui ne partent pas en vacances. 40% des Français, cet été, ne sont pas partis en vacances. Et c'est aussi lié au prix du billet de train, qui n'est pas une alternative accessible financièrement et qui devrait l'être, comme dans des tas de pays européens, où avec un ticket climat, vous avez accès illimité à tous les transports.
Je pense que c'est important d'étudier ce genre de mesures. En France, l'écologie ne doit et ne peut pas être punitive.
Vous essayez de réfuter en clair, si je vous entends bien, Marine Tondelier, cette idée de citadins bobos, Europe, écologie, les verts, égale citadins bobos. C'est là-dessus que compte, d'après le journal Le Monde, travailler le rassemblement national pour gagner du terrain sur le thème de l'écologie. Ça vous semble possible qu'ils arrivent à vous concurrencer sur ce thème-là ?
Déjà, vous savez, on parle parfois de batailles culturelles sur plein de sujets. Le fait que des partis qui nous ont pourfendu sur le sujet pendant des années se disent tout d'un coup, on va dire qu'on va le faire et qu'on va le faire mieux qu'eux, montre que c'est une première manche de la bataille culturelle qui est gagnée. C'est que ce sujet sur lequel on a eu au Rassemblement national des gens qui étaient climato-sceptiques, qui niaient très concrètement l'existence de ce problème, ne peuvent plus le faire. Et maintenant, ils prétendent, avec beaucoup d'humilité, évidemment, c'est ce qui la caractérise, qu'ils vont le faire mieux que les écologistes.
On va voir, je suis un peu sceptique sur le sujet, et surtout parce que l'écologie n'est compatible en rien avec les valeurs que défend ce parti. L'écologie, c'est défendre les écosystèmes, c'est le rapport aux autres.
Eux, ils croient à la décarbonation par la croissance décarbonée via le nucléaire, la progression technologique, il y a quand même des pistes. Ils considèrent aussi qu'il y a certains êtres humains
qui valent moins sur l'échelle de l'attention qu'on doit leur porter que certains animaux aussi, par exemple. Ça, ça me choque. Dans leur échelle de valeur, il y a des choses un peu compliquées. Nous, on est pour défendre tout le vivant, tous les êtres humains, tous les animaux, et on ne fait pas de stigmatisation ou de préférence entre un tel et un tel.
À propos de la vie quotidienne des Français et de leur porte-monnaie, on a vu récemment qu'ils ont réduit leurs dépenses alimentaires, Marine Tondelier, pour faire face à l'inflation. Ça provoque notamment une crise du bio, avec des ventes en recul entre 5 et 9% l'an dernier. On peut être écolo encore en période d'inflation ?
Vous voyez, le sujet là, ce n'est pas l'écologie. En premier lieu, c'est le sujet du pouvoir d'achat. Moi, je vais vous donner un chiffre de la Voix du Nord. C'est l'un contre l'autre, on a l'impression. Mais le prix du chariotest de la Voix du Nord a augmenté de 50% en 3 ans, le SMIC de 11%. Donc oui, le premier effet immédiat, c'est qu'on peut acheter moins. Et on voit, c'est l'IFOP qui a renseigné ça. Déjà, il y a 31% des Français qui, à partir du 10 du mois, vivent avec moins de 100 euros. Je ne sais pas si on se rend compte de ça. Le deuxième chiffre, c'est que 52% des Français achètent moins de fruits et légumes que 42% doivent supprimer certains repas.
Je ne sais pas si on se rend compte que des choses qui paraissaient logiques deviennent un luxe, en fait, dans ce pays. Manger, partir en vacances, étudier, prendre le train et manger bio. Et donc, il y a une double peine. C'est que les gens doivent restreindre leur quantité, mais doivent aussi restreindre la qualité. Et nous, écologistes, on ne se résigne pas à ce que les gens doivent choisir entre l'un et l'autre, voire aucun des deux. C'est-à-dire que non seulement tout le monde doit pouvoir manger à la fin dans ce pays. C'est quand même grave d'en arriver à dire ça pour la France.
Et deuxièmement, on ne peut pas me dire que la solution, c'est qu'on va mettre des fermes usines partout parce qu'en fait, on ne va pas faire une ségrégation dans ce pays parmi les gens, entre le fait qu'ils soient pauvres ou riches, sur la qualité de ce à quoi ils ont accès. Ce serait extrêmement grave parce que chacun a le droit à une alimentation de qualité et à ne pas être malade ni de la qualité de ce qu'il mange dans son assiette, ni de la manière dont c'est produit parce que souvent, ces fermes usines, ces agriculteurs intensifs sont aussi ceux qui habitent à proximité des nuisances de cet agro-business ne sont aussi pas forcément les plus riches. Vous voyez ce que je veux dire ?
C'est-à-dire que c'est à la fin une triple, quadruple peine. Le manque d'écologie repose, vous avez raison, toujours sur les mêmes personnes. On a toujours expliqué que la justice environnementale et la justice sociale étaient indissociablement liées et pour les causes et pour les conséquences.
Marine Tondelier, je vais revenir à cette sécheresse, cette chaleur et Sainte-Sauline d'où part, à côté de cette ville des Deux-Sèvres, par un cortège de l'eau aujourd'hui pour le partage de l'eau, pour demander un partage équitable de l'eau et protester contre les projets de méga-bassines, enfin méga-retenues d'eau qui sont utilisées par les agriculteurs. Cette manifestation, elle est interdite à Sainte-Sauline, c'est pour ça que le cortège part d'à côté. Est-ce que vous, vous allez rejoindre ce cortège à un moment ou à un autre dans sa progression vers Paris ?
Les écologistes seront mobilisés sur le cortège. Benoît Biteau, qui est paysan en Charente, qui est un des historiques de ce combat et qui est député européen écologiste et en ce moment même, avec beaucoup d'élus locaux et régionaux au départ de ce qu'on voit. C'est des centaines de cyclistes qui vont enfourcher leur vélo, des dizaines de paysans qui vont chevaucher leur tracteur sur 300 kilomètres pour rejoindre Paris. Et en fait, tout au long du parcours, des écologistes iront à leur rencontre, évidemment. C'est très important, cette marche.
Je vous l'ai dit qu'en fait, il y a quand même 85 villes qui n'ont pas d'eau potable là en ce moment, que les nappes phréatiques sont dans un état préoccupant malgré l'été pluvieux pour les raisons que je vous ai expliquées. Et en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que les bassines ne sont pas la solution. En fait, on est dans un monde où on voit qu'il y a des déséquilibres, une crise. Et donc parfois, pour pouvoir dire qu'on a fait un truc aux agriculteurs, aux gens, on trouve des fausses bonnes solutions.
On peut se dire, si comme moi, vos auditeurs ont un réservoir d'eau de pluie dans leur jardin, on peut se dire, c'est intelligent de récupérer la pluie quand il pleut et puis de la mettre quand il n'y a pas assez d'eau. Certes, les méga-bassines, ce n'est pas ça. Les méga-bassines, c'est des piscines géantes. Ça peut faire jusqu'à 260 000 m3 d'eau. Je ne sais pas si on se rend compte de ce que c'est. C'est 260 piscines olympiques, une. Autour de Sainte-Soligne, il va y en avoir 16. Et ce n'est pas des trucs qui se remplissent avec la pluie. Aussi, mais pas seulement. Ça va pomper dans la nappe phréatique.
C'est-à-dire que l'hiver, quand la nappe est censée se régénérer, on va les pomper dedans et donc perturber le cycle de l'eau pour que celles et ceux qui ont construit cette bassine, quand il y aura un arrêté sécheresse, que vous, vous n'aurez plus le droit d'arroser votre potager, de laver votre voiture, de remplir la piscine si vous en avez une pour vos enfants, votre famille, eux, ceux qui ont causé et aggravé le problème pourront continuer à servir de l'eau qu'ils auront pompée l'hiver. Et donc, on voit bien que ce n'est pas normal.
Ce n'est pas possible. Mais pour produire de la nourriture, pour élever des animaux, c'est quelque chose qui nous sert à terme. Évidemment.
Mais vous voyez bien que dans une France à plus 3, à plus 4 degrés, on ne peut pas continuer à cultiver de la même manière les mêmes choses au même endroit. Le maïs irrigué à outrance, dont d'ailleurs plus de 80% sert à nourrir, non pas à des humains, mais le bétail. On ne pourra plus continuer à fonctionner comme ça. On le sait, les agriculteurs le savent. Donc, on peut leur promettre que grâce aux bassines, tout va continuer comme avant. C'est faux. Et en plus, ça aggrave la ressource en eau et ça crée, je pense que c'est manifeste des tensions très fortes entre paysans, entre les productivistes et les non-productivistes.
Entre la population de ces territoires et l'agriculture intensive, on doit sortir par l'eau. Il faut un moratoire sur les bassines.
Et justement, vous ne craignez pas des débordements sur des accrochages sur ce cortège ? J'espère pas. J'ai toujours été pour la violence.
Oui, j'y étais. Je peux dire que je fais partie des gens qui en sont encore traumatisés parce que ce qui a été vécu par tous les gens présents à Sainte-Sauline était extrêmement traumatisant. Et donc, il y a une responsabilité et des personnes qui participent à ce qu'on voit qui sont non-violentes et qui feront en sorte que ça se passe bien, mais aussi des pouvoirs publics de faire en sorte que ça se passe bien. C'est ce que je souhaite et je pense,
j'espère que c'est ce que tout le monde souhaite. Marine Tondelier, la polémique du moment, c'est la participation du rappeur Medin à vos journées d'été d'Europe Écologie-Les Verts au Havre la semaine prochaine, rappelle le rappeur Medin qui est connu pour son engagement contre les violences policières et contre le racisme, mais qui a fait aussi des déclarations controversées, qui a fait le geste de la quenelle en public, qui a eu des déclarations homophobes, antisémites. Dernièrement, il a traité l'essayiste franco-gambienne et juive Rachel Kahn de Rescan P. Pourquoi l'avoir invité ?
On entendait dans le journal Noël Mamère, un ex-Europe Écologie-Les Verts qui disait « Vous prêtez le flanc aux critiques alors que votre discours en ce moment est si important.
Et je vous remercie d'ailleurs pendant un quart d'heure de m'avoir laissé parler d'écologie, de climat et c'était important de le faire. C'est aussi important de parler d'antisémitisme parce que c'est ça le sujet. Le sujet n'est pas que Médine ou les journées d'été des Verts, c'est l'antisémitisme. Et donc on va en parler. L'antisémitisme, c'est ce qui a conduit à l'oppression du peuple juif depuis des millénaires avec un paroxysme au moment de la Seconde Guerre mondiale, une volonté claire et déterminée d'exterminer les juifs d'Europe.
Ça a conduit à 6 millions de morts, deux tiers des juifs d'Europe à peu près qui disparaissent et avec des méthodes qui jusque-là dans l'histoire de l'humanité étaient inimaginables. C'est ça l'antisémitisme, c'est à ça que ça conduit. L'antisémitisme, il faut le condamner et le combattre partout et tout le temps. Les Verts le savent. On est, quelques-uns, avoir travaillé depuis quelques années, avoir mis en place un groupe de travail sur l'antisémitisme dans ce parti. Je remercie les militants qui ont fait ça parce qu'à ma connaissance, on est le seul parti à le faire. Après, l'antisémitisme, pour le combattre, il faut le connaître dans toutes les formes qu'il peut prendre.
Et donc inviter quelqu'un qui en est suspect ? Il y a des formes plus ou moins violentes, plus ou moins conscientes et il y a aussi beaucoup d'antisémitisme insidieux. Quand vous entendez, quand vous lisez un propos antisémite à relents antisémites, à connotations antisémites, il y a plein de manières de le dire, à la fin, c'est le même problème. Il n'y a pas besoin de tortiller. Quand c'est antisémite, c'est antisémite. Quand vous entendez ça, il y a deux cas possibles. Soit c'est une personne qui, de manière volontaire, assumée, en le revendiquant, se prévaut d'être antisémite, dont acte.
Soit, et c'est souvent le cas aussi dans ce pays, parce que l'antisémitisme peut être aussi très insidieux, il y a la partie immergée de l'iceberg et le reste. Ça peut être des gens qui ne prennent pas conscience de la portée de leurs propos, qui ne voient pas les souffrances que ça peut générer, qui ne sont pas forcément conscients. Ça peut être par maladresse, ça peut être par mimétisme, ça peut être par manque de culture sur le sujet, par manque de formation, par bêtise aussi, par ignorance, pour plein de raisons. Dans ces cas-là, pour moi, Mehdi n'est dans ce cas-là. Mais je vais dire, je ne suis pas sa porte-parole, je ne suis pas son avocate, c'est à lui de s'expliquer.
Vous n'étiez pas obligé de l'inviter ni de maintenir l'invitation ? Le tweet dont vous parlez a été fait par ailleurs après l'invitation. Ce que c'est juste, c'est qu'en 2008, pour ceux qui ne connaissent pas ses chansons, il a écrit une chanson qui s'appelle RERD, dans laquelle il dit clairement l'antisémitisme est un cancer. Je connais très peu d'artistes français qui soient exprimés aussi clairement sur le sujet, encore moins dans le milieu du rap. Parce que c'est un sujet extrêmement compliqué. Il l'a fait.
Et donc, s'il est capable d'écrire ça dans une chanson, de la chanter à multiples reprises, de l'assumer et de faire ce tweet, on voit bien que on a un problème sur le sujet en France, que ce n'est pas aussi simple que ça. Il faut le combattre pris à pied. Mais moi, ce que je vous dis, c'est que si vraiment on veut combattre l'antisémitisme, j'en ai parlé avec beaucoup d'associations spécialisées du sujet ces derniers temps. Parce que les manifestations, les tracts, les campagnes de sensibilisation et de formation, il faut continuer à les faire. Évidemment. Mais on voit bien que ça ne suffit pas.
Et que l'antisémitisme, pour des tas de raisons, des raisons historiques, des raisons géopolitiques et des raisons aussi de financement de pays étrangers qui payent les prédicateurs sur notre territoire national et qu'il faut combattre, du fait aussi que la mémoire de la Chaua est moins vivace, moins fraîche dans ce pays, pour plein de raisons. Puis aussi parce que l'antisémitisme, dans l'histoire, s'est toujours nourri des crises et que manifestement on en traverse plusieurs. L'antisémitisme dans un recrudescence.
Et pour le combattre efficacement, on a besoin aussi d'émetteurs qui vont expliquer, comme Médine l'a fait sur d'autres sujets, il a été capable d'expliquer que ce qu'il ressentait comme rappeur racisé élevé dans les quartiers populaires du Havre, il se sentait dans une convergence d'oppression avec des personnes victimes d'homophobie. Il a été capable de dire ça. Je veux qu'il soit capable de le dire aussi sur l'antisémitisme et je veux que chacun se rende compte de l'impact que ça aurait s'il était capable de le faire. Après, ce n'est pas au moins de m'expliquer, ce n'est pas à moi de le faire à sa place. Je souhaite qu'il le fasse évidemment chez nous le 24.
On l'a invité parce qu'il était du Havre. Il se trouve qu'on a invité Édouard Philippe et Médine, les deux personnes un peu connues du Havre. On attend sa réponse et il est invité pour faire un mot d'accueil républicain comme on le propose souvent aux maires des villes qui nous accueillent. Mais je vais vous dire, je serai extrêmement attentive à ce que Médine dira le 24 et à ce qu'il dira tous les jours qui suivront parce qu'il a, à présent, maintenant que cette polémique a été montée. Je pense qu'on s'en serait tous bien passés très concrètement. Elle est montée, je veux dire, elle est montée de fait. Je ne dis pas que c'est... Mais cette polémique manifestement est présente.
Elle a monté de jour en jour. Maintenant qu'elle est présente, je souhaite qu'elle serve au moins à faire en sorte de faire reculer l'antisémitisme dans ce pays. Et vraiment, je pense que si Médine réussit son exercice, prend conscience de ça et le dit à un vrai travail de fond et dans la durée sur le sujet, ça peut avoir un impact que d'autres n'auraient pas eu. Mais c'est sa responsabilité à lui
et j'y serai très attentive. Et l'invitation est donc maintenue. Marine Tondelier, secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts sur France Inter. Bonne journée à vous. Merci.
Marine Tondelier