L'invité de Bourdin Direct : Richard Ferrand - 21/10
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:38OuverteRéponse directe
Est-ce que ce jour-là, tous les députés, comme les sénateurs et tous les élus de la nation, seront présents dans les établissements scolaires ?
- 2:55OuverteRéponse directe
Il y a des choses qui ont changé, mais des choses que nous avons collectivement eu tort de laisser changer ?
- 4:07FerméeRéponse directe
Rétablir l'autorité des enseignants ?
- 5:05RelanceRéponse directe
La désunion politique, quels mauvais exemples n'ont donné aux Français ?
- 7:04OuverteRéponse directe
Est-ce que vous souhaitez que tous les députés votent la loi séparatisme ?
- 8:16OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes favorable à l'interdiction de porter le voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:19Invité politiqueChiffre
« Hommage ce soir à Samuel Paty à la Sorbonne, 300 à 500 personnes, tous les corps constitués, les anciens présidents, les anciens premiers ministres. »
- 0:33Invité politiqueFait
« Hier, je recevais Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation Nationale, qui me parlait de ce qui allait se passer le 2 novembre, jour de la rentrée. »
- 2:31Invité politiqueFait
« Il est difficile d'enseigner. Il est difficile d'enseigner la morale. Il est difficile d'enseigner le civisme. »
- 4:50Invité politiqueFait
« Vous le constatez dans la classe politique. D'ailleurs, je lis ce qu'a déclaré hier Éric Dupond-Moretti. À peine la tragédie était-elle publique que les politiciens s'en servaient déjà avec cynisme à des fins électoralistes. »
- 7:04Invité politiquePromesse
« Il y aura cette loi sur le séparatisme, ou pour la défense de la laïcité, qui sera présentée le 9 décembre prochain. »
- 11:56Invité politiqueFait
« Les caricatures de Mahomet et notamment celles représentant nus, Mahomet, en train de prier une étoile sur les fesses puissent heurter, choquer des croyants ? »
- 14:24Invité politiqueFait
« Dissolution du CCIF, le collectif contre l'islamophobie en France, oui, c'était prévu aujourd'hui puis finalement c'est reporté d'une semaine. »
- 15:13PrésentateurChiffre
« Depuis 2015, ce sont 62 tentatives ou préparatifs d'attentats qui ont été déjoués. 31 depuis 2017. »
- 15:21PrésentateurFait
« Ce sont 7 lieux de culte qui ont été définitivement fermés parce que c'était des lieux de haine et de propagation d'islamisme politique qui n'avaient rien à voir avec la foi des musulmans. »
- 15:50Invité politiquePromesse
« Le Premier ministre annonce la création d'un délit de mise en danger d'autrui. »
Temps de parole
- Présentateur71 %
- Invité politique29 %
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Vous écoutez RMC, RMC Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin.
Richard Ferrand, bonjour. Bonjour M. Bourdin. Président de l'Assemblée Nationale, hommage ce soir à Samuel Paty à la Sorbonne, 300 à 500 personnes, tous les corps constitués, les anciens présidents, les anciens premiers ministres, vous y serez évidemment, hommage. Hier, je recevais Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation Nationale, qui me parlait de ce qui allait se passer le 2 novembre, jour de la rentrée. Est-ce que ce jour-là, tous les députés, comme les sénateurs et tous les élus de la nation, seront présents dans les établissements scolaires ? C'est ce qu'a demandé Jean-Michel Blanquer.
Évidemment, je le souhaite. Et beaucoup de parlementaires y avaient spontanément pensé. Hier, face à la colonnade du Palais Bourbon, nous nous sommes rassemblés, tous les députés de toutes les sensibilités, pour rendre un hommage à M. Paty. D'ailleurs, permettez-moi, M. Bourdin, d'avoir une pensée à la fois pour le fils de M. Paty, sa famille, ses proches, ses collègues professeurs et tous les professeurs de France, mais aussi ses élèves, qui, naturellement, et comme nous tous, ont été bouleversés et sont atteints dans leur vie, dans leur profession, dans leur intimité.
Je crois qu'il faut d'abord, quand on rend hommage aux défunts, à la victime d'un acte d'une barbarie indicible, il faut penser aussi à tous ceux qui restent, qui vont vivre avec cette souffrance. L'Assemblée nationale a voulu exprimer symboliquement que toute la nation, tout le pays, était endeuillé, était proche de tous ceux qui souffrent et dont nous faisons partie. Parce que vous savez, nous sommes tous allés à l'école. Nous sommes tous profs, écrit Brigitte Macron. Oui, mais ce que je veux dire, c'est que quand j'ai entendu vendredi l'événement, sont revenues dans mon esprit les images des professeurs auxquels nous devons tant.
J'ai pensé à tel prof d'histoire, tel prof de français, qui m'a instruit, qui m'a fait découvrir, au fond, l'intérêt d'apprendre.
Oui, mais les époques ont changé. Oui, mais c'est pour ça que nous sommes tous sensibles, parce que tous nous avons eu des professeurs. Richard Ferrand, les époques ont changé. Aujourd'hui, il est difficile d'enseigner. Il est difficile d'enseigner la morale. Il est difficile d'enseigner le civisme. J'ai beaucoup de copains profs, ils me le disent. Oui, ils vous le disent. Bien sûr. Ils vous le disent, mais il va falloir que l'État, que la nation tout entière, fasse quelque chose pour eux, qu'on leur permette d'exercer. Nous sommes sur des braises. C'est ce que je lisais ce matin dans Libération. C'est ce que disent les profs.
Il y a, me semble-t-il, depuis plusieurs décennies, en effet, des choses qui ont changé, mais des choses que nous avons sans doute collectivement eu tort de laisser changer. Moi, je suis parent d'enfants scolarisés. Oui. Je trouve d'abord que les parents devraient rester hors de l'école et foutre la paix aux profs. Vous comprenez ? Il y a parfois des mélanges de genre. C'est-à-dire que les parents doivent évidemment donner l'éducation à leurs enfants, mais ce sont les professeurs qui sont chargés de l'instruction. Ils ne sont pas chargés de se substituer aux parents défaillants, pas plus que les parents n'ont à venir dire comment il faut t'enseigner, etc.
Donc, il faut remettre un peu d'ordre dans cette manière de faire. Ce n'est pas un lieu de démocratie participative, l'école. L'école, c'est un endroit où on instruit des enfants. Et d'ailleurs, je note que Jean-Michel Blanquer a eu l'occasion de rappeler ça. Ça, c'est une première chose. La deuxième chose, c'est qu'il faut cesser, il faut fermer toutes les trappes à contestation, si je puis dire, de l'action des professeurs. C'est-à-dire, quelles sont ces trappes à contestation ? Ça veut dire que si un professeur prend une sanction, met un mot dans le cahier ou des choses comme ça, immédiatement, tel ou tel parent va dire, « Oui, mais enfin, pourquoi mon fils ? » Non, il faut arrêter.
Il faut arrêter. Rétablir l'autorité des enseignants ? Absolument, absolument, de manière claire. Et l'administration est tout à fait capable, s'il y a des manquements, ça peut arriver comme dans tout métier, de faire en sorte qu'un tel ou un tel soit rectifié. Donc, oui, il faut redonner la pleine autorité aux enseignants.
Autorité donnée aux enseignants. Hier, moi, je voudrais insister sur l'exemple donné par la classe politique. Hier, une minute de silence à l'Assemblée nationale sur les marches du Palais Bourbon. Ensuite, il y a eu une minute de silence dans l'hémicycle après votre discours, Richard Ferrand. Et puis, ça, c'est l'union. Et puis, la désunion, si vite, si rapidement. Vous le constatez dans la classe politique. D'ailleurs, je lis ce qu'a déclaré hier Éric Dupond-Moretti. À peine la tragédie était-elle publique que les politiciens s'en servaient déjà avec cynisme à des fins électoralistes. Dites-moi, la désunion politique, quels mauvais exemples n'ont donné aux Français.
J'ai eu l'occasion hier, lorsque je présidais les questions au gouvernement, de rappeler justement cette dimension. En disant d'abord que, non seulement hier, ce n'était pas un jour comme les autres, mais que par surcroît et d'une manière générale, quand on pose des questions au gouvernement, la moindre des choses serait d'écouter les réponses. qu'en effet, il y ait des secteurs, il y ait des domaines, la lutte contre le terrorisme, la santé, qui demandent qu'on évite les polémiques et qui demandent que chacun de nous donne le meilleur. Parce que c'est notre nation qui souffre.
Et qu'en effet, il n'y ait pas de tentative d'expliquer que l'on ferait mieux si on était à la place de l'autre, etc. Tout ça est dérisoire. Les Français sont-ils dupes ? Bien sûr que non. Mais bien sûr que non. Mais ça veut dire que ceux qui font des querelles subalternes, je pense qu'ils les fréquentent trop peu, les Français. Parce que les Français, moi, je les fréquente. Et je peux vous dire que les gens ne sont dupes de rien.
Mais il y a une forme de résignation, Richard Ferrand. Quand on est, soyons honnêtes, dimanche à Paris ou dans les villes de Provence, il n'y avait pas tant de monde que ça. Il n'y avait pas beaucoup de drapeaux tricolores. Il n'y avait pas beaucoup de marseillaises. Vous l'avez constaté ? Oui, bien sûr. Donc où est l'unité nationale ?
Où est-elle ? Je ne crois pas qu'il faille parler forcément de résignation. Mais je crois que beaucoup de nos compatriotes, mais comme nous-mêmes, nous disons qu'il faut agir, qu'il faut prévenir ce type de drame. Et au fond, il y a comme une lassitude des hommages. Ce que l'on voudrait, c'est n'avoir aucun hommage à rendre à l'avenir. Et je crois qu'il y a donc une forme de tristesse. Certains se sont spontanément déplacés, d'autres non. Mais il ne faut pas y voir de l'indifférence. Il faut y voir plutôt de l'abattement.
Richard Ferrand, il y aura cette loi sur le séparatisme, ou pour la défense de la laïcité, qui sera présentée le 9 décembre prochain, ensuite présentée à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous souhaitez que tous les députés la votent ? Est-ce que vous aimeriez que tous les députés votent cette loi séparatisme ?
Bien sûr qu'en la matière, je souhaiterais qu'on aboutisse à un consensus national. Ne serait-ce pas l'occasion, à travers cette loi, de montrer une concorde nationale ? Mais bien sûr que si. Mais vous savez, M. Bourdin, je suis prêt à déplorer par avance qu'il y aura certains qui vont dire au gouvernement « Vous n'en faites pas assez, si c'était nous, on ferait plus et ce serait mieux. » Et d'autres qui vont dire « Mais vous en faites beaucoup trop, c'est une atteinte aux libertés. » Alors que la réalité, c'est au fond de pouvoir doter le gouvernement de moyens juridiques d'agir face à des situations où aujourd'hui, on ne peut pas agir.
Et comme on respecte l'état de droit, quand la loi n'autorise pas telle ou telle action de prévention, on ne peut pas l'accomplir.
Alors Richard Ferrand, justement, on attend les mesures de cette loi séparatisme. Par exemple, je ne sais pas moi, l'interdiction de la scolarisation à domicile. Dites-moi, est-ce que vous êtes favorable, ça ne sera pas dans la loi probablement, est-ce que vous êtes favorable à l'interdiction de porter le voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires ? Permettez-moi, je vais répondre bien sûr.
Permettez-moi d'observer que le Président de la République a présenté ce texte le 2 octobre. Le 2 octobre, oui. C'est-à-dire bien avant que l'événement tragique que nous avons vécu ne se déroule. Ce qui montre bien que les services de renseignement font leur travail, savent qu'il y a un certain nombre de dangers qu'il faut éviter, qu'il faut traquer. Sur la question de savoir si on peut être voilé quand on accompagne des enfants, et si j'y suis défavorable, évidemment que non. Évidemment que non, parce qu'il ne faut pas tout mélanger. N'est-ce pas ? Il y a une loi qui dit qu'on ne doit pas se cacher le visage. C'est une chose. Mais pour le reste, la liberté de se vêtir est totale.
Et vous savez ce qui est important ? C'est qu'il y ait des mamans qui accompagnent les enfants. Ça c'est important. Sinon, si vous retoquez des personnes parce qu'elles auraient tel ou tel habit, finalement vous les confinez dans leur logement pour l'éternité et vous empêchez la vie sociale.
Il y a un an, Emmanuel Macron disait « Le port du voile dans l'espace public n'est pas mon affaire. » Ben oui, c'est ce que je vous dis. Mais bien sûr. Mais à l'Assemblée nationale aussi. À l'Assemblée nationale, dans l'hémicycle, le port du voile est interdit.
Mais il est permis ailleurs. Oui, c'est-à-dire que dans l'hémicycle, il y a un certain nombre de règles qui font qu'on ne pourrait pas le porter. Mais lorsqu'on est auditionné dans une commission, etc. Mais M. Bourdin... Donc vous n'avez pas compris la réaction de certains députés de La République En Marche ? Mais je leur ai répondu tout simplement qu'il y a une liberté de se vêtir et il y a une liberté de s'indigner. Enfin, on ne va pas tout proscrire.
On a le droit de dire, on a le droit d'abord de laisser les gens arriver dans cette tenue, mais on a le droit de dire, ce qu'a fait d'ailleurs une députée, je suis choqué, je suis scandalisé, je considère que c'est contraire à l'idée que je me fais de la liberté des femmes, etc. La liberté d'expression, ce n'est pas que dans un, dans un sens, on a le droit de se vêtir comme ceci ou comme cela, mais on a aussi le droit de s'indigner quand elle ou quand elle... Parce que notre liberté d'expression, on a le droit de faire des caricatures et on a le droit de les critiquer.
Ce qu'on n'a pas le droit, n'est-ce pas, c'est de tuer, c'est d'assassiner, mais on a le droit de critiquer tout comme on a le droit de caricaturer. C'est ça la France, c'est le droit de s'engueuler, de débattre, d'exprimer des points de vue différents. Ce n'est certainement pas par la loi de dire, vous n'avez pas le droit de faire ci, vous n'avez pas le droit de faire ça.
Mais est-ce que vous comprenez Gérald Darmanin quand il dit, c'était hier soir sur BFM TV, ça me choque de voir dans des rayons de supermarché des endroits où il n'y a que des produits halal ou des produits cachers.
Moi, ça ne me choque pas. Moi, quand je fais mes courses, je vais au rayon produits bretons, vous voyez, parce que je suis breton et je vais vers les produits du terroir. Voilà. Ensuite, vous savez, moi, dans ma circonscription à Châtelain, il y a une grande entreprise qui exporte 500 000 tonnes de poulet par an vers l'Arabie Saoudite et c'est du poulet halal. Alors, je constate que quand ça permet à des filières entières de vivre, à des entreprises de prospérer, eh bien, on considère qu'on s'adapte à la demande du marché. Donc, ce n'est pas un sujet.
Alors, il y a des victimes collatérales de ce qui s'est passé vendredi. Les musulmans. Les musulmans. Les français musulmans. Les français musulmans. Comprenez-vous que les caricatures de Mahomet et notamment celles représentant nus, Mahomet, en train de prier une étoile sur les fesses puissent heurter, choquer des croyants ?
Mais, il y a beaucoup d'expressions libres dans notre société qui, moi, me choquent. Donc, je conçois parfaitement choqué qu'un tel ou un tel puisse être heurté. Eh bien, ça, c'est une chose. C'est la liberté aussi que de ne pas être satisfait de voir des choses. Mais, pour autant, ça n'enlève aucune liberté aux caricaturistes. C'est ça qu'il faut comprendre.
Mais, attention, n'y a-t-il pas un risque de les oublier, ces français musulmans ? De les laisser de côté, ces français musulmans ? Richard Perron.
Il y aurait un risque à, justement, tout amalgamé. Ceux qui usurpent une religion pour tuer, pour assassiner, n'ont absolument rien à voir, ni de près, ni de loin, avec ceux qui pratiquent librement une foi, quelle qu'elle soit. Et, bien évidemment, bien évidemment, qu'il faut être solidaire et attentif à ceux qui vivent leur foi paisiblement et surtout, comprendre qu'ils n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé.
il ne faut pas confondre l'exercice d'un culte dans le cadre des lois de la République et puis, un assassin manipulé par ceux qui font ce qu'on appelle de l'islam politique, c'est-à-dire qui veulent tirer de la foi au fond, l'idée que les lois de la République devraient se soumettre à des lois religieuses et qui ainsi veulent manipuler, déstabiliser. ça n'a rien à voir.
Alors, le gouvernement, le président de la République ont choisi l'action. C'est ce qu'aujourd'hui ils essaient de montrer. La mosquée de Pantin qui est fermée pendant six mois, il y a beaucoup de fidèles qui se sentent lésés, qui ne pourront plus aller à la mosquée, qui ne pourront plus aller prier. Oui, mais enfin,
cette mosquée n'est pas fermée pour être désagréable, si je puis dire. Elle est fermée parce qu'un certain nombre de personnes qui l'ont fréquentée ont colporté des messages haineux. Et donc moi, je fais confiance.
Notamment l'imam.
Notamment l'imam, un des imams. Donc moi, je fais confiance, évidemment, à la fois aux autres imams et aux fidèles pour justement discuter et considérer qu'un lieu de culte c'est a priori un lieu d'amour et pas un lieu où on déverse de la haine.
Mais pour prendre des décisions, le gouvernement veut passer à l'action. Dissolution du CCIF, le collectif contre l'islamophobie en France, oui, c'était prévu aujourd'hui puis finalement c'est reporté d'une semaine. Et puis, toutes les mesures que l'on peut prendre, que l'on doit prendre, il faut passer devant le Conseil d'État, il faut passer devant le Conseil constitutionnel. Les lois risquent d'être censurées. Bien difficile d'imposer l'action. Non ?
Vous préférez quoi ? La dictature ? Un État de droit ? Bon, nous sommes un État de droit. Ce n'est pas parce qu'il y a des barbares qui agissent que nous devons nous-mêmes agir comme des gens qui ne seraient pas des démocrates. et nous sommes dans un État de droit. Mais, justement, nous voulons prendre toutes les dispositions qui sont aujourd'hui nécessaires pour que le gouvernement puisse agir plus. Mais permettez-moi de dire que tout de même, depuis 2015, ce sont 62 tentatives ou préparatifs d'attentats qui ont été déjoués. 31 depuis 2017.
Ce sont 7 lieux de culte qui ont été définitivement fermés parce que c'était des lieux de haine et de propagation d'islamisme politique qui n'avaient rien à voir avec la foi des musulmans. Pensez à tous ces policiers, à tous ceux qui font du renseignement, à ceux qui s'infiltrent. Ne pensons pas que l'on ne fait rien. Ne pensons pas cela. Je vous assure que depuis le traumatisme, évidemment, collectif qu'il y a eu lors des attentats de 2015, il y a eu une mobilisation comme jamais. 1000 postes supplémentaires ont été créés sur le renseignement et la sécurité intérieure.
Avec un énorme souci. Ce sont les réseaux sociaux. Un énorme souci. Le Premier ministre annonce la création d'un délit de mise en danger d'autrui. Les réseaux sociaux, comment les réguler ? Comment les contrôler ? Comment faire en sorte que des messages haineux ne soient pas divulgués, diffusés à longueur de temps ?
Il va falloir là être justement en termes législatifs, imaginatifs. Et contrairement à ce que vous avez dit, si je peux me permettre, nous allons aller vite. Il ne faut pas croire que d'abord, tout lambine. Ce n'est pas vrai. Ça ne lambine pas tant que ça, mais simplement, il y a des étapes à franchir. Sur les réseaux sociaux, vous savez, aujourd'hui, il existe par exemple dans notre droit ce qu'on appelle le référé liberté. C'est-à-dire que vous saisissez un magistrat qui sous 24 heures doit se prononcer. Après tout, pourquoi ne pas imaginer un référé sécurité ?
C'est-à-dire qui ferait que dès qu'apparaît une incitation à la haine sur les réseaux sociaux, un magistrat puisse ordonner sans délai le fait de le supprimer. Qui va décider ? Incitation à la haine, c'est le magistrat, c'est tout de suite le juge. Le juge.
Donc les réseaux sociaux sous surveillance ?
Mais pas sous surveillance. Il est simplement interdit d'inciter à la haine. Et donc, que ce soit ici, à votre micro, ou sur un des réseaux sociaux. Alors, effectivement, vous avez raison de dire qu'on ne peut pas à la fois interdire les réseaux sociaux, on ne peut pas de manière administrative dire ça c'est pas bien, ça c'est bien, sinon c'est la liberté d'expression que l'on atteint. En revanche, pouvoir saisir un juge qui réagit à grande vitesse et qui fait retirer telle ou telle chose, ça me parait à la fois efficace et respectueux de l'état de droit.
Richard Ferrand, je voudrais terminer sur le Covid-19 parce que l'épidémie est en train de gagner du terrain. Est-ce qu'il faut se préparer, selon vous, à un reconfinement ? L'Irlande a reconfiné, seules les écoles restent ouvertes, d'autres pays pensent. Franchement, est-ce que ça nous pend au nez ? Je crois vraiment que,
d'abord, tout est fait pour l'éviter. Et je crois que nous-mêmes, il nous faut tout faire pour l'éviter. Ça tient à chacun de nous, finalement, de faire attention pour éviter la propagation du virus. Donc, évidemment que l'objectif, c'est de ne pas avoir à subir un reconfinement, évidemment, mais ça veut dire qu'il faut accepter, comme c'est le cas en Belgique, comme c'est le cas en Italie, en Slovénie, en Allemagne, en Espagne et ailleurs, les mesures contraignantes que nous subissons les uns et les autres. C'est l'écho que nous devons donner à la lutte collective contre la propagation de ce virus.
Et puis, je vais terminer avec les élections du mois de mars, élections locales et régionales. Est-ce que vous demandez le report de ces élections ?
Moi, quand on me demande mon avis, je dis une chose simple. Vous savez, on a eu dit pour les municipales, puisqu'on peut aller acheter sa baguette de pain, on peut donc aller voter. Certes. Sauf que, une élection, ce n'est pas que le jour du scrutin. Une élection, c'est une campagne électorale. on fait du porte-à-porte, on fait des réunions publiques, on fait des débats, on essaye de convaincre. Eh bien, tout cela est impossible aujourd'hui. Et le sera très vraisemblablement dans les mois qui viennent.
Donc, il me paraît que, si on veut bien admettre qu'une élection, ce n'est pas simplement le jour du vote, mais c'est un moment de vie démocratique, alors il me semble que la sagesse devrait conduire au report de ces élections. Vous demandez le report. Je le souhaite. Si, je voudrais ajouter un autre point. Oui. Au moment, au moment où nous sommes en train de mettre en oeuvre le plan de relance le plus colossal de notre histoire, un quart du produit intérieur brut. Il me semble que les exécutifs en charge de l'investissement public local gagneraient à rester stables pour justement pouvoir porter, pouvoir faire se concrétiser le plan de relance. Donc,
le report de trois mois ? Voilà.
Il faut en discuter. Je n'ai pas de religion. Oui. Mais je crois véritablement qu'il ne serait pas sage surtout après l'expérience des municipales. Tout le monde s'en souvient. Il ne serait pas sage de récidiver, si je puis dire. Nous sommes éclairés. Alors, je sais que le président de la République est en quête d'un consensus pour éventuellement le décider. Moi, personnellement, je sais très bien que le consensus, il sera silencieux, mais que la décision, dès qu'elle sera prise, eh bien, il y aura des querelles. Mais chacun est conscient, je crois, au fond de lui, qu'il n'est pas sérieux par les temps qui courent de dire on va finalement faire une campagne électorale.
Chacun sait qu'on ne pourra pas la faire comme notre démocratie l'exige.
Merci, Richard Ferrand, d'être venu nous voir ce matin, président de l'Assemblée nationale sur RMC et BFM TV.