Conférence de presse de Marine Le Pen (25 octobre 2013)
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« Après les chiffres publiés hier soir qui montrent une nouvelle fois une très forte hausse du chômage, un plus de 60 000 »
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« Un chiffre du chômage en août, qui n'était qu'une mauvaise plaisanterie, la baisse affichée n'étant largement que le résultat d'un bug téléphonique »
- 3:38Invité politiqueFait
« L'ouverture totale des frontières économiques doit cesser parce que l'heure est grave »
- 3:52Invité politiquePromesse
« La France doit adopter sans tarder et même si les traités européens l'interdisent formellement des outils de protectionnisme intelligent »
- 4:41Invité politiquePromesse
« Vous le savez, nous proposons un référendum sur l'appartenance de la France à l'Union Européenne précédé de la renégociation de quatre points majeurs »
- 5:18Invité politiqueFait
« L'Europe est la seule région au monde qui, cinq ans après la crise financière, n'a pas retrouvé la croissance »
- 5:28Invité politiqueChiffre
« S'il y avait une baisse de 10% du taux de change par rapport au dollar, nous augmenterions notre richesse nationale de 1,2% »
- 5:34Invité politiqueChiffre
« On créerait 150 000 emplois et on réduirait le déficit de 12 milliards »
- 7:25Invité politiqueFait
« Une réalité qui donne des idées folles à certains, comme le FMI, qui dans un tout récent rapport suggère une taxe généralisée de 10% sur l'épargne des habitants de la zone euro »
- 8:12Invité politiquePromesse
« Sur le dossier PSA, je réitère ma demande de voir l'État prendre une participation majoritaire »
Temps de parole
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Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre présence à cette conférence de presse essentiellement consacrée au chômage et baptisée « Pas d'inversion de la cour sans inversion de politique ». Après les chiffres publiés hier soir qui montrent une nouvelle fois une très forte hausse du chômage, un plus de 60 000, que ni les bugs du réseau mobile, ni les contrats aidés, ni les éventuels artifices statistiques n'arrivent à inverser parce qu'elle traduit malheureusement un mouvement de fond, je suis très inquiète sur la capacité du gouvernement et du chef de l'État à tenir leur engagement d'inversion de la cour en 2013. Nous parlons bien sûr d'inversion réelle et durable.
D'une manière générale, ce gouvernement, comme le précédent, a perdu toute boussole économique. Bruxelles est austérique cap de l'intérêt de la nation, des jeunes, du travailleur. Je n'accepterai pas qu'après un quinquennat Sarkozy pour rien, qui a vu augmenter tout à la fois chômage, pauvreté, inégalité et têtes, on embarque à nouveau les Français dans un nouveau quinquennat pour rien, comme le précédent. Ce gouvernement, en fonction des circonstances donnant au pays le sentiment justifié de n'avoir aucun cas. Un élément récent me confirme cette impression.
Un chiffre du chômage en août, qui n'était qu'une mauvaise plaisanterie, la baisse affichée n'étant largement que le résultat d'un bug téléphonique, cela en dit long sur l'incompétence même dans la mesure du chômage, et sur une certaine forme, il faut le dire, de désinvolture du gouvernement. Le flop total des contrats de génération, qui était pourtant présenté pendant la campagne présidentielle comme le remède miracle au chômage des jeunes, et dont nous savions, nous, qu'il n'était qu'une petite rustine sans impact majeur sur le marché du travail. On nous annonce aujourd'hui benoîtement que cela ne marche pas. Mais maintenant, après ce constat, que fait-on ?
Les annonces souvent confirmées, parfois immédiatement infirmées, de création de nouvelles taxes sans aucune cohérence. On repense à cette intervention présidentielle incroyable à la rentrée, lorsque le président était interviewé par Claire Chazal, et où il riait en disant qu'effectivement, l'imagination fiscale est sans limite. On apprend aujourd'hui que la taxe Red Bull est une fois reportée, verra finalement le jour, et qu'en même temps, l'épargne des PEL, des PEA et des assurances vie va être considérablement alourdie. Quelle est la logique ? Que veut le gouvernement ? C'est-il où il va ? Tout cela n'est ni drôle, ni sérieux, c'est très grave.
Alors je suis inquiète pour deux raisons principales. D'abord, je vois à l'horizon aucun changement de cap en matière de politique économique et européenne. Les deux sont intimement liés. La France se retrouve aujourd'hui totalement désarmée face à la mondialisation sauvage parce que ses gouvernements l'ont mis sous le carcan de l'Union européenne. La France reste sous la domination d'une idéologie mortifère dictée par des intérêts financiers qui ne sont pas les intérêts du peuple français. La finance internationale, les grandes banques très puissantes et influentes dans les sphères européennes dictent aux nations de notre continent des politiques économiques absurdes pour les peuples.
François Hollande disait que cette finance était son ennemi. Je pense qu'elle est aujourd'hui son maître. Hollande, comme Sarkozy avant lui, est le président des banques. Il découle de cette soumission aux intérêts de la finance via le rouleau compresseur européen, une triple contrainte face à laquelle je propose une triple offensive. Premièrement, l'ouverture totale des frontières économiques doit cesser parce que l'heure est grave, parce qu'il en va d'intérêts stratégiques et vitaux pour certaines industries comme l'automobile, la sidérurgie, l'agroalimentaire.
La France doit adopter sans tarder et même si les traités européens l'interdisent formellement des outils de protectionnisme intelligent. En d'autres termes, je demande une première offensive protectionniste pour faire de nos frontières des filtres et des protections contre la concurrence internationale des loyales. Droits de douane, quotas d'importation et normes adaptées seront des outils. Je le répète une nouvelle fois, maîtriser les frontières ne veut pas dire les fermer. Ceux qui utilisent cet argument sont de mauvaise foi. Et je le répète aussi une nouvelle fois, faire du protectionnisme ce n'est pas se couper des échanges mondiaux, cesser de vouloir converser.
Beaucoup de pays du monde font du protectionnisme. La France, l'Union Européenne sont en réalité l'anomalie. Les autres pays se protègent légitimement. Vous le savez, nous proposons un référendum sur l'appartenance de la France à l'Union Européenne précédé de la renégociation de quatre points majeurs. Et le protectionnisme en fait partie. Mais même avant ce référendum, il faut agir dans l'intérêt supérieur de notre nation et pour l'emploi. L'euro et l'euro cher sont des aberrations économiques et sociales qu'il faut corriger. Je me réjouis de constater que le débat sur la monnaie unique gagne du terrain dans les milieux économiques, parmi les chefs d'entreprise notamment.
Je rappelle aussi ce qu'a dit tout récemment Arnaud Montebourg selon le rapport du journal Le Parisien. Et j'ouvre les guillemets. L'Europe est la seule région au monde qui, cinq ans après la crise financière, n'a pas retrouvé la croissance. L'euro est trop cher, disait-il. S'il y avait une baisse de 10% du taux de change par rapport au dollar, nous augmenterions notre richesse nationale de 1,2%. On créerait 150 000 emplois et on réduirait le déficit de 12 milliards. Et, continuait-il, si l'euro baissait de 20%, tiens, on s'approche quand même des propositions de taux de change du franc. Il aurait le déficit extérieur, 300 000 emplois et réduirait d'un tiers le déficit.
J'y reviendrai dans un instant. Oui, nous le savons. L'euro est l'une des raisons majeures de la désindustrialisation. Le groupe PSA a lui-même fait savoir que la charté de la monnaie unique face aux monnaies brésiliennes et russes avait très significativement fait baisser ses ventes dans ces deux pays. Les exemples sont multiples et cela m'amène à la deuxième offensive que je propose, l'offensive monétaire. Je demande au Premier ministre d'installer autour de lui un groupe de travail sur l'euro, composé d'économistes de tout le monde, des économistes autorisés parce que conformes à la politique menée depuis 30 ans.
Ce groupe de travail devrait rendre ses travaux avant la fin de l'année, ce qui permettrait une prise de décision dès le début de l'année prochaine. Parmi ces membres, indispensables pour éclairer le débat, je pense à Jacques Sapir, Jean-Jacques Rosa, Jean-Pierre Vespérini ou encore Gérard Laffet. La question est trop sérieuse. Pour que les Français acceptent encore longtemps qu'on la balaie d'un revers de la main et qu'on refuse le débat de fond au plus haut sommet de l'État, c'est irresponsable.
L'euro, réalisation, l'euro, perd de l'austérité qu'on impose à des nations entières au nom de sa survie, de la Grèce à l'Irlande en passant par le Portugal, l'Italie, l'Espagne et de plus en plus la France, au point qu'il n'est pas illégitime aujourd'hui de parler d'euro-austérité. Une réalité qui donne des idées folles à certains, comme le FMI, qui dans un tout récent rapport suggère une taxe généralisée de 10% sur l'épargne des habitants de la zone euro, dans l'idée de ramener la dette de ces pays à son niveau de 2007, ou comment organiser un vaste racket bancaire, un gigantesque hold-up au nom de l'idéologie ultra-libérale.
Je demande dès maintenant la mise en place d'une priorité au PME dans l'attribution des marchés publics. Loi achetons français pour donner la priorité aux productions made in France dans les achats de l'État, des collectivités territoriales et des entreprises publiques ou de services publics. Sur le dossier PSA, je réitère ma demande de voir l'État prendre une participation majoritaire, peut-être via la caisse des dépôts et consignations, et même à titre de temps. La solution chinoise serait rapidement majoritaire au capital, et se traduirait par une perte irrémédiate du savoir-faire industriel vers la Chine, ainsi évidemment que la délocalisation de nombreux emplois et centres de recherche.
La France ne peut pas se permettre de perdre le contrôle stratégique d'un secteur industriel aussi important et riche en emplois que l'automobile. À côté de ces points essentiels qui tiennent à la politique économique de la France, la seconde inquiétude concerne l'équipe gouvernementale dans son ensemble. Et je pense qu'il y a péril en la demeure gouvernementale. Jean-Marc Ayrault d'abord. Il est manifestement aux abonnés absents. Que pense-t-il de la situation économique de la France ? Et que compte-t-il faire, à part encourager la création d'un peu nouveau et de renforcer l'austérité pour être un bon petit soldat européen ? On n'en sait rien.
Pierre Moscovici, inexistant et inaudible lui aussi, sans doute trop préoccupé, a régler ses comptes avec Bernard Casse-Neuve, le ministre du Budget, et a préparé son atterrissage en douceur à la Commission européenne après les déculottées électorales à venir du printemps prochain. Il n'est pas à la hauteur et nous lui demandons de se consacrer avec tout le sérieux nécessaire aux tâches difficiles qui sont censées être les siennes. Vu les transferts massifs de compétences au profit de l'Union européenne, en particulier dans le domaine économique, on peut même se demander si aujourd'hui le ministre de l'Économie et des Finances n'est pas devenu une sorte d'emploi fictif.
Michel Sapin, qui n'a pas d'autre rôle que de sortir une fois par mois, nous donner les chiffres du chômage, nous alertant quelques jours avant sur la mauvaise tendance et nous promettant quelques jours après que la prochaine fois ça ira mieux. C'est en général chez M. Bourdin d'ailleurs. Mais le cas le plus problématique est évidemment celui d'Arnaud Montebourg. On se souvient que pendant la campagne interne au Parti Socialiste, c'est le seul qui avait eu le courage, parce que nous les avions mis dans le débat public bien sûr, d'aborder les questions du patriotisme économique et du protectionnisme.
Aujourd'hui encore, parfois, il lui arrive dans ses paroles, en tout cas d'avoir un éclair de lucidité et de regretter que la zone euro soit la zone économique la plus ouverte du monde et la moins protectrice pour les intérêts des peuples. Il sait en réalité tout ça. Il sait que nous n'y arriverons pas si nous ne retrouvons pas notre capacité à soutenir l'industrie française et la maîtrise de nos frontières économiques nationales. Mais il est bloqué. Bloqué par son appartenance à un gouvernement libre-échangiste comme les autres, soumis lui aussi et comme le précédent au dogme dévastateur de l'Union européenne.
On le voit bien sur l'euro et la déclaration que je vous ai rapportée tout à l'heure. Combien de corps Arnaud Montebourg va-t-il continuer de s'indigner sur l'euro-chère qui nous plombe ou nous endette avant d'agir ? À quoi sert-il de se plaindre si on n'en tire aucune conséquence et qu'on n'agit pas ? N'est-ce pas encore plus immoral de ne rien faire quand on a fait soi-même la bonne analyse ? Arnaud Montebourg le sait bien, l'euro ne baissera pas. Parce que la BCE est totalement indépendante et parce que l'Allemagne ne le veut pas.
La responsabilité d'un dirigeant politique est de tout faire pour secourir son peuple et ses intérêts et c'est là qu'Arnaud Montebourg s'arrête, coincé dans ce gouvernement, soumis au long de carrière. Il n'y a rien d'extraordinaire à envisager le retour programmé aux monnaies nationales dès lors qu'on a compris que c'était la seule solution viable. Qu'on a analysé que l'Union Européenne était une anomalie dans le monde pendant leur monnaie nationale, leur souveraineté et leur frontière nationale. Alors aujourd'hui, il joue un jeu néfaste. Celui de M.
Saufkipour, vous savez, de plan social en plan social, avec ses habits, de pseudo-Superman, décider à sauver quelques dizaines d'emplois quand c'est possible. Il n'hésite même pas dans ce genre de mission à choisir des postures ridicules. Comme aujourd'hui, quand il supplie M. Taylor, pourtant souvent très insultant à l'égard de la France, de lui accorder un rendez-vous pour évoquer la reprise de Goodyear. Le problème, c'est que cette agitation ne fait plus de mal qu'elle ne fait de bien. Certes, il sauvera ainsi, peut-être, 200 ou 300 emplois sur l'année. Mais il contribue surtout à faire croire qu'on agit alors qu'on ne fait rien d'essentiel. Imaginez un gigantesque feu de forêt et un M.
Montebourg qui fait croire qu'il agit parce qu'il déploie des efforts considérables à jeter quelques seaux d'eau sous l'œil des caméras au coin du bois, sauvant un mètre carré et laissant des hectares brûlés dans l'indifférence. C'est une attitude cynique, d'autant plus condamnable chez Arnaud Montebourg qu'il sait l'inefficacité de son agitation et qu'il connaît ce qu'il faudrait réellement faire pour réindustrialiser la France. Pour exister politiquement, il est prêt à abandonner ses idéaux et même pire, à faire croire qu'il les sert alors qu'il les renie. Eh bien, c'est honteux. C'est l'inverse de ma conception de l'engagement politique.
Dans ces conditions et parce que nous sommes constructifs, je demande au président de la République d'ouvrir le débat économique et social beaucoup plus largement qu'aujourd'hui. À un moment donné, il faut être pragmatique et entendre les autres voix, tenter autre chose, ne pas rester bloqué, art fausse, dépassé. Je demande ainsi à François Hollande de recevoir à l'Elysée l'ensemble des chefs de parti, dont je fais partie, pour une grande consultation nationale sur le débat économique, social et européen.
Oh, il n'entendra rien de très intéressant et nouveau du côté de l'UMP, on le sait, mais son devoir est de rassembler la nation toute entière dans ce grand et nécessaire combat pour notre redressement économique et pour l'emploi en France. Il y a un moment où il faut ouvrir les yeux et je demande à nos gouvernants de s'apercevoir qu'il est très largement le moment de le faire. Mesdames et Messieurs, je vous remercie et répondrai bien sûr à vos questions sur ce sujet ou sur d'autres.
Marine Le Pen