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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 24 février 2018 66 minComplaisantActualité / polémiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieSolidarités & famille

Macron au salon : le jour le plus long ! #cdanslair 24.02.2018

Source d'origine 2 locuteurs

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 36 %Attaque 27 %Défensif 36 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:46OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous avez assisté à la rencontre entre Emmanuel Macron et le patron des fermiers de Loué ?

  • 3:10OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il est à l'aise, Cécile Cornudet ?

  • 3:49OuverteRéponse directe

    Ça a un sens politique ? Est-ce que les agriculteurs sont sensibles à ce symbole ?

  • 5:24OuverteRéponse directe

    François Hollande était resté 10 heures en 2013. Donc on voit qu'il y a peut-être un match dans le match, vous croyez ?

  • 9:57OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il applique à l'agriculture la même méthode qu'il applique aux autres grands thèmes ?

  • 11:58OuverteRéponse directe

    Pourquoi a-t-il été sifflé à plusieurs reprises aujourd'hui ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:20PrésentateurFait
    « C'est son premier salon en tant que président. »
  • 0:41PrésentateurFait
    « la fin du glyphosate, les négociations commerciales avec la grande distribution ou encore les tractations en cours entre l'Union européenne et les pays d'Amérique du Sud. »
  • 2:45InvitéChiffre
    « Quand je suis né, il y avait 4 millions d'agriculteurs. Aujourd'hui, il y en a moins d'un million »
  • 4:27InvitéFait
    « Les états généraux de l'alimentation, c'était la première opération de déminage. »
  • 4:48InvitéFait
    « Maintenant, ça suffit, les gars. On arrête d'accuser l'Europe, on arrête d'accuser un peu tout le monde. »
  • 5:56InvitéFait
    « Les agriculteurs n'ont plus revenu. »
  • 6:04InvitéChiffre
    « qui consiste à dire, il y a 500 000 agriculteurs, il y a 50 000 transformateurs, et puis à la fin, il n'y a plus que 4 acheteurs. »
  • 6:18InvitéFait
    « C'est évidemment eux. »
  • 6:46InvitéFait
    « bon, c'est un peu démago quelque part, d'être avec les jeunes »
  • 8:22PrésentateurFait
    « Les agriculteurs, les éleveurs sont dans une situation et il y a beaucoup de raisons qui sont assez logiques, très inquiets »
  • 8:50PrésentateurFait
    « Ce juste prix, c'est quand même en gros savoir comment va être établi vraiment le prix »
  • 9:28PrésentateurChiffre
    « Il y a beaucoup d'agriculteurs qui sont à moins de 500 euros par mois de revenus »
  • 10:01InvitéFait
    « Il fallait, l'idée, et ça, ça ne plaisait pas tellement aux agriculteurs, c'était de sortir d'une économie subventionnée. »
  • 11:43InvitéFait
    « Le glyphosate, il n'y a aucun rapport qui dit que c'est innocent. »
  • 13:11InvitéFait
    « On n'a pas peur des autres. »
  • 13:25InvitéFait
    « Je ne vous demande de transformer le modèle. »
  • 46:04PrésentateurFait
    « Il faut 3 ans pour convertir un agriculteur au bio. »
  • 57:21InvitéChiffre
    « Il va y avoir 40% de la surface agricole qui va changer de main. »

Temps de parole

  • Présentateur44 %
  • Invité19 %
  • Invité 217 %
  • Invité 310 %
  • Invité 44 %
  • Invité 53 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:10
Présentateur

Bonsoir à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. Emmanuel Macron est arrivé un peu avant 8h au salon de l'agriculture à Paris, porte de Versailles. Et il est toujours sur place en cette fin d'après-midi. C'est son premier salon en tant que président. Il compte bien y passer toute la journée. Alors il a été sifflé, il faut bien le dire, à plusieurs reprises. Il n'a pas hésité à dialoguer avec des paysans mécontents, des échanges musclés qui n'ont pas semblé déstabiliser Emmanuel Macron.

Il faut dire que les sujets de crispation sont nombreux entre les agriculteurs et l'Elysée, la fin du glyphosate, les négociations commerciales avec la grande distribution ou encore les tractations en cours entre l'Union européenne et les pays d'Amérique du Sud. Entre protestation et bain de foule, Emmanuel Macron poursuit donc sa déambulation au salon en ce moment, certains disent pour battre un record de durée de plus de 10 heures, sans doute aussi pour effacer son image de président des villes. On en parle avec nos invités. Bruno Jeudy, vous êtes rédacteur en chef du service politique de Paris Match.

Emmanuel Ducro, vous êtes journaliste économique à l'Opinion, en charge notamment des questions agricoles et agroalimentaires. Votre journal consacre aujourd'hui un numéro spécial au Salon de l'Agriculture, numéro dans lequel on peut lire votre article. La France, Startup Nation Paysanne. Cécile Cornudet, vous êtes éditorialiste politique aux Echos. Bruno Parmentier, vous êtes économiste, ancien directeur de l'École supérieure d'Agriculture d'Angers et consultant sur les questions d'agriculture et d'alimentation. Bonsoir à tous les quatre. Merci beaucoup de participer à cette émission en direct. Nous attendons bien sûr vos questions par SMS et Internet. Le président a adopté une poule.

Alors c'est l'un des événements de cette journée. On ne peut pas le passer sous silence, évidemment. Est-ce que vous avez assisté, Bruno ? Je sais que vous étiez sur place une bonne partie de la journée. Vous avez assisté à la rencontre entre Emmanuel Macron et le patron des fermiers de Loué ? De loin, Bruce, parce qu'il y avait beaucoup de monde et ce n'est pas facile d'approcher. Elle s'appelle Agathe, si on veut poursuivre dans le folklore qui est propre au Salon de l'Agriculture. C'est les touches, les moments sympathiques de ce Salon depuis des années.

Depuis que Jacques Chirac a décidé de passer chaque année au Salon de l'Agriculture, tous ses successeurs se sont pliés finalement à cette règle. Il faut rappeler que François Mitterrand, par exemple, n'avait jamais mis les pieds au Salon de l'Agriculture. On voit bien qu'au fond, depuis une vingtaine d'années, même un peu plus, au moment où pour les agriculteurs c'est devenu plus difficile aussi, les Français adorent les agriculteurs. Ça reste quand même une profession, même si elle diminue. Quand je suis né, il y avait 4 millions d'agriculteurs. Aujourd'hui, il y en a moins d'un million, mais c'est une profession, c'est un secteur qui va bien au-delà du nombre de personnes qui l'occupent.

C'est aussi toute une partie de la France qui monte à Paris à l'occasion du Salon. Et au fond, les présidents savent qu'il faut être à l'écoute à ce moment-là d'un secteur qui reste pilier aussi de notre économie, notamment l'agroalimentaire. Est-ce qu'il est à l'aise, Cécile Cornudet ? Oui, il est à l'aise. Au milieu de tous ces stands, de tous ces agriculteurs ?

3:16
Invité

Il a été un petit peu sifflé, mais globalement, jusqu'à présent, il est à l'aise. Il retourne certains agriculteurs qui viennent avec des revendications. Il ne le fait pas en leur promettant ciel et terre. Il a même parfois un discours un peu musclé. Il le fait en les bluffant un peu par la technicité, la connaissance de ses dossiers. Il est capable de parler à un éleveur de tout le détail de son métier et des difficultés qu'il rencontre. Donc voilà, il arrive quand même à créer une proximité et ça se sent aujourd'hui.

3:46
Présentateur

Emmanuel Ducrot, il est encore sur place ce soir, on l'a dit. Il devrait rester au-delà de l'heure de la fermeture. Ça a un sens politique ? Est-ce que les agriculteurs sont sensibles à ce symbole ?

3:57
Invité

Je pense que déjà, il faut une santé de fer. C'est épuisant, le Salon de l'Agriculture. Vous y étiez aussi. Je peux vous dire que c'est épuisant. Et il était entouré, vraiment, des gens avaient très envie d'aller vers lui. Donc il a été quand même toute la journée dans cette espèce de grouhaha. Oui, je pense que ça a un sens. Il n'est pas allé là-bas accueilli avec un tapis rouge. C'est quand même un peu tendu, les relations entre Emmanuel Macron et le monde agricole. Alors, il a fait des opérations de déminage. Il y en a eu plusieurs depuis le début du quinquennat. Les états généraux de l'alimentation, c'était la première opération de déminage.

Ça s'est vraiment pas mal passé du tout, un peu à la schlague. Mais les filières sont formées. Ça fait 40 ans qu'on essayait. Elles sont là. Il y a eu ce dîner à l'Élysée jeudi soir, 700 jeunes agriculteurs, où ça a été viril. Visiblement, il les a quand même un peu secoués en disant « Maintenant, ça suffit, les gars. On arrête d'accuser l'Europe, on arrête d'accuser un peu tout le monde. Et on se regarde un peu, on regarde ce qu'on a fait, on y va. Et là, oui, je pense qu'ils sont sensibles au fait qu'il l'ait fait.

4:57
Présentateur

Et même Brigitte Macron qui a apporté sa touche en rencontrant des agricultrices dans la Manche.

5:04
Invité

Les femmes d'agriculteurs qui étaient dans le désespoir il y a deux ans, dans la crise du lait. Donc oui, et là, je pense qu'il va au-delà de l'heure de la fermeture. Je pense qu'il y a vraiment un sens. Et on a l'impression qu'il a décidé de le faire travers par travers. Vraiment, littéralement.

5:19
Présentateur

C'est sa première visite en tant que président de la République. Bruno Parmentier, François Hollande était resté 10 heures en 2013. Donc on voit qu'il y a peut-être un match dans le match, vous croyez, entre les deux présidents.

5:35
Invité

Il a besoin de montrer que c'est aussi le président des campagnes, puisqu'on lui colle l'étiquette de président des villes. J'ai l'impression qu'il ne s'était pas beaucoup intéressé avant, et j'ai l'impression que maintenant, il s'intéresse vraiment. Et quand même, les agriculteurs, ils sont sensibles, parce qu'ils se sentent d'abord mal aimés. Et notamment, à deux aspects très importants, le premier, c'est le revenu. Les agriculteurs n'ont plus revenu. Bon, alors je ne sais pas s'il va réussir ce miracle qu'aucun de ses cinq prédécesseurs n'a réussi, qui consiste à dire, il y a 500 000 agriculteurs, il y a 50 000 transformateurs, et puis à la fin, il n'y a plus que 4 acheteurs.

J'étais 8, ils sont rassemblés, il n'y a plus que 4 acheteurs pour acheter 70% de la nourriture française. Alors qui est-ce qui commande ? C'est évidemment eux. Et donc, c'est très compliqué de dire, il faut partager cette marge. Pour le moment, plus on est prêt...

6:27
Présentateur

Après, ce que vous appelez les acheteurs, les 4 acheteurs, c'est la grande distribution.

6:30
Invité

La grande distribution, ils sont tous rassemblés pour acheter. Et donc, ce partage de la marge, un peu plus équitable, qui fait qu'on aura encore des agriculteurs dans 10 ans, c'est très important. Et puis, ce symbole d'inviter 700 jeunes ou 800 jeunes avant-hier, bon, c'est un peu démago quelque part, d'être avec les jeunes, mais ça a aussi une signification. En fait, les start-up, peut-être, c'est à la campagne qu'il les faut. Parce qu'il va falloir changer totalement toute l'agriculture française. Pour les éleveurs, il faut passer d'un système totalement centré sur la quantité à un système centré sur la qualité, ce qui est un changement considérable.

Et pour les filières végétales, il faut passer d'un système très dépendant de la chimie à un système majoritairement sur l'agroécologie, ce qui est aussi un changement considérable. Et en plus, il a débloqué des fonds pour l'énergie, etc. Dans notre agriculture, il faut faire de la nourriture, mais il faut faire aussi de l'énergie, des matières premières, etc. Donc, c'est des changements absolument considérables. Et qui convoque 800 jeunes en disant, mais maintenant, il ne s'agit pas de se plaindre, il faut remonter les manches, il faut faire de la qualité, il faut innover, je crois que ça a du sens.

7:41
Présentateur

Alors, c'est intéressant de voir qu'en effet, cette visite a été préparée, qu'elle se poursuit en ce moment. Il faut dire aussi, Bruno, je dis que l'an dernier, il avait reçu un oeuf en pleine campagne présidentielle. Non mais, l'image avait fait le tour d'éviter. Non mais la campagne, c'était la campagne électorale, il avait reçu un oeuf. Alors, les candidats sont un petit peu moins protégés, parce que là, la sécurité est très importante, c'est le président de la République, c'est normal. Donc, il y avait une très grosse sécurité. C'est compliqué, ça ne peut pas se reproduire, on va dire, quasiment. Donc, la situation est assez différente.

Ça a été dit par Emmanuel Ducroix, ça a été évidemment en amont extrêmement préparé, déminé. Il n'en reste pas moins que dans les travées aujourd'hui, il y avait quand même de l'inquiétude, beaucoup d'inquiétude. Les agriculteurs, les éleveurs sont dans une situation et il y a beaucoup de raisons qui sont assez logiques, très inquiets, et ils ne sont pas forcément rassurés, ou en tous les cas, il y a beaucoup d'attentes dans ce que leur a dit Emmanuel Macron. Notamment, cette idée des états généraux de l'alimentation qui se sont bien passés, mais qui aujourd'hui approchent de l'heure de vérité pour savoir quel va être ce fameux juste prix qu'a brandi le gouvernement et qu'on va connaître.

Ce juste prix, c'est quand même en gros savoir comment va être établi vraiment le prix, comme il l'a dit, comment on va inverser la construction du prix, c'est-à-dire qu'il dit qu'on va tenir compte des coûts de production, et plus seulement de ce que disait monsieur, à savoir que c'est les distributeurs qui, grosso modo, fixent ces prix. Donc, il va y avoir des moments aussi comme ça, un peu d'heures de vérité qui arrivent pour les agriculteurs et qui attendent vraiment que... savoir si Emmanuel Macron sera à la hauteur de ce qu'il leur a dit, de ce qu'il leur a promis.

Ça prendra sans doute du temps, mais les revenus ont baissé beaucoup ces dernières années, même si en 2017, ça remonte par rapport à 2016. Il y a beaucoup d'agriculteurs qui sont à moins de 500 euros par mois de revenus, donc c'est extrêmement difficile leur situation. Encore un mot sur la méthode. On va voir les images dans un instant. Ça a été, je le disais, un peu musclé, viril parfois, les échanges. Macron fait du Macron ? Est-ce qu'il applique à l'agriculture la même méthode, au fond, qu'il applique aux autres grands thèmes qu'il aborde en tant que président de la République ?

9:57
Invité

D'abord, sa démarche au départ, dans la campagne, c'était effectivement du Macron. Il fallait, l'idée, et ça, ça ne plaisait pas tellement aux agriculteurs, c'était de sortir d'une économie subventionnée. Parce que les agriculteurs vivent beaucoup des aides de Bruxelles et il venait un peu, vous savez, dans son combat contre la rente, il venait un peu avec ce discours-là et ça, c'était très éruptif. Dès qu'il a été élu président, en revanche, ça, c'est l'autre marque Macron, il a très vite changé de pied, vu combien c'était symboliquement, politiquement important pour lui d'être en empathie avec le monde agricole, parce que c'était les campagnes, c'était la France vivante.

Et donc, il a vite changé de pied, essayé de construire un autre discours. Et effectivement, cet autre discours nouveau, donc, macroniste, c'est « j'arrête de vous promettre des aides tous les quatre matins, mais je vous aide à grandir, je vous aide à vous fortifier et à aller plus fort sur les marchés de demain ».

10:50
Présentateur

Emmanuel Macron est donc arrivé un peu avant 8h ce matin au Salon de l'Agriculture, il s'y trouve encore en ce moment, on le disait, et il a prévu de rester au-delà de la fermeture au public à 19h. Le président se savait très attendu pour sa première visite officielle. Romain Becker, Mariem Soumare et Diane Cacciaella. Des sifflets et des applaudissements, beaucoup de poignées de main et de photos.

11:23
Invité

Merci beaucoup !

11:24
Présentateur

Et des caresses aux animaux, passages obligés pour un président en visite au Salon de l'Agriculture.

11:30
Locuteur

Un peu de tendresse !

11:32
Présentateur

De la tendresse, mais aussi des échanges parfois musclés avec les agriculteurs, comme ici, au sujet de l'interdiction programmée du glyphosate.

11:42
Invité

Moi, je vais vous dire, je vous regarde les yeux dans les yeux. Vous êtes là où vous êtes, moi, je suis là où je suis. Le glyphosate, il n'y a aucun rapport qui dit que c'est innocent. Il y en a qui disent que c'est très dangereux, d'autres moyennement dangereux. Moi, les ouvriers agricoles, les consommateurs, qui demain diront

11:54
Présentateur

vous aviez le glyphosate, vous le saviez, vous n'avez rien fait, ils me regarderont dans les yeux, dans les yeux. Ils n'iront pas vous chercher. Je suis content qu'on s'y fût dans le dos, donc le calme, c'est pas vous qui le donnez. Deux, vous me donnez des leçons. On est chez nous ici.

12:06
Invité

On est chez nous tous.

12:08
Présentateur

Ça s'appelle la France, c'est une république. Son premier salon de l'agriculture dans les habits de président, Emmanuel Macron l'a démarré au petit matin.

12:16
Invité

Bonjour, vous allez bien ? Bonjour.

12:20
Présentateur

Avant même l'ouverture au public, le chef de l'État a rendez-vous pour le petit déjeuner avec les principales organisations syndicales agricoles.

12:27
Invité

Je sais toutes les attentes, parfois les angoisses qu'il y a, la souffrance qu'il y a sur le terrain. Je sais qu'il y en a qui doute, mais moi je suis convaincu d'une chose, c'est que l'agriculture française, c'est là aussi une terre de conquête.

12:41
Présentateur

Parmi les angoisses justement au sein du monde agricole, un dossier suscite l'inquiétude, l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, un traité de libre-échange avec quatre pays sud-américains. La crainte des éleveurs, une arrivée massive de viande en provenance de ces pays, une concurrence déloyale selon eux. Dans les allées consacrées à la viande bovine, l'une des premières qui la repente, Emmanuel Macron est sifflé.

13:11
Invité

On n'a pas peur des autres. Nous aujourd'hui, quand on est hors foyer, quand on va au restaurant ou ailleurs, 70% de la viande qu'on mange, elle n'est pas faite en France. Mais bien sûr, on le sait. Mais on est mauvais. C'est nous, c'est pas le Mercosur. Donc moi je vous demande des efforts, je ne vous demande de transformer le modèle. Je sais ce que vous avez aussi pris dans les dents ces dernières années. Mais jamais je ne vous demanderai des efforts en laissant d'autres qui sont soumis à d'autres règles rentrer sur le marché. Jamais. Ne lâche rien. Vous surtout, ne lâche rien. Moi, comptez sur moi. Merci à vous.

13:41
Présentateur

Des explications qui ne convainquent pas tous les agriculteurs.

13:45
Invité

Monsieur Macron fait tout pour paraître comme il faut par rapport aux médias et à la population, alors que dans la réalité, il fait totalement l'inverse. Il est en train de sacrifier l'agriculture française. À partir du moment que l'accord est signé, la marchandise va arriver. Qu'ils ne nous disent pas qu'elle ne va pas arriver dans nos assiettes, c'est pas vrai. C'est à vous, Régie, moi.

14:09
Présentateur

Régulièrement interpellé sur son passage.

14:11
Invité

Elle est où, Brigitte ? Elle n'est pas venue aujourd'hui. Elle est tranquille quand même de temps en temps.

14:16
Présentateur

Emmanuel Macron, entre deux dégustations, n'hésite pas à aller au contact des agriculteurs. Il ne faut pas oublier les zones rurales un peu reculées parce que s'il n'y a pas l'agriculture, il ne recule pas l'envie. Et ce que je mets dans la loi, qui est l'organisation de producteurs commerciaux, c'est un outil dont vous devez vous saisir pour bien négocier les prix.

14:34
Invité

Si ça ne marche pas dans le bœuf,

14:35
Présentateur

ce n'est pas la faute d'accord qu'ils ne sont pas encore signés. C'est parce qu'on n'est pas bon sur beaucoup de choses. Il faut être lucide. Ce n'est pas en un salon que vous changez les choses. Et donc, moi, ce que je crains le plus,

14:44
Invité

ce ne sont pas les 10 vigues qui sont à 500 mètres planqués et qui utilisent des cifflés. Ceux-là, dès que vous allez les voir, ils se dégonflent. C'est ceux qui n'ont même plus l'énergie de protester.

14:56
Présentateur

Arrivé très tôt ce matin au salon et toujours présent dans les allées depuis plus de 10 heures, Emmanuel Macron a d'ores et déjà battu le record de la plus longue visite présidentielle. Au salon de l'agriculture. Il ne fait pas l'air fatigué du tout. Je dis ça pour ceux qui sont encore sur place. Première question à SMS qui est intéressante, même si elle peut paraître en contradiction avec les images qu'on vient de voir. Emmanuel Macron n'est-il pas trop éloigné du monde agricole ? Et au fond, est-ce qu'il n'y a pas eu au départ, de la part des agriculteurs, ce reproche ?

15:30
Invité

Je crois que les sondages montraient qu'ils étaient très, très éloignés. Peut-être une des parties de la population qui était le plus éloignée de lui dans les intentions de vote. Il a effectivement beaucoup de terrain à rattraper. Je crois que ça, c'est assez évident. Et puis, il n'est pas aussi à l'aise que Jacques Chirac. Moi, je trouvais que ce matin, il avait quand même un peu l'air d'une poule avec un couteau au Salon de l'Agriculture. Mais ça s'est fluidifié au lion de la journée. Moi, je l'ai vu parler à des éleveurs bovins cet après-midi. C'était en fin de matinée, pardon.

C'était assez intéressant parce que j'ai ensuite discuté avec cet éleveur qui avait passé un grand moment à discuter avec lui, avec le ministre de l'Agriculture, Stréphane Travers. Et je lui dis, alors, comment ça s'est passé ? Il me dit, j'ai l'impression d'avoir été entendu. Alors, je lui dis, comme avec tous les politiques. Il me dit, non, non, mais vraiment, d'avoir été entendu. Vous savez, les politiques, on ne peut jamais leur parler. Et je lui dis, mais vous dites ça à chaque fois. Et en fait, il avait l'air retourné. Donc, je crois qu'en fait, en tenant ce discours qui est quand même assez…

qui ne les caresse pas dans le sens du poids, les zigotos avec les sifflés, ça marche quand même.

16:37
Présentateur

Alors, il a été interpellé et sifflé à plusieurs reprises. Est-ce qu'on peut expliquer les raisons de cette colère ? Pourquoi a-t-il été sifflé à plusieurs reprises aujourd'hui ?

16:49
Invité

Alors, il se trouve qu'en ce moment, les revenus des agriculteurs sont carrément mauvais. Bon, les revenus des éleveurs sont mauvais chroniquement depuis des années, parce qu'effectivement, on est à la nécessité d'un changement total. Il faut quand même se rendre compte que pendant tout le XXe siècle, on a augmenté année après année notre consommation de viande et de lait. Et grosso modo, on le faisait suivant le millésime. Dans les années 20, 20 kilos de viande. Dans les années 50, 50 kilos de viande. Dans les années 80, 80 et au tournant du siècle, 100 kilos. Et les naïfs pensaient que ça allait continuer. Mais on ne va pas manger 200 kilos, puis 300 kilos de viande.

Et donc, ça a commencé à baisser. La viande est moins à la mode qu'elle n'était, et même le lait. Parce qu'avant, on voulait manger comme le patron, bif, teck, frites, puis ensuite mettre du beurre dans les épinards. Maintenant, les patrons des GAFA, ils sont tous végétariens. Donc, on ne sait plus ce qu'il faut faire. Du coup, effectivement, la contestation de la viande, est-ce que ça fait grossir, est-ce que ça donne le cancer, est-ce qu'on maltraite les animaux, est telle que maintenant, on est retombé à 85 kilos. Mais ça ne va pas finir. Ça va finir à 60 kilos. C'est-à-dire, l'élevage... 85 kilos, c'est quoi ? C'est par an ? Oui, par an et par an.

L'élevage doit faire la même mutation qu'a fait la vigne. Dans les années 50, on mangeait deux fois moins de viande, mais on buvait 140 litres de vin. Aujourd'hui, on en boit 40. Est-ce qu'il y a encore des viticulteurs dans ce pays ? Oui. Mais qu'est-ce qu'ils ont dit ? C'est fini le litron à 80 centimes, 2 francs le litre. Maintenant, je vais te vendre par 75 centilitres et à 4 euros minimum. Il n'y a que du bon et du très bon vin. On est passé d'un système de quantité à un système de qualité. C'est la même chose qu'il faut faire pour les élevages. Et en attendant, c'est vrai que les revenus des éleveurs sont très mauvais, alors qu'ils sont lourdement entêtés.

Et puis, de l'autre côté, il se trouve qu'il y a eu des très bonnes années pour les céréales. Et les deux dernières années, il y a eu la double peine. Il y a eu une bonne récolte mondiale, donc les prix se sont effondrés. Mais il y a eu une mauvaise récolte en France, donc on a eu peu de quantité. Donc, ils ont peu de quantité vendue pas cher. Du coup, les céréaliers qui allaient bien il y a deux ans vont carrément mal maintenant. Donc, effectivement, quand une profession a beaucoup de mal à vivre, et ils ont vraiment beaucoup de mal à vivre, ils sont en colère.

Et ils sont devant des exigences supplémentaires, et notamment, on va dire, les écolos qui disent « ça suffit l'agriculteur chimique ». Et donc, tout ça, c'est quand même très compliqué. Et puis, il y a en plus la mondialisation, maintenant, on a peur du bœuf du Brésil. Et donc, tout ça, ça fait un cocktail qui est compliqué.

19:16
Présentateur

– C'est vrai, Bruno, je dis que là, on a un contexte difficile pour les agriculteurs. Ce n'est pas simple à gérer pour le président. – Il y a des raisons objectives à l'inquiétude des agriculteurs. Ça a été énoncé par monsieur, du problème de pouvoir d'achat au Mercosur, pour faire simple, un traité de libre-échange avec les pays d'Amérique du Sud. Les pesticides glyphosates, ça a été dit.

Il faudrait ajouter à ça un problème plus conjoncturel, qui aujourd'hui crispe un certain nombre d'agriculteurs, qui est la révision de la carte d'attribution des aides européennes, puisqu'en fait, le ministre vient de donner une copie où on détermine les communes qui ont accès aux aides et celles qui n'y ont pas. Donc on révise, il y a 14 000 communes en France qui étaient concernées. Il y en a 4 900, j'ai noté, qui sortent et il y en a 1 400 qui rentent. Et évidemment, ça fait des perdants, des gagnants. À l'arrivée, il y aura plus d'agriculteurs qui seront concernés, mais moins de communes de concernés. Mais évidemment, ça crispe dans quelques régions.

Ça fait des manifestations en Occitanie, par exemple. Donc tout ça, ce sont des problèmes objectifs qui sont sur la table. Alors il y en a certains qui sont liés au chantier qu'a engagé Emmanuel Macron. Il y en a d'autres qui sont hérités du passé. Pour le président, il faut les attraper à bras-le-corps. Alors c'est vrai que là où il a impressionné un peu les agriculteurs depuis le début, Cécile Cornudet le disait, c'est qu'il a cette maîtrise des dossiers qui lui est propre sur l'agriculture comme sur d'autres. C'est vrai que, par exemple, le discours de Rungis avait plutôt été vraiment bien reçu.

C'est-à-dire que c'est le discours qu'il fait lorsqu'il lance les états généraux de l'alimentation. Ça, ça a été un discours qui a été bien perçu. Après, il fait ses voeux, par exemple, au mois de janvier. Là, la semaine dernière, il les a plutôt secoués. J'ai trouvé même que c'était parfois, ils ont un peu mal pris un petit côté infantilisant du genre « faites votre révolution », tout ça. Objectivement, beaucoup des agriculteurs, ils n'ont pas attendu Emmanuel Macron pour se mettre à la page sur le plan technologique. Je crois même, je ne suis pas sous le contrôle de monsieur, qu'on a probablement, notamment les jeunes agriculteurs, peut-être les mieux formés qui puissent exister.

Donc, franchement, ils sont au niveau, les agriculteurs français. Ils sont même très en pointe. Après, ils ont des problèmes objectifs, qui sont des problèmes aussi liés à la géographie du pays. Enfin, voilà, il y a un certain nombre de choses par rapport à l'Allemagne qu'on ne va pas changer non plus. Il faut adapter notre agriculture aussi à nos conditions du pays. Il y a une agriculture de montagne, il y a une agriculture de plaine. Il y a plusieurs types d'agriculture. Et puis, il y a cet attachement des Français aussi. Il y a une forme d'agriculture en France. Les agriculteurs, ils sont aussi un peu dépositaires, qu'on veuille ou non, d'un paysage, d'une ruralité.

S'ajoutent à ça, aux problèmes qui viennent s'ajouter à la ruralité française. C'est-à-dire que l'agriculteur, il vit dans un monde rural, dans des communes de moins de 2000 habitants, qui sont plus touchées par l'augmentation du diesel, qui sont plus touchées par peut-être les prochaines fermetures de lignes de chemin de fer, qui sont plus touchées par les fermetures de classes rurales. Il semble qu'il y en ait beaucoup cette année. – Des services publics, bien sûr. – Des services publics. Et tout ça s'ajoute à l'ambiance dans la ruralité qui n'est plutôt pas très bonne. – Emmanuel Ducro.

22:24
Invité

– Moi, j'avais envie de dire qu'il y a une chose qui peut-être est en train de changer. J'ai vraiment l'impression qu'il y a un pivot en cette année 2018 dans le rapport de la France à son agriculture. Et ce qu'on lit en creux dans le rapport d'Emmanuel Macron à l'agriculture, c'est que ça suffit la posture doloriste maintenant. On sait que les revenus sont bas, mais il y a énormément de choses à faire valoir. Et il faut les faire valoir dans un monde qui est globalisé. On est en train de renégocier la PAC pour la PAC 2020. Les aides, les systèmes d'aide vont changer. Les quotas laitiers, c'est terminé. Maintenant, le monde laitier est en plein dans les cours mondiaux.

Et ce qu'il leur dit aussi, quand il leur dit « maintenant prenez-vous en main », c'est « faites valoir ce que vous avez à faire valoir ». Une qualité exceptionnelle. Je pense qu'on a une des agricultures au monde qui est la plus traçable, la plus saine. Alors, on a l'impression qu'on est arrosé de glyphosate à longueur de journée. C'est faux. Quand on regarde les courbes d'utilisation de pesticides, d'intrants, d'engrais, elles ont été divisées par deux en dix ans. C'est colossal. Je crois même que pour les antibiotiques, c'est divisé par deux en cinq ans. C'est-à-dire que les objectifs que les agriculteurs s'étaient fixés ont été souvent dépassés.

Donc ça, ce sont quand même des choses qui, dans le marché mondial, doivent se faire valoir. Et il leur dit « n'essayez plus de vous battre sur les prix. De toute façon, vous n'y arriverez pas. Vous n'y arriverez pas face aux agriculteurs argentins qui font du bœuf en batterie, si on peut dire. Mais en revanche, vous avez à vous vendre sur la qualité. Notre lait se vend très très bien en Chine parce que c'est un lait de très bonne qualité. Alors, l'affaire Lactalis a un peu jeté une ombre sur tout ça. Mais au final, ça reste quand même extrêmement vrai.

Et l'agriculture française, quand on passe les frontières de la France, elle a une réputation fantastique et les gens sont prêts à payer le prix pour ça. Il faudrait aussi maintenant que les Français se rendent compte de la chance qu'ils ont d'avoir ça aux portes de chez eux et qu'ils acceptent aussi de payer le prix pour ça. Il faut inverser l'équation, c'est-à-dire que les productions soient tirées par la demande et non plus par l'offre, en quelque sorte.

24:16
Présentateur

Il a envoyé quand même un signal à une filière, la filière viticole. La déclaration qu'il fait au sujet de sa consommation de vin, ce n'est pas anodin, Cécile Cornudet. Non, parce que… Dans une période où on veut plus ou moins tout interdire.

24:34
Invité

Oui, et la ministre de la Santé, vous savez Agnès Buzyn, a eu des propos qui ont un peu suscité les mois chez les producteurs de vin. Donc, il a essayé de rectifier ça. Les producteurs de vin, eux, pourraient être gagnants dans l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Donc, peut-être qu'il essaye aussi de se les mettre de côté, parce que cet accord, il va faire des perdants, sans doute, du côté des éleveurs. Mais il y a d'autres parties de l'agriculture qui pourraient être gagnants, les produits laitiers et le vin, notamment.

25:04
Présentateur

Il dit, pour reprendre la formule précise, je bois du vin le midi et le soir. Et je crois beaucoup à la formule de Pompidou, n'emmerdez pas les Français.

25:14
Invité

Oui, parce qu'y compris dans les zones rurales, la mesure de restriction du kilométrage, les 80 km heure, ça passe très mal. C'est perçu comme « vous ne componez pas notre vie, puisque vous ne cessez de nous mettre des choses qui nous embêtent ». Donc, c'est ce message-là. Parce que dans le message à l'agriculture, il y a ça aussi.

25:35
Présentateur

Il y a un message à la France rurale. Ça dépasse les agriculteurs.

25:39
Invité

Oui, parce que c'est l'homme politique, comme vous disiez tout à l'heure, qui veut faire oublier qu'il est l'homme des métropoles.

25:45
Présentateur

Mais c'est justifié cette critique d'ailleurs de président des villes ou pas ?

25:49
Invité

Quand vous regardez électoralement, c'est vrai qu'il est plus fort électoralement dans les grandes métropoles. Et que dans les campagnes, c'est vrai que c'est là qu'il a fait ses plus mauvais scores.

25:58
Présentateur

Il a fait 24% au global au premier tour de la présidentielle. Dans la zone rurale, on va dire, la France, qui est des villes, des communes de moins de 2500 habitants, c'est plutôt entre 15 et 20. Donc, il y a effectivement un décalage. Il faut toujours rappeler que le chiffre du deuxième tour à Paris, c'est 90%, par exemple, à Paris. Le score de Macron. Donc, c'est quand même... Contre 66 au niveau national. Voilà. Bien. Bruno Parmentier.

26:23
Invité

Oui, parce que ce qu'il est en train de dire, c'est, pour sortir de la crise, il y a des bonnes idées, et puis il y a des idées très partielles. Alors, l'idée de dire, on va fermer les frontières, mais ça n'a aucun sens. Je veux dire, qu'est-ce qu'on va faire de notre blé ? On est massivement exportateurs de blé, qu'est-ce qu'on va faire de notre vin, etc., etc. On est une agriculteur exportatrice, on ne peut pas fermer les frontières. Alors, même s'il y a des contradictions, c'est vrai qu'on aimerait bien exporter du blé, mais on aimerait ne pas trop exporter de bœuf. Mais ensuite, on va dire, allons-y, circuit court. C'est vachement bien le circuit court, chaque fois qu'on peut.

Enfin, il y a 10 millions d'habitants à Paris, ils ne vont pas tous vivre avec des amaps, avec un paysan gentil, tous les 100 parisiens, qui vont... Donc, chaque fois qu'on peut, c'est bien, mais ce n'est pas une solution globale. Alors, ensuite, on va dire, on va être moins cher que le moins cher. Et donc, il n'y a qu'à faire de l'agriculture industrielle, il n'y a qu'à faire des élevages de mille vaches, etc., etc. Mais il y aura toujours moins cher que nous. Dès que ça devient industriel, il ne faut jamais oublier que, quel que soit le produit, c'est toujours les Allemands qui gagnent. Voilà.

Parce qu'eux, ils font de l'organisation, et puis ils n'ont pas peur de faire travailler les Bulgares au prix de la Bulgarie, etc. Alors, si la compétition, c'est pour faire du fromage carré, du jambon carré, pour mettre dans du pain de mie carré, pour que les Hollandais déjeunent devant leur ordinateur, on n'y arrivera jamais. Nous, finalement, il faut regarder en face, on est les champions de la bonne bouffe dans le monde. Du monde entier, on vient chez nous en disant, mais attendez, la patrie de la bonne nourriture, c'est la France. Donc, il faut monter en gamme. Et on produit du vin, les Argentins produisent du vin, mais il n'y a pas de vin argentin en France.

Parce que notre vin, on est convaincus qu'il est le meilleur du monde. Et bien, ça doit être pareil pour le biftec, ça doit être pareil pour le lait. Et ce discours, c'est le discours que tient Emmanuel Macron aux agriculteurs, très valorisant. Mais le problème, c'est qu'il se retrouve aujourd'hui dans une contradiction. Parce qu'il a toute cette politique de monter en gamme, de soutien aux prix des produits agricoles. Et en même temps, il y a cet accord sur le libre-échange qui va faire venir en France, avec des droits de douane à taux zéro, de la viande d'Amérique latine en grand tonnage, et avec des conditions de fabrication totalement différentes.

Donc, c'est comment on gère et quel discours on tient aux agriculteurs. Alors, ce qu'il leur dit beaucoup, c'est, certes, on va ouvrir nos frontières, sans doute, à ces produits-là. Mais vous, dans le même temps, vous avez des marchés énormes à conquérir.

28:53
Présentateur

On sent que sur le Mercosur, bon, il était un peu moins cash qu'il peut l'être. Oui, 4 ans ou 5 ans, on va essayer de trouver des solutions, notamment sur le plan sanitaire. Donc, il comprend, enfin, il sent que ça va quand même être compliqué. Un contingent de 19 000 tonnes de viande, comme ça, qui arrive, c'est pas rien non plus pour des éleveurs qui vont se le prendre direct, avec des doutes sur les conditions sanitaires. On sait que les contrôles sont faits par les pays qui exportent. Bon, tout ça, il reste quand même assez... Et aujourd'hui, il était quand même un peu plus... Non pas sur le reculoir, parce que je crois que ça se fera en définitive. L'Europe, il tient beaucoup.

Les autres pays européens, il tient beaucoup. Et Jean-Claude Juncker, notamment. Mais Macron va devoir aussi s'adapter à ce dossier. Encore un mot là-dessus ?

29:46
Invité

Oui, il y a une chose qui est en train de se passer, je pense, c'est que les consommateurs sont en train de changer considérablement. C'est-à-dire que cette histoire de mercosour, d'antibiotiques et de viande aux hormones, c'est un discours qui, aujourd'hui, arrive à l'oreille des consommateurs. C'est assez récent. Et ça, vraiment, c'est un mouvement de fond dans la société. Et on le voit. Aujourd'hui, 10% des productions agricoles sont vendues en direct par les consommateurs. C'est énorme. Et il y a un autre point qui, peut-être, devrait intéresser plus les producteurs de viande français.

C'est un des points des états généraux de l'alimentation qui imposera aux collectivités, c'est-à-dire cantines scolaires, hôpitaux, etc., de mettre au moins 50% de produits français ou locaux, ou bio, enfin, sous signe de qualité ou label, dans leur menu.

30:28
Présentateur

C'est vrai, mais le bio, ça reste 6%.

30:30
Invité

Mais c'est pas forcément du bio. C'est très faible. Mais ça peut être aussi du produit local ou du produit sous signe de qualité. Ça, ça veut dire que ça ramène à ces éleveurs français des marchés qui leur échappaient complètement. Puisque quand on dit que 70% de la viande en restauration, en domicile, est importée, c'est vrai. Donc ça leur rouvre des marchés nationaux locaux de qualité.

30:50
Présentateur

Alors, les agriculteurs sont moins d'un million en France. On l'a dit, ils se sentent souvent montrés du doigt par les écologistes, négligés par l'Europe, exploités par la grande distribution. 40% d'entre eux prendront leur retraite d'ici à 3 ans. Difficile dans ces conditions d'assurer la relève. Reportage chez un éleveur dans les Deux-Sèvres, Nora Nonnet et Mathieu Vibaud.

31:15
Invité

Depuis trois générations, cette ferme appartient à la famille Roturo. Dans l'exploitation, 420 chèvres qui demandent beaucoup d'attention. Chaque jour, ses trois frères et sœurs se lèvent à 5h du matin. Christophe, l'aîné, Pascal et Magali, trois éleveurs passionnés à la tête de l'exploitation depuis près de 20 ans. La fratrie a fait grandir l'entreprise agricole, mais a souvent l'impression de la porter à bout de bras. Aujourd'hui, ils préparent leurs chevraux à la vente, une activité bien moins rentable qu'avant.

31:48
Présentateur

Aujourd'hui, on les vend 2 euros. Il y a 10 ans, on les vendait 5-6 euros.

31:53
Invité

Donc ça a baissé, beaucoup. Et c'est les mêmes produits. Avec seulement la vente de chevraux et de lait de chèvre, les roturo ne s'en sortiraient pas. Ils possèdent aussi un cheptel de 55 bovins de race limousine. Et ça, c'est la partie de Pascal. Ça, c'est mes vaches, oui. Des vaches qui sont nées sur l'exploitation, qu'on élève, qu'on fait vélée pour avoir des veaux. On les engraisse pour la viande. Vendu seulement 4 euros le kilo, un prix qui, selon Pascal, n'a pas évolué depuis 30 ans. Pour compenser les faibles prix de vente, les éleveurs perçoivent régulièrement des indemnités, parfois vitales. Les aides, ça représente une grosse partie du revenu, aujourd'hui.

Le coût de production qu'on a est plus élevé que ce qu'on produit, donc que le prix qu'on vend. Donc si on n'avait pas les aides, on n'y arriverait pas. Malheureusement, fin 2018, cette famille d'agriculteurs va devoir se passer de l'adlier aux zones défavorisées versées par l'Union européenne. Les roturaux sont exclus du nouveau zonage. Ils possèdent 150 hectares de terre, des terres cultivées pour nourrir leurs bêtes. Des parcelles pourtant accidentées qui ne permettent pas d'être exploitées à 100%.

33:05
Présentateur

Là, on a des zones rocheuses, donc c'est des terrains qui ne sont pas cultivables. Là, on a très peu de terre, quoi. Il y en a beaucoup de cailloux. Là, c'est accidenté, donc là, c'est pas facile à entretenir à cause d'être des pentes. Donc on ne peut pas beaucoup mettre de matériel.

33:22
Invité

Christophe se résigne à perdre cette indemnité, mais souhaite des compensations. Nos terres ne vont pas être mieux cultivables demain. Ce ne sera pas plus... Ce n'est pas parce qu'on n'aura plus les aides qu'on va pouvoir mieux ressortir de chiffre... Enfin, faire plus de chiffre d'affaires, quoi. Si on arrivait à vendre les bovins, les torillons, autour de 50 centimes d'euros de plus, peut-être qu'on y verrait un peu plus clair, quoi. Dans les Deux-Sèvres, 1137 exploitations vivent avec cette aide européenne. Tout un pan de l'agriculture et de l'élevage du département risque d'être fragilisé, voire de disparaître.

Christophe, lui, a emprunté, notamment pour acheter cette machine qui distribue du fourrage aux chèvres.

34:11
Présentateur

Là, on l'a investi l'année dernière. Il y a un an, à peu près, qu'on l'a, à peine un an. C'est 27 000 euros, quoi. Mais bon, nous, ça nous donne un gain de temps et puis de la fatigue en moins pour les hauts niveaux des sceaux.

34:28
Invité

La ferme des Roturaux touchait 15 000 euros par an au titre d'indemnité de zone défavorisée. La famille repousse l'échéance, mais elle va devoir trouver une solution pour conserver son exploitation. Christophe a fait son calcul. Ils vont faire des sacrifices sur leurs revenus.

34:43
Présentateur

Ça représente un salaire d'une personne, de 15 000 euros. Donc, bon, on ne sait pas comment on va s'y adapter, mais on ne sera pas obligés de s'y adapter, on n'aura pas le choix.

35:01
Invité

Malgré ses inquiétudes, Christophe continue de transmettre sa passion du métier à son fils Corentin, pensionnaire en école d'agriculture. Aujourd'hui, le garçon de 16 ans va pouvoir aider son père à faire naître les chevraux. Corentin est très motivé pour relever le défi, même s'il sait que sans ses aides pour les zones défavorisées, il sera plus difficile de s'installer. Ça ne nous encourage pas, non, mais ça, il faut rester quand même fort, je dirais. J'aimerais bien en reprendre cette ferme familiale, qui a été construite par plusieurs générations. Vous avez un espoir que ça s'améliore ? Oui, j'aimerais bien, j'espère.

Toute la famille l'espère, et surtout, que leur métier d'agriculteur soit revalorisé.

35:46
Présentateur

Question SMS, quel avenir pour le petit paysan et ses plaies d'Egypte ? Quotas, fléaux sanitaires, aléas climatiques, emprunts, suicides. C'est souvent comme ça qu'on décrit ce métier, M. Parmentier.

36:03
Invité

Oui, en même temps, dans la crise actuelle, c'est presque plus les gros que les petits. Les bios vont plutôt mieux que les productivistes, etc. Parce qu'effectivement, les éleveurs importants se sont beaucoup endettés, mais même les céréaliers, et puis le poids des dettes, il faut se rendre compte, il est énorme. Le crédit agricole peut terminer du jour au lendemain avec l'agriculture française. Il suffit qu'ils disent, maintenant, c'est terminé, je ne reporte plus, etc. Donc, ce n'est pas si évident que les gros s'en sortiraient alors que les petits s'en sortent. Alors, les gros, en termes, grande surface, ils s'en sortent, ça oui, ça c'est évident.

Parce que, dans la bio, par exemple, les grandes surfaces se mettent à la bio, mais elles disent, c'est parfait, le consommateur veut payer plus cher, j'augmente mes marges. Donc, effectivement, il y a à la fois l'idée, c'est normal de dépenser un peu d'argent pour manger. On dépensait 40% de ses revenus pour manger il y a 40 ans, maintenant 14%. Ça peut être moins, aux États-Unis, c'est 7%. Mais quand c'est 7% aux États-Unis, ils dépensent deux fois plus pour se soigner. Moi, je ne suis pas sûr qu'il faille, chaque année, dépenser un moindre part de ses revenus pour manger et une plus grande part pour sa santé.

Et donc, les Français commencent à réaliser que c'est important de bien manger, de consacrer un peu plus de temps et un peu plus d'argent à cette activité essentielle. Et quand on voit que la consommation de bio augmente de 20% par an, ça n'est pas un feu de paille, c'est quand même une demande sociale très importante.

37:36
Présentateur

Derrière la question de votre internaute, il y a une réalité sociale qui est quand même très forte dans ce secteur. La question du suicide, il y a eu un livre qui avait été écrit par l'ancien président de la FNSA qui est décédé l'année dernière, qui décrivait qu'il y avait des pages extrêmement touchantes sur le suicide d'un agriculteur en Mayenne. Le suicide des agriculteurs, c'est le plus fort taux dans la population. Il est trois fois supérieur. Il y a une plateforme d'appels pour les agriculteurs en détresse. Les appels ont été multipliés par trois l'année dernière. Donc, il y a vraiment une situation sociale extrêmement forte.

C'est vrai, il y a des côtés très florissants dans cette agriculture. On peut montrer les beaux côtés, mais il y a quand même aujourd'hui 40% des agriculteurs français qui gagnent moins de 400 euros par mois et qui travaillent beaucoup, qui sont très seuls, qui donnent beaucoup dans leur profession. C'est presque devenu une espèce de sacerdoce. Donc, il y a une réalité sociale qu'il ne faut absolument pas négliger et qu'il ne faut pas qu'on occulte ici parce que c'est quand même le problème majeur de cette profession. Pas les 900 000 agriculteurs, d'accord, mais une bonne partie d'entre eux. On entend souvent parler de nouvelle agriculture, de génération Y. Alors, c'est quoi ?

38:50
Invité

Alors, c'est pour partie des jeunes agriculteurs qui prennent la succession familiale, mais qui sont des gens extrêmement bien formés aujourd'hui parce qu'on a un système d'éducation à l'agriculture qui fonctionne extrêmement bien, qui envoie les jeunes voir comme une sorte d'Erasmus de l'agriculture. On va voir aux quatre coins du monde ce qui se passe. On les forme aux nouvelles technologies. Ce sont aussi des gens qui sont formés comme des chefs d'entreprise. Enfin, je veux dire, aujourd'hui, un agriculteur, c'est quelqu'un qui a des notions d'économie plus poussées que la plupart des Français parce qu'ils comprennent très bien les cours mondiaux.

Ils savent ce que ce sont pour les céréales, les poutres et les côtes sur les céréales. Je ne suis pas certain que tout le monde sache ce que c'est par ailleurs. Donc, ça, c'est une population qui a quand même bousculé un peu les codes, qui en veut. Et puis, il y a aussi toute une population…

39:34
Présentateur

Mais ça marche, pardon ? Ils gagnent de l'argent ?

39:37
Invité

Alors, en tout cas, ils sont en prise, en tout cas, avec une réalité. Ils ont conscience que le monde a changé, qu'il va falloir changer les méthodes. Donc, ce n'est déjà pas rien. Et puis, il y a toute une nouvelle population de gens qui sont… Un quart des jeunes agriculteurs qui s'installent aujourd'hui, ce sont des gens qui ne viennent pas du monde agricole. C'est-à-dire des gens qui viennent de familles urbaines ou qui sont en reconversion. Et ce sont des gens qui ont acquis des habitudes de vie qui sont des habitudes urbaines. C'est-à-dire des gens très connectés, des gens très geeks, très technos et qui viennent bousculer le monde rural avec des nouvelles pratiques.

L'utilisation des plateformes, par exemple. On connaît la ruche qui dit oui. Enfin, vous savez, c'est une manière de vendre des produits ruraux aux urbains. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi beaucoup de mise en commun des compétences, des savoirs sur les sols, sur la météo. Le monde agricole s'est aussi beaucoup plateformisé. Ça, c'est une chose qu'on ignore un peu. Mais par exemple, aujourd'hui, on a des champs connectés avec des petites stations météo qui permettent à des villages entiers de bien gérer les aléas climatiques ou alors de bien gérer les intrants sur les sols parce qu'on a pu faire des cartographies en se mettant à plusieurs assez précises de ce dont les sols ont besoin.

Les agriculteurs français sont plus connectés que la moyenne des Français. À 80 %, ils sont connectés. C'est 70 % pour la population française globale. Ce sont des gens qui sont très utilisateurs de réseaux sociaux, par exemple.

40:59
Présentateur

Et sensibles à l'écologie ? On se demandait d'ailleurs si Nicolas Hulot allait venir au Salon de l'Agriculture. Écoutez, il a soufflé le chaud et le froid depuis le début de semaine. Il a confié en marge de l'accueil des jeunes agriculteurs à l'Elysée à plusieurs responsables syndicaux agricoles qu'il viendrait. Et puis finalement, ce matin, des sources conseillers de ministres et du gouvernement nous disaient qu'il ne viendrait pas finalement à ce salon. Alors peut-être entretient-il le mystère ? Je ne sais pas. Alors d'abord, il y a un contexte pour lui simplement qui est un petit peu compliqué. Bon, il y a quand même le glyphosate.

C'est sa victoire puisque lui s'était battu contre les 5 ans. On ne va pas revenir, mais donc finalement, Macron a opté pour les 3 ans. Interdiction dans 3 ans. Le deuxième élément conjoncturel, c'est le plan loup qui a été balancé quelques jours avant ce salon. Et dans les zones concernées, ça remue beaucoup. Et les agriculteurs, les bergers sont très en colère, très remontés contre le ministre Hulot. Et puis, il y a une tradition pour les ministres Hulot. C'est ce que j'allais vous dire. On ne va pas vous refaire tout le film depuis Dominique Voinet, mais c'est toujours compliqué. Donc voilà, ce serait quand même une erreur s'il n'y allait pas.

42:15
Invité

À mon avis, il rate une très très bonne occasion de se réconcilier avec le monde agricole qui ne l'aime vraiment vraiment pas beaucoup. Quand il a vu Christiane Lambert, donc la patronne de la FNSEA, juste après avoir vu les jeunes agriculteurs, c'était la semaine dernière, il lui a promis qu'il passerait sur son stand pour parler énergie renouvelable. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire parler de l'installation des méthaniseurs en France. Alors les méthaniseurs, ça veut dire qu'on utilise en gros les déchets agricoles, on les met dans des citernes et on produit du biogaz, de l'électricité ou ce genre de choses.

Alors, ça n'a l'air de rien, sauf qu'il y a des villages où on alimente des villages entiers avec les exploitations agricoles du coin, en électricité ou en chauffage. C'est en Allemagne une des sources principales de revenus des exploitations agricoles. C'est-à-dire que si les exploitations laitières allemandes vont aussi bien, c'est parce que le lait est devenu quasiment un sous-produit de l'énergie.

43:02
Présentateur

Donc c'est un enjeu, à la fois pour le ministre de la Transition écologique et pour les agriculteurs. On n'a pas cité encore Stéphane Travers, le ministre de l'Agriculture.

43:14
Invité

Oui, qui n'a pas une personnalité très très forte. Et d'ailleurs c'est marrant, c'est amusant, pardon, vous en parliez juste après Nicolas Hulot, parce qu'ils incarnent, si vous voulez, les deux, Nicolas Hulot, c'est l'épouvantail pour beaucoup d'agriculteurs. C'est l'écolo, c'est le bobo parisien. Et au moment des états généraux de l'alimentation, s'il a réussi, Emmanuel Macron, à retourner les agriculteurs à ce moment-là, c'est parce qu'on ne savait pas trop ce que ce seraient ces états généraux. Est-ce que ce serait un truc plus bio, bobo, ou est-ce que ce serait quelque chose pour les agriculteurs ? Et finalement, ça a été quelque chose pour les agriculteurs.

Et c'est à partir de ce moment-là où quelque chose s'est noué. Et Stéphane Travers, on ne peut pas dire que ce soit une personnalité très charismatique, mais bon, il essaye de défendre ses professions.

44:03
Présentateur

On dit à l'Élysée, pudiquement, qu'il n'imprime pas suffisamment. En même temps, comme c'est un élu local, il mouille beaucoup la chemise sur la révision de la carte des communes. D'ailleurs, tout à l'heure, je me suis trompé, c'est 4 900 communes qui entrent et 1 400 qui sortent. 1 400 communes seraient exclues du dispositif. Il mouille beaucoup la chemise sur ce dossier et il essaie d'obtenir le moins possible de communes et d'exploitants concernés. Et ça sera sans doute un dossier où il va plutôt limiter la casse.

44:29
Invité

Sa chance, c'est aussi que Nicolas Hulot l'a déjà lâché pour les états généraux de l'alimentation, puisqu'il a séché le discours de clôture. Ça avait été très remarqué. Justement, parce que c'était trop agricole pour lui.

44:37
Présentateur

Bruno Parmentier, vous conseilleriez à Nicolas Hulot de venir au salon de l'agriculture la semaine prochaine ?

44:42
Invité

Mais oui, puisque... Enfin, c'est vrai qu'il faut avoir le courage physique. On voit qu'il est Macron là. Mais sur le fond, attendez, quelque part, c'est lui qui va gagner. Parce qu'on arrive seulement à connaître la biologie maintenant. Il faut se rendre compte que c'est très primitif l'agriculture. On gère le champ au champ. Maintenant, on va le gérer au mètre carré, puis on va le gérer à la plante. Sous un mètre carré de sol, il y a 260 millions d'êtres vivants. On n'en connaît aucun. C'est seulement maintenant qu'on commence à connaître et que cette agriculture écologique adaptée à chaque plante va commencer à arriver.

Et c'est seulement maintenant qu'on va dire qu'on va faire à la fois de l'agriculture, de l'énergie, etc. On rentre dans le siècle des biotechnologies pour l'agriculture. Et lui peut représenter ça. Et donc, derrière, quand il dit on va parler méthanisation, c'est vrai. Il y a un énorme développement à faire. Et quand on dit les agriculteurs vont être modernes, les utilisateurs de drones, de robots, etc. Il n'y a pas que les militaires. Ça va être d'abord les agriculteurs.

45:50
Présentateur

Surtout, Mme Macron a décidé de porter à 15%. L'objectif à l'horizon 2020, c'est de porter la part de produits bio, d'agriculture bio à 15%. Il développe une importante enveloppe financière pour ça. Alors bon, c'est long. Le bio, il faut 3 ans pour convertir un agriculteur au bio. Mais il y a un objectif qui est sur la table. Ça prendra un peu de temps. Et ça pourrait être porté notamment par...

46:13
Invité

En même temps, l'échange le plus virulent, ça a été sur le glyphosate, aujourd'hui.

46:18
Présentateur

Est-ce pour améliorer son image dans les campagnes qu'Emmanuel Macron se montre très attentif aux demandes des chasseurs ? Ils sont plus d'un million en France. Et en quelques mois, il leur a donné plusieurs garanties. La baisse du prix du permis de chasse, la préservation de la chasse à court, l'allongement des périodes de chasse et même, pourquoi pas, le retour des chasses présidentielles. Reportage en Haute-Vienne, Myriam Zéard et Dominique Lemarchand. Dans un quart d'heure, on pose les chiens. Sécurité, impératif, vous ne tirez pas dans l'enceinte.

46:53
Invité

Dernière consigne pour cette trentaine de chasseurs de Haute-Vienne. Des passionnés qui pratiquent pour certains 2 à 3 fois par semaine. En cet avant-dernier jour de la saison, le groupe part chasser le sanglier. Avec des chiens formés spécialement à ce type de gibier. Par Christian Dijoux, qui mène la danse. Tous ici revendiquent une identité rurale, proche de la nature. Parmi eux, des agriculteurs, mais aussi des chefs d'entreprise ou encore des ouvriers. Des chasseurs qu'Emmanuel Macron espère séduire. Lui qui est déjà passé dans la région.

47:28
Présentateur

Le candidat Macron est venu à notre Assemblée Générale de la Fédération Nationale des Chasseurs. Il nous a expliqué des choses, ce qu'il ferait s'il était élu. Aujourd'hui, il est en train de le mettre en œuvre. Moi, ça me plaît beaucoup.

47:43
Invité

Des promesses, comme des permis de chasse moins chers. Ou des dérogations aux directives européennes. Pour allonger le temps de chasse de certaines espèces. Comme les oies cendrées par exemple.

47:52
Présentateur

Depuis des années, on sait que les oies, elles sont massacrées dans les pays du nord de l'Europe. Et gazées. Et chez nous, on n'a pas le droit de les chasser. C'est quand même une honte.

48:04
Invité

Une frustration partagée par Sébastien. Lui défend le rôle écologique des chasseurs. Qu'il voit comme des gestionnaires de la nature.

48:12
Présentateur

Toutes les espèces doivent être gérées. Aujourd'hui, il y en a 91 oeufs chassables en France. Il y en a d'autres, sûrement qu'il faudra gérer au même titre que nous gérons le gibier. Il faut que nous puissions continuer à chasser dans des milieux. Le gibier prospère. Je pense que le président Macron va s'engager à le faire. Et je le souhaite.

48:33
Invité

Un président qui ne pratique pas la chasse. Au contraire de certains de ses prédécesseurs. Samedi dernier, M. Georges Pompidou, président de la République, a chassé en forêt de Chambord. A l'époque, le président Pompidou organise même des chasses présidentielles. Auxquelles ministres et chefs d'Etat étrangers participent. Jacques Chirac suspend cette pratique en 1995. Emmanuel Macron s'est dit favorable à son rétablissement. Comme pour le maintien de la chasse à cour qui ces derniers mois fait polémique. C'est aussi à Chambord où il séjournait pour ses 40 ans que le président a assisté de nuit à un tableau de chasse.

Sur la seule photo de cette rencontre, on l'aperçoit aux côtés des chasseurs locaux. Derrière ce cliché, cet homme. Thierry Coste, le monsieur chasse d'Emmanuel Macron. Il raconte ce moment particulier.

49:19
Présentateur

Il est venu à ce moment-là en pleine forêt. Et c'était un moment assez magique. C'était la première fois depuis 40 ans qu'un président de la République venait.

49:30
Invité

Lobbyiste assumé, il a conseillé Nicolas Sarkozy et François Hollande. Récemment, il a organisé une rencontre à l'Elysée avec le patron de la Fédération des chasseurs.

49:40
Présentateur

Je pense qu'Emmanuel Macron a beaucoup mieux compris que les autres présidents que j'ai conseillés. L'important, c'est la place de la chasse dans un ensemble rural parce qu'il est sensible à ça.

49:52
Invité

Il est provincial, contrairement à ce que racontent les Wauquiers, Barouins, Larchers, Consorts,

49:58
Présentateur

qui essaient de le diaboliser en président des villes et des riches. Il est hyper sensible à ces sujets-là.

50:06
Invité

Des racines rurales ? Assieux, on en est fier. Retour bredouille au village pour les chasseurs, réunis autour d'une bonne soupe faute de sangliers. L'occasion de se retrouver pour ceux qui, parfois, se sentent bien loin de la ville.

50:19
Présentateur

Aujourd'hui, quand on regarde dans les communes, il y a très peu d'associations. Et bien souvent, la seule association qui existe, c'est l'association communale de chasse. Donc ça permet de créer un lien entre tout le monde. On a été trop souvent délaissés, mis de côté par un parisianisme ambiant qui décide pour tout le monde. Et ça, c'est quelque chose que les ruraux vivent très très mal.

50:48
Invité

Rapprocher les villes des campagnes, un enjeu pour Emmanuel Macron. Assieux, on reste vigilant quant aux promesses faites à un an des prochaines élections européennes.

51:00
Présentateur

Bruno Jeudy, pourquoi Emmanuel Macron flatte le lobby des chasseurs ? Je vais vous dire d'abord, je pense que finalement, il y a un retour pour reprendre la phrase de Georges Pompidou. Arrêtez d'emmerder les Français. Finalement, il l'applique aussi à la chasse. Et j'ai envie de dire, il a raison parce qu'on en a beaucoup fait dans l'autre sens les années précédentes. Mais ça, c'est un point de vue, j'allais dire, un peu personnel. Au-delà de ça, je pense que c'est très malin de la part d'Emmanuel Macron qui essaie justement d'éliminer, je ne sais pas s'il y a du sinistre, s'il y a peut-être de réelles convictions ou des souvenirs d'enfance.

Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre sur ce point-là. Mais c'est aussi un moyen pour lui, j'allais dire, de faire baisser son image de président des villes et de montrer qu'il comprend aussi que ça fait partie de la culture, de l'histoire de France. Enfin, je veux dire, voilà, on aime, on n'aime pas. Mais au fond, la chasse à court, c'est un rythme qui est vieux, qui remonte à de nombreux siècles. Donc voilà, il s'accroche à ça et il va un peu à l'inverse de tout ce qu'ont fait ses prédécesseurs.

Alors il faut dire que là, on a vu Thierry Koss qui est un lobbyiste de la chasse très connu dans ce milieu-là, qui fut le conseiller de Jean Saint-Jos, candidat à la présidentielle des chasseurs, lui-même ancien député européen. Et Thierry Koss s'est beaucoup activé pendant la campagne pour justement sensibiliser Emmanuel Macron à ses questions. Mais il a aussi d'autres personnalités dans son entourage qui sont très sensibles à tout ça. C'est l'ancien ministre François Patria, sénateur de Côte d'Or, grand chasseur, assumé, qui lui a envie aussi que les chasses présidentielles reprennent et qui a sensibilisé Emmanuel Macron à ses questions. Mais est-ce que c'est un... Il est aussi...

Il est d'Amiens. Alors Amiens, c'est un petit peu loin de la baie de Somme. Mais la Somme, c'est vraiment le département aussi des chasseurs. Est-ce que c'est un lobby qui a un poids ?

52:53
Invité

Oui, c'est un lobby. Moi, je pense surtout qu'il le fait parce que c'est polémique, que c'est contraire à l'ère du temps, que c'est l'anti-bobo. L'ère du temps, c'est la défense de la cause animale. Lui, il le fait parce qu'il veut brandir ce trophée comme, regardez, quand je dis j'aime la campagne, c'est pas des mots. C'est vrai, puisque je vais même prendre un risque politique en soutenant les chasseurs. Et le risque politique, à mon avis, il est un peu limité parce que la prochaine grande élection, c'est les élections européennes, où les chasseurs ont toujours fait des scores honorables. Donc si en plus, il peut un peu prendre sur cet électorat-là, il sera passé.

53:26
Présentateur

Il peut décrocher les chasseurs, surtout des républicains, qui jusqu'à présent, ne présentant plus de liste, s'associaient aux listes de droite. Il faut quand même signaler que Brigitte Bardot est montée au créneau sur ce sujet. Elle dit que c'est un président qui n'a pas d'empathie pour les animaux.

53:41
Invité

Oui, tout à fait. C'est exactement ça. La cause animale, il préfère défendre les terroirs et les agriculteurs que la cause animale.

53:50
Présentateur

Emmanuelle Ducrot ?

53:52
Invité

Pas vraiment d'avis là-dessus. Je rattache ça au plan loup pour ma part. C'est-à-dire ? Alors le plan loup, c'est une revendication qui monte depuis assez longtemps chez les éleveurs notamment. Le loup est en train de réavancer partout en France. Il est arrivé par l'Est, par le Sud et par l'Est. On en trouve aujourd'hui jusque dans la Somme et presque aux portes de Paris. On a perdu 12 000 têtes de bétail, essentiellement des auvents, l'année dernière. Et donc les agriculteurs demandent un plan loup, c'est-à-dire pouvoir chasser des loups. Et en fait, le plan loup dit que non, on ne chassera pas de loups. Donc c'est assez finalement un peu paradoxal.

Le plan loup ne satisfait personne, ni les écologistes, ni les éleveurs. Ni Brigitte Bardot. Ni Brigitte Bardot.

54:33
Présentateur

Voici maintenant vos questions SMS et Internet. – Alors je rappelle qu'Emmanuel Macron est toujours en ce moment porte de Versailles à Paris au salon de l'agriculture. Donc ça ferme, le salon ferme dans un peu plus d'un quart d'heure. Mais on nous a bien expliqué que le chef de l'État allait rester bien au-delà de l'heure de fermeture au public pour pouvoir converser avec un maximum de gens. Question SMS. Macron veut donner une impression de fermeté. Est-ce que c'est la bonne méthode ? – C'est vrai que dans les échanges qui ont été filmés, il a peut-être un peu surjoué la colère parce que les agriculteurs ont sifflé, certes.

C'était le moyen aussi d'attirer l'attention sur eux et d'attirer l'attention du président de la République. Mais on a vu par le passé des échanges beaucoup plus musclés. Moi je trouvais les agriculteurs assez calmes, alors que c'était le président qui semblait un peu se braquer. On sait qu'il n'aime pas trop qu'on lui résiste, alors les présidents sont toujours comme ça. Mais là je trouvais que c'était presque lui qui était plus agacé que les agriculteurs qui avaient des doléances à faire valoir. Après tout c'est aussi les Français quand ils peuvent approcher leurs élus, leurs élites, leurs présidents, qu'ils ont des choses à faire valoir, c'est le moment.

– Le président a-t-il quelque chose à craindre du vote agricole ? Alors c'est peut-être intéressant de nous signaler ce que vous avez reçu pendant l'émission, un petit message.

55:57
Invité

– J'ai reçu un peu des écoutes qui s'étaient passées de sources proches de la FNSEA, donc le grand syndicat agricole, et on me dit, on l'a trouvé très populaire et il a été très courageux d'y aller, d'aller comme ça au front. Moi je trouve ça sur… – C'est plutôt positif de la part du monde agricole. – Je trouve ça même assez surprenant de la part d'un syndicat qui est quand même dans une culture d'opposition généralement. Ouais, courageux.

56:24
Présentateur

– Cécile Cornulet, de là à récupérer les voix des agriculteurs, c'est encore un peu compliqué.

56:30
Invité

– Mais c'est vrai qu'Emmanuel Macron, il ne faut pas oublier qu'il a toujours en tête de faire différemment du passé. Or là, il fait comme dans le passé, il va voir, mais il fait même mieux puisqu'il passe plus de temps que ce prédécesseur. Donc en même temps, il veut montrer que lui, il ne tapotera pas, comme il dit, les fesses des vaches et qu'il ne cédera pas à toutes les revendications. – Il l'a fait quand même. – Oui, c'est ça. Il est dans une démarche extrêmement politique et au fond extrêmement classique. Et il surjoue un peu la poigne pour montrer qu'en fait, non, ce n'est pas du tout vrai.

57:02
Présentateur

– Peut-on vivre avec une retraite agricole d'environ 800 euros par mois après toute une vie de labeur sans compter ses heures ?

57:10
Invité

– Les Français vous répondront évidemment qu'on vit mal. Et d'ailleurs, du coup, on va avoir tendance, quand ce n'est pas le fils qui reprend la terre, puisqu'il va y avoir 40% de la surface agricole qui va changer de main, là, grosso modo, à dire « je vais le vendre au plus offrant ». Et il y a un énorme problème de foncier dans ce pays, parce que les terres coûtent cher. Il y a une compétition mondiale pour les terres. Les Chinois qui n'ont pas assez de terres, ils ont 25% de la population sur 7% des terres. Ils achètent toutes les terres qu'ils peuvent en Afrique. Puis ils ont acheté des domaines viticoles et maintenant, ils commencent à acheter ici.

Et donc, il y a aussi ce dossier qui est énorme. Comment on peut compenser ces retraites très faibles en disant « on prend le problème du foncier à bras-le-corps pour que les agriculteurs qui s'en vont en retraite ne soient pas tentés de brader leurs terres à d'autres usages que l'usage de l'agriculture française ».

58:09
Présentateur

– Et d'ailleurs, sur cette question des retraites agricoles qui sont notoirement faibles, il y a eu un petit échange avec un cheminot et justement, il s'est appuyé dessus pour dire « j'ai des agriculteurs qui n'ont pas ou peu de retraite et vous qui avez un statut et qui vous garantit une retraite à partir de 50 ans ». Et ça, évidemment, il va s'en servir. Il rebondit bien.

58:32
Invité

– Sur ces questions de fiscalité du foncier, c'est assez intéressant de savoir qu'en ce moment, le ministère de l'Agriculture travaille sur une réforme de la fiscalité agricole, notamment pour lutter contre le surinvestissement, qui est une maladie chronique du monde agricole et qui fait beaucoup, beaucoup d'endettements, mais que pour l'instant, le chantier du foncier n'a pas été ouvert. Donc peut-être que c'est une piste de travail.

58:50
Présentateur

– Justement, regardez, c'est la question suivante. Agricultrice à la retraite, je suis écoeuré de savoir des agriculteurs sur-endettés. Il y a beaucoup de sur-endettements.

58:58
Invité

– Oui, c'est un monde qui est notoirement sur-endetté. Alors, il y a deux aspects dans cette question. D'une part, parce que c'est un monde qui n'a jamais été hostile au progrès, quoi qu'on puisse en dire. C'est-à-dire que les agriculteurs ont quand même toujours acheté les nouvelles générations de matériel agricole, ont quand même testé beaucoup de solutions, et c'est toujours vrai. Mais c'est aussi un monde qui est hostile à l'impôt. Et quand on veut réduire son impôt et qu'on est agriculteur, on a une solution, c'est qu'on investit. Comme ça, on amortit et on paye moins d'impôts. Et donc, beaucoup, beaucoup d'exploitations agricoles sont sur-endettées parce qu'elles ont beaucoup investi.

Alors, les années de vaches grasses, j'allais dire, ça passe. Les années de vaches maigres, ça passe beaucoup moins.

59:34
Présentateur

– Vous citiez la FNSEA à l'instant. Quel est le poids de la Confédération Paysanne dans le monde agricole ?

59:42
Invité

– Minime, si ma mémoire est bonne…

59:44
Présentateur

– C'est quoi ? C'est José Bové, la Confédération Paysanne ? – Ce fut, ce fut. Aujourd'hui, c'est plus lui, mais il a été à la Confédération Paysanne.

59:50
Invité

– Je crois que la Confédération Paysanne tient deux chambres d'agriculture départementales en France, si ma mémoire est bonne. Bon, cela dit, c'est un syndicat qui est considéré comme représentatif et qui est reçu avec les autres.

1:00:01
Présentateur

– Bien sûr. En 1947, plus de 40% de la population vivait de l'agriculture. Aujourd'hui, moins de 4% et très mal. Où est le problème ? C'est vrai que c'est incroyable ce qui s'est passé en 60-70 ans.

1:00:16
Invité

– Alors, d'abord, il faut voir que le poids économique est bien plus important parce que maintenant, derrière chaque agriculteur, il y a 4 ou 5 emplois. Il y a les emplois en amont, les vendeurs de semences, de tracteurs, d'engrais, etc. Puis les emplois navals, les transformateurs, les vendeurs, etc. Donc, le poids économique de cette heure est beaucoup plus important. Mais ceci dit, avant, un agriculteur travaillait avec toute sa famille sur 20 hectares. Maintenant, quand il est céréalier, il travaille sur 200 hectares et de toute façon, il peut faire un deuxième métier. Il peut faire hôtelier, restaurateur, des gîtes, etc.

Donc, effectivement, on a diminué considérablement, mais en partie en s'endettant. Parce qu'effectivement, ça s'est énormément mécanisé. Et donc, maintenant, on ne peut pas vivre avec moins de 200 hectares quand on est céréalier. Avant, c'était vraiment des très grandes exploitations, 200 hectares.

1:01:07
Présentateur

– Encore une question très intéressante. Regardez, dans sa course au plus bas prix, le consommateur n'a-t-il pas sa part de responsabilité dans le malaise des agriculteurs ?

1:01:18
Invité

– En tout cas, pour Emmanuel Macron, ce qui est intéressant, c'est que vous savez qu'il y a un problème de pouvoir d'achat en France et que c'est un problème politique, il a essayé de prendre à bras le corps. Eh bien là, il préfère prendre le parti que tant pis pour le pouvoir d'achat du consommateur. Il faut défendre le revenu des agriculteurs. Et donc, il a créé une tension entre les deux qui, d'une certaine façon, explique pourquoi les agriculteurs lui en sont grés aujourd'hui.

1:01:44
Présentateur

– C'était les conclusions, en partie, des assises de l'alimentation.

1:01:47
Invité

– Nicolas Sarkozy faisait l'inverse. Il était parti, lui, du consommateur. En essayant de voir comment, en jouant avec la grande distribution, il pouvait baisser les prix au maximum. Aujourd'hui, on est dans une autre logique.

1:01:58
Présentateur

– Comment responsabiliser des consommateurs qui achètent des tomates en hiver ?

1:02:02
Invité

– Oui, parce qu'il faut avoir le courage de dire, ce serait quand même possible de changer un peu moins souvent son téléphone portable et de payer un peu plus sa nourriture. pourquoi est-ce qu'on arbitre toujours sur la nourriture la moins chère ? On trouve normal que le loyer, ce soit tout le temps plus cher, mais il faudrait que la nourriture, ce soit moins chère. Et donc, au bout d'un moment, il faut quand même se dire, c'est normal de dépenser un peu d'argent pour manger. Alors, en plus, quand on est collectif, les cantines, tous les parents d'élèves disent, il faut que le ticket de cantine soit de moins en moins cher, ça c'est populaire.

Et les syndicats disent pareil pour la cantine de l'entreprise. Et à la fin, on dit, il y a 70% de la viande qui est importée. Quand est-ce qu'on va dire, j'aimerais bien manger de la nourriture de mon département dans ma cantine ? Parce que ça crée de la société, du social, etc. Si en plus elle est bio, ce n'est pas plus mal.

1:02:52
Présentateur

Ça, monsieur, c'était le grand argument, notamment pendant la dernière campagne régionale, où pratiquement beaucoup des candidats avaient mis, justement, dans leur programme, la possibilité de changer la nourriture dans les cantines. Après, ça se heurte aussi au problème des marchés publics, des règles d'intérieur. C'est ce que veut changer Emmanuel Macron dans le cadre de ses assises de l'alimentation. Sans doute que ça finira par s'imposer 2, 3, 4 ans avant que ça bouge. Et il faut aussi, dans le même temps, que l'agriculture bio augmente pour pouvoir ensuite faire face à la demande.

On sait qu'aujourd'hui, dans certains secteurs bio, il faut aller chercher à l'étranger, ce qui est un paradoxe, parce qu'on ne trouve pas les produits ici.

1:03:29
Invité

Après, il risque d'y avoir deux Frances. Celle qui peut avoir les moyens d'aller vers la nourriture de qualité et celle qui considère qu'elle est à 10 euros près et qu'elle ne peut pas. Quand on entend les nouveaux dirigeants de Carrefour dire « Je suis le plus grand vendeur déjà de bio, je vends pour un milliard et demi. Et dans 5 ans, je vais vendre pour 5 milliards. » Et bien, quelque part, ils sont acculés à dire « Qu'est-ce que je fais ? Comment je traite les agriculteurs bio ? Est-ce que je les rémunère correctement ? Sinon, je vais être obligé d'importer toute la bio. » Ce qui est quand même un scandale.

1:03:59
Présentateur

Les Français n'ont-ils pas un rapport trop émotif avec l'agriculture ?

1:04:03
Invité

Évidemment, bien sûr qu'on a tous un rapport très émotif à l'agriculture. Mais heureusement, parce que l'agriculture, c'est aussi une chose qui structure nos paysages, qui structure notre économie. Les exportations de céréales, c'est l'équivalent de 2 Airbus par semaine. Heureusement qu'on a un rapport émotif à l'agriculture. C'est pour ça qu'on a un président qui passe 12 heures au Salon de l'agriculture.

1:04:23
Présentateur

12 heures, peut-être même plus. Où en est-on concernant l'encadrement des prix dans la grande distribution ? Avance doucement. Pour le moment, on verra le gros problème. C'est pour ça qu'Emmanuel Macron doit gérer l'impatience des agriculteurs. Parce qu'il y a beaucoup d'attente qui est née sur ce juste prix qu'il a brandi.

1:04:42
Invité

Les négociations en ce moment se passent très mal. Aujourd'hui, il a dit qu'il va y avoir des sanctions contre les distributeurs.

1:04:47
Présentateur

Et dans son discours devant les jeunes agriculteurs, il a quand même fait des allusions très très nettes, justement. Alors, sans les citer, mais l'actalis, bigar et tout ça. Parce qu'on sent bien que ça n'avance pas et que, j'allais dire, il ne faut pas qu'il échoue comme ses prédécesseurs.

1:05:01
Invité

Si ça n'a pas avancé d'ici 2019, ce sera compliqué pour lui de revenir au salon de l'agriculture, soyons clairs.

1:05:06
Présentateur

Merci beaucoup à tous les quatre. Merci d'avoir participé à cette émission. Merci aussi à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air. Dans un instant, Ali Badou pour Célebdo. Ce soir, la rediff est à 23h55. Demain, ne manquez pas ses politiques. 18h30, Karim Rissoudi qui recevra notamment le sociologue Mathieu Boccoté et le romancier Philippe Delerme. J'aurai le plaisir de vous retrouver lundi pour un nouveau C'est dans l'air. Très bonne soirée sur France 5.

Macron au salon : le jour le plus long ! #cdanslair 24.02.2018 · Pourquijevote