Le sport féminin, angle mort médiatique ?
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Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver pour un dernier débat de midi de la semaine. Alors vous allez sentir sûrement des odeurs de jet-douche parfois à bon marché et de camphre très prenant puisque le débat de midi du jour se déroule dans le vestiaire puisque nous allons parler de sport, mais attention, de sport féminin et notamment de cette médiatisation qui aurait, pour certains, lise du mal à se développer. Le journal Le Parisien a publié une étude en juillet montrant que depuis le début de l'année, les journaux, radio et télé ont deux fois plus parlé, par exemple, de Kylian Mbappé que de l'ensemble des 23 joueuses de l'équipe de France de foot réunies.
Tiens d'ailleurs, petit test, les Français sont allés jusqu'où ? À la Coupe du Monde, eh oui, en quart de finale. Et à Roland-Garros, quel est le dernier joueur français à avoir remporté le tournoi ? Yannick Noah en 83 ? Eh ben non, Marie Pierce en 2000. Mais bon, à 17 ans près, c'est la même chose. Il y a comme un vœu pieux, en fait, ça arrive de la part des médias de parler de sport féminin, mais ça fonctionne pas toujours. Alors faut-il encore du temps où les spectateurs n'en sont pas friands, on sait à quel point les sportifs sont pris en exemple, quel impact cette faible médiatisation a sur les plus jeunes et comment tenter d'inverser la tendance.
Il est donc temps de réfléchir à l'inscription sportive de vos enfants pour la rentrée. Et non, les filles ne font pas que de la gym et du poney jouer au rugby. Ça peut bien aider pour la suite aussi. N'hésitez pas à réagir, à nous confier vos impressions sur le sport au féminin via vos notes vocales et messages sur l'application France Inter et même par WhatsApp au numéro suivant. Alors c'est un beau numéro, le 07-64-13-70-07, le 07-64-13-70-07. N'hésitez pas donc en tout cas à nous donner vos réactions. On enfile nos shorts et on part en petite foulée. Le débat de midi est en forme. C'est parti pour trois tours de stade.
Jean-Mathieu Pernat, le débat de midi sur France Inter.
Et pour en parler, le débat de midi accueil, Émilie Rose, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste sportive, vous avez lancé notamment le hashtag meuf de foot. Qu'est-ce que c'est, meuf de foot ?
Qu'est-ce que c'est, meuf de foot ? C'est une meuf qui aime le foot en règle générale. Tout simplement.
C'est moi. À la base, c'est moi sur mon canapé. Comme on voit meuf au pluriel, c'est pour ça que je me permets, je ne sais pas si vous êtes plusieurs.
Toutes les meufs qui aiment le foot sont les bienvenues.
D'accord, très bien. D'accord, c'est pour discuter foot. Également, Nathalie Yannetta, bonjour. Bonjour. Le chef des sports à Radio France, Sandy Montanola, bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence en sciences de l'information et de la communication à l'université de Rennes. Vos recherches portent sur les inégalités femmes-hommes dans les médias et notamment dans la médiatisation du sport. Donc vous êtes un peu la personne bienvenue, en tout cas, aujourd'hui. Et Frédérique Jocinet, bonjour. Bonjour. Alors, vous êtes vice-présidente de France Judo et vous avez été médaillée olympique en 2004.
Alors forcément, dès le départ, je vais quand même me tourner vers vous, Nathalie Yannetta, quand on parle de sous-médiatisation du sport féminin. Qu'est-ce que vous en pensez ?
C'est vrai, les médias ne se saisissent pas de la même manière du sport au féminin que du sport au masculin. Mais j'aimerais qu'on puisse être un tout petit, enfin faire un tamis un petit peu plus précis quand même de la différence. D'abord, en France, le sport, ce n'est pas non plus la matière numéro un, que ce soit les garçons ou les filles. Nous ne sommes pas un pays de sport, nous sommes un pays de sportif, mais nous ne sommes pas un pays de sport. C'est une grosse nuance. À l'intérieur de ces sports-là, il y a une énorme différence entre le sport numéro un, qu'est le football, et les autres sports, garçons et filles, là aussi mélangés.
Et donc, quand on redescend là-dedans, le sexisme étant toujours un facteur, on le sait, aggravant quelles que soient les situations, à l'intérieur même de la médiatisation, qui est déjà, je l'ai dit, plus faible, même avec le sport numéro un, vous avez une place du sport qui est en gros autour de 20% dans les médias. On parle d'un temps que moi, qui suis très ancienne et connue, où on n'en parlait pas du tout, on était autour de 5%. Et encore, on ne sait même pas sur quelles données on se basait pour faire ça, parce qu'il n'y en avait pas des données.
Alors, Sandy Montanola, c'est vrai qu'il y a quand même des études sur la période de 2018-2021. Le sport masculin a représenté en moyenne 71% de diffusion à la télé, contre 4% pour le sport féminin. Donc, clairement, c'est une question, est-ce que si on diffuse plus de sport féminin, ça va intéresser davantage de gens ?
Alors, c'est juste pour revenir sur le... parce que ces chiffres, depuis 2018, en fait, nous, on a des recherches qui datent maintenant des années 90. D'accord. Et c'est intéressant de rappeler qu'il y a quand même deux éléments. Il y a une sous-médiatisation, donc quantitative, vous venez de le mentionner, qui est déjà très ancienne et pour laquelle on se posait déjà ces questions, de savoir, en gros, est-ce que... J'ai quelques exemples, par exemple, à partir de 85, dans lesquels on se dit, est-ce que si on médiatise plus, ça va intéresser plus ? Donc, la réponse, en fait, on l'a aussi depuis longtemps.
C'est-à-dire que oui, en fait, il faut un taux d'exposition pour permettre aux personnes de pouvoir voir, en fait, ces sports-là. Ce qui est en train de se passer, c'est qu'on a un discours qui se développe et qui consiste à dire qu'il y aura une sorte de progression, en fait, qui va se faire comme ça. Et donc, on attend que ça progresse. Sauf qu'en fait, on attend, mais on ne prend pas en compte un écosystème complet. C'est-à-dire que depuis, ce qui a changé, c'est aussi l'écosystème médiatique. Il y a plus de médias. Il y a des médias télé qui se sont créés, des chaînes privées, des chaînes spécialisées en sport. Il y a aussi maintenant les GAFAM qui s'intéressent au sport.
Enfin, tous ces éléments-là, en fait, pour les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon, en fait, qui s'intéressent aussi à la diffusion du sport.
Et en fait, tout cet écosystème, il va peser d'autant plus sur les femmes parce qu'il demande une rentabilité. Et donc, à partir du moment où on demande à ce que ce soit rentable, ça veut dire qu'on rentre sur un écosystème avec des sponsors, des publicitaires, etc. Et donc là, en fait, ce qu'on est en train de demander aux femmes, c'est est-ce que si on les médiatise plus, ça va... Elle, pour ensuite pouvoir avoir, par exemple, des sponsors et donc avoir une médiatisation. Donc ça, c'est un élément qui est aussi important à prendre en compte. Et donc, oui, on sait qu'il y a un lien entre cette exposition, mais on le sait depuis longtemps maintenant.
Et pour terminer sur cette évolution historique, en fait, on voit bien que ce qui se passe, c'est plutôt l'inverse. Plus on demande à des médias d'être concurrentiels, rentables, etc. Et en fait, plus ils vont se centrer sur certains types de sports. Et donc, vous l'avez mentionné, le foot, par exemple, exactement. Et ça empêche certains sports d'être médiatisés. Et donc, en fait, on restreint. Et plus on restreint, en fait, il faut bien partager l'espace. Donc, il faut aussi trouver des créneaux. Et donc là, en fait, on a une concurrence entre hommes et femmes, clairement.
Frédéric Jocinet, vous avez l'impression, vous, que les choses avancent petit à petit ou alors qu'on est toujours finalement dans la bonne intention et que ça va pas plus loin que ça ?
Déjà, quand j'entends qu'il y a des connaissances et des réflexions qui sont, en étant factuelles, depuis 1980, j'allais dire, on est en 2023, où ça avance, mais quand même très, très, très doucement. En effet, il y a de la concurrence. Souvent, on a déjà, dans un premier temps, socialement, opposé le sport pratiqué par les hommes et les performances, surtout, des hommes, avec la pratique des femmes et les performances ou contre-performances, ou pas assez de performances, surtout, des femmes. Parce que c'est souvent ça qu'on demande, c'est de faire une performance, c'est bien, mais il en faut au moins 3, 4, 5.
Je pense que si Marie-Pierce avait gagné 3, 4 fois, peut-être Roland-Garros, peut-être qu'on aurait pensé exactement. Et c'est aussi tout ça qu'il y a derrière, c'est cette comparaison constante qui est, finalement, pas très valorisante et surtout qui fait aussi freiner considérablement aussi l'avancée du sport féminin.
Est-ce que vous-même, lors de votre carrière sportive, ça veut dire que ça a pu, à un moment aussi, vous pénaliser ? On y pense à ça, forcément, à un moment, quand on voit des hommes, vous, en judo, donc des hommes combattre, des femmes combattre, on y pense à ça ?
Alors non, quand on est athlète, on y pense. En tout cas, quand on est jeunes athlètes, on n'y pense pas trop. Et puis après, quand on commence à avoir des titres et des médailles au niveau européen, mondial ou olympique, on voit bien qu'il y a quand même une légère différence, voire beaucoup, voilà, on ne va pas dire légère, mais sans rigoler, c'est vrai qu'il y a une vraie différence. Et moi, je l'ai senti quand j'étais, évidemment, athlète. En plus, j'étais quand même sur des époques avec des champions judoka exceptionnels aussi.
mais quand même, je ne prends pas mon cas personnel, mais quand on voyait un titre olympique avec David Douillet ou un titre olympique avec Séverine Vandenande, et je suis sûre qu'ici, pas grand monde la connaît, et où Marie-Claire Restou, c'était juste incroyable. Même Olympiades, même performances, traitées complètement différemment.
C'est ça qui est assez étonnant. Émilie Ross, c'est vrai que tout à l'heure, Nathalie Yannetta disait, c'est vrai, en France aussi, c'est notre vision du sport en général qui est un peu particulière. Il est vrai que quand on prend la finale de la Coupe de France féminine qui s'est déroulée à Orléans. J'y étais, je peux vous en parler. C'est très bien, mais c'est 6 000 personnes. La Coupe d'Angleterre féminine, ça s'est terminée à Wembley devant 77 000 personnes. Là, ça veut dire qu'on voit véritablement la différence de traitement et même de la part aussi du spectateur ou même des fédérations peut-être même.
Après, j'ai envie de vous dire que d'aller à Orléans, ça limite aussi la capacité du stade. Donc en fait, le stade était plein. On a vécu un super match, etc. Est-ce que si tu positionnes ce même événement dans un plus grand stade, est-ce que tu remplis de la même manière ? Est-ce qu'on communique de la même manière ? Est-ce qu'on amène les gens au stade ? Parce qu'on nous demande beaucoup sur le sport pratiqué par les femmes d'être tout le temps en promotion. limite de convaincre. Oui, évidemment. Et moi, je n'ai pas envie de convaincre sur ma passion.
Par contre, effectivement, emmener des potes pour lui dire « Viens, tu vas voir, on va faire une Coupe de France et tu vas voir, tu vas passer un moment génial parce qu'on a de la chance aussi. » Alors, je parle du football, mais d'avoir quand même une ambiance qui est plus familiale, plus cool et tout ça quand il s'agit de foot pratiqué par les femmes. Au bout d'un moment, on ne peut pas convaincre 20 milliards de personnes. Par contre, je pense qu'on peut aider les gens et les amener au stade parce qu'il faut promouvoir les attraits et promouvoir les athlètes.
On a de la chance en France d'avoir des super athlètes féminins et je trouve que si vous n'allez pas à leur recherche, ça ne vous saute pas aux yeux versus les athlètes masculins où effectivement, on a des portraits plus facilement et on est appâtés plus facilement. Mais au-delà de ça, pendant la compétition de Champions League, par exemple, les Parisiennes, elles ont un stade qui s'appelle le Parc des Princes, il me semble. Elles ne jouent pas au Parc des Princes. Il faut qu'elles demandent l'autorisation à ces messieurs d'avoir la place pour accueillir parfois des très grandes affiches, le FC Barcelone, Chelsea, etc.
A l'inverse, les Espagnoles, elles accueillent les Parisiennes au Camp Nou ou les Lyonnaises au Camp Nou. Donc, il y a un club qui joue le jeu, c'est l'OL, qui donne son groupe à ma stadium aux Lyonnaises lorsqu'elles ont des grosses affiches. Donc oui, il y a une espèce de volonté aussi politique et de la part des clubs aussi qui doivent accepter. Ils ne vont pas vendre les billets le même tarif que si c'est un match de Champions League masculin. Je ne vais pas être prévenu au même moment. Mais ce n'est pas grave. Tu as moins de temps de communication aussi. C'est-à-dire que là, pour la Coupe de France, les billets, je crois que c'était une semaine avant.
Enfin, on n'aide pas, on ne contribue pas au savoir en fait, au connaître. Déjà, il y a en effet, au départ, il y a une réflexion sur l'investissement. Il y a quelques années, il y a beaucoup plus longtemps, mais au départ, on a investi aussi sur le sport masculin. On va parler un peu plus marketing peut-être. Mais le foot féminin, déjà, je pense qu'il faut mettre le foot féminin à part des autres sports féminins. Parce que c'est quand même deux produits très différents. Ça reste quand même du foot avec une certaine exposition médiatique du sport féminin différent que du foot féminin. Ça, c'est très clair. Il y a des questions d'investissement.
On l'a dit, le stade qui avait été retenu pour la finale de la Coupe de France cette année, Orléans, ok ? 6 000 personnes, stade plein. Pourquoi, à un moment donné, les institutions ne disent pas on va faire la finale de Coupe de France à Grenoble, par exemple ? 20 000, 22 000 personnes. Un plus gros stade. Bien sûr, un plus gros stade. Mais il aurait été plein. Si on avait capitalisé, mis en place une stratégie de billetterie, de marketing, de promotion de l'événement, etc. Alors oui, c'est les investissements, mais le stade à Grenoble, de plus de 20 000 personnes, il aurait été plein.
C'est ça. C'est vrai qu'on parle du foot parce qu'en effet, c'est le sport le plus populaire. Mais tout de même, quand on voit la Coupe du Monde, où les Français ont été éliminés en quart de finale, il va y avoir la finale ce week-end. On se souvient qu'encore, jusqu'au mois de juin, il n'y avait pas de diffuseurs. C'est quand même assez étonnant de se dire, ça paraît, on imagine ça pour les hommes, non ? Parce que maintenant, tout le monde se bat pour diffuser la Coupe du Monde.
Mais en fait, je pense, si on revient à ce qu'on disait tout à l'heure, c'est vraiment un élément qui est stratégique. Et donc, ça veut dire que que les médias eux-mêmes sont en concurrence, les droits télé deviennent vraiment un enjeu et les sommes sont assez importantes. C'est-à-dire, il faut faire des choix, voir si ça va être rentable, etc. Je pense que la façon de poser ces éléments-là pose problème. Si on revient sur ce qu'on disait, sur l'action de l'évolution, le problème, c'est qu'en fait, on pose toujours cette question sous un angle de est-ce qu'il faut toujours prouver que ça peut intéresser ?
En fait, on l'a prouvé, en tout cas, les femmes sportives l'ont prouvé depuis les années 80. C'est-à-dire, on sait qu'il y a un intérêt. Cet intérêt, il est présent. Par contre, on ne peut pas comparer deux types de... Si on prend le foot, par exemple, ça va être difficile de comparer dans le sens où elles n'ont pas du tout les mêmes moyens. Elles ne sont pas professionnelles de la même façon, elles n'ont pas les mêmes entraînements, pas les mêmes terrains, pas accès aux mêmes choses. Donc, aller comparer un intérêt ensuite du public, c'est quand même relativement compliqué. En tout cas, c'est peut-être dommage de le faire comme ça ou de se dire que ça ne remplit pas des stades.
Ce qu'il faut rappeler, si on remet sur un point de vue historique, c'est quand même que cet intérêt médiatique s'est co-construit. C'est-à-dire, le sport et les médias se sont co-construits ensemble. L'intérêt, c'était de vendre des journaux au départ. Et maintenant, on se focalise beaucoup plus sur les droits télé. Et là, par exemple, en 2019, on retrouve les mêmes titres dans les médias et les mêmes discussions en 2023 que celles qu'on avait eues en 2019, à savoir, est-ce que ça va être un tournant pour les femmes ? Est-ce qu'elles vont pouvoir prouver ? Est-ce qu'elles vont... Et c'est vraiment... C'est qu'on accepte quelque chose qui est celle de...
En fait, la question de départ, c'est pourquoi on a cette sous-médiatisation des femmes et une médiatisation qui est moins bonne. C'est qu'en fait, elle est moins bonne parce qu'on ne construit pas le suspense de la même façon. Et ça, plein de recherches l'ont montré. Ce n'est pas les mêmes termes. C'est-à-dire qu'on construit le suspense ? C'est-à-dire que pour intéresser des personnes... Il y a des matchs de foot, il y a aussi des combats de boxe, par exemple, qui n'ont pas un intérêt fabuleux et qu'on va devoir, entre guillemets, vendre, parce qu'on a acheté les droits télé. Et donc, on va construire un suspense. On va en amont dire, attention, voilà les enjeux qu'il va y avoir.
Si on ne le fait pas pour les femmes, on intéresse forcément déjà beaucoup moins. Donc ça, c'est une construction. Il faut quand même se rappeler cet élément-là. Le deuxième élément, c'est qu'on se focalise uniquement sur les droits télé. Et donc, les droits télé, c'est aller aussi chercher une rentabilité. Et ça, c'est un peu dommage parce qu'il y a plein d'autres choses. Et en termes d'évolution, si on revient, si on prend l'exemple de la presse, par exemple, moi, j'ai travaillé sur les Jeux, les Jeux olympiques entre 52 et 2004. En 52, par exemple, il y avait beaucoup plus d'articles mixtes dans lesquels on avait des hommes et des femmes.
Et en fait, on est passé d'une focalisation qui se faisait par sport à une focalisation par athlète. Et ça veut dire, en faisant ça, on traitait en moyenne dans le monde, par exemple, pour donner les chiffres, sept disciplines différentes dans un même article, donc hommes et femmes. Et puis, en fait, au fur et à mesure, maintenant, la moyenne, c'est 1,1. C'est-à-dire, en gros, un article, c'est une personne. Et donc, on s'est focalisé maintenant sur des personnes. Sauf qu'il n'y a pas plus forcément, il y a un peu plus d'espace. Et ça, ça se fait toujours au détriment des femmes.
Et juste pour terminer sur un tout petit point, ce qu'on disait tout à l'heure sur les résultats, sur les Jeux olympiques, moi, je l'ai fait dans ma thèse, donc on a un temps long pour le faire. Ce qu'on voit, c'est que le taux de médiatisation qu'elles ont ne dépend pas du nombre de médailles qu'elles ramènent. C'est-à-dire, par exemple, sur les exemples que j'ai faits moi, 59% de taux de médailles pour les femmes, 36% de médiatisation. Donc, l'idée, ça ne serait pas dire est-ce qu'elles vont performer si elles étaient meilleures, on y arriverait. Non, ça, c'est juste une nouvelle façon, une résistance, en fait. Sauf que c'est la forme qu'elles prennent maintenant.
Alors, vous parliez de presse écrite et justement, c'est en presse écrite. Annie nous a laissé un message, une note vocale sur l'appli France Inter. Elle lisait son journal et elle a été surprise par quelques informations. On l'écoute.
Le traitement médiatique n'est pas à la hauteur des enjeux du sport féminin. Pour preuve, le quotidien West France dans son supplément sport du dimanche 13 août illustre par une photo la défaite de l'équipe de France féminine en Coupe du Monde face à l'Australie en quart de finale. Match ou des tours très suivis. Mais il faudra attendre cette page pour qu'un article soit consacré à Eugénie Le Sommeur, l'enfant du pays, originaire de Plômeur. Le quotidien, jugez bon, de consacrer ses premières pages au championnat de France qui débute pour le stade Rennais.
Voilà, donc c'était Annie du Pays d'Évillette. C'est vrai que c'est assez concret tout de même. Oui,
on a vu le jour du match des quarts de finale aussi, la place médiatique qu'avait entre guillemets ce match versus quarts de finale d'un euro masculin ou d'une Coupe du Monde 2018 chez les masculins. C'est aussi simple que ça. De facto, le résultat, alors en plus, s'il y a contre-performance, même si pour moi, il n'y a pas finalement si contre-performance, mais peu importe, on voit que de toute façon, le traitement est de toute façon différent. Oui, parce que les garçons ont échoué à l'euro en huitième de finale. Là, c'était une contre-performance. On en a parlé beaucoup, longtemps, longtemps, toutes les unes, etc.
En fait, la vérité, c'est qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, nous devons ou pas parler du sport féminin ? Parce que la vérité, c'est que nous sommes en tout cas ici des journalistes, que nous faisons des choix éditoriaux en fonction de l'intérêt et de l'importance que ça a. Et on se rend compte que, oui, on va traiter par exemple, ici, à Radio France, nous avons suivi et nous suivons cette Coupe du Monde de la FIFA féminine. Mais évidemment qu'on ne la suit pas comme celle du Qatar il y a huit mois au Qatar. Nous étions partis au Qatar, nous étions sur place au Qatar, nous sommes restés, l'équipe de France aussi, mais c'était la bonne raison par ailleurs, jusqu'au bout, au Qatar.
Pourquoi est-ce que ce n'est pas le cas-là ? Ce n'est pas le cas-là parce qu'une Coupe du Monde du 20 juillet au 20 août, pardon, mais quand on a parlé des problèmes de médiatisation, il n'y a pas que la France qui était concernée, les autres pays européens ne voulaient pas acheter à la FIFA au tarif qu'elle demandait cette Coupe du Monde. Pourquoi ?
Parce que Jenny Infantino qui donne des leçons à tous les médias et tant mieux qu'il nous les donne les leçons, avait enlevé ce qui est normalement la période d'une Coupe du Monde qu'elle soit pour les filles ou les garçons, c'est-à-dire en gros mi-juin, mi-juillet où là, TF1 qui était la chaîne qui diffusait la Coupe du Monde 2019, il serait allé parce que c'est leur ADN à TF1 de suivre les équipes de France et les grands événements sauf que là, 20 juillet, 20 août en plein milieu d'un no man's land télévisuel où les Français sont en vacances avec en plus un décalage horaire.
Ça, on l'aurait fait quoi qu'il arrive et pour autant, les résultats ne sont pas si mauvais en termes d'audience depuis le début de la compétition. Mais il y a un décalage. Il y a un décalage si vous n'avez plus l'équipe de France, il y a un décalage quand c'est les garçons mais il ne décroche pas autant quand même que là, sans équipe de France avec les filles.
Juste un mot, Émilie Ross, il est vrai que ce que nous disait tout à l'heure notre auditrice, Annie aussi, c'était par rapport à son journal et il y a quelque chose qui m'a frappé, c'est notamment le journal L'Équipe qui est le journal de référence, le journal de sport en France. Le quart de finale France-Australie, c'était une manchette sous le titre L'Équipe et en une, c'était sur les transferts entre les transferts de Mbappé et Neymar, c'est quand même étonnant alors que c'est l'événement, c'est le plus grand rendez-vous de foot féminin au monde.
Oui mais on revient encore une fois sur les performances et puis ça s'est fait et on passe à autre chose et puis tu mets en une ce qui fait vendre et c'est ça qui est fou parce que je suis persuadée que si tu mets en une des disciplines féminines, au bout d'un moment tu vas vendre aussi. Moi je pense qu'il faut aussi un petit peu marteler pour montrer comment ça se passe. Ça dépend quand même.
Les emballeuses quand elles sont championnes olympiques alors que punaise c'était un exploit autant du sens qu'elles ont fait à Tokyo, t'as la une sur Messi mais parce que Messi qui arrivait à l'époque au Paris Saint-Germain c'était monumental donc il y a aussi éditorialement on peut pas raconter n'importe quoi et tout ne se vaut pas mais en l'occurrence oui évidemment qu'il y a une différence de traitement médiatique qui est parfois surprenante.
Après il y a en parallèle le traitement des réseaux sociaux et des partenaires qui peuvent effectivement rentrer en considération où je sais que moi je vais aller plus m'informer à la rigueur sur les réseaux sociaux parce qu'effectivement il y a des portraits qui sont faits par les partenaires des FED et ça c'est aussi intéressant parce que c'est un autre levier.
On va en parler dans un instant on va s'écouter un petit peu on va faire une petite pause déjà on va s'écouter Jeanne Haddad avec Ready Baby dans le débat de midi.
Le débat de midi
nous parlons sport féminin où en est justement sa médiatisation on l'évoque avec Émilie Rose qui est journaliste sportive d'Atelier Yannetta chef des sports à Radio France Sandy Montanola qui est maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université de Rennes 1 et Frédéric Jossinet vice-président de France Judo médaillé olympique en 2014.
Justement Émilie Rose je parlais au début d'émission du hashtag meuf de foot que vous aviez lancé Est-ce qu'à votre avis aujourd'hui il peut y avoir aussi un retour de bâton pour certains médias on va dire plus traditionnels de dire que s'il passe moins de sport féminin ou pas de sport féminin et bien ceux qui aiment ça vont aller sur des médias alternatifs et notamment sur les réseaux sociaux ou sur des sites internet pour les suivre et ne plus s'intéresser à ce que racontent les médias traditionnels.
Alors c'est pas un vrai retour de bâton mais en tout cas c'est un chemin parallèle c'est-à-dire qu'aujourd'hui grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes on peut effectivement suivre et je pense vraiment aux partenaires sur la fédération française de foot mais il y a vraiment des partenaires qui investissent au même niveau et qui vont faire des interviews ou des portraits où tu vas pouvoir suivre parce que moi j'ai besoin quand je suis un sport de m'identifier c'est comme ça et effectivement c'est là où je vais du coup aller piocher ces informations etc. Donc est-ce que c'est un vrai pied de nez ?
Non mais en tout cas c'est un chemin parallèle qui peut être pris et par contre je suis persuadée aussi que du coup les médias qui ont aujourd'hui toutes des plateformes web sont aussi capables de le faire c'est-à-dire qu'aujourd'hui il y a vraiment de l'espace pour tout le monde en tout cas sur le web en règle générale
C'est en dit Montanola ?
Non je pense que c'est vraiment un élément qui est intéressant parce que certains ont parlé des choix de l'équipe tout à l'heure et il faut rappeler que oui c'est un choix on disait économique mais en fait économique parce que de fait on a un lectorat qui a 90% masculin et en fait ce qu'on voit c'est que dans les recherches alors il y a peu de recherches sur la réception mais dans les recherches sur la réception on sait par exemple avec les travaux de Sylvie Debras que le sport fait partie des éléments vraiment clivants et pour lesquels par exemple les femmes disent en entretien et je pense que ça c'est intéressant du point de vue médiatique elles disent en entretien ne pas du tout se reconnaître parce qu'en fait elles ne sont pas présentes tout simplement donc comme elles ne sont pas présentes elles ne se reconnaissent pas dans ces espaces médiatiques-là et donc en fait elles n'y vont pas et généralement ce qu'on nous dit c'est l'inverse c'est-à-dire les femmes ne lisent pas donc on ne s'adresse pas à elles en fait non dans les entretiens ce qu'on a vu à plusieurs reprises c'est vraiment que les femmes de la presse féminine même si je ne m'y retrouve pas non plus mais au moins je suis présente dans ce type de médias et ce qu'on voit en fait c'est se développer des espaces parallèles et je disais tout à l'heure en 85 en 85 il y a déjà un magazine qui s'appelait Sportive qui était sorti donc 4 numéros avant de s'arrêter par exemple co-réalisé par Marie-Ude Revet par exemple mais dans ce magazine on avait déjà cette volonté de dire on ne parle pas assez du sport féminin dans d'autres types de médias donc on va créer un espace à nous et ça en fait historiquement c'est très présent c'est à dire en gros les femmes n'ont pas accès aux arènes les plus on va dire les plus diffusées et donc vont créer leurs propres moyens de diffusion et on l'a à nouveau il y a eu l'équipe féminine en 2005 à partir de 2007 on a plusieurs médias qui sont créés en ligne en 2016 on a trouvé le magazine qui s'appelle Les Sportives et Women's Sports et là en 2023 il y a des magazines qui annoncent sortir parce que je pense qu'il y a les Jeux Olympiques spécifiques pour le sport féminin c'est intéressant le problème de ça c'est qu'évidemment ils n'ont pas du tout les mêmes audiences et les mêmes arts voilà donc ça pose d'autres problèmes mais ça montre quand même qu'il y a quand même cet intérêt aussi pour les femmes
Nathalie Yannetta vous-même qui avez beaucoup travaillé sur le sport en tant que journaliste est-ce que ça c'est ce genre de solution en effet des journaux en effet on va dire de presse sportive féminine à votre avis est-ce que ça peut être intéressant
après il faut la segmentation aujourd'hui de la consommation pour le sport elle est dans tous les secteurs c'est-à-dire qu'aujourd'hui les rugbymans ils veulent lire des trucs sur le rugby les judokas ont besoin d'avoir quelque chose sur le judo les sports US ont besoin d'avoir leur univers US est-ce que c'est la solution oui sur la consommation on va dire de manière spécialisée mais en revanche pour le grand public on ne peut pas priver le grand public d'information et d'un objet d'actualité qu'est le sport et qu'il soit pratiqué par les hommes ou par les femmes nous par exemple Radio France nous sommes partenaires du Tour de France des garçons mais aussi des filles et on le suit dans les mêmes proportions on propose les mêmes rendez-vous parce que c'est un événement populaire parce qu'il concerne l'intégralité des français pas seulement les amateurs de vélo mais parce que nous sommes aussi un média généraliste donc je pense qu'il y a les deux mais là où juste pour conclure sur la médiatisation et la manière de raconter nous médias généralistes on doit pouvoir offrir les informations à tout le monde quels que soient les sports et quels que soient les compétitions mais ça nous coûte quand même de plus en plus d'argent et là il y aura un autre sujet un jour à terme en revanche sur la scénarisation le storytelling que l'on met autour de certaines compétitions pour leur donner envie moi je viens d'une chaîne qui s'appelle Calan Plus qui en 1984 a raconté le championnat de France qui à l'époque s'appelait l'AD1 qui était quand même un spectacle assez lamentable non mais disons-nous les choses à la fois sur le terrain mais ils étaient moins bons que...
enfin c'est spectaculaire il faut regarder des matchs des années 80 et des matchs aussi c'est pas le même sport mais c'est pas le même sport donc et en partie Calan Plus a changé l'image du football joué par les garçons avec des nouvelles caméras avec du son avec de l'innovation technologique avec des rendez-vous toutes les semaines où tu pouvais voir tous les matchs où t'avais tous les récits où t'avais tous les entraîneurs où tu t'es attaché à des figures parce que d'un seul coup les joueurs sont devenus des références et des gens connus etc etc donc là d'un seul coup quand vous regardez Calan Plus ils essayent de jouer le jeu pour l'AD1 Arkema qui est le championnat des filles mais sérieusement quoi il y a des stades mais c'est une honte de faire jouer les filles dans ces stades là éclairer comme ça etc bien sûr c'est clair
juste un mot sur Whatsapp Greg nous dit à l'instant il a entendu la personne dont vous citiez le président de la FIFA parler du sport féminin et qui a dit dans son communiqué de conclusion de cette coupe du monde il dit aux athlètes féminines aux sportives et aux footballs féminines choisissez vos bons combats
vos batailles il parle plus que des athlètes il parle des femmes qui s'investissent c'est ça qui est lamentable j'ai écouté son discours j'ai même lu ses déclarations tellement je n'y croyais pas en 2023 encore de la part du président de la FIFA et pendant cette coupe du monde alors qu'elle fait des audiences exceptionnelles dans le pays les pays hautes bien évidemment plus de deux tiers de la population qui a suivi le dernier match des australiennes mais c'est juste incroyable il dit on doit les femmes doivent enfoncer des portes ah oui ça veut dire que les hommes en fait ils ont juste à sonner ou à rentrer en fait il oppose tout il compare tout il oppose tout et en gros choisissez vos combats mais de quoi on parle en tant que président d'une institution pour la pratique d'un sport au départ c'est comme ça quand même il faut c'est normalement l'accessibilité son terrain de combat à lui devrait être l'accessibilité par tous et par toutes dans tous les pays pour jouer au foot et on nous parle d'enfoncer des portes et de choisir nos combats c'est quand même très moyen
alors Émilie Roche justement c'est ça qui est assez intéressant c'est aussi on a des questions à ce sujet c'est sur ces hommes qui sont majoritairement représentés dans les postes de direction aussi des fédérations là je vois ce chiffre 8% des postes de dirigeants de fédérations françaises par exemple olympiques sont détenus seulement par des femmes est-ce que le fait de faire une parité aussi à ce niveau-là on peut imaginer s'il y avait 50-50 est-ce que ça changerait quelque chose ?
c'est une question qui n'est pas simple et je m'explique c'est-à-dire que je suis une femme j'aime le sport pratiqué par les femmes mais je kiffe aussi le sport pratiqué par les hommes et en fait on essaye de genrer une passion ou une professionnalisation moi j'ai des enfin dans toute ma carrière j'ai été entourée d'hommes qui m'ont tout le temps impulsé des trucs sur le sport féminin donc en fait pour moi c'est pas genré par contre je pense que pour marquer les esprits et titiller oui mais on sait aussi qu'il y a des femmes qui s'en fichent du sport féminin donc je pense que oui on a besoin de féminiser un peu plus mais là encore il faut bien choisir ses voyants et moi je suis plus pour la mixité pour le coup parce qu'il n'y a pas de raison qu'un homme ne parle pas mieux que moi des disciplines sportives et de la médicétisation en fait
Sandi Montanola je ne sais pas par exemple une femme qui dirigerait la fédération française de rugby aujourd'hui est-ce que ça serait quelque chose de possible et surtout qui changerait quelque chose
en fait que ce soit pour le milieu sportif ou le milieu journalistique parce que je pense que là on peut faire le parallèle il y a très peu de femmes parmi les journalistes de sport dans les deux cas je pense il faut en tout cas poser peut-être la question différemment en se disant d'un côté est-ce qu'on a besoin de prouver ce qu'elles vont apporter pour essayer de valoriser le fait qu'il y ait des femmes je pense que du point de vue social et politique on peut dire qu'à un moment donné en 2023 en fait simplement on se devrait dire elle devrait pouvoir accéder à ces postes-là si on commence à dire il faudrait qu'elles puissent accéder à ce poste-là parce qu'en venant ici elles vont pouvoir féminiser elles vont pouvoir mais en fait on leur donne un rôle qui n'est pas le leur si on met quelques femmes dans un secteur nous on l'a montré en tout cas les recherches l'ont montré en journalisme quelques femmes dans un secteur elles ne peuvent pas à elles seules faire évoluer tout simplement et encore plus dans le sport parce que le sport c'est un métier qui est présenté comme un métier passion dans lequel on sait qu'il y a beaucoup de personnes et beaucoup de concurrence côté études de journalisme voilà il y a beaucoup beaucoup de candidats il y a après beaucoup de enfin on va dire peu d'élus justement et donc beaucoup de concurrence et ça veut dire que qui va aller refuser par exemple de faire tel ou tel élément alors qu'il a déjà eu ou qu'elle a déjà eu des difficultés pour arriver là franchement il y a peu de chance donc ça veut dire que nous on a je suis responsable d'une des 14 écoles en journalisme nous quand on a des étudiantes qui reviennent et qui nous disent on m'a dit ça c'est sexiste mais bon enfin je suis là j'arrive oui c'est à dire en gros déjà il a fallu rentrer une école ensuite rentrer dans un média faire changer les choses c'est pas facile donc en fait il y a un taux de féminisation qui est normalement au-delà en fait de 30% pour pouvoir espérer amener un changement si on leur dit ce que tu vas aller faire c'est que tu vas aller couvrir du sport féminin le problème c'est quoi c'est que la hiérarchie actuelle fait que le sport féminin est moins bien reconnu donc n'importe quelle personne qui a fait des études qui arrive dans un média a envie d'aller couvrir ce qui est le plus hiérarchiquement le mieux considéré ce qui est normal et au-delà de ça on nous a toujours enfin moi j'ai 50 ans j'ai commencé à Canal j'en avais 25 donc je vois bien quand même où on en est au niveau du chemin oui mais vous parce que comme ça vous allez parler différemment mais en fait à quel moment je vais parler différemment d'un match de football d'un sportif non je vais pas parler différemment que mes confrères masculins pourquoi je serais assignée je suis censée parler de quoi exactement que les garçons n'aborderaient pas dans leurs interviews ce truc là de biais cognitif sur le genre est désarmant et moi je suis effectivement on est trois femmes à diriger une rédaction sportive en France recruter des jeunes filles c'est pas si simple vraiment c'est pas si simple pourquoi là aujourd'hui d'abord parce qu'elles s'autocensurent elles ne viennent pas beaucoup sur le monde du sport pourquoi ?
parce que Sandy disait c'est un métier passion mais c'est un métier qui est aussi vu comme très chronophage vous n'êtes pas là le week-end vous n'êtes pas là le soir et moi si un jour je veux avoir des enfants comment je vais faire ou si je veux avoir une vie de famille donc il y a aussi ce truc là il est hyper concurrentiel et les filles à un moment donné elles se disent ça va être trop compliqué trop de combat encore une fois donc je vais faire politique ou société enfin voilà c'est pas si simple aussi de faire rentrer les filles mais par ailleurs moi les filles que j'engage et que je fais rentrer je leur demande pas de se comporter comme des filles je leur demande de se comporter comme des journalistes et d'être meilleur que les garçons si elles veulent mais en tant que journaliste pas en tant que genre qu'elles pourraient ou non représenter
de tout simplement faire son métier en fait
et c'est comme ça à tous les niveaux on parle de sport on parle de journalisme mais dans tous les métiers et si on prend les métiers à l'intérieur avec les spécificités dans le sport les directeurs et je dis les directeurs parce que les directrices de la performance il n'y en a pas dans les fédé olympiques il n'y en a pas à l'agence nationale du sport j'ai regardé qui s'occupe de la performance il y a un patron des référents des référents qui s'occupent de la performance moi je travaille dans la performance j'ai été regardé incroyable il n'y en a pas il n'y en a pas ça veut dire que on a fait des performances on s'est formé on est expertes j'ai vraiment pas peur de le dire et il n'y a personne j'ai une question Frédéric toi tu as fait campagne au moment de renouvellement pour la fédération française de judo pourquoi tu n'es pas patronne ce qui est bien c'est que nous déjà on a dit on a mixité on a un comité directeur on a 10 femmes 10 hommes bien avant que la loi passe parce qu'on s'est dit et ça c'était mon rôle parce qu'il faut être exemplaire et je les ai saoulés je les ai saoulés Frédéric je repose ma question pourquoi tu n'as pas voulu être présidente de la fédération de judo parce que ce n'est pas moi qui au départ on est venu me chercher pour faire campagne déjà il y avait une personne en l'occurrence Stéphane Nomis qui s'est proposé qui a été me chercher et qui m'a dit tu vas t'occuper du haut niveau et de la perf ce qui est déjà incroyable une vice-présidente à la performance et haut niveau il faut avoir la légitimité il faut avoir la crédibilité il faut savoir évidemment en parler mais malgré tout aujourd'hui mais je le dis et pourtant j'ai réactualisé j'ai réorganisé restructuré le haut niveau aussi à la fédé mais malgré tout ça a été un combat de nommer une féminine à la tête des cadets cadettes cadets cadettes les juniors c'est encore des garçons chez les responsables masculins ok responsable des féminines c'est quand même un garçon mais c'est un travail et un combat dans ma propre fédération de tous les jours on a un directeur aujourd'hui du haut niveau et pas une directrice du haut niveau et même s'il y a une élue en charge du haut niveau mais c'est un combat de tous les jours je vous l'assure dans ma propre fédération et juste avec une figure emblématique qui aide quand même toutes les femmes sportives qui est Clarissa Béninou et qui est la reine de sa discipline mondialement
on va en parler de ces modèles justement dans un instant dans le débat de midi on continue à parler du sport féminin n'hésitez pas à réagir sur l'appli France Inter en attendant on s'écoute Caroline Polacek avec Welcome to my Highland
Le débat de midi
alors peut-être ce week-end vous allez regarder la finale de la Coupe du Monde finie de football entre l'Angleterre et l'Espagne la France elle malheureusement a été éliminée en quart de finale face à l'Australie au tir au but mais justement elle en est où cette médialisation du sport féminin vous êtes nombreux à réagir notamment sur l'appli France Inter et on va écouter tout de suite Arthur qui est un fan de foot lui-même et qui nous a laissé cette note vocale
Bonjour tout le monde je suis Arthur j'ai 27 ans et je voulais exprimer ma déception vis-à-vis des des chaînes Youtube françaises qui parlent de foot toute l'année qui voilà on a des Youtubers qui font des très bonnes vidéos de décryptage d'analyse de même de présentation d'équipe pour la Coupe du Monde et en fait j'attendais moi le même traitement pour la Coupe du Monde féminine et il n'y a absolument rien eu et voilà je me demande si c'est pas un peu un manque de respect pour pour notre sport voilà
voilà notre sport vous voyez finalement Frédéric
ça c'est la jeune génération mais c'est pour ça on peut avoir beaucoup d'espoir la nouvelle génération ça fait tout bien merci Arthur à tous ensemble
s'il vous plaît Émilie Rose on le voyait tout à l'heure on parlait justement de ces médias aussi alternatifs on voit qu'il y a des Youtubers qui normalement suivent le foot qui se disent bon la Coupe du Monde de foot féminine ça ne nous intéresse pas
ouais ou ça ne nous intéresse pas et de la même manière les équipementiers alors là je vais parler d'un domaine que je connais bien c'est la communication et le marketing les équipementiers dont ceux qui équipent les athlètes peuvent aussi soumettre des profils à des Youtubers parce que ça fait partie de la médiatisation on le fait beaucoup chez les hommes et en fait bizarrement chez les femmes donc moi je m'occupe aussi de Youtubers où je me force à dire les gars c'est bien parce que il y a Selma Bacha qui est une joueuse incroyable à Lyon qui est à Lyon une pépite lyonnaise et croyamment on va en parler longtemps il faut absolument faire une vidéo avec elle mais t'es obligé en fait encore une fois de convaincre aussi bien l'équipementier etc bon on y est arrivé seulement après on revient sur le point de la rentabilité où quand t'es Youtuber c'est ton activité ton objectif c'est de faire des vues et que tu vas faire moins de vues avec une Selma Bacha qu'avec un personnel Kimpembe ce qui me rend hystérique malheureusement voilà il y a une petite exception il y a une publicité quand même extraordinaire qui a fait des millions de vues d'un opérateur téléphonique français qui a un nom d'une couleur ou bien d'un fruit comme vous voulez qui l'a approuvé que quand vous cassez les codes marketing et publicitaire ça marche
ça ça marche alors Nathalie justement j'ai des questions pour vous parce qu'on a des auditeurs qui ont beaucoup d'idées alors comment faire évoluer la chose alors justement il y a Jackie Parmeil qui dit par exemple que penser des finales de Roland-Garros finale messieurs toujours le dimanche finale dame toujours le samedi est-ce qu'on ne peut pas inverser lui c'est ce qu'il explique
peut-être est-ce que ça changera quelque chose je n'en suis pas certaine pour le coup les tournois de tennis sont très intéressants dans leur fonctionnement parce que la mixité fait que en fait quand vous allez voir une journée à Wimbledon à Roland à Bercy de tennis alors à Bercy non parce que c'est que les gars mais sur des tournois du Grand Chelem vous voyez un match peu importe d'ailleurs de qui contre qui parce que vous allez voir du tennis et ça c'est très intéressant objectivement sur d'autres sports le fait qu'il puisse y avoir aussi un mélange des levées de rideaux etc ce ne serait pas si mal aussi de mélanger parfois donc le tennis est un contre-exemple parce que je crois que s'il y a bien un endroit et pour le coup à Roland Garros y compris d'un point de vue d'égalité salariale parce que c'est le même prize money pour les hommes comme pour les femmes mais oui Jackie a raison au moins sur le fait qu'ils sont ensemble voilà prize money
c'est l'argent que l'on gagne en effet après le tournoi autre idée alors là ça revient souvent c'est assez étonnant c'est la mixité des équipes par exemple Serge Parmeil qui nous dit pourquoi au foot on ne ferait pas alors là c'est un peu compliqué je crois qu'il ne sait pas que ça se joue à 11 mais c'est 5 femmes et 5 hommes voilà sur le terrain ou alors participer même à des équipes en général les sports collectifs est-ce qu'on pourrait mélanger hommes et femmes est-ce que Frédéric Jocinet ça vous paraît aberrant ça comme idée
alors déjà c'est pas forcément aberrant après il faut voir les disciplines sportives mais il y a de plus en plus de volonté notamment de la part du CIO puisqu'il y a de plus en plus d'épreuves maintenant de mix team et la preuve en est que ça fonctionne le judo champion olympique les premiers à jamais petit clin d'oeil Philippe de la France et à mon fils en même temps du coup mais les premiers à jamais 18 millions 18 millions de téléspectateurs pour l'équipe de France champion olympique mix team et aujourd'hui partout on nous parle de judo on nous parle de Teddy Riner de Clarisse etc mais tout le temps et en premier on nous parle de la mix team oui parce que c'est une épreuve par équipe et qui est mixte ça lève les foules ça plaît et ça existe maintenant dans plein d'autres disciplines et peut-être que l'avenir en fait elle est là
elle est là oui on a beaucoup en effet d'auditeurs et d'auditrices qui nous proposent cette solution en effet de mixité à l'intérieur des équipes
je pense qu'une des solutions c'est plutôt de réfléchir à la question des résistances en fait ce qu'on a pu voir c'est que les résistances on les avait avant c'est à dire en gros si on reprend l'histoire les femmes étaient empêchées de faire du sport parce qu'on disait que ça allait les empêcher d'avoir des enfants et que c'était leur rôle social donc c'était vraiment des discours médicaux et on a adapté en fait les épreuves avec toujours cette idée que les femmes étaient moins physiquement elles arrivaient à tirer moins loin courir moins vite enfin voilà moins résistantes etc et donc le sport s'est développé comme ça ce qu'on voit là c'est vraiment des résistances qui étaient en tout cas présentées comme étant médicales au départ ou en tout cas soutenues comme ça et qui maintenant en fait vont plutôt sur la notion de performance d'intérêt et c'est pour ça que je disais que ce discours en fait commencer par le déconstruire ça enlèverait une partie en fait du problème parce que ce qu'on voit là c'est que simplement on a du mal à capter une partie de lectorat par exemple ou d'auditeur simplement parce qu'on a aussi des gens qui sont extrêmement résistants et on fait comme si ça n'existait pas mais il suffit d'aller regarder n'importe quel commentaire les articles par exemple il y a un nombre de commentaires incroyables et à chaque fois l'idée c'est de dire déjà qu'elles prouvent qu'elles arrivent à jouer au foot et puis on verra bien donc ça bon ça fait longtemps qu'elles ont prouvé par contre il suffit de voir qu'elles n'ont pas les mêmes conditions on a parlé aussi elles n'ont pas les mêmes conditions ne serait-ce que on le disait tout à l'heure ça joue beaucoup la réalisation bon pendant longtemps les femmes avaient beaucoup moins de caméras donc ça paraissait beaucoup plus lent beaucoup donc tant qu'on ne pourra pas comparer ça on ne pourra pas non plus comparer les types de jeux etc et aussi ça dépend des types de sports parce qu'il y a des sports dans lesquels ça ne pose aucun problème et on voit que ce soit en marathon maintenant que ce soit en escalade que ce soit en voile cette question on n'a plus besoin de le prouver par contre je pense qu'il faudrait plutôt réfléchir sur on va dire une vision peut-être plus politique et sociale de ce qui nous empêche encore d'avancer là-dessus avec cette idée et on le voit dès le collège les sports ne sont pas mixtes les stéréotypes sont très présents et donc je pense qu'on avancera plus facilement sur ces points-là
vous parliez de stéréotypes mais est-ce que finalement aussi ceux-là ils sont très inscrits dans la société par exemple là au mois de septembre on va inscrire ses enfants pour une activité sportive est-ce qu'on hésite toujours mine de rien aujourd'hui quand je disais en intro de dire vous voyez une fille qui fait du rugby aujourd'hui est-ce qu'on hésite est-ce qu'il y a encore justement ces blocages dans la société d'après vous
j'ai pas d'enfants c'est compliqué mais j'espère pas j'espère pas qu'il y ait ça aujourd'hui en 2023 parce que nous on fait effectivement beaucoup de constats sur le professionnel j'ai l'impression que dans le monde amateur quand même il y a eu une évolution en tout cas je pense aux licenciés de foot, de rugby au niveau des petites filles et tant mieux après il va falloir les accompagner encore une fois montrer que c'est possible et puis la mixité aussi c'est peut-être aussi une chouette solution
Frédéric Chocinet pour vous aujourd'hui ces barrières psychologiques qui peuvent y avoir
j'ai envie de dire aujourd'hui je pense qu'en effet les fédérations mais parce que aussi il y a eu et tu l'as dit Nathalie il y a un vrai une vraie sensibilisation mais aussi une volonté du gouvernement à un moment donné avec des plans de féminisation obligatoires à travers les fédérations parce qu'il ne faut pas oublier que c'est les fédérations quand même qui accompagnent le développement et donc l'accessibilité à la pratique c'est ça le premier article de la loi 1901 d'une fédération c'est les fédérations doivent permettre l'accessibilité par tous et par toutes quel que soit l'âge quel que soit handicap pas handicap etc valide pas valide etc l'accessibilité à la pratique ça je pense que depuis 2013 c'est plutôt bien accompagné on l'a vu sur le rugby on l'a vu au foot un passage de 50 000 à 200 000 licenciés etc après c'est les conditions d'accueil comment on les accueille et maintenant les conditions d'encadrement parce qu'aujourd'hui et ça je le sais des éducateurs des éducatrices des entraîneurs de dire tu vas encadrer des filles des fois c'est pris comme une punition c'est incroyable pour le coup confier des petites filles c'est quand même important et il y a très peu de femmes aujourd'hui il y a beaucoup de femmes qui sont bénévoles mais il y en a très peu qui ont les diplômes et qui vont dans le coaching etc donc ça c'est un vrai sujet aussi pour former les femmes on y est les diplômes les formations et donc l'accessibilité pour le coup à encadrer un public féminin avec ses spécificités c'est là aujourd'hui les fédérations parce que c'est eux quand même qui ont le levier est la clé et c'est là dessus qu'on doit être meilleur
c'est une mentale là vous vouliez réagir
non c'est juste que sur les stéréotypes on y est toujours enfin je veux dire les stéréotypes sont extrêmement présents ils changent de forme mais ils sont toujours extrêmement nombreux et on voit cette sexualisation qui parfois même se renforce maintenant sur certains sports et il y a certains parents qui en fait eux-mêmes ne partagent pas ces stéréotypes mais envisagent le parcours qui peut être difficile pour leurs filles en connaissant les stéréotypes et se disent en fait autant lui faire faire un sport dans lequel elle n'aura pas besoin de se battre pour faire le sport qu'elle aime donc on sait aussi que c'est un frein extrêmement fort qui reste maintenant
d'ailleurs tout à l'heure Nathalie vous parliez d'une publicité d'un opérateur téléphone moi je vous encourage d'aller voir une publicité c'est celle de la Fédération Française du Portugal pour la Coupe du Monde Fémini de Foot justement qui était sur les stéréotypes de genre et qui était assez intéressante et osée une dernière chose aussi vraiment quand on parle de sport Émilie Ross c'est David non c'est Nicolas par mail qui nous dit j'ai vu hier sur Arte le portrait des soeurs Williams qui ont dû vraiment se battre elles sont médiatisées de vrais modèles pour beaucoup même pour les hommes avoir des modèles c'est vraiment ça aussi qu'on recherche aujourd'hui
c'est hyper important moi j'ai grandi avec Marie-Josée Perrec et Soria Benali pas pour les performances mais parce qu'en fait elles étaient tout le temps dans ma télé donc en fait elles sont devenues mes références et je pense que oui c'est important pour montrer que c'est possible pour montrer qu'il y a différents parcours qu'il y a différentes façons de y arriver et puis on a envie de s'identifier à ces athlètes
oui c'est ça tout simplement oui en effet les modèles et bien merci en tout cas à vous quatre d'être venus débattre aujourd'hui au débat de midi Emilie Ross Nathalie Yaneta Sandy Montanola et Frédéric Jossinet je précise d'ailleurs une chose c'est que les Jeux Olympiques qu'on suivra bien sûr sur Radio France bien sûr Nathalie nous sommes radio officielle et bien oui c'est les premiers jeux égalitaires de l'histoire pour les athlètes
il y aura autant de femmes athlètes que d'hommes
voilà il faut quand même le souvenir aller à réalisation il y avait Étienne Bertin à la technique c'était Lison Berger une émission préparée par Aloïse Nolet Pierre de Certaine Savannah Ruelan le débat de midi revient bien sûr lundi on parlera d'un tout autre sujet lundi puisque nous évoquerons la rentrée littéraire alors cette vieille tradition française Athènes pas sûr que ce soit un autre sujet
parce qu'il y a beaucoup de sexisme dans le monde de l'édition mais alors vous reviendrez également
Nathalie en fait vous êtes abonnés maintenant au débat de midi vous ne pouvez pas faire sans allez merci beaucoup et très bon week-end il est 13h sur France Inter il est 13h sur France Inter