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Podcast / conversationINA Actu· 6 octobre 2026 17 minDivertissementImmigration & asile

France-Algérie 2001 : le match de la réconciliation qui a viré au fiasco

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:52non_speechFait
    « On peut pas demander au sport de régler les rapports entre deux peuples qui ont vécu des périodes extrêmement douloureuses. »
  • 7:24non_speechFait
    « La Marseillaise sifflé. »
  • 13:59non_speechFait
    « 4 jours après le match, le sujet arrive à l'Assemblée nationale. »

Temps de parole

  • ?100 %

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Locuteur

6 octobre 2001, pour la première fois de leur histoire, la France et l'Algérie s'affrontent sur un terrain de football, un match présenté comme celui de la réconciliation. Mais à la 76e minute, tout va basculer. La pelouse est envahie, le match arrêté, la fête gâchée. Lilan Turam, lui, laisse exploser sa colère. On est déçu parce que au lieu d'être une fête, on a le sentiment qu'à nouveau, on va se poser quelques questions. Comment une soirée qui devait rapprocher les deux pays a-t-elle viré au fiasco ? Pour le comprendre, j'ai retrouvé trois témoins directs.

Marie-George Buffet alors ministre des sports, Rachid Jebaili, international algérien et Lilian Turam, défenseur de l'équipe de France. Ce soir-là, l'une est dans la tribune officielle, les deux autres sont sur le terrain. 25 ans plus tard, ils m'ont raconté ce qui s'est passé.

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Non speech

[musique]

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Locuteur

Pour comprendre pourquoi ce match comptait autant, il faut remonter à ce qui s'est joué entre les deux pays bien avant le coup d'envoi. Et cette histoire commence 43 ans plus tôt. [musique] Avril 1958, la guerre d'Algérie fait rage. À quelques semaines de la Coupe du monde en Suède, plusieurs des meilleurs footballeurs français d'origine algérienne, dont certains sont déjà internationaux, quittent clandestinement la France et leur club. Leur destination Tunis où le FLN, le Front de libération nationale algérien, vient de créer sa propre équipe. Parmi eux, Mustapha Zitouni, défenseur de l'AS Monaco. L'Algérie avait besoin de nous.

C'est la raison pour laquelle la plupart des joueurs professionnels n'ont pas ils ont accepté de se rejoindre en Tunisie. Cette équipe surnommée le 11 de l'indépendance va jouer pendant 4 ans pour faire connaître la cause de l'indépendance algérienne. En 1962, l'Algérie devient indépendante. Mais entre les deux sélections nationales, il faudra attendre près de 40 ans pour voir enfin un match. Entre-temps, en 1998, la France devient championne du monde. Une équipe aux origines diverses est alors présentée dans le récit médiatique et politique comme le symbole d'une France plus unie. Et Zinedin Zidane, fils d'immigré algérien, devient l'icône de cette équipe.

Pour beaucoup, il incarne cette France Black Blamber, une identité française et des racines multiples. Dans ce contexte, un France-Algérie peut apparaître comme un nouveau symbole de rapprochement. Mais ce match va mettre plusieurs années à voir le jour. Le projet d'un France-Algérie existait déjà en 1999. Prévu à Alger, il est finalement reporté notamment pour des raisons de sécurité. 2 ans plus tard, le rendez-vous est fixé. Ce sera le 6 octobre 2001 au Stade de France. Et le match précisément de samedi soir au Stade de France a été classé à risque par la FIFA.

Mais après 40 ans d'incompréhension, de défiance et d'hésitation politique, tout laisse à penser que la passion du football sera le meilleur facteur de rapprochement. Le gouvernement de Lionel Jospin veut donner à cette première rencontre une portée particulière. Avec Marie-George Buffet, la gauche pluriel soutient l'idée d'un match qui puisse rapprocher les deux pays. Une ambition assumée par le gouvernement mais qui ne fait pas l'unanimité au sommet de l'État. Jacques Cherc, alors président de la République décline l'invitation à assister à la rencontre. Malgré ses réticences, [musique] la ministre des sports défend l'événement.

À 3 jours du coup d'envoi, elle veut encore croire à une rencontre ordinaire. la famille du foot français avait envie aussi de de l'organiser mais il y a eu beaucoup de difficultés, beaucoup de craintes et puis voilà maintenant ça se fait et pour moi, j'ai envie de dire c'est à la fois un match historique puisqu'on l'a appelé comme ça, mais j'ai envie que ce soit un match normal, un beau match de foot avec un public chaleureux, convivial. 25 ans plus tard, Marie-George Buffet porte un regard plus critique sur cette ambition. On peut pas demander au sport de régler les rapports entre deux peuples qui ont vécu des périodes extrêmement douloureuses et cetera.

[musique] Donc je pense qu'on a donné un objectif politique trop important à ce match. En octobre 2001, Lilian Turam est un cadre indiscutable des Bleus. Vainqueur de la Coupe du monde en 1998 du championnat d'Europe en 2000. Il s'apprête ce soir-là à démarrer la rencontre comme titulaire au poste d'arrière-roit. Il le sait, ce match représente bien plus qu'une rencontre sportive. Je sais qu'en fait il y a une crispation autour euh de l'Algérie et euh j'avais l'impression que ce match là allait euh essayer de de réconcilier euh nous réconcilier nous Français avec cette histoire là. Voilà, donc c'était très important pour moi en tout cas. Dans la rue, l'attente est tout autre.

On veut simplement voir France-Algérie à Barbè. À 24 heur du coup d'envoi, l'événement est sur toutes les lèvres. Ce match qualifié d'historique, il l'attendaiit tous depuis des années. Alors cet après-midi à 24h de la rencontre, c'est spontanément que des dizaines de supporters algériens ont laissé exploser leur joie à Barbesse. Dans ce quartier, les boutiques, les cafés se préparent à fêter l'événement. La ferveur est immense, notamment chez les Français d'origine algérienne. On parle de 250000 demandes de billets pour ce match historique. De quoi remplir trois stades de France. Et pour certains joueurs binationaux, ce match a aussi une dimension familiale comme chez les JBiley.

Ce soir, il est remplaçant dans l'équipe algérienne. Toute sa famille va le soutenir sur place. C'est un match frère contre frère, on va dire. J'aimerais bien que l'équipe d'Algérie gagne mais avec Zidan et tout ça de tous espérent un match nul et une rencontre hautement amicale. Je regarde les images avec beaucoup d'émotions parce qu'en fait il y a plein de souvenirs qui reviennent comme ça parce qu'en plus moi c'était ma première sélection donc ce qui m'a le plus marqué c'est l'engouement autour de l'équipe [musique] d'Algérie. Mais pas que ça, mais aussi l'engouement des franco-algériens et des Français aussi.

Côté français, tous les regards sont tournés vers un seul homme, Zinedin Zidane. C'est un match historique. France n'a jamais joué contre l'Algérie et puis comme tout le monde le sait, mais enfin ou comme tout le monde le ne sait pas, je suis je suis d'origine algérienne et fier de l'être et euh et je c'est vrai que il y aura quelque part un petit pincement au cœur quand je vais rentrer sur le terrain. Si s'il y a bien un match un jour qu'on doit faire un match nul, je crois que si j'ai à choisir, ça sera bien celui-là. Tout est donc réuni pour une grande fête. Mais 3 semaines avant, un événement vient bouleverser le contexte international.

6:37
Non speech

[musique]

6:40
Locuteur

Le 11 septembre 2001, les États-Unis sont frappés par une vague d'attentat. En France, le plan Vigie Pirate est relevé à son niveau maximum et le match est placé sous très haute surveillance. On craint aussi des actions d'islamistes. Bah c'est à cause des attentats qui se passent. Alors on est un peu on est un peu visé mais ça fait rien. Je suis algérienne. Alors si l'Algérie si les Algériens s'étaient arrêtés de vivre, le terrorisme aurait gagné. Or pour l'instant il n'a pas encore gagné. Il ne gagnera pas. Malgré ce contexte, la rencontre est maintenue et avant même le coup d'envoi, un premier incident éclate. La Marseillaise sifflé. Il n'y a pas que les Bleus qui ont été choqués.

Ce France-Algérie devait être un match historique. Ce n'est pas ce qu'on retiendra Nasser Sanjac, ancien sélectionneur de l'équipe algérienne. C'est sûr que si fait la Marseille, c'est c'est c'est pas logique. C'est on a pas le droit. Bien au contraire, je crois qu'il aurait été très sur que les deux soient soient applaudis comme ça aurait dû l'être. Un choc aussi pour les millions de français qui suivent le match à la télévision sur TF1. Pour Rachid Jebaili, ce moment est particulièrement difficile à vivre. Nous, on était dépité vraiment parce qu'en fait euh il y a des symboles auxquels il faut pas toucher.

Je crois que la Marseillaise c'est un symbole enfin c'est c'est ça ça représente tellement de choses pour beaucoup de monde que tu ne peux pas siffler comme ça. 25 ans plus tard, Lilian Turam condamne les sifflets mais refuse de les regarder sans chercher à comprendre ce qu'ils expriment. Je trouve qu'il y a une certaine forme d'hypocrisie lorsque on dit que on ne comprend pas pourquoi la Marseillaise euh est sifflée. Moi, j'ai grand dit dans la dans la dans les dans les banlieux de de Paris, euh bien évidemment, il y a une forme de colère vis-à-vis de la France. Euh et quand je parle de l'histoire de la colisation française en Algérie, c'est une histoire extrêmement violente.

Donc c'est pour cela que moi je dis c'est trop facile de ne pas essayer d'expliquer les choses. Certes, ils ont tort, mais il y a une explication derrière tout ça. Malgré l'attention dans les tribunes, le coup d'envoi est donné. [musique] Et pendant plus d'une heure, le football reprend ses droits. Dans un Stade de France acquis à l'Algérie, les Bleus ont presque joué à l'extérieur. Ils mettent pourtant les choses au point dès la 20e minute avec ce but de Vincent Candella. [acclamation] Emmanuel Petit doublera la mise et à la 40e minute, le collectif des Français fait encore mouche avec à la conclusion Thierry Henry. 3-0 score sévère. Pour autant, les Algériens ne baissent pas les bras.

Juste avant la pause, Belmadi le Marseillais redonne de l'espoir à son équipe. Mais après la mi-temps, les Français sont toujours là et Robert Pierre offre un 4e but au bleu. La France mène 4 à 1 à la 54e minute de jeu. Le match se déroule sans nouvel incident, mais cette domination sportive produit une réaction inattendue dans les tribunes. Ils étaient venus voir l'Algérie gagner. C'est-à-dire quelque part une petite revanche, ça veut dire quelque part euh construire une bonne estime euh d'eux-même à travers la victoire de l'équipe euh algérienne. Mais en fait, nous étions beaucoup plus forts queux. Et donc c'est ce qui s'est passé et donc c'est la désillusion. Il faut que ça s'arrête.

C'est de l'humiliation. Comment on fait ? À la 66e minute, Rashid Jbaili entre en jeu. Ce qui me revient déjà, je je me languie de rentrer déjà, je suis au bord du terrain et j'attends absolument ça quand on me donne l'autorisation. Donc je cours là où je dois être, c'està dire sur le côté euh l'aile gauche. Et je me dis le moment où je vais toucher le ballon, il va falloir que ça fasse le feu. Faut il va falloir que ça pète. En fait, c'est sa première sélection avec l'Algérie. Il ne le sait pas encore, mais il ne jouera qu'une dizaine de minutes seulement, car à la 76e minute, le match va basculer. Des centaines de spectateurs envahissent la pelouse. L'arbitre arrête la rencontre.

76e minute de jeu. Michael Silves donne son maillot pour échapper aux supporters qui viennent d'envahir la pelouse. Devant cette poigné d'inconscient qui gâche la fête, il Turam, lui laisse exploser sa colère. [acclamation] 1 puis 2 100 spectateurs viennent d'envahir le terrain. Les forces de sécurité sont débordées. L'arbitre arrête la rencontre. La France mène 4-1. Qui gâche la fête ? Ilam lui laisse exploser sa colère. Ouais, je crois que je suis en colère et je lui dis "Mais est-ce que tu te rends compte ce que tu es en train de faire en fait ? Mais pourquoi tu rigoles toi ?

Parce que là vous êtes en train de vous tirer une balle dans le pied." Au milieu du terrain, Rachid Jebaili assiste à la scène impuissant. J'ai les mains sur les hanches euh complètement dépité [musique] et euh je suis au milieu du terrain puis je regarde ce qui se passe en fait et je me dis non c'est pas possible, ils [musique] vont rentrer et ils vont sortir mais ça peut pas se terminer comme ça. Il y en a qui ont ramené les poteaux de corner, ils étaient contents et donc ça devenait une fête mais à aucun moment moi je me suis senti en danger parce que sinon je serais pas resté. Et donc je voyais bien qu'en fait c'était de l'amusement.

Dans les tribunes, Marie-George Buffet et le président de la Fédération française de football, Claude Simonet lancent des appels au calme. Enfin, les joueurs sont contraints de quitter la pelouse. On est déçu quoi. On est déçu parce que au lieu d'être une fête et puis remettre un petit peu les choses à plat, on a le sentiment qu'à nouveau, on va se poser quelques questions et que et que ça va faire ça va faire disons ça va être un sujet à débat à nouveau. Marcel de Sait pas si bien dire. Le match vient de s'arrêter. Le débat lui ne fait que commencer. Dans les vestiaires, c'est la déception qui domine.

C'est une grosse bêtise parce qu'ils ont un petit peu brisé le rêve de de tout un peuple surtout en Algérie qui attendait avec impatience ce match. Le rêve de tous les joueurs euh qui évoluent en France ou en Algérie. 25 ans plus tard, Rachid Jebaili se souvient surtout de ce que cette rencontre devait permettre. Et et le rêve c'était justement que ça soit la la morce de quelque chose de plus pérenne, plus profond et qu'on puisse enfin ben créer des liens entre les deux pays parce qu'en fait l'histoire elle est des deux pays, elle est intimement liée. C'est un échec enfin c'est voilà c'est un échec.

On a on a pensé faire un match qui allait être un match important pour les rapports entre la France et l'Algérie, pour euh [musique] pour le rôle du sport dans le rapport entre les peuples et cetera.

13:19
Non speech

[musique]

13:19
Locuteur

et on se prend une claque. Et Lilian Turam, lui aussi comprend immédiatement que les conséquences dépasseront largement le terrain. Si vous vous intéressez un petit peu à la politique, vous savez que c'est du pain béni en fait pour ceux qui veulent renforcer l'image de ces jeunes de banlieu qui qui sont dangereux, qui sont presque je dirais inutiles, qui seraient des dangers de l'intérieur. Cette soirée qui devait rapprocher les deux pays vient donc de produire exactement l'inverse. Et l'image de ces jeunes envahissant la pelouse va rapidement dépasser le seul cadre du football. 4 jours après le match, le sujet arrive à l'Assemblée nationale.

Sous les feux des critiques de l'opposition, Marie-George Buffet doit défendre la gestion de la sécurité devant les députés. Quant à la sécurité, ce match n'a connu aucune violence, contrairement [musique] à d'autres. Grâce aux forces de sécurité, il n'y a eu aucun incident, simplement 17 interpellations. Le problème à l'intérieur du stade a été que les stadiers ont été incapables d'empêcher l'envahissement de la pelouse. Mais au-delà du fiasco de l'organisation, c'est l'outrage au symbole républicain qui enflamme l'hémicycle et notamment cette Marseillaise sifflée avant le match. Je vois lors du match des milliers de spectateurs siffler la Marseillaise. J'en ai pleuré. Lancé.

Oh et alors ayez mon âge et vous verrez ce que c'est que la France. Ah si on apprenait davantage à Marseillais à l'école peut-être que les applaudissements récouver les siplet. Dans les médias, l'extrême droite s'engouffre immédiatement dans la brèche pour remettre en cause l'appartenance nationale de ces jeunes supporters. 90 % de spectateurs qui sifflaient le match le le l'hymne français au moment du match France-Algérie. Ces Français sont des Français de papier indiscutablement. Cette affaire ne s'arrête pas là.

Plusieurs supporters sont condamnés à des peines de prison avec surcis et 2 ans plus tard, après de nouveaux sifflets, lors de la finale de la coupe de France Bastial Orient, en mai 2002, le Parlement décide de renforcer l'arsenal judiciaire. Un amendement au projet de loi pour la sécurité intérieure présenté par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozi, crée le délit d'outrage au drapeau ou à l'hymne national. Il est puni de 7500 € d'amende et de 6 mois d'emprisonnement lorsqu'il est commis en réunion. Pourtant, 25 ans après, Rashid Jebaili refuse de réduire cette soirée à son interruption. Il faut essayer d'avancer dans la de la plus belle des manières.

Et avancer de la plus belle des manières, c'est créer des liens. Et si le football fait un prétexte à ça, il faut le faire. Pour Marie-George Buffet, le vrai sujet de cette soirée dépassait largement le cadre d'un simple match de foot. Autant vraiment les les l'envahissement du terrain, je je je considère que ça ça bascule parce que c'est vraiment un mouvement de fou, l'idiot et bon et incontrôlé. [musique] Autant bien sûr les sifflements de la Marseillaise, ça ça ça demande aussi à à réfléchir. J'ai envie de dire pourquoi [musique] en 2001 on le les rapports entre l'Algérie et et la France sont aussi fragiles. Voilà, c'est [musique] peut-être ça la question qu'il faut se poser.

Si je devais retenir quelque chose de cette soirée, c'est l'importance de l'éducation, de comprendre les choses. C'est pour cela que je milite sans cesse pour l'éducation parce que c'est l'éducation qui nous permet de comprendre les situations les plus complexes. Le 6 octobre 2001, la France et l'Algérie devaient écrire une nouvelle page de leur histoire par le football, mais le match n'est jamais allé à son terme. 25 ans plus tard, les deux sélections ne se sont jamais retrouvées. Voilà, c'est la fin de cette plongée dans les archives de ce France Algérie. Je vous dis à très vite pour un nouveau récit avec les archives de Lina. No.