Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLa chronique de Caroline Yadan· 6 juillet 2026 6 min

La chronique de Caroline Yadan du 06/07/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Merci de nous rejoindre sur Radio G ce matin, ce lundi 6 juillet 2026 et nous avons le grand plaisir de l'accueillir en studio Caroline Yadant, députée de la 8e circonscription des Français de l'étranger. Bonjour ma chère Caroline. Bonjour ma chère Ilana. Et ravie d'être avec vous. Alors vous souhaitiez revenir cette semaine sur la mutation de Radio Nova ?

0:20
Caroline Yadan

Oui Ilana, cette semaine je voudrais parler d'un homme plus que d'une radio, Jean-François Bizot, est mort le 8 septembre 2007 à 63 ans. Et pourtant c'est peut-être aujourd'hui qu'on mesure le mieux ce que sa disparition a coûté à Radio Nova. Radio Nova est née en 1981 dans l'esprit des radios libres qui venaient de conquérir leur légalité de haute lutte, avec pour seule boussole l'insolence et pour seul programme la curiosité du monde. Ce n'était pas rien. C'était même à bien y réfléchir une manière rare d'habiter les ondes et d'y faire habiter les autres.

Fondateur d'Actuel, héritier de la contre-culture et du journalisme Gonzo, Bizot, qui avait traversé le maoïsme et le parti socialiste unifié sans s'y laisser enfermer, croyait qu'une radio pouvait être libre, insolente, militante, sans être sectaire. Nova, s'est débutée pendant longtemps encore, fut une antenne à nul autre pareil. On y entendait Lagos et Kingston le même matin, l'électro-berlinoise et le reggae jamaïcain dans le même souffle. On y croisait des voix comme celle d'Edouard Baer, d'Ariel Wiesman, de Jamel Debbouze, une constellation de talents pour lesquels le cosmopolitisme n'était pas un mot de discours, mais une pratique quotidienne, charnelle, musicale.

Bizot avait inventé ce qu'il appelait la sono mondiale. Deux mots pour dire une conviction simple, la culture n'a ni frontière ni passeport, elle circule de Lagos à Tokyo, de Kingston à Paris. C'est sous cette bannière joyeuse et désintéressée que la station avait acquis sa réputation singulière, celle d'une radio qui aimait les hommes en général, sans avoir besoin de désigner des ennemis en particulier.

2:03
Présentateur

Et donc ce n'est plus le cas aujourd'hui selon vous ?

2:05
Caroline Yadan

Eh bien tout cela est désormais de l'archéologie, Ilana. Mathieu Pigas a racheté Nova et la radio a dérivé. Elle est devenue le pendant à gauche de Radio Courtoisie. Guillaume Meurice, licencié de France Inter pour faute grave en 2024, après avoir qualifié Benjamin Netanyahou de nazi sans prépuce, y a trouvé refuge. Aymeric Lompré y a fait reprendre à son public « Nous sommes tous des antisémites », quelques semaines après le 7 octobre. Pierre-Emmanuel Barré a consacré, semaine après semaine, ses chroniques à cibler Sophia Aram, jusqu'à souhaiter sa mort pour avoir défendu Israël et les Juifs. Philippe Valls a résumé la situation d'une formule chirurgicale pour Radio Nova.

Un arabe qui n'est pas antisémite, c'est un fasciste génocidaire. L'émission « La riposte » animée par Hakim Omiri, depuis mars 2025, a poussé la logique plus loin encore. Entre relais de contes complotistes et théories conspirationnistes, elle a conduit les échos à écrire que Mathieu Pigas cautionne un antisémitisme pur et dur sous couvert de gaudrioles. Le 4 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon y a déroulé son discours durant plus d'une heure vingt, sans être ni interrompu ni contredit face à un journaliste aux ordres. Et c'est ce qu'on appelait autrefois le journalisme de cours. Sous bisous, c'était précisément ce que l'on combattait.

La voilà qui en a fait sa marque de fabrique au point de ressembler moins à une radio qu'au service de presse déférent d'un candidat à la présidentielle de 2027. Ce basculement n'a rien d'accidentel. Pigas l'a lui-même résumé sans détour. L'objectif est simple, gagner la bataille des idées et des images pour gagner la bataille électorale. Tout est là. Bisous aurait regardé cette phrase comme on regarde une obscénité dans la bouche d'un enfant. Car pour lui, la radio n'était pas un instrument de conquête politique. Il voulait humblement que la musique du monde parvienne aux oreilles de ceux qui ne savaient pas encore qu'il l'attendait.

La culture pour Bisous n'était pas un levier, elle était une fin. Cette rupture, Ariel Wiesman la décrit mieux que quiconque. Lui, l'une des grandes voix de Nova, écrivait fin mai qu'il ne reconnaissait plus la station à laquelle il avait tant donné. Une radio qui, je cite, « raille sur les petits, les rabaisser les amers » où entrepreneurs, juifs et humoristes récalcitrants sont désignés comme des fachos. A distribuer des brevets de vertu et des certificats d'indignité, la satire finit par ressembler moins à un exercice de liberté qu'à une police politique des consciences, chargée de dire qui peut parler, qui doit être discrédité et qui mérite d'être exclu.

Bisous avait voué sa vie à l'avant-garde, à l'underground, à cette idée simple que le cosmopolitisme est une joie et que la liberté de ton n'a de sens que si elle s'applique à tous. Il avait imaginé une radio où l'on découvrait le monde avant de juger les hommes. Une radio qui faisait voyager les idées, les cultures et les musiques sans demander aux artistes pour qu'ils votaient, d'où ils venaient, auxquelles causes ils défendaient. Pour lui, la curiosité était une éthique et la liberté n'avait de sens que si elle s'appliquait à tous.

S'il était encore là pour assister à ce spectacle, lui dont la radio avait été pendant des années le contraire exact de ce qu'elle est devenue, lui qui avait fait de l'antiracisme une évidence charnelle plutôt qu'un slogan de saison, il serait sans doute accablé. Ça au moins, ça ne fait pas l'ombre d'un doute, car une radio peut conserver son nom, ses studios, sa fréquence. Elle peut aussi perdre son âme.

5:37
Présentateur

Merci beaucoup Caroline et vous aviez un remerciement à faire je crois.

5:40
Caroline Yadan

Merci à Rubens Lévy, musicien hors pair, pour sa participation active à l'écriture de cette chronique.

5:47
Présentateur

Merci beaucoup Caroline, on vous retrouve très bientôt sur Radio-J, merci à vous. Merci à vous.