Allocution d'E. Macron : François Bayrou réagit
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Bonsoir François Bayrou. Merci d'être venu sur notre plateau. Vous êtes le président du Modem, le maire de Pau. Vous avez déjeuné avec le président de la République dès le lendemain des élections. Vous lui avez parlé comme chef de parti hier à l'Elysée. Vous lui parlez régulièrement. Bon, nous, il nous a parlé ce soir. On a essayé de comprendre ce qu'il a dit, c'est-à-dire de quelle façon il avait pris acte de cette nouvelle donne politique qui était cette minorité pour la majorité sortante. Alors, elle est majoritaire, mais très relative. Il a dit qu'il fallait gouverner et légiférer différemment, bâtir des compromis, écouter, respecter, mais pas rester dans l'immobilisme.
Est-ce que ce n'est pas un peu flou, tout ça ?
Bon, ce n'est pas encore totalement précisé, on va dire. Donc c'est flou. Et donc, qu'est-ce qu'il faut retenir de cette intervention ? C'est le président de la République qui prend acte des résultats. Ça, c'est la première chose.
Est-ce qu'il a fait assez d'autocritiques sur sa personne ou sa manière de présider ?
Il y a des gens qui adorent les autocritiques, mais comme vous savez, je n'en suis pas. Je pense que très souvent, c'est de l'hypocrisie. On se bat la coupe en se couvrant la tête de cendre.
Ça n'aurait pas été utile ?
Non, je pense que ce n'est pas le sujet. Les Français ont adressé à la nation tout entière, et au président de la République en particulier, et à tous les responsables politiques. Un message qui, pour moi, est extrêmement clair, vous devez changer votre manière de gouverner. Et ce que le président de la République a dit, dans une phrase, j'imagine, précisée, nous devons légiférer et gouverner autrement. Alors, ça n'est pas seulement des mots pour moi. Je ne crois pas qu'on puisse continuer comme ça. Alors, j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire à ce micro, je pense qu'on se tromperait, on se tromperait, à vouloir édulcorer le message. C'est ce qui est fait, là ? Non, non.
Allez-y, dites franchement ce que vous pensez. Il a pris acte.
Non, mais je veux dire, voilà, vous dites, et on gagnerait, on n'a pas édulcoré le message. Donc, est-ce que ça veut dire qu'il édulcore le message ?
Je dis toujours très précisément ce que je pense, parce que c'est le seul moyen d'avoir un peu d'authenticité. Je dis qu'il faut changer le rapport entre les gouvernants et le peuple, des citoyens. Je pense qu'il faut changer la manière dont on se comporte quand on est au pouvoir. Je pense qu'au lieu de décider et de faire appliquer, de décider de telle ou telle réforme et de penser que ceux qui doivent la voter vont la voter d'un bloc, aveuglément. Il faut, au contraire, bâtir ces réformes, les construire avec eux, sans leur demander de renier leur identité. C'est ce que j'avais appelé, en sortant de l'Élysée hier, s'approcher au plus près possible de l'Union nationale.
Pourquoi j'ai dit au plus près possible ? Parce que je sais bien que c'est impossible.
Oui, parce qu'aujourd'hui, vous avez dit qu'il n'y a pas d'Union nationale possible. Et lui aussi, le président, il l'a dit aussi qu'il n'y a pas d'Union nationale possible.
L'idée... Alors, peut-être qu'on peut expliquer les mots. Union nationale, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que toutes les forces politiques, dans un contexte de guerre, par exemple, disent qu'on va se mettre toutes ensemble pour essayer de faire quelque chose de bien. Ça, c'est l'Union nationale.
Et donc, ça voudrait dire avec la France insoumise, avec le Rassemblement national, et ça, vous dites, c'est exclu.
Et pas seulement avec elle, mais par exemple, LR n'a pas du tout l'intention d'entrer, j'ai l'impression, d'entrer dans un contrat de gouvernement, parce qu'ils se sont fait élire dans l'opposition. Pourquoi peut-on imaginer leur demander d'entrer dans la majorité ? L'idée qu'il suffit de recréer la majorité qui n'a pas été donnée par les électeurs est une idée que, moi, je ne crois pas possible.
Donc, vous dites qu'Emmanuel Macron se trompe, là, aujourd'hui.
Non, non, non. Je n'essayais pas de mettre le feu entre nous. Il se trouve que ce sont des sujets dont je parle très souvent.
Mais ça veut dire qu'il n'a pas entendu le message ?
Non, je pense qu'il a parfaitement entendu le message, et que ce qu'il en a dit sur deux ou trois sujets, les fractures du pays, le fait qu'il va falloir désormais chercher des compromis, et le fait qu'on doit légiférer et gouverner autrement, ce sont des mots qui ont été choisis, j'imagine, ça dit quelque chose d'essentiel. Mais je pense qu'on se tromperait en édulcorant ce qui est en train de se passer, en faisant comme s'il ne se passait pas grand-chose au fond, comme si c'était à peu près normal.
Je crois que c'est une des dernières chances offertes pour qu'on ressaisisse la situation et qu'on essaie de manifester par l'attitude, par le style, par la présence, par la manière d'être que les Français ont été entendus.
Alors attendez, parce que quand moi je vous entends, j'entends une critique du macronisme, j'entends une critique du style d'Emmanuel Macron, du fonctionnement d'Emmanuel Macron, du fonctionnement de ses ministres, et on va y venir, de sa première ministre, on va y venir. Mais ce que vous dites là, c'est les parisiens, les technos, les déracinés, les gens d'en haut, enfin tout ce qu'on entend à droite à gauche, finalement vous souscrivez à cette thèse. Et cela, il ne faut plus qu'ils soient au point.
Nous avons eu, je ne sais pas combien d'interviews dans notre vie commune, mais un assez grand nombre. Je ne crois pas qu'il y en ait une seule où je ne vous ai pas dit qu'il y avait quelque chose qui n'allait plus dans, comme Shakespeare aurait dit, au royaume de Danemark, dans notre manière d'envisager la vie publique. Il y a quelque chose qui ne va plus. Qu'est-ce que c'est ce quelque chose qui ne va plus ? On n'arrive pas à expliquer aux citoyens ce qu'on veut faire. Ils ne peuvent pas y participer. Ils ne se sentent pas reconnus, au sens personnel du terme. Mais n'allons pas trop vite, parce que vous, les médias, vous êtes pris là-dedans aussi.
Bien sûr.
Exactement la même chose. Moi, ce que je crois...
On essaie d'expliquer, mais c'est vrai qu'il y a un langage, par exemple, technocratique, qui est assez difficile à comprendre.
Ce que je crois, c'est une notation qui va vous paraître trop simple et peut-être un peu étrange. Je pense qu'il y a un face-à-face entre ceux qui sont d'un côté de l'écran et ceux qui sont de l'autre côté. Et que le langage des uns, la parole des uns, n'est plus comprise par les autres. Tant qu'on ne se rendra pas compte que ce qui est en cause, ce qui est gravement en cause dans le résultat de ces élections, mais dans l'abstention... Ce qui est gravement en cause, c'est la manière dont nous exerçons le pouvoir.
Est-ce que ce que vous dites, ce n'est pas ce qui est gravement en cause, c'est que nous, Modem, nous ne sommes pas au pouvoir suffisamment, ou que moi, François Bayrou, je ne suis pas le Premier ministre ?
Ceci est ridicule. D'accord ? Parce qu'il se trouve que je me suis présenté trois fois à l'élection présidentielle. Excusez-moi, je ne suis pas à demander des places ou des avantages. Les avantages ou les places, je les gagne, mais je ne les quémande pas. Donc, de ce point de vue-là, soyons certains. Vous ne vous rendez pas compte. Regardons précisément cette séquence de trois jours et votre phrase. Je le dis avec...
Oui, il n'y a pas de problème. Je vous pose des questions, vous me répondez et vous avez le droit d'être aussi sévère éventuellement que je peux l'être dans mes questions. Il n'y a aucun problème.
On a une élection législative qui n'est non pas la première, comme tout à l'heure c'était dit sur votre écran, c'est au moins la deuxième.
Oui, mais il y en a eu en 1958 aussi. Il n'y avait pas la majorité pour le général de l'Ou.
Oui, mais à l'époque, le président de la République n'était pas élu au suffrage universel.
Exactement, mais c'est quand même peut-être la troisième fois.
C'est la deuxième fois qu'un président de la République n'a pas la majorité et sur une décision qui est une décision, j'allais dire, mûrement réfléchie du pays. Parce que là, on a eu une campagne, on a dit, voilà, avec des surprises formidables ou impressionnantes, le surgissement du Front National en est une, le relatif fin succès de la France insoumise en est une. Tout ça, il y a eu plein de surprises, mais il y a une chose qu'on sait, c'est que les électeurs ont voté, ceux qui ont voté, ils ont voté en connaissance de cause. Il y a trois jours, c'est une élection qui est, pour moi, une sorte de tremblement de terre. On va dire ça, les choses comme ça.
Et vous, le mercredi soir, vous dites, mais au fond, est-ce que ce n'est pas parce que la place du parti politique dont vous êtes le président, le responsable, n'est pas suffisante ? On a 50 députés et un peu plus. Bon, franchement, il y a beaucoup de gens qui voudraient être là. Ça n'est pas ce que je dis, Ruth Elkrieff. Écoutez-moi sur ce point. Nous avons une crise démocratique majeure. On peut faire semblant une fois de plus de ne pas en prendre en compte.
J'entends très bien. Alors, donnez-moi vos solutions, parce que moi, je peux voir aussi, dans cette Assemblée nationale, un de vos désirs, qui est la proportionnelle, même si ça ne l'est pas complètement, c'est-à-dire une représentation à peu près réelle, pas exacte au centimètre près, de la société française. Et on peut s'en féliciter aussi. Donc, qu'est-ce que vous voulez faire de plus maintenant ? Concrètement, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
Ce que précisément, je suis en train de faire. C'est-à-dire, on a enfin, les Français ont enfin obtenu, le pluralisme parlementaire qu'ils attendaient. Alors, le chemin a été un peu compliqué, un peu bizarre. Ils sont arrivés à ce résultat par un scrutin majoritaire étrange, parce que, s'il y avait eu la proportionnelle, chacune des forces de gauche se serait présentée sous ces couleurs. Et donc, le dialogue aurait été plus simple. Et peut-être, on aurait eu des manifestations de cet ordre, à droite aussi. Ça aurait été plus clair. Mais mettons ça de côté. Je pense qu'il faut qu'on sorte de l'idée que les décisions sont prises dans un lieu unique et ensuite adoptées quasi automatiquement.
C'est ça qu'on dit quand on dit qu'on va faire une majorité, celle-là, ou une plus large. Moi, je pense que la construction des décisions doit se faire en tenant compte des différentes sensibilités. En tenant compte, en prenant compte...
Donc, vous remettez à plat le programme présidentiel ?
Oui, ben...
Pourquoi pas ?
Ben, les gouvernements sont là pour ça. Je pense... Vous m'avez... Je crois que j'ai dit même à votre micro. Mon idéal d'institution, c'est un président fort, on l'a, il est élu au suffrage universel. Un gouvernement fort et un parlement fort. Le parlement fort, on l'a. Maintenant, enfin, il est, disons, un parlement indocile. Et c'est très bien que les parlements soient indociles. Et un gouvernement fort. Et pour l'instant, la perception...
Ça veut dire autonome par rapport au président, en quelque sorte ? Autonome politiquement ? Autonome d'une... Enfin, de... Comment ?
Il ne peut pas être indépendant du président, puisqu'il est nommé par lui. Oui. Mais le président le nomme pour qu'il soit en situation de responsabilité. Pour qu'il propose, lui... Vous vous souvenez du texte de la Constitution, l'article 20 qui dit le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Et moi, je trouve très bien, c'est une discussion qu'on a très souvent avec le président de la République, en dehors de tout contexte. Je trouve très bien qu'on est deux sources de légitimité, le président et le gouvernement. Et cette fois-ci, je pense nécessaire qu'on change le logiciel sur ces sujets. Et donc, ce n'est pas des petites choses médiocres dans lesquelles nous sommes.
Ce n'est pas des questions de marchandage. Non. Nous sommes dans une conception différente des institutions dans laquelle... Moi, je ne crois pas du tout à l'idée qu'on va faire un pacte de gouvernement avec les formations politiques qui ont été élues dans l'opposition. Je pense qu'elle ne le voudrait pas et que ça ne serait au fond pas totalement les respecter.
Pardon, mais les électeurs, par exemple, des Républicains, lorsqu'ils entendent un président Macron, pour lequel ils ont voté souvent au premier tour de la présidentielle, en bonne partie, leur dire qu'ils veulent un programme dans lequel il y a des progrès sociaux, de la souveraineté, du progrès écologique, de la sécurité, de la justice, qui soient crédibles et financées, sans baisse d'impôts et sans augmentation de la dette, ça peut sonner joliment à leurs oreilles. Et ce n'est pas une question d'alliance ou de pas-alliance.
C'est exactement ce que je vous dis. Je pense que les lois votées doivent être travaillées avec les oppositions, autant ou pas autant, avec les oppositions comme on le fait avec les majorités. Donnez-moi un exemple. Écoutez, je vais prendre un exemple très simple parce qu'il s'est réalisé. quand le ministre de l'économie qui s'appelait Emmanuel Macron à l'époque a voulu faire une loi nouvelle sur la modernisation de l'économie, il a passé deux mois à travailler avec les oppositions.
Oui, mais il a eu un 49-3 parce qu'il manquait quelques voix.
Non, pas du tout. Pas du tout. Si vous lisez le texte du premier ministre de l'époque, il a dit que ce n'était pas vrai. Il manquait des voix dans la majorité.
Bien sûr, oui, oui. Pas dans l'opposition.
Pas dans la majorité. Les voix des oppositions, elles étaient là.
Oui, mais c'était les fondeurs. C'était les fondeurs à l'intérieur de la majorité. C'était une forme d'opposition.
Et donc, c'est complètement illégitime de comparer les deux.
Alors, comment vous faites ce gouvernement ? Parce que, bon, tout le monde vous a entendu ce matin chez nos confrères de France Inter dire une phrase qui a, soyons francs, qui a blessé la première ministre.
Sommant pas. Je pense que la première ministre est quelqu'un de très bien. Elle le sait parce qu'on se parle assez bien.
Vous lui avez parlé aujourd'hui ?
Non, mais j'aurai l'occasion demain ou après-demain. Je dis que... Je dis que...
Vous avez dit qu'elle était technicienne et qu'il fallait quelqu'un de politique. Et dans son entourage, on a dit non. Mais nous, on a fait l'assurance chômage, la réforme de la SNCF. C'est des grosses réformes, difficiles. On a négocié avec les syndicats et tout. C'est pas de la politique, ça ? Ce serait pas un peu misogyne, ça ? C'est ça qui est dit, aujourd'hui.
Vous me sentez misogyne ?
Je n'en sais rien, je vous pose la question.
Non, vous n'en savez rien. Donc, cette attaque n'est pas...
C'est pas une attaque, c'est une question et je vous rapporte ce qui a été dit aujourd'hui.
Oui, moi, je dis que l'idée qu'on ne change rien dans la manière de gouverner est contradictoire avec le message que les Français ont envoyé.
Donc, il faut changer de Premier ministre ?
Non, je ne dis pas ça. Je dis qu'il faut changer la manière de gouverner, que ça n'est pas seulement une adaptation qu'on est en train de faire. Je dis, peut-être, je suis minoritaire. J'accepte de l'être. J'ai souvent été. Je dis simplement qu'il y a quelque chose qui ne va plus dans la manière dont les Français perçoivent ceux qui les gouvernent. Parce qu'ils ne sentent pas suffisamment de... Ils ne se sentent pas suffisamment reconnus. Ils ne sentent pas suffisamment d'empathie, comme on dit, c'est-à-dire le partage des sentiments.
Il fallait leur parler autrement tout à l'heure. Le Président aurait dû leur dire, je vous ai compris, j'ai entendu que vous vouliez le smic à 1 500 euros, j'ai entendu que vous ne vouliez pas la retraite à 65 ans.
Je ne crois rien de tout ça. Je crois rien de tout ça. Je pense que les Français sont très loin d'être complètement aveugles en face des problèmes du pays. Je ne crois pas qu'ils croient aux solutions miracles. Je ne crois pas qu'ils pensent que les gouvernants ont des baguettes magiques. Je ne crois pas qu'ils pensent qu'il suffit d'ajouter des zéros au chèque pour que tout se passe très bien. Je ne crois rien de tout ça. Je pense simplement qu'il faut prendre au sérieux les messages qui sont envoyés.
Et prendre au sérieux les messages qui sont envoyés, selon moi, c'est essayer de composer différemment les équipes gouvernementales, d'essayer de mieux représenter les sensibilités différentes.
Par exemple, avoir des personnalités venues d'autres univers que la politique pure.
Exactement, mais pas seulement d'autres univers.
Des académiciens, des intellectuels, des... Oui, par exemple, mais pas seulement. Enfin, je ne sais pas, ou des agriculteurs.
D'autres univers politiques que la majorité pure. D'autres... Sortir de l'entre-soi, qui est un entre-soi de... De manière... Je dis ça, c'est des gens que j'aime bien. On vit depuis longtemps ensemble. Je partage leur... Ils sont doués souvent, intelligents souvent. La France ne comprend plus ses gouvernants. Vous entendez ça ? Pardon de le dire avec un peu de véhémence ou trop de véhémence.
Vous avez vu cela. Là, les députés, ils viennent d'être élus et les ministres qui ont été battus vont quitter ce gouvernement.
Eh bien, Routel-Krieff, alors il n'y a pas de problème.
Non, mais... Non, je comprends pas.
Je vous donne acte.
Je voudrais comprendre comment, concrètement...
Vous êtes une des plus grandes journalistes françaises.
Non, vous êtes gentille. Non, non, mais...
Non, mais c'est la vérité. Mais on peut bien accepter ça.
Non, non, je voudrais comprendre concrètement ce que vous attendez. Je veux dire, justement, parce que pour que les Français le comprennent de façon simple, pas de... Enfin, voilà. J'ai envie de vous retourner le compliment, c'est-à-dire, dites les choses clairement.
Vous trouvez que je ne dis pas clairement.
Non, j'attends quelque chose d'encore plus clair. La Première ministre, elle n'est pas assez politique, vous l'avez dit ce matin.
Non, je n'ai pas dit ça. J'ai dit qu'il fallait un gouvernement moins technique et plus politique. Plus politique au sens de... Je prends entre mes mains les attentes, le profond de ce que les citoyens voudraient et attendent. On peut continuer comme ça. On ira d'accident en accident. Comme cette émission est enregistrée, vous aurez définitivement ça dans vos archives. On ira d'accident en accident. Le monde politique, il fonctionne toujours pareil. Il y a des élections, il y a un accident électoral. Le soir de l'accident, il dit oui, quand même, on vient de prendre une baigne sérieuse. Le lendemain, ils en parlent encore. Deux jours après, c'est fini. Et on recommence comme avant.
On a tort de recommencer comme avant. Alors qu'est-ce qu'on fait vendredi ? Le président a donné rendez-vous vendredi. Voilà ce que je dis en tant que citoyen et en tant que responsable politique, en tout cas à ma place.
Donc on change le langage. On change le langage et on parle plus clairement et plus franchement aux Français comme ils parlent eux tous les jours. Et je vais vous dire... Pas comme ils parlent eux. Non mais ce n'est pas vulgaire, au contraire. C'est-à-dire de façon claire... De façon claire, non vulgaire. Non mais bien sûr. Et c'est ce que... Non affecté. Et c'est ce que nous essayons de faire. Dans une langue qui est son propre équilibre. D'accord. Et c'est ce que nous essayons de faire dans les médias. Et moi, je trouve que... Voilà. C'est aussi simple comme si nous parlions à des proches et pour que les choses soient claires. Et avec respect, évidemment. Bon. Mais après. OK. Très bien.
Et ensuite, qu'est-ce qu'on fait ?
Ensuite, le gouvernement devient lui-même le rédacteur des propositions et des projets de loi qu'il discute avec les différentes sensibilités préalablement.
Donc il s'autonomise par rapport au président.
Oui.
Donc ça veut dire qu'en fait, il y a l'Elysée, puis de l'autre côté de la scène, il y a Matignon et il y a un gouvernement. Et en fait, il y a un pouvoir partagé.
C'est pas partagé. Le général de Gaulle a dit une fois pour toutes ce qu'il en était. Il dit « Nous allons enlever l'exécutif, la décision politique, aux manœuvres parlementaires. Le président de la République composera le gouvernement en tenant compte des nuances de l'Assemblée nationale. Il tient compte des nuances de l'Assemblée nationale. Et on a ainsi une démarche politique qui est en effet partagée entre le président de la République et le gouvernement. Le gouvernement n'étant pas seulement l'exécutant du président de la République, mais étant le... Comment dirais-je ? Une des sources de l'action politique.
Donc ça veut dire que dans un prochain gouvernement, il faudrait qu'il y ait des représentants de plusieurs parties, des nuances politiques.
Il y a des personnalités qui peuvent porter une partie des nuances politiques du pays.
Tout en n'étant pas le gouvernement de l'Union nationale qui irait d'un bout à l'autre et qui n'est pas d'actualité. Donc ça, c'est votre message ce soir. Je reviens quand même sur Elisabeth Blanc.
Alors, je vais essayer de trouver une phrase un peu plus juste. Il y a des gens qui disent coalition, gouvernement de coalition.
C'est Edouard Philippe, hein ? Vous m'avez dit la semaine dernière où il y a 15 jours quand vous étiez sur ce plateau que vous étiez dans une bonne relation de partenariat.
On a une très bonne relation de partenariat et on peut avoir des nuances. On s'en explique. Moi, je crois qu'il faut non pas un gouvernement de coalition, non pas un gouvernement d'Union nationale, c'est impossible. Je crois qu'il faut un gouvernement de bonne volonté. Un gouvernement de bonne volonté, c'est un gouvernement qui est parfaitement conscient des orientations du président de la République, avec qui il est en proximité, mais qui se donne la liberté, la puissance, la légitimité de travailler les réformes et les projets avec les nuances, y compris de ceux qui ne sont pas de la majorité.
Et ça va jusqu'au RN et jusqu'à LF.
Les majorités ont travaillé depuis très longtemps en France, depuis des décennies, comme si elles étaient un bloc obéissant à une seule source de légitimité. ceci a changé depuis le week-end dernier, pour moi. Alors, il y a des tas de gens qui, dimanche, pensaient que ça avait changé, lundi le pensait encore, aujourd'hui le pensent plus. C'est comme ça. Vous ne parlez pas
du président Macron, par exemple ? Non, pas du tout.
Non, parce que lui, je sais qu'il pense à ça. Je ne parle pas tout à fait en l'air. Je sais. Mais je sais que l'immense majorité de la culture politique, au fond, se satisfait très bien que rien ne change. Mais je pense qu'il faut que de l'intérieur, y compris de l'intérieur de la majorité, y compris d'une force politique comme la nôtre, qui sommes un peu différentes du mouvement principal de la majorité, vienne et se fasse entendre cette exigence de nouvelles approches, nouvelles méthodes et nouvelles cultures que le président a esquissé dans son discours.
Un gouvernement de bonne volonté. C'est ce que vous dites. C'est votre définition. À côté de ceux qui veulent une coalition et notamment avec les Républicains, soyons clairs, parce que, justement, bon, ils ne le veulent pas aujourd'hui.
Si c'était possible, je l'examinerais peut-être sympathiquement. Mais ça n'est pas possible. Aujourd'hui ? Vous comprenez ? Non, mais vous voyez bien. Vous ne pouvez pas demander à des gens élus dans l'opposition de venir le lendemain matin se ranger dans la majorité. Ou alors, est-ce que c'est moi qui n'ai pas les yeux en face des troupes ?
Donc, la coalition avec les Républicains, ça semble exclu pour vous. Donc, vous dites de la même façon un gouvernement qui, finalement, part avec sa feuille de route mais qui, au cas par cas, va chercher, va glaner, comme en 1988,
les voix. Non, pas seulement ça. Va être lui-même la source d'un certain nombre de propositions nouvelles. C'est de ça dont on a besoin. Article 20, le gouvernement déterminé conduit la politique de la nation. J'avais proposé il y a très longtemps qu'on écrive le président détermine et le gouvernement conduit la politique de la nation. Ce n'est pas ce qui a été choisi. Au fond, on a besoin des trois pôles forts, le président fort, le parlement fort et le gouvernement fort. Et ce qui manque aujourd'hui, c'est un gouvernement fort. C'est que le gouvernement soit considéré par tout le monde comme fort, par les forces parlementaires avec qui il dialogue.
Est-ce que vous demandez un changement de Premier ministre ? Est-ce que vous considérez que la Première ministre est assez forte et ce gouvernement est assez fort ?
Reprendre mes déclarations, j'ai dit, comme quelqu'un qui estime la Ve République, c'est au président de la République d'en décider. Là, il va se lancer dans son épisode européen, d'abord, ensuite, OTAN, et G7. Mais pendant ce temps, il va continuer à réfléchir. Je suis persuadé que ce temps-là doit permettre au président de la République de réfléchir à ce nouvel équilibre. Il a dit « nouvelle méthode et nouvelle démarche », quelque chose comme ça. À ce nouvel équilibre dont on a besoin. Parce que sans ça, on va se retrouver une fois de plus avec un pays qui a le sentiment qu'il a dit quelque chose, et il l'a dit assez fort, mais qu'au fond, « business as usual ».
Non, mais ce n'est pas possible puisqu'il n'y a pas de majorité absolue. Donc, en fait, c'est impossible. Donc, de toute façon, il va y avoir des modifications, des discussions.
Des changements profonds. Non. Je plaide pour des changements profonds. Alors, je suis sans doute Don Quichotte, sans doute minoritaire, je veux bien tout ce qu'on veut. J'accepte tout ça. Mais je dis, alors, avec le sentiment de gravité d'un citoyen de base qui n'en peut plus de voir cette succession d'accidents, je dis qu'il faut qu'on prenne à bras le corps les nécessités de l'heure, la gravité des problèmes, et qu'en effet, on montre de manière claire que les choses doivent changer. Voilà ce que je crois et que je plaide. On fait des gouvernements techniciens, il faut faire des gouvernements politiques. Alors, ce n'est plus la mode depuis longtemps. On croit que...
Donc, avec des élus locaux,
avec des élus locaux, avec des... Il y en a déjà, mais enfin...
Avec des expériences de vie différentes, il n'y en a plus beaucoup.
Pas assez.
Il n'y en a plus beaucoup.
Trop d'énarques, quoi, en fait.
Non. Pas seulement. C'est bien qu'il y en ait... Mais il ne faut pas une seule culture au pouvoir. On a le sentiment qu'il y a une monoculture du pouvoir, que tout le monde est passé par le même moule, que le langage, la langue est devenue exactement la même.
Qu'est-ce que vous répondez à Jean-Luc Mélenchon qui a dit ce soir « Le choix n'est pas la ratatouille. Il ne faut pas biaiser avec la réalité. Et la Première ministre doit se présenter, présenter son programme d'action et solliciter la confiance de l'Assemblée nationale. »
Ça, c'est la 4e République. On a le droit d'être pour la 4e ou pour la 6e, ce qui est à peu près la même chose. Ça n'est pas l'élection législative qui fait le gouvernement. C'est le président de la République qui fait le gouvernement. Mais il le fait en tenant compte de ce que le pays a exprimé pour les législatives. Voilà pourquoi je plaide pour que, oui, on prenne les choses à bras-le-corps avec gravité. gravité. C'est plus confortable de ne rien changer, vous savez.
C'est ce qui s'est passé ce soir ? C'est ce qui va se passer ?
Non. Il y a dans la déclaration du président de la République des éléments qui sont des éléments de changement fort. Est-ce qu'ils vont porter... Moi, je le souhaite. Je le dis sans... Je le lui ai dit sans biaiser parce qu'après tout, c'est notre responsabilité.
Vous êtes alliés et vous restez alliés.
Alliés, en confiance, assez amicaux, je crois, et francs dans le langage.
Donc, vous demandez à voir et vous attendez de voir, quoi, quand même.
Non, je pense que les jours qui s'ouvrent ou que le discours de ce soir ne doit pas être considéré comme la clôture d'un cycle, mais comme l'ouverture d'un cycle.
Mais il peut y avoir une situation dans laquelle vous rompriez cette alliance ?
Non. Ce n'est pas ce que je dis. Je n'ai pas l'habitude de changer d'avis tous les quatre matins. Mais je pense que, même si c'est inconfortable, il doit y avoir, y compris dans la majorité des gens, qui soutiennent la nécessité de prendre au sérieux ce que les Français ont dit. Au sérieux. s'ilette.
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François Bayrou