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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 18 décembre 2025 14 minAutoproduitMixteImmigration & asile

Une sociale-démocrate en guerre contre l’immigration : épisode 2 du podcast Mette Frederiksen, la dame de fer danoise | France Culture

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Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:13InvitéFait
    « Au Danemark, l'immigration a longtemps été un sujet polémique. »
  • 0:25PrésentateurFait
    « Le Danemark a décidé de renvoyer chez eux des réfugiés syriens arrivés depuis 2015. »
  • 0:39InvitéPromesse
    « Elle veut faire du Danemark un territoire sans demandeur d'asile. »

Temps de parole

  • Présentateur31 %
  • Présentateur 219 %
  • Invité18 %
  • Invité 214 %
  • Invité 38 %
  • Invité 48 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Invité

Au Danemark, l'immigration a longtemps été un sujet polémique.

0:06
Présentateur

Le fait le plus surprenant, c'est le choix du centre-gauche sur l'immigration. Virage à 180 degrés, effectué à l'initiative de sa nouvelle leader, mette Fredriksen. Contrôle aux frontières et limitations drastiques des permis de séjour.

0:18
Invité

Cher Danemark, je suis incroyablement heureuse et fière.

0:25
Présentateur

Le Danemark a décidé de renvoyer chez eux des réfugiés syriens arrivés depuis 2015.

0:29
Invité

Elle veut faire du Danemark un territoire sans demandeur d'asile. C'est allé trop loin. L'immigration incontrôlée ne fonctionne plus.

0:39
Présentateur

Les visages de l'actu. Mettez Fredriksen. Épisode 2. Une sociale démocrate en guerre contre l'immigration. A 24 ans, Mettez Fredriksen entre au Parlement danois avec une précocité qui impressionne. Mais c'est une décennie plus tard qu'elle opère son tournant le plus décisif. Face à une gauche qu'elle juge fragilisée ou qu'elle juge déconnectée de son électorat populaire, elle opte pour ce qu'elle présente comme du pragmatisme. Elle assume une ligne extrêmement ferme sur l'immigration et fracture son camp. Cet épisode raconte ce tournant payant sur le plan électoral.

1:22
Invité

Je pense que sa participation précisément au mouvement de jeunesse met un haut niveau national. André Gatolin, ancien sénateur des Hauts-de-Seine, chercheur indépendant. Avec un fort ancrage, malgré tout, dans sa ville natale d'Alborg, où elle a étudié, l'a très vite propulsé, non pas par une progression ville, région, département et niveau national. Elle s'est retrouvée très très vite repérée à un moment où, précisément, le Danemark, bien avant la France d'ailleurs, passe à une logique de parité en vie politique.

1:57
Présentateur

Ce qui est assez remarquable avec Mette Frederiksen aussi, c'est qu'à 24 ans, lorsqu'elle entre au Parlement à Copenhague, elle a quand même quasiment 10 ans d'expérience politique derrière elle. Axel Gilden, grand reporter au service Monde de l'Express. Et puis elle a bourlingué, elle a travaillé, encore une fois, on a dit en Afrique, donc c'est pas exactement une débutante. D'ailleurs, aujourd'hui, elle a 47 ans, mais elle a derrière elle, pareillement, 35 ans d'expérience politique derrière elle. Et alors, elle a été remarquée par sa passion, ses talents doratrices, ses prises de position parfois radicales. Elle a confiance en elle aussi, elle est assez bagarreuse.

Donc, prise de position radicale parce qu'au début, elle est très à gauche, on l'appelle Bété la rouge. Alors, elle a fait un peu toutes les couleurs, mais elle a commencé par les... Elle a commencé déjà, alors on va faire toutes les couleurs... Rose, elle a commencé rose. Rose ou rouge ? À gauche du parti rose, on devient un peu rouge. Et puis elle a eu des engagements verts, très écolos. Donc, je pense qu'elle s'est positionnée sur tout un tas de sujets. Et puis c'est surtout quelqu'un qui aime parler. Encore une fois, ça c'est aussi une caractéristique de la formation scandinave.

Dans les écoles, les élèves et les enfants sont invités à faire des exposés quasiment, je ne vais pas dire quotidiennement, mais toutes les semaines. C'est-à-dire qu'on a une fabrique de bons orateurs dans les pays scandinaves qui est assez incroyable. Les gens n'ont pas peur de prendre la parole. Je ne crois pas qu'en France, ça soit exactement le cas. Donc, on est en face quand même de quelqu'un qui a aussi du caractère. Son frère raconte qu'elle a pris une fois la défense de quelqu'un, d'un garçon dans la rue qui se faisait tabasser et qu'elle a intervenu et qu'elle a mis les garçons qui lui cherchaient noises en déroute.

Donc, je pense que c'est quand même quelqu'un qui a un caractère bien trempé. C'est la mété Frédéric Seine qui arrive donc au Parlement à 24 ans.

3:46
Invité

Moi, je pense aussi qu'une des caractéristiques, c'est qu'elle est très pragmatique.

3:50
Présentateur

Christelle Meillon, économiste, chercheuse à l'Institut de Recherche Économique et Sociale.

3:54
Invité

Donc, sur chaque sujet qu'elle aborde, elle a une vision pragmatique du sujet, de l'actualité et de où on veut arriver et comment le faire. Et je crois que ça, c'est ce qui a fait peut-être sa différence en n'étant pas tellement dans la philosophie, mais dans le côté très utile.

4:12
Présentateur

Mété Frédéric Seine va œuvrer activement au virage idéologique du Parti Social-Démocrate au Danemark, appelant les membres du parti à faire leur autocritique, à réinstaurer la confiance pour se reconnecter à leur électorat historique. On l'écoute lors du congrès du Parti Socialiste Européen à Lisbonne, c'était le 8 décembre 2018.

4:35
Invité

Partout en Europe, les gens ont perdu confiance dans les partis politiques et dans nos institutions. Et nous devons aussi reconnaître qu'au sein des partis sociodémocrates, beaucoup de personnes ont perdu foi dans la promesse que leurs enfants auront une vie meilleure que la leur. Je reste pourtant convaincue que la social-démocratie apporte des réponses aux questions les plus épineuses de notre époque. Les inégalités, le changement climatique et la situation complexe concernant les réfugiés et les migrants. Malheureusement, de nombreux électeurs semblent ne pas être d'accord. C'est pourquoi je pense que notre tâche la plus importante est de restaurer la confiance des gens en nous.

5:32
Présentateur

Le grand tournant, il vient un tout petit peu après, il arrive en 2015. Axel Gilden.

Lorsqu'elle va prendre la direction du parti, je crois que ce qu'elle observe chez ses prédécesseurs, donc elle est précédée en 2015 par un gouvernement de droite, et puis avant cela par le gouvernement social-démocrate de Helle Thorning-Schmidt, qui, elle, est une gauche, comme on la connaissait dans les années 70, elle fait surtout le constat que l'alliance avec la gauche de la gauche ne donne pas de bons résultats, précisément parce que la question de l'immigration est déjà très présente au Danemark depuis le début des années 2000, et elle voit que la manière dont son propre parti gère ce débat, et cette problématique qui fait tomber des gouvernements les uns après les autres lors des élections successives, ne fonctionne pas.

Elle fait le choix en 2015, très radical et d'ailleurs assez courageux, de dire on va se couper du parti de gauche qui est notre allié. On va gouverner sans lui, parce que si on continue à gouverner avec la gauche de la gauche, on ne va pas revenir au pouvoir tout simplement. Et les sociodémocrates au Danemark, comme en Suède ou en Norvège, considèrent du fait de leur histoire centenaire qu'ils sont le parti de gouvernement. Ils doivent être au pouvoir à tout prix. Donc effectivement, ça passe par un très grand pragmatisme et une adaptation à la réalité. Et si la demande sociale est de traiter la question de l'immigration, eh bien, on en parle.

6:53
Invité

Oui, il faut souligner qu'en 2015, elle prend la tête quand même du parti social-démocrate. Christelle Meillant. Et en même temps, en 2015, le Danemark fait face à la crise des réfugiés, en fait. Les réfugiés qui viennent de Syrie, qui viennent du Moyen-Orient. Le Danemark devient en fait une sorte de pays de transit. La plupart veulent aller en Suède, qui est considéré comme un pays un peu plus accueillant. Et de fait, le Danemark se trouve avec des capacités d'accueil sous tension. Et je pense que cet événement-là a quand même énormément impacté ces décisions politiques, au niveau des politiques migratoires, par la suite.

Il y a eu l'affaire des caricatures aussi, c'est-à-dire le journal danois satirique qui publie les caricatures de Mahomet. Et ça, ça provoque soudainement une réaction extrêmement forte. Je me rappelle, il y a déjà plus de 15 ans ou de 20 ans, je vais au Danemark, et on me parlait à Copenhague des couples commuters. C'est-à-dire qu'ils allaient vivre des couples binationaux, qui n'avaient pas l'autorisation de se marier parce que l'un était extra-européen, et donc qu'ils vivaient à Malmö, c'est-à-dire de l'autre côté, en passant par la voie, le tunnel ferré, parce que c'était impossible à Copenhague de trouver un logement parce qu'un des deux membres était africain ou étranché.

8:22
Présentateur

Quelques mots sur les caricatures, parce qu'on se souvient qu'à l'époque, alors peut-être que ma mémoire me joue des tours, André Gatolin, mais on avait présenté le journal Dulland Posten comme un journal très à droite, et on avait dit que les Danois étaient aussi, c'est-à-dire ce qui est en fait paradoxal, mais qu'ils s'étaient montrés pusillanimes après l'apparution de ces caricatures. Qu'est-ce qu'il en est ?

8:47
Invité

Ça a été une déflagration, notamment à l'époque, pas seulement une réaction interne limitée des Danois, mais une réaction très forte des pays arabophones contre le Danemark. Et c'est aussi ce qui a un peu cristallisé ces sentiments anti-étrangers, assez marqués qu'on a dans ce pays.

9:12
Présentateur

La façon dont Maitre Frédéric Seine a évolué politiquement en 2015, lors de ce changement de pied historique, où elle décide en réalité non pas d'une politique de l'immigration, mais de reprendre à son compte la politique d'immigration existante qui en réalité a été mise en place par des gouvernements de droite. Et en fait, c'est un peu ça la nouveauté. Et l'audace, c'est de dire non seulement, je ne vais plus gouverner avec la gauche de la gauche, mais en plus, on va garder les politiques qu'ont mis en place nos prédécesseurs, on ne va pas les défaire, parce que si on les défait, on ne restera pas au pouvoir. Effectivement, c'est ce qui s'est passé.

Et puis ensuite, elle est allée vendre ce programme en faisant le tour de toutes les fédérations de tout le pays, une par une. Parce que c'est quelqu'un qui, comme beaucoup de dirigeants politiques, a une très grande énergie et qui, comme l'a dit quelqu'un, a une capacité de travail effrayante. Donc elle est allée convaincre un par un tous les Danois des différentes fédérations, les sociodémocrates, et elle a unifié le parti derrière elle. Ça n'a pas fait plaisir à tout le monde. Ceux qui n'étaient pas d'accord, ils ont giclé, tout simplement.

En 2019, Mettey Frédéric Seine se lance dans les élections législatives avec une idée en tête, faire gagner le parti social-démocrate pour succéder au gouvernement libéral. Pour assurer sa victoire, Mettey Frédéric Seine centre sa campagne sur deux axes, protéger l'État-providence au Danemark et être ferme sur les questions d'immigration. On écoute un reportage d'Euronews diffusé le 4 juin 2019.

10:42
Invité

C'est le pays de la flexi-sécurité, un pays pas peu fier de son État-providence et qui entend le préserver face à la pression migratoire. Le Danemark est appelé aux urnes ce mercredi et ce sont les sociodémocrates de Mette Frédéric Seine qui sont donnés favoris, frôlant les 30% d'intention de vote. Sous sa direction, le parti s'est converti sans complexe à la rigueur migratoire, gage aux yeux des Danois de la viabilité du système de protection sociale. Le premier ministre sortant, le libéral Lars Lókerasmussen a lui-même fait adopter nombre de mesures comme la saisie des biens de valeur des migrants sous l'impulsion du parti du peuple danois qui soutenait son gouvernement.

Dans un pays où les gouvernements minoritaires sont une tradition et où les alliances se font souvent cas par cas. L'extrême droite a marqué la politique migratoire de son empreinte ces dernières années. Pour autant, le parti du peuple danois s'est effondré aux Européennes. Deux nouvelles formations anti-migrants ayant fait leur apparition. Il faut savoir que dès 2018, Christelle Meillant, Mette Frédéric Seine, elle propose de créer des centres d'accueil en dehors de l'Europe pour que les réfugiés ne demandent plus le droit d'asile au Danemark.

Son principal argument, d'ailleurs, dans sa candidature comme première ministre, c'est de dire qu'elle veut faire du Danemark un territoire sans demandeur d'asile. C'est son objectif politique qui est encore plus radical que celui du centre-droit danois. En même temps, il faut savoir qu'entre 2017 et entre 2019, la loi sur les étrangers a été modifiée 42 fois au total. Donc, on voit que c'est un vrai sujet au Danemark. Personne ne sait comment le prendre. Donc, elle décide d'aller vraiment franco et de dire que les demandeurs d'asile sont des fardeaux pour l'état-providence danois.

Dans le même temps, il y a une campagne publicitaire anti-réfugier qui a été mise en place par le Danemark, qui a été publiée dans les journaux de langue arabe, qui avertissait les réfugiés de ne pas choisir le Danemark comme destination finale. Donc, on voit qu'en fait, c'est vraiment un de ses arguments dans sa campagne politique.

13:03
Présentateur

En rompant avec une partie de la gauche, Mettey Frédéric Seine prend un risque calculé, celui de perdre des alliés pour reconquérir des électeurs. C'est une stratégie évidemment controversée, elle est souvent dénoncée, mais elle lui permet de ramener son parti au pouvoir. Derrière la fermeté, une conviction. Sans crédibilité sur les sujets régaliens, la gauche, pense-t-elle, est condamnée à l'impuissance.

Une sociale-démocrate en guerre contre l’immigration : épisode 2 du podcast Mette Frederiksen, la dame de fer danoise | France Culture · Pourquijevote