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interviewÉlysée (sur YouTube)· 21 octobre 2022 47 min

Conférence de presse du Président Emmanuel Macron à l'issue du Conseil européen.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour, Messieurs, Dames. Bonjour à toutes et à tous. Mesdames et Messieurs, je souhaitais pouvoir vous rendre compte, ce faisant, des travaux qui se sont tenus lors de ce Conseil européen décisif.

Nous pourrons y revenir, si vous le souhaitez, dans les questions, mais, avant ce conseil, nous avons tenu une réunion à la fois avec l'Espagne et le Portugal, donc le Premier ministre Sanchez et Costa, au sujet de nos interconnexions. Vous le savez, j'avais eu l'occasion d'être interrogé par plusieurs d'entre vous après de longs mois de débats sur le fameux projet MidCat. Nous avons donc décidé hier matin d'une part d'abandonner le projet MidCat, mais d'œuvrer ensemble à la bonne connexion énergétique entre la péninsule ibérique et le reste de l'Europe via la France, et donc par un partenariat avec la France, partenariat que nous avons décidé de renforcer pour accroître les interconnexions électriques, existantes et nouvelles, et pour développer un projet de corridor d'énergies vertes entre Barcelone et Marseille, qui permettra à l'hydrogène et à l'énergie renouvelable de pouvoir circuler ainsi, conformément à notre stratégie.

Donc interconnexion d'énergies renouvelables, en tout cas des voies et moyens de la faire circuler, et de l'électricité. C'est une décision importante qui, pour moi, marquait un élément clé de solidarité, et qui rend plus efficace notre stratégie collective. C'est d'ailleurs une illustration très concrète de ce que nous avons ensuite décidé à 27.

Si nous regardons la situation que nous vivons depuis le début de cette guerre sur le plan de l'énergie, ce qui était le principal sujet qui nous a occupés tout hier soir et une partie de la nuit, notre défi était, comme je le disais en arrivant hier, de faire baisser les prix du gaz et de l'électricité et de rester unis, et, à cet égard, à mes yeux les deux objectifs ont été remplis. J'en veux pour preuve, d'ailleurs, que la réaction des marchés, dès après notre annonce, a marqué une bonne compréhension de ce que nous avons décidé, et nous avons obtenu l'unité européenne. Depuis le début de la guerre, nous avons collectivement réussi un très gros travail.

D'abord, en diversifiant nos sources d'approvisionnement. Là où le gaz russe représentait près de 40 % de l'approvisionnement en gaz de notre Union européenne, il est à moins de 7 % aujourd'hui. Donc nous avons réussi à passer l'hiver en diversifiant cet approvisionnement et à réussir à stocker.

Plus de 95 % des stocks disponibles sont aujourd'hui remplis par du gaz qui a été acheté avant l'hiver. Cela, c'est de la mobilisation de tous les États membres de ces derniers mois, ce qui est un élément important de notre résilience collective, compte tenu du fait que la Russie a décidé d'utiliser le gaz comme un instrument de guerre. Nous avons aussi, de manière coordonnée, mis en place des politiques de sobriété avec, là aussi, des vrais résultats, et chacun a mis en place ensuite des éléments d'accompagnement de ces ménages et de ces entreprises.

C'est là où il nous faut améliorer la solidarité. Maintenant, le défi qui était le nôtre et qui reste le nôtre, il est double, faire baisser les prix dès aujourd'hui, et nous mettre en capacité d'avoir des mécanismes pour préparer l'hiver prochain, qui ne sera aucunement plus facile que l'hiver que nous sommes en train de passer, au contraire, puisque nous partons d'une hypothèse, si je puis dire, de base, qui est que la Russie peut décider de ne fournir aucune capacité. D'ailleurs nous pouvons, si la guerre devait continuer, décider aussi nous-mêmes de n'acquérir aucune capacité auprès de la Russie.

Là où nous avions, si je puis dire, des éléments de départ il y a quelques mois, on fait l'hypothèse que nous irons vers l'hiver prochain sans gaz russe du tout. Notre double objectif, c'est baisser les prix tout de suite, mais être en capacité de passer l'hiver 2023-2024. Forts de cela, nous avons décidé une série de mesures qui nous permettent d'arriver à cette fin.

D'abord, le premier objectif, c'est baisser le prix du gaz. Pour baisser le prix du gaz, je vais essayer de rentrer dans les éléments sans être trop technique, il nous faut avoir un thermomètre, si je puis dire, plus sincère. Aujourd'hui, comme vous le savez, on a un indice qui est appelé TTF.

Cet indice donne un prix de référence en temps réel qui est imparfait parce qu'il ne se réfère qu'au gaz qui est transmis dans les gazoducs et en prenant essentiellement quelques pays de référence, en particulier Norvège et Pays-Bas. Donc il ne correspond pas à la réalité du marché contemporain. Il ne prend pas du tout le prix d'échange sur le marché GNL et il n'est pas assez large.

C'est pour ça qu'une des propositions de la Commission que nous avons soutenue et endossée, et sur laquelle nous lui avons demandé d'aller plus loin, c'est de mettre en place un nouvel indice, un nouveau parangonnage, dirait-on en bon français, des prix, qui va permettre d'avoir un indicateur en temps réel plus sincère que l'indice TTF. C'est très important parce que qu'est-ce qu'il y a derrière ça ? Le fait qu'aujourd'hui il y a énormément de spéculations sur ce marché parce que, comme l'indice est peu liquide, derrière les spéculateurs jouent dessus.

D'ailleurs, il a été mené essentiellement ces dernières semaines par des jeux de spéculation. C'est le premier point. Nous avons acté accord sur ce sujet pour avoir un nouvel indice.

Deuxièmement point, c'est mettre en place une série de corridors de prix pour lutter contre la volatilité des marchés. Une fois qu'on a dit ça, ce qu'on a demandé à la Commission, c'est, sur le marché de gros du gaz, de pouvoir mettre en place des mécanismes qui font que, quand de manière inconsidérée, à l'ouverture ou dans la journée, les prix vont s'envoler, d'avoir un système où on regarde les prix de la veille et on définit une marge pour fixer un cap. Je ne veux pas rentrer dans les détails techniques.

C'est exactement le travail que va faire la Commission. Nous avons donné mandat, et la Commission et nos ministres vont travailler sur ce sujet. C'est pour ça qu'on a parlé, comme vous l'avez vu, d'un corridor dynamique de prix.

L'objectif, c'est quoi ? C'est d'éviter, là aussi, une envolée spéculative et une volatilité des prix du gaz, qui est complètement décorrélée des réalités de marché, mais qui ne traduit que des comportements spéculatifs, tel ou tel jour, en fonction des annonces ou de la situation. Ça, c'est le deuxième élément.

Il est très important et il envoie un signal clair que nous allons mettre en place un mécanisme pour lutter contre ces spéculations infra quotidiennes sur les marchés. Ce sont ces deux premiers éléments qui font que le marché a immédiatement réagi. Je redonne quelques chiffres.

Nous avons déjà, ces dernières semaines, réussi à envoyer des messages d'unité qui ont été importants. Là où on était au-delà des 300 € par mégawattheure il y a quelques semaines, on était tombés à 68,5 €, 69 € par mégawattheure juste avant ce conseil, on est tombés à 62 € par mégawattheure il y a quelques minutes. Vous voyez que ça a un impact immédiat, ça calme le prix.

Cela, ce sont les principaux éléments que nous avons décidés sur les mécanismes de prix sur le marché du gaz. En parallèle, nous avons raffermi, si je puis dire, le mandat d'achat commun, en actant que d'abord nous soutenons et nous voulons opérationnaliser le principe décidé il y a quelques mois d'un achat commun européen, et que nous incitons de manière libre nos acheteurs à se mettre ensemble. Cela a un intérêt double, ça permet de réconcilier les deux objectifs que je vous donnais.

C'est-à-dire que ça permet de faire baisser les prix quand on a une capacité d'acheteurs plus importante, mais ça nous met aussi en situation de sécuriser les volumes pour l'hiver prochain. Cela aussi, nous l'avons acté. Ensuite, au-delà de ces mesures de court terme et indispensables sur le gaz, je le disais, volonté aussi de baisser le prix sur l'électricité.

Là, nous avons réaffirmé deux décisions fortes, l'une, si je puis dire, de court terme, et l'autre de moyen terme. La décision de court terme, c'est d'étendre le mécanisme ibérique. Là, nous avons demandé d'avoir très rapidement les pour et les contre, donc les avantages et les inconvénients de ce mécanisme, et de pouvoir cheminer et donc que, dans les prochains jours, la Commission et nos ministres de l'énergie puissent finaliser un tel mécanisme.

Quel est l'intérêt de ce mécanisme ? C'est qu'on met un plafond au prix du gaz qui est utilisé pour produire de l'électricité. C'est ce qu'on a permis de faire à l'Espagne et au Portugal, avec un impact qui a été tout de suite mesuré, c'est que le prix du coup a baissé, le prix de l'électricité au premier chef, mais ça a tiré même le prix du gaz à la baisse.

Il y a un intérêt et deux difficultés d'étendre ce mécanisme au niveau européen. L'intérêt, je crois que tout le monde l'a constaté, et nous l'avons vérifié, ça crée de la valeur et c'est positif pour tous les Européens. Donc c'est une bonne chose d'étendre le mécanisme dit ibérique parce que toutes les analyses montrent que ça va permettre partout de baisser le prix de l'électricité et consolider la baisse du prix du gaz.

Il y a deux aspects techniques que la Commission va regarder dans les prochaines heures et prochains jours et qu'elle a commencé d'instruire. D'abord, le modèle dépend de votre propre système de production d'électricité, et donc les pays payent diversement selon qu'ils produisent beaucoup d'électricité à partir de leur gaz ou non. Cela crée des mécanismes de transferts entre les pays européens qu'il faut pouvoir corriger.

Donc il faut qu'on ait de la transparence là-dessus et qu'on crée des mécanismes de correction entre pays européens. Le deuxième inconvénient, c'est que ça conduit aussi quelque part à financer de l'électricité un peu moins chère, qui pourrait être utilisée, compte tenu de l'intégration de nos marchés électriques, par des non-Européens, par exemple la Suisse ou la Grande Bretagne et, là, il faut pouvoir corriger les effets de fuites externes. C'est un sujet très technique mais qui suppose une pleine transparence et donc des mécanismes techniques pour le corriger, ce qui fait que, dans les prochains jours, la Commission sortira un travail qu'elle est en train de conduire, ce qui permettra à nos ministres de finaliser, je l'espère, une décision immédiate, ou en tout cas une décision très prochaine.

C'est un mécanisme qui est très fort et qui va nous permettre, à court et moyen terme, de baisser le prix de l'électricité, en plus de ce qu'on fait sur le prix du gaz. Nous avons aussi consolidé la décision actée à la sortie de l'été, de réformer le marché de l'électricité européen. Cela, dans la durée, c'est ce qui est le plus structurel pour nous, en particulier en France, puisque, comme vous le savez, les coûts de production de notre électricité n'ont que très peu de choses à voir avec le prix du gaz, mais la structure aujourd'hui de notre marché électrique fait que le prix du gaz surdétermine le coût de l'électricité pour tout le monde.

Cette réforme, nous l'avons réaffirmée politiquement cette nuit et elle sera parachevée techniquement par la Commission pour la fin d'année, début d'année prochaine. Mais il y aura ensuite ensuite un processus législatif qui va cheminer, ce qui fait qu'elle sera une réalité plutôt au deuxième semestre 2023. C'est pour ça qu'il faut un mécanisme pour arriver jusque là.

Pardon d'être un peu long et technique, c'est pour essayer de rendre clair ce qui est très compliqué mais qui touche la vie de nos compatriotes et de nos entreprises, et c'est absolument essentiel. Tout ça, c'est ce que nous avons acté et décidé, et nous avons bâti l'unité cette nuit. C'est ce qui va permettre du coup à la Commission européenne et au Conseil européen, et en particulier donc à nos ministres, de pouvoir prendre toutes les décisions dans les jours et semaines à venir pour mettre en œuvre ces mécanismes.

Mais, à elles seules, ces décisions ont envoyé un message très clair aux marchés et vont être de nature à réduire la spéculation et, je le pense, à faire baisser les prix, comme on a pu le constater ces dernières heures. À côté de cela, je vous l'avais dit aussi, nous avons besoin d'une unité européenne en matière de solidarité financière. Pourquoi ?

Parce qu'on prend tous des décisions pour protéger nos compatriotes et nos entreprises. Cela a un coût budgétaire. Une partie de ce coût est pris grâce à ce mécanisme de taxation européen que nous avons décidé et qui revient à chaque État, mais les coûts sont importants et risquent de créer des inégalités entre États membres.

C'est pourquoi nous avons aussi acté, dans le même principe, de donner mandat à la Commission et aux ministres d'avancer sur des mécanismes européens de solidarité financière qui pourront être soit des mécanismes de prêts ou de garanties, c'est la Commission qui déterminera le mécanisme le plus pertinent. Elle travaille là sur l'utilisation de mécanismes de prêts, comme nous l'avions fait au moment de Repower EU. Il y a aussi la possibilité d'avoir des mécanismes de garanties, comme on l'avait fait au moment de la crise Covid, avec ce mécanisme SURE qui permettait de garantir les choix des États membres sur leur politique d'accompagnement du travail à temps partiel et du chômage partiel.

En tout cas, nous allons mettre en place ces mécanismes-là aussi dans les prochaines semaines, pour permettre de tenir la stabilité financière et l'unité financière en Européens. Voilà l'essentiel de ce qui s'est passé cette nuit, après l'accord que nous avions trouvé avec le Portugal et l'Espagne. À mes yeux, ceci permet vraiment d'abord de remplir les objectifs que la France s'était donnés à court terme, baisser les prix et tenir l'unité européenne, et je pense que ces décisions vont dans le bon sens.

Elles permettent de traiter l'urgence pour notre compétitivité et pour protéger nos économies, mais elles sont cohérentes aussi avec notre objectif plus large qui est, je vous le rappelle, pour la France, de tenir à la fois nos objectifs climatiques, nos perspectives de réindustrialisation et notre volonté de souveraineté européenne. C'est pourquoi, au-delà de ces mesures de court terme, et c'est très cohérent avec ce que nous avons décidé, y compris avec la péninsule ibérique, notre volonté est d'aller le plus vite possible vers une Union européenne comme un continent tout électrique, ce qui est la manière de répondre à ces objectifs de la façon la plus pertinente. À cet égard et de manière incidente, je veux ici dire très clairement et vous annoncer que la France a décidé de se retirer du traité sur la Charte de l'énergie, ce qui était un point important demandé par beaucoup, que nos services ont pu instruire, et donc je voulais aussi vous annoncer cette décision.

La matinée a été consacrée au sujet géopolitique. Sur l'Ukraine, nos échanges ont été denses. Nous avons eu d'abord une visioconférence avec le président Zelensky hier, puis ce matin entre États membres.

Là-dessus, nous avons rappelé notre totale solidarité avec l'Ukraine. Nous avons marqué notre unité et notre détermination à poursuivre notre soutien sans faille, dans la durée et sur tous les plans. À cet égard, nous avons pris ces dernières semaines des décisions très structurantes.

S'agissant des sanctions, des mesures ont été prises contre des responsables iraniens, qui ont participé au transfert à la Russie de drones employés contre l'Ukraine, ce qui est un signal important. Donc il y a eu, en particulier hier encore, des sanctions additionnelles sur ce point. Sur le plan militaire, nous avons décidé du lancement d'une mission européenne pour former les soldats ukrainiens.

Elle a été actée lundi. La France y participera activement en formant 2 000 soldats ukrainiens sur notre sol. 500 millions d'euros supplémentaires vont être engagés afin d'aider les forces ukrainiennes avec les équipements dont elles ont besoin, et de maintenir le niveau de leurs capacités dans le cadre de la facilité européenne de paix.

J'ai par ailleurs, comme vous le savez, annoncé la semaine dernière que la France livrerait de nouveaux matériels, à savoir des systèmes de défense anti-aériens, et travaillait à la livraison de canons Caesar supplémentaires. Sur le plan financier, notre soutien ne faiblit pas, là non plus. Nous avons aussi marqué notre détermination à soutenir la reconstruction de l'Ukraine.

La conférence organisée par l'Allemagne et la Commission européenne se tiendra à Berlin le 25 octobre et permettra d'avancer à cet égard, et nous devons nous organiser collectivement pour répondre aux besoins immédiats de l'Ukraine, plus encore pendant la période hivernale. Nous aurons à prendre, dans les prochains jours aussi, des mesures supplémentaires pour aider à la résistance civile ukrainienne car, on le voit bien, il y a une stratégie russe de détruire méthodiquement ses capacités de résistance et les infrastructures civiles essentielles pour l'hiver. Nous continuerons également notre mobilisation contre l'insécurité alimentaire mondiale causée par la Russie et la guerre qu'elle a initiée, en particulier en intensifiant notre action en matière de transfert d'alimentation et d'engrais vers l'Afrique.

C'est l'initiative Save Crops que nous avons lancée en septembre, comme vous le savez, à New York. Le changement de nature du conflit s'incarne également par les menaces contre les infrastructures critiques pour l'Union européenne. Nous en avions parlé à Prague et la Commission a présenté mardi une recommandation pour renforcer nos outils internes et veiller à la résilience de nos infrastructures.

Je veux ici dire que nous soutenons pleinement ce travail et nous devons avancer rapidement. Nous avons également insisté sur la nécessité de nous mobiliser pour aider la Moldavie, qui subit aussi de plein fouet les conséquences des attaques de la Russie contre l'Ukraine. À ce titre, nous tiendrons en novembre une conférence de soutien à la Moldavie.

J'ai invité la présidente Maia Sandu à se rendre à Paris, elle sera à mes côtés pour organiser cette conférence de soutien à la Moldavie, à Paris. Enfin, nous avons fait un très long point sur nos relations avec la Chine. Je pourrais y revenir dans le cadre des questions, si vous le souhaitez, mais nous avons eu trois heures de débats très intenses pour expliquer ce chemin que l'Europe veut pouvoir suivre avec la Chine, sans naïveté mais en ayant toute autonomie quant à sa liberté de choisir le chemin qui lui est propre.

Donc nous restons dans la même grammaire de position que nous avions définie il y a quelques mois, compétiteurs sur le plan commercial et technologique, avec une rivalité stratégique, en particulier sur le plan des valeurs, mais aussi la nécessité d'avoir un partenaire et d'avancer sur des sujets comme le climat et plusieurs autres biens communs. Mais, au-delà de ça, je crois que ce qui est ressorti de ces trois heures de discussion, c'est maintenant l'unanimité sur la nécessité d'avoir une autonomie stratégique européenne. Cette notion que je défendais il y a cinq ans, que nous avons endossée pleinement au sommet de Versailles il y a quelques mois, et qui, je trouve, se renforce pendant cette guerre que nous subissons sur le sol européen, se confirme encore plus dans la durée et quand on élargit, si je puis dire, le regard qu'on porte sur le monde.

Nous avons besoin d'une autonomie stratégique et notre politique, en particulier à l'égard de la Chine, ne saurait être dictée par qui que ce soit, pas plus qu'elle ne saurait s'inscrire dans une forme de dépendance technologique ou sur des métaux et terres rares ou de naïveté. Nous avons également eu un échange sur le sommet Union européenne ASEAN du 14 décembre, qui sera une opportunité de renouer avec cette région et faire avancer notre stratégie indo-pacifique. Je tiens ici à dire que je serai moi-même présent au sommet de l'Apec à Bangkok le 19 novembre, et j'y porterai notre ambition européenne.

Voilà ce que je souhaitais dire à l'issue de ce conseil. Vous l'avez compris, après de longs débats et dans un contexte qui évidemment constitue un test chaque jour pour l'unité européenne, nous sortons de ce conseil avec une unité confortée, des décisions claires et un calendrier pour avancer. Je vais maintenant répondre à vos questions. [ INAUDIBLE ] Justement, je vais rebondir sur ce que vous avez dit.

Sur l'énergie, certes, les marchés ont bien réagi, mais peut-on vraiment parler d'accord ? Au final, les divergences demeurent, y compris avec l'Allemagne, par exemple, sur le modèle ibérique. Donc il n'y a pas de calendrier et, au final, toutes les conditions qui sont posées par les uns et par les autres ne rendent-elles pas ces mesures irréalisables ?

Et, en attendant, est-ce que l'Europe n'est pas en train de prendre un retard qu'elle ne pourra pas rattraper ? On assiste, par exemple, aux premières délocalisations vers des pays où les tarifs de l'énergie sont moins chers. Merci beaucoup.

D'abord, je pense qu'être européen, c'est savoir bâtir du consensus et c'est, en partant de situations qui sont 27 fois différentes, d'en construire une commune. C'est toute notre histoire. La clé, c'est de le faire vite et intelligemment pour tous, et de savoir que notre intérêt commun prévaut sur nos intérêts individuels.

Il y avait plusieurs États membres qui, chacun sur des points différents, divergeaient. À 27, nous avons acté hier, y compris d'avancer sur le mécanisme ibérique. Donc je pense que c'est une avancée majeure qui va permettre, dès la semaine prochaine, à la Commission de faire des propositions sur ce point.

Donc pour moi, c'est une réussite, là où il y a quelques jours on n'en parlait même pas. Il y avait des oppositions explicites sur ce mécanisme, là nous avons, à 27, signé que nous étions prêts à avancer sur ce sujet. Il y aura ensuite des propositions techniques, et c'est par la technique qu'on va régler les différences.

Parce que, si certains sont réticents sur le modèle ibérique, c'est en raison des deux phénomènes que j'évoquais. C'est qu'ils se disent je vais payer davantage que le voisin et il va y avoir des mécanismes de fuite. C'est vrai, donc il faut trouver les mécanismes pour répartir cette charge.

Mais, en leur montrant que nous tous et chacun au sein de ce nous tous, nous sommes bénéficiaires de ce mécanisme, on peut alors le construire. Moi, je sors très confiant. En tout cas, oui, je peux vous dire très clairement qu'il y a eu une avancée parce qu'avant ce conseil, il n'y avait pas d'accord pour avoir même une avancée et donner un mandat à la Commission.

Donc nous avons fait, ce qui est classique et ce qui marque un choix quand même à 27, nous avons décidé de donner un mandat clair à la Commission et à nos ministres pour avancer sur ce point. Donc, malgré les différences de sensibilités et les différences de modèles, nous allons de l'avant, c'est une très bonne chose. Maintenant, vous l'avez très bien dit, tout est dans la vitesse d'exécution, et moi je plaide pour qu'elle soit maximale.

Pourquoi ? Parce qu'il se trouve que, depuis le début de cette guerre, nous sommes unis en termes de valeurs et de prises de position avec beaucoup. Mais nous ne sommes pas unis en termes de conséquences que cette guerre fait peser sur nos vies.

Aujourd'hui, force est de constater que, quand on est norvégien ou américain, condamner la guerre, soutenir le peuple ukrainien et sanctionner la Russie, ça n'a pas le même sens que quand on est allemand ou français. Donc, de manière légitime, nous devons engager ce dialogue avec nos partenaires parce que quelque part leurs économies, parce qu'elles produisent des hydrocarbures dont en plus nous voulons sortir et dont nous savons qu'elles ne sont pas bonnes pour le climat, mais qui est une énergie de transition, le gaz, bénéficient d'un effet de rente qui n'est pas une rente d'innovation, ni une rente justifiée, mais une rente géopolitique, la guerre. Il faut avoir ce débat entre nous.

Il est sain, il est juste. Donc c'est celui que nous avons ouvert en G7, que j'ai beaucoup poussé, et je l'ai ouvert de manière extrêmement amicale avec le Premier ministre norvégien comme avec le président américain ces dernières semaines. Il faut qu'on l'ait parce que c'est ça, être alliés.

Et donc oui, il faut que leurs producteurs d'hydrocarbures gagnent leur vie, fassent des profits, parce qu'ils en vendent plus, mais il ne faut peut-être pas qu'ils fassent du surprofit. Les vrais surprofits sont là, nous qui avons beaucoup de débats sur ce sujet. je peux vous dire que les vrais surprofits, ils sont là.

Donc c'est un vrai débat qu'il faut avoir entre nous, parce qu'il ne peut pas y avoir d'alliés à deux vitesses ou de liberté à deux vitesses. Ensuite, en plus de ça, il y a des choix qui sont faits par l'économie nord-américaine, qui sont claires, qui sont des choix d'attractivité, que je respecte, mais qui créent un double standard. Quand vous avez des prix de l'énergie américains qui sont beaucoup plus bas que les nôtres, parce que les États-Unis sont producteurs, et que leurs producteurs d'hydrocarbures vendent trois ou quatre fois le prix de ce qu'ils vendent à leurs industriels chez nous, le gaz, et qu'en plus de ça, ils mettent en place des textes qui permettent d'avoir des aides de l'État allant jusqu'à 80 %, sur certains secteurs, quand c'est interdit chez nous, vous avez un double standard qui s'inscrit, et ce qui est un vrai sujet sur le rapprochement et la sincérité du commerce transatlantique.

Et c'est un débat que j'ai soulevé en Européen, que nous devons porter, et nous avons demandé à la Commission, aussi, de le porter, et une discussion que j'aurai lors de la visite d'État que je mènerai aux États-Unis début décembre. La conclusion qu'on doit en tirer, c'est : il nous faut très vite agir sur les prix, c'est ce qu'on fait aujourd'hui, pour les baisser. Il nous faut rester solidaires dans cette période, pour ne pas nous nous diviser et laisser, en plus, de l'instabilité financière s'installer en Europe, et il nous faut très vite avancer sur un agenda de compétitivité, d'investissement et d'attractivité, pour rattraper cet écart qui s'est installé ces derniers mois.

Donc, il faut une Europe encore plus rapide et encore plus ambitieuse, mais consciente de son autonomie stratégique. C'est encore une fois exactement ça, ce que vous posez derrière votre question. Nous ne sommes pas qu'un marché, nous sommes des producteurs.

Nous voulons être des champions dans le véhicule électrique, dans les semi-conducteurs, dans l'industrie, dans la grande industrie décarbonée. Et pour ce faire, on doit se battre dans une compétition internationale, sans naïveté. Bonjour, Francesco Fontemaggi, de l'Agence France Presse.

Monsieur le Président, je veux rebondir sur la question des délais. Vous avez parlé de vitesse maximale. Vous aviez promis aux entreprises françaises que les prix de l'énergie baisseraient drastiquement fin octobre-début novembre.

Est-ce que vous réitérez cet engagement ? On a entendu tous les mots très techniques que vous avez utilisés. Le travail à venir semble encore assez laborieux.

Est-ce que c'est réaliste de réaffirmer cet engagement ? Est-ce qu'il faudra un nouveau sommet des chefs d'État pour parvenir à un accord final ? Et par ailleurs, j'en profite, puisque vous partez à Rome dimanche, et que Madame Meloni devrait être nommée Première ministre par le président Mattarella cet après-midi, est-ce que vous avez l'intention de la rencontrer, vous avez prévu de la rencontrer ou en tout cas, est-ce que vous y êtes disposé ?

Merci. Merci beaucoup. Écoutez, d'abord, je veux dire que depuis la fin de l'été, nous avons commencé à réduire les prix du gaz, et par voie de conséquence, les prix de l'électricité.

Je le disais, pour les prix du gaz, qui sont passés de plus de 330 € par mégawattheure aujourd'hui, à 62 €. Maintenant, il faut tenir et garder de la stabilité dans la baisse, jusqu'à un niveau qui aura réatteint des zones acceptables. Donc nous sommes en train de le faire et nous avons déjà produit du résultat, justement par les choix politiques, et un message clair à l'égard des spéculateurs.

Nous allons continuer dans les prochains jours, donc je suis confiant sur ce sujet. Première partie de l'engagement tenu. À côté de ça, nous avons donné de la visibilité et mis en place des mécanismes nationaux de protection.

Ils seront complétés dans les prochains jours par le Gouvernement, qui va annoncer, pour les mois à venir, nos mécanismes de protection pour, en particulier les entreprises qui ne sont pas comprises dans le bouclier tarifaire. D'ores et déjà, les ménages, sur le prix de l'électricité, ont de la visibilité sur 2023. On sait qu'il n'y aura que 15 % de hausse, là où le marché en fait passer plus de 100 %.

On sait que les petites entreprises, comme les petites collectivités locales sont inclus aussi dans ce bouclier tarifaire, qui n'aura que 15 % de hausse. La question, elle est pour toute une catégorie d'entreprises : PME, entreprises de taille intermédiaire ou certains groupes qui ne sont pas énergo-intensifs, et c'est là-dessus que, dans les prochains jours, nous allons finaliser le mécanisme national de protection, qui permettra, justement, de sécuriser et de donner pleine visibilité à ses acteurs. Et donc, décisions européennes politiques qui ont déjà permis de baisser les prix de l'électricité, dans les jours à venir, décisions européennes qui vont mettre en place des mécanismes structurés, que j'ai annoncés, et à côté de ça, décision nationale de protection, s'il y avait, à un moment donné, dans les semaines à venir, des réenvolées.

Pardon ! Pour Rome...

Je me rends d'abord, et avant toute chose, à Rome parce que j'ai accepté d'ouvrir la conférence de Sant'Egidio dimanche, puis j'ai eu une audience avec le pape lundi matin. C'est l'objet de mon déplacement. Dans le cadre de ce déplacement au Vatican, le président Mattarella m'a amicalement invité à le voir, ce que je ferai.

À ce stade, compte tenu des incertitudes institutionnelles, rien d'autre n'est prévu. Je verrai avec le président Mattarella, lundi, en fonction, justement, des évolutions institutionnelles et de ce qu'il recommandera, ce que je ferai, mais je tiens aussi à respecter ce qui est l'usage diplomatique et l'habitude, c'est que quand on se déplace pour un voyage au Vatican, c'est d'abord et avant tout un voyage au Vatican, même si le Vatican, nous le savons, a une spécificité géographique qui me conduit à cette proximité. Mais de toute façon, je verrai la présidente du Conseil italien autour de cette table.

Donc je suis tout à fait prêt à travailler avec elle. Après, je tiens à respecter les usages vis-à-vis du pape et je tiens aussi à pouvoir m'entretenir avec le président Mattarella et pouvoir faire ce qui est le plus utile, tout en étant respectueux. Donc nous le verrons lundi.

Bonjour Monsieur le Président. Mathieu Coache, BFMTV. Une question sur l'actualité française.

Vous avez reçu les parents de Lola pour les assurer de votre soutien. Depuis, l'assassinat de cette jeune fille a suscité une grande vague d'émotion. Est-ce que vous avez un message à adresser aux Français sur ce drame, notamment à ceux qui reprochent à l'État des défaillances ?

Le ministre de l'Intérieur, les ministres, la Première ministre et le Garde des Sceaux y sont revenus. Il y a une enquête sur l'assassinat de la petite Lola et il appartient à la fois aux enquêteurs de donner la lumière et au gouvernement d'expliquer ce qui a été fait, et ensuite de voir s'il y a des décisions à prendre, qui s'en suivront. Je pense que ...

Qu'est-ce qui nous touche tous ? C'est l'atrocité de ce crime. C'est l'atrocité de ce crime et c'est aussi ce qu'il a à la fois d'inqualifiable et d'absolu.

Quand on est face au mal radical et qu'on fait l'expérience que c'est possible dans notre société et que c'est là, c'est ça qui est vertigineux. Et je pense que tous les parents vivent dans leur chair ce que vivent les parents de Lola : la peur pour un enfant qu'on dépose à l'école, la peur pour un enfant qui rentre à la maison en sortant des classes. C'est ça, exactement ça.

Et donc moi, je pense surtout aux parents de Lola, à son frère et à son demi-frère, au désarroi de cette famille qui est incroyablement digne et unie dans ce moment, et je pense qu'elle a d'abord et avant tout besoin du respect et de l'affection de la nation, avant toute chose. Christian Longchamp, La Règle du Jeu. Deux questions sur l'Ukraine s'il-vous-plaît.

Si les forces armées biélorusses pénètrent dans le territoire ukrainien, en soutien des forces russes, si, ce faisant, un nouveau front devait s'ouvrir au nord de Kiev ou de Lviv, est-ce que cela entraînerait immédiatement un engagement militaire plus important de la France et de l'OTAN ? C'est ma première question. Et la deuxième question : est-ce que des moyens budgétaires exceptionnels ont été débloqués ce matin, pour se préparer à secourir les réfugiés ukrainiens, qui arriveront certainement en nombre dans l'Union européenne cet hiver, compte tenu des dégâts infligés en ce moment par les Russes aux infrastructures électriques ukrainiennes, et est-ce qu'en termes d'organisation, l'Europe est prête pour ces accueils ?

Merci. Nous avons, comme vous le savez, un mécanisme qui a été mis en place, à la fois financier, mais aussi une organisation collective, pour accueillir les réfugiés ukrainiennes et ukrainiens, qui permet, en particulier avec un titre provisoire, d'avoir accès beaucoup plus rapidement à nos prestations, mais aussi au travail, de s'insérer beaucoup plus vite, d'être mieux protégés sur l'ensemble du sol européen, en même temps que nous avons des mécanismes pour accompagner les États qui accueillent ces réfugiés. Donc ça, c'est le premier point.

Les dispositifs sont en place et ils sont là si la situation devait évoluer. En parallèle de ça, ce que nous souhaitons faire et ce que nous avons commencé de faire, avec le centre de crise en France, et nous souhaitons justement intensifier cet effort et coordonner un effort de l'ensemble des alliés dans les prochains jours, c'est de pouvoir venir en aide très vite à la population ukrainienne, en Ukraine, pour reconstituer les générateurs, les capacités, justement, pour éclairer, se chauffer et passer l'hiver. Et ça, c'est absolument essentiel.

Et donc nous sommes là pour essayer aussi de, c'est ce que j'évoquais dans cet accompagnement de la résistance du peuple ukrainien, et donc nous déploierons des moyens additionnels, nous avons commencé à le faire, en lien très étroit avec le président Zelensky. Pour ce qui est de la Biélorussie, si l'hypothèse que vous évoquez se réalisait, alors de manière très claire, ce serait une implication plus forte de la Biélorussie dans le conflit, et donc une clarification supplémentaire, si besoin en était, du président Loukachenko. Elle entraînerait à coup sûr des sanctions supplémentaires à l'égard de la Biélorussie et il nous appartiendrait, à ce moment-là, d'analyser la situation, pour voir les conséquences que cela emporterait en termes de soutien.

Mais vous savez, ce serait, d'un point de vue militaire, assez comparable à ce que l'Ukraine a vécu au début de la guerre, quand les forces russes ont pénétré par le Nord et ont mené cette offensive sur Kiev, donc c'est surtout la nécessité d'organiser une résistance et une capacité de contre-offensive côté ukrainien, sur ce flanc. Bonjour Lionel Jullien, Arte. Une question relative, voire deux questions relatives à la Chine et aux infrastructures critiques.

Je crois qu'il en était question lors de ce Conseil, en tout cas dans les projets de conclusions, il en était question. Je voudrais savoir exactement ce que vous a dit le chancelier Schultz, par exemple, puisqu'il envisage une visite en Chine au début du mois prochain, et notamment, je ne sais pas si vous avez pu évoquer, je sais que ça a été évoqué ce matin aussi par la Première ministre estonienne, lors de son arrivée, est-ce que vous avez pu évoquer cette affaire, entre guillemets, du port de Hambourg, où une société chinoise va prendre une participation de 35 % ? Et quels sont les engagements que vous avez pris, en Européen justement, par rapport aux infrastructures critiques, justement, et à l'autonomie stratégique ou la souveraineté, comme on voudra ?

Merci. Sur ce sujet, notre autonomie stratégique, c'est de définir, mais il faut le faire de manière à la fois transparente, respectueuse et lucide, et j'insiste sur ces trois points, à l'égard de la Chine, en quelque sorte nos règles du jeu. Et c'est de dire que quand on touche des technologies critiques, où notre sécurité, notre défense sont en jeu, nous souhaitons avoir des éléments de souveraineté.

C'est exactement la position que la France a tenue, par exemple sur ses réseaux de télécommunications et certains composants critiques. Et nous l'avons fait de manière transparente, méthodique, en partageant les choses. Je rappelle que quand j'ai décidé, il y a 5 ans de cela, j'étais relativement isolé en Europe, et beaucoup d'opérateurs, dans le reste du continent, avaient déjà été vers des solutions technologiques qui réduisaient beaucoup leur souveraineté, et considéraient que nous avions une position étrange.

Elle est maintenant consensuelle et largement généralisée. Mais il faut le faire de manière respectueuse, et je dirais, en regardant, dans un partenariat équilibré avec la Chine, ce que fait la Chine avec nous. Il suffit de dire aux autorités chinoises : est-ce que quand vous construisez, par exemple vos cœurs technologiques en télécommunications, vous prenez des solutions françaises, allemandes, finlandaises, suédoises ?

Non. Vous les voulez chinoises, pour votre autonomie. Nous, c'est pareil.

Ensuite, il y a les infrastructures essentielles. Là-dessus, nous avons, historiquement, fait une erreur, nous, Européens. Au moment de la crise financière, nous avons poussé plusieurs États-membres dans des situations difficiles sur le plan de leurs finances publiques, à vendre des infrastructures sans qu'il y ait d'acheteurs européens.

Et donc sur beaucoup de ces infrastructures critiques, ce sont des acteurs chinois qui sont venus acheter. Est-ce qu'on peut le reprocher aux autorités qui ont été dans la situation, qui de vendre des ports, qui de vendre des opérateurs électriques, gaziers ou autres ? Est-ce qu'on peut le reprocher aux Chinois ?

Non ! Nous avons été naïfs parce que nous avons considéré qu'au fond, il y avait essentiellement un sujet de finances publiques à régler et que l'Europe était un supermarché ouvert. Je pense que maintenant, il faut qu'on ait des règles et qu'on définisse sur les infrastructures, en Européens, les points sensibles.

On a d'ailleurs commencé à avoir des textes qui les définissent et à avoir des mécanismes pour le regarder. Je pense que c'est très important. Je pense que, de la même manière, nous devons, en Européens, regarder les vulnérabilités, sur le plan informationnel, que font courir certains réseaux, et je pense que nous devons ensuite regarder tous les sujets de dépendance, en termes de chaîne de valeur, que font courir la situation sur certains matériaux critiques, certaines terres rares ou certaines transformations de ces matériaux.

Donc c'est une analyse en chaîne de valeur. Donc ce que nous avons décidé de faire, c'est de lancer ces travaux, en lien étroit avec la Commission. La Commission a déjà beaucoup avancé sur plusieurs de ces sujets.

Nous avons, nous, lancé, je dirais parfois au niveau national, de tels travaux. La France l'a fait et nous devons maintenant converger dans les prochaines semaines et les prochains mois. Notre volonté, c'est en tout cas, maintenant, de bâtir pleinement cette autonomie stratégique.

Donc il n'y a pas eu de discussion spécifique sur le cas que vous évoquez mais il est clair que nous devons, dans les prochains mois, structurer les règles du jeu que nous donnons à nos partenaires, pour que ce soit clair et que ça permette d'engager dans certains secteurs, parce que nous, nous souhaitons pouvoir continuer à avoir la compétition commerciale avec de bonnes règles du jeu. Nos entreprises veulent continuer à pouvoir investir en Chine et nous voulons continuer à avoir des partenaires chinois dans certains sujets qui ne touchent pas notre souveraineté ni notre autonomie stratégique, et c'est une bonne chose. Mais il faut que le cadre soit posé.

Je vais prendre une dernière question. Allez ! Deux dernières questions.

Allez-y ! Monsieur le Président, [INAUDIBLE], Presse allemande. J'ai une question concernant la guerre en Ukraine.

Vous avez déjà mentionné, dans votre discours, la continuité du soutien pour l'Ukraine, mais ma question va un peu loin. Que peuvent faire la France et les autres partenaires européens pour mettre fin à la guerre en Ukraine ? C'est évidemment la question la plus importante mais la plus complexe.

Nous ne faisons pas la guerre en Ukraine, nous. Nous soutenons l'Ukraine, nous sanctionnons la Russie Mais nous ne faisons pas la guerre et il n'est pas dans notre main de l'arrêter puisque nous ne sommes pas partie prenante à ce conflit. Et donc, pour moi, réussir à atteindre cet objectif, qui est d'arrêter la guerre, suppose que les conditions sur le terrain soient remplies, qui permettent aux Ukrainiens de considérer que c'est le moment pour se remettre autour de la table.

Pourquoi je dis ça ? Parce que nous soutenons aussi l'Ukraine en tant qu'elle défend sa souveraineté territoriale et ses frontières. Et donc nous ne pouvons pas, nous, dire au nom de l'Ukraine : à tel moment, ceci est acceptable ou ne l'est pas.

Nous ne pouvons pas négocier pour autrui. Donc, dans ce cadre, ce que nous devons faire, c'est d'abord ne jamais casser le lien. Donc, premier point : continuer le soutien à la résistance, à l'effort de guerre, continuer les sanctions.

Deuxième point : continuer à parler, et aux autorités ukrainiennes et aux autorités russes, car à un moment donné, il faudra revenir autour de la table. Troisième point : essayer de guetter ce moment qui sera acceptable pour qu'un retour autour de la table soit possible et que les discussions reprennent. Je le souhaite le plus tôt possible.

Et ensuite, participer, autour de la table, et il faudra évidemment qu'il y ait au premier chef l'Ukraine et la Russie, mais il faudra qu'il y ait aussi l'Europe et la communauté internationale présentes. Bâtir, à ce moment-là, les termes de la paix. C'est ce chemin qu'il nous faut suivre.

Mais je ne peux malheureusement pas vous dire aujourd'hui de manière précise quand les conditions seront remplies parce qu'elles ne sont pas dans ma main. Elles dépendent d'abord de l'évolution du conflit sur le terrain et elles dépendent aussi de certains choix souverains que nous devons respecter. Mais nous devons tout faire, par notre action, pour qu'au moment où c'est possible, cela advienne.

C'est aussi pour cela que j'ai toujours assumé de parler aux deux parties. Toute dernière. [INAUDIBLE] Merci.

Merci beaucoup. Je veux d'abord avoir un mot pour saluer le travail et le courage du président Abraham Saleh et du Premier ministre Moustafa al-Kazimi durant ces dernières années. Ils ont été des partenaires remarquables et des dirigeants courageux, et en particulier le Premier ministre al-Kazimi, avec lequel nous avons tenu cette conférence de Bagdad, il y a un peu plus d'un an maintenant, a beaucoup œuvré avec la France, pour justement, avec tous les partenaires de la région, essayer de retrouver de la cohérence, à la fois défendre la souveraineté de l'Irak et retrouver de la cohérence et pacifier la région.

J'ai souhaité la bienvenue et présenté mes félicitations au nouveau président et au nouveau Premier ministre, et je souhaite pouvoir échanger avec eux le plus rapidement possible. Le souhait de la France, c'est que l'Irak puisse vivre en stabilité et que sa souveraineté puisse être pleinement respectée par toutes les puissances de la région. Et la souveraineté de l'Irak et sa stabilité passent également par une relation apaisée avec la République autonome du Kurdistan, et le Gouvernement régional du Kurdistan que, vous le savez, j'ai pu recevoir en décembre 2017, quand des tensions sont advenues, et j'ai d'ailleurs eu encore, sur ce sujet, beaucoup d'échanges, et avec le président Barzani et avec le Premier ministre Nêçirvan Barzani, ces dernières semaines.

Et donc mon souhait, dans ce contexte-là, c'est que le Kurdistan puisse être lui aussi en pleine sécurité, avec des relations apaisées entre Erbil et Bagdad, sur les plan financier et économique, mais avec surtout également une sécurité du Kurdistan qui soit préservée par toutes les puissances de la région. Et donc la France continuera d'œuvrer pour contribuer, apporter sa part à cette sécurité, et surtout renforcer la souveraineté irakienne. Voilà. très bien, je vais devoir rejoindre Paris, et je vous remercie pour ... [INAUDIBLE] Oui. [INAUDIBLE] La décision est prise maintenant parce que c'est cohérent.

En deux mots, donc, nous avons décidé de nous retirer du traité sur la Charte de l'énergie, d'abord parce que c'est cohérent avec les positions que nous avons prises, et en particulier avec l'accord de Paris et ce qui en découle, et ensuite parce qu'il ressort de plusieurs cas récents que cette charte et le traité qui s'en suivait conduisaient à des mécanismes, là aussi, un peu spéculatifs et des indemnisations importantes de certains acteurs. Et donc nous nous mettons en cohérence avec les textes qui sont postérieurs, et avec la stratégie qui est la nôtre. Et pour nous, c'est important parce que c'est cohérent avec les accords de Paris et notre stratégie climatique européenne, et parce que dans le moment que nous vivons, nous devons plutôt accélérer et concentrer nos investissements sur : aller plus vite sur le renouvelable, aller plus vite sur l'efficacité énergétique, aller plus vite sur le nucléaire.

C'est la stratégie de Belfort, que j'ai annoncée en février dernier, c'est celle qui est bonne pour la France, mais c'est aussi celle qui est bonne pour l'Europe. Et aujourd'hui, je regarde avec inquiétude revenir, pas simplement les énergies de transition, mais les hydrocarbures et les énergies fossiles les plus polluantes. Et donc la guerre sur le sol européen ne doit pas nous faire oublier nos exigences climatiques et notre impératif de réduction de nos émissions de CO2.

Le fait de nous retirer de ce traité est un élément de cette stratégie. Merci beaucoup. Merci pour votre attention.