Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 15 avril 2026 26 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileJusticeEurope & international

Loi Yadan : faire taire les voix pro-palestine | Gabriel (Tsedek) & Benjamin Fiorini (Jurdi)

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 75 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:37OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça dit de la mobilisation face à ce projet de loi ?

  • 3:11OuverteRéponse directe

    Que doit-on penser de ce nouveau délit de provocation à la destruction d'un État ?

  • 4:35OuverteRéponse directe

    Qu'en pensez-vous de ce nouveau délit qui pourrait être créé ?

  • 6:51OuverteRéponse directe

    Pourquoi l'anti-sionisme égale antisémitisme est dangereux ?

  • 9:46RelanceRéponse directe

    Certains disent que refuser cette loi minimise l'antisémitisme. Que répondez-vous ?

  • 18:17OuverteRéponse directe

    Pour revenir sur l'inefficacité des lois contre le terrorisme, quel est votre avis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:09PrésentateurChiffre
    « 700 000, près de 700 000 signatures pour dire non à la loi Yadant. »
  • 0:18PrésentateurFait
    « Des tribunes de juristes, d'associations, y compris juives, alertent. »
  • 1:45InvitéFait
    « C'est révélateur de l'urgence qu'il y a à lutter absolument contre ce projet de loi mortifère. »
  • 2:31InvitéFait
    « En fait, c'est un article qui vient tout simplement rappeler que l'appel à la destruction de l'État d'Israël, ça n'est pas anodin. »
  • 3:20InvitéFait
    « Son intention, ce n'est pas en vérité de lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme. »
  • 7:03InvitéFait
    « Pourquoi c'est dangereux ? Parce qu'en fait, ce que veut viser cette loi, c'est empêcher toute critique du caractère colonial de l'État d'Israël. »
  • 9:49PrésentateurFait
    « Est-ce que là, avec cette loi, si elle est amenée à passer, on est en train de créer un espèce de délit d'opinion déguisé ? »
  • 14:11InvitéFait
    « Ces lois-là ne servent pas à combattre l'antisémitisme. Elles n'ont pas d'effet concret sur les luttes contre l'antisémitisme. »
  • 19:01InvitéFait
    « En 2014, on a décidé de sortir ce délit d'apologie du terrorisme de la loi de la presse pour le mettre dans le code pénal. »
  • 22:19InvitéFait
    « Ce qu'on produit comme discours pourrait être attaqué maintenant. »

Temps de parole

  • Invité46 %
  • Invité 237 %
  • Présentateur14 %
  • Invité 32 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

700 000, près de 700 000 signatures pour dire non à la loi Yadant. Pour les signataires, il est clair que toute critique d'Israël n'est pas antisémite. Avec cette loi, la députée Renaissance Caroline Yadant veut officiellement lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme. Des tribunes de juristes, d'associations, y compris juives, alertent. Derrière l'objectif affiché, ce texte pourrait criminaliser certaines formes de soutien à la Palestine et restreindre la liberté d'expression. Pourquoi ? Parce que cette loi ne se contente pas de renforcer l'arsenal existant.

Elle redéfinit en partie ce qu'est l'antisémitisme en s'appuyant notamment sur la définition de l'IRA, l'Alliance Internationale pour la Mémoire de l'Holocauste. Cette définition déjà très contestée est accusée de brouiller la frontière entre racisme anti-juif et critique de la politique d'Israël. En voulant lutter contre l'antisémitisme, est-ce que finalement cette loi n'a pas pour réel objectif de faire taire tout débat politique lorsque Israël est concerné ? Pour en parler, nous recevons ce soir Gaël de Tzedek, collectif juif décolonial, luttant contre le racisme d'État en France. Et pour la fin de l'apartheid en Israël-Palestine, il nous rejoindra en cours d'émission.

Et nous sommes déjà avec Benjamin Fiorini de Jourdi, l'Association des juristes pour le respect du droit international. C'est parti pour l'entretien. Benjamin Fiorini, bonjour et merci d'être avec nous. Bonjour. Je le disais en introduction, près de 700 000 signataires de la pétition sur le site de l'Assemblée nationale, 682 000 exactement au moment où j'ai écrit cette intro. Qu'est-ce que ça dit de la mobilisation face à ce projet de loi discuté qui devrait être discuté à l'Assemblée nationale le 16 et 17 avril prochain ?

1:45
Invité

C'est révélateur de l'urgence qu'il y a à lutter absolument contre ce projet de loi mortifère, mortifère pour la liberté d'expression, qui contient effectivement des nombreuses dérives qu'on abordera tout à l'heure. Et le fait que cette mobilisation soit si importante est vraiment manifeste dans le sens où il est très rare que des pétitions déposées sur le site de l'Assemblée nationale reçoivent un soutien si massif, voire qui excèdent ce qui était attendu, parce que ce qui était attendu à l'origine c'était seulement, entre guillemets, 500 000 signatures. On les excède manifestement.

Donc oui, ça témoigne d'une volonté de la part de nos concitoyens que ce texte ne passe pas et il faut absolument qu'il ne passe pas.

2:20
Présentateur

Justement, on va écouter la députée à l'origine de ce texte. Le mois dernier, Caroline Yadant a pris la parole pour justifier cette loi et notamment l'article interdisant l'appel à la destruction d'Israël. Je propose de l'écouter.

2:31
Invité

En fait, c'est un article qui vient tout simplement rappeler que l'appel à la destruction de l'État d'Israël, ça n'est pas anodin puisque par définition l'État d'Israël est un État des Juifs. En fait, c'est un article qui sanctionne une parole antisémite qui utilise la destruction d'un État comme un vecteur de désignation et d'un peuple, d'essentialisation de ce peuple et de diffusion de la haine.

3:05
Présentateur

Gabriel de Tzedek vient de nous rejoindre. Bonjour, bonsoir. Merci d'être avec nous. Avant de vous donner la parole, je vais vous demander, Benjamin Fiorini, justement, ce que dit la Caroline Yadant, que doit-on en penser ?

3:18
Invité

Le plus grand mal. Le plus grand mal parce que ce que dit Caroline Yadant cache sa véritable intention. Son intention, ce n'est pas en vérité de lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme. C'est bel et bien de baïonner toutes les voix qui exprimeraient un soutien à la cause palestinienne et toutes les voix qui exprimeraient des critiques, des contestations vis-à-vis de la politique gouvernementale menée par Israël.

Et en l'occurrence, sur cette question de l'incrimination éventuelle de la destruction d'un État, ce qui est visé, en vérité, ce sont des slogans tels que Palestine, de la rivière à la mer, des choses de cette nature qu'on peut entendre pendant les manifestations, qui en vérité peuvent signifier bien d'autres choses que l'appel à la destruction d'un État, c'est le moins qu'on puisse dire. Et par conséquent, le fait de criminaliser ce type de propos, ça vise non seulement à faire condamner des personnes qui sont simplement des manifestants et qui expriment une volonté de libérer le peuple palestinien, de faire prévaloir son droit à l'autodétermination.

Et ça va aussi provoquer quelque chose de terrible, c'est que parfois, sans doute, il n'y aura pas de condamnation, si jamais ce texte devait passer, mais ça sera tout de même ce qu'on appelle un délit instrumental. C'est-à-dire que ça servira à la police, par exemple, ou au procureur, pour aller interpeller des manifestants, pour les placer en garde à vue, pour faire pression sur eux, pour les intimider. Et ça, c'est totalement inacceptable.

4:35
Présentateur

Gabriel, justement, je ne sais pas si vous avez eu le temps d'entendre un peu ce que disait Caroline Yadant. Justement, qu'en pensez-vous, justement, de ce nouveau délit qui pourrait être créé, de la provocation à la destruction d'un État ?

4:48
Invité

Oui, en fait, la loi, ce qu'elle fait de manière globale, c'est qu'elle essentialise les Juifs à l'État d'Israël. Donc, elle part du principe, parce que j'entendais Madame Yadant dire qu'Israël, c'est l'État des Juifs. Donc, à partir de là, critiquer Israël, c'est nécessairement critiquer les Juifs. Donc, voilà, c'est opéré une essentialisation d'une certaine forme d'identité juive, qui est le sionisme, à toutes les identités juives possibles.

Et ça, ça rejoint une grande tradition de l'idéologie sioniste, qui est vraiment une idéologie qui cherche le monopole sur les identités juives, et qui cherche à effacer et à minorer toutes les identités qui ne correspondent pas au modèle nationaliste du sionisme, de l'homme juif régénéré, qui va travailler la terre et qui va s'inscrire dans la domination, enfin, qui va s'inscrire pas à la domination de la nature et des peuples autochtones considérés comme inférieurs. Voilà, dans l'État d'Israël, on retrouve beaucoup de minorisations des identités juives qui sont passionnistes, que ce soit les identités juives socialistes, bundistes, que ce soit les identités juives du Moyen-Orient.

Voilà, pour vous citer une autrice, elle a choâte, elle prend un exemple dans un de ses ouvrages. Elle a choâte, qui est une autrice juive irakienne, et qui dit qu'elle, quand sa génération mourra, le dialecte judéo-irakien n'existera plus. Donc il y a vraiment une volonté d'Israël d'accaparer les cultures juives et d'imposer une monoculture. Et c'est ce que fait Caroline Haddon, parce que Caroline Haddon, en réalité, c'est une lobbyiste à peine voilée pour l'État d'Israël. Et donc, quand elle fait ça, c'est ce petit cas qu'elle a en tête.

Et c'est d'identifier toute personne juive à un État qui commet actuellement un génocide, une étoile ethnique, des politiques impérialistes absolument désastreuses, destructrices au Liban, en Iran, au Yémen. Donc voilà, en ça, c'est un danger de plus pour les juifs, d'une certaine manière.

6:51
Présentateur

Justement, vous parliez plus ou moins rapidement du sionisme. Pourquoi dire qu'anti-sionisme, c'est un peu la volonté de cette loi, égale antisémitisme, l'anti-sionisme égale antisémitisme ? Pourquoi c'est dangereux, surtout ? Pourquoi c'est faux ?

7:03
Invité

Pourquoi c'est dangereux ? Parce qu'en fait, ce que veut viser cette loi, c'est empêcher toute critique du caractère colonial de l'État d'Israël. L'anti-sionisme, c'est une doctrine politique qui, comme on l'a dit, s'oppose au sionisme, mais ne s'oppose pas au sionisme en tant que mouvement d'émancipation des juifs. En ce sens-là, sinon, l'anti-sionisme, ce serait un anti-boundisme, parce que le Bund aussi vivait une émancipation nationale des juifs avec une autonomie culturelle, etc. Mais la différence, c'est que le Bund le faisait dans un territoire où ils occupaient déjà, où ils étaient déjà présents, où ils avaient déjà implanté une culture, etc.

Ce qu'il contestait dans le sionisme, c'est justement le fait qu'on essaie qu'il y a une volonté de remplacer une population par un autre. Et donc, c'est un projet qu'on appelle de colonie de peuplement. C'est-à-dire que, in fine, c'est ce que fait actuellement Israël à Gaza, par exemple, en repoussant toujours plus loin la ligne jaune qu'ils ont déployée après le soi-disant c'était le feu. Le but, c'est d'augmenter la surface du territoire. Si j'étais un peu provoque, je dirais qu'il y a une volonté d'augmenter l'espace vital de l'État d'Israël pour, justement, compléter, enfin, imposer une domination totale sur la Terre. Parce que le but, c'est qu'à la fin, les Palestiniens ne restent pas.

Et c'est là où, moi, je voulais en venir. C'est que, là où cette loi, elle est aussi dangereuse, c'est qu'encore une fois, en fait, on met au centre de la question du conflit, enfin, de la colonisation en Palestine, on met encore une fois au centre les Juifs. Or, le sujet principal, quand même, dans ce sujet-là, c'est quand même les Palestiniens. C'est quand même la dépossession de leur terre. C'est quand même le fait qu'ils subissent un génocide. Qu'il y a une inégalité, il y a un État d'apartheid, actuellement, en Israël.

Enfin, le temps qu'on passe, en fait, à parler de est-ce que critiquer l'État d'Israël, ce serait en vouloir s'en prendre aux Juifs, c'est du temps d'antenne qui n'est pas consacré, par exemple, au fait que la peine de mort a été rétablie en Israël. Et ça, je pense que c'est des sujets qui sont beaucoup plus importants. Et que moi, en fait, il y a un souci aussi.

Constamment, dès qu'il y a un sujet au Moyen-Orient et dès qu'il y a une montée de détention, parce qu'Israël a une politique belliciste, en fait, le fait de remettre au centre la question est-ce que les Juifs vont en subir des conséquences ou pas, alors, oui, d'une certaine manière, mais c'est un enjeu qui n'est pas l'enjeu déterminant. L'enjeu déterminant, c'est comment on met fin à la politique coloniale d'Israël, en fait. Et ça rejoint la question de, en fait, tant qu'on ne résout pas cette question, de fait, on assimile les Juifs à un projet colonial, puisqu'en fait, on ne met pas cette question sur la table.

Et donc, à la fin, ça finit par ressortir, et ça finit par ressortir par de mauvaises manières, et par de manières qui sont mal politisées.

9:46
Présentateur

— Benjamin Fiorini, vous êtes juriste. Est-ce que là, avec cette loi, si elle est amenée à passer, on est en train de créer un espèce de délit d'opinion déguisé ?

9:56
Invité

— Ce qu'on va créer, c'est un arbitraire judiciaire terrible. Un arbitraire judiciaire terrible qui, justement, va inciter les gens à s'auto-censurer pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Je donne un exemple. Dans ce texte, il est prévu de créer un nouveau délit qui serait la provocation implicite au terrorisme. Provocation implicite au terrorisme, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que vous allez tenir un propos qui n'est pas en soi une apologie du terrorisme, mais on va essayer de s'interroger sur vos intentions véritables. Donc autrement dit, le juge va essayer de se mettre dans votre tête pour savoir si votre intention implicite, c'était de provoquer au terrorisme.

Et ça, c'est terrible. Parce qu'encore une fois, ça veut dire que ça va être au juge, finalement, de déterminer si vous faites un appel au terrorisme ou pas sur des critères qui sont totalement subjectifs, alors même qu'on voit déjà qu'avec la qualification actuelle d'apologie du terrorisme, on a ce type de dérive. Je rappelle, par exemple, qu'il y a quelques mois maintenant, un syndicaliste CGT, Jean-Paul Delescot, avait été condamné pour apologie du terrorisme sur la base d'une décision totalement, on va dire, déconnante, je vais me permettre le mot, déconnante au regard de ce que dit la loi française. Et bien, heureusement, heureusement, en appel, finalement, il y a eu relax.

Mais ce que ça signifie, c'est que ces délits-là, ces délits d'apologie du terrorisme et de provocation au terrorisme, il faut savoir qu'ils sont traités par des magistrats, des juges, qui ne sont pas des juges spécialisés. C'est-à-dire que ce ne sont pas des juges, par exemple, qu'on va retrouver à la 17e Chambre de Paris, qui vont traiter des questions de diffamation, d'injure, etc. Ce sont des juges qui ne sont pas spécialisés sur le contentieux de la liberté d'expression. Et on va demander à ces juges-là de déterminer si vous avez indirectement ou implicitement provoqué au terrorisme.

Ça va créer un arbitraire judiciaire phénoménal et je crains véritablement que beaucoup de personnes, encore une fois, pour revenir à ce que je disais au début, s'autocensurent pour s'empêcher et se protéger contre une éventuelle poursuite judiciaire.

11:49
Présentateur

Et pourquoi ce texte arrive maintenant ? Enfin, on s'en doute, mais pourquoi vous arrive maintenant ? Vous venez de le dire. On assiste ces derniers temps une criminalisation des soutiens à la Palestine en France. Avec cette loi, on est effectivement dans cette même légique, dans cette continuité. Oui, oui, on est totalement dans cette continuité-là.

12:04
Invité

On est dans cette continuité qui fait que toutes les voix qui expriment un soutien aux peuples palestiniens ou même qui expriment des éléments de droit international évidents, comme par exemple, le droit des Palestiniens à l'autodétermination, sont ciblés par l'actuel gouvernement et seront ciblés demain par des poursuites judiciaires. J'en veux pour preuve, par exemple, l'épisode qui est arrivé récemment et toujours avec, à l'origine, Caroline Yadant concernant Francesca Albanese.

Suite à une interview qu'elle avait donnée à Doha, ses propos ont été déformés initialement par l'ONG UN Watch qui a diffusé sur Internet une fausse vidéo avec des propos tronqués de la part de Francesca Albanese lui faisant dire la phrase « Israël est l'ennemi commun de l'humanité », phrase qu'en réalité, elle n'a jamais prononcée et qui a ensuite été montée en épingle sur les réseaux sociaux, notamment par Caroline Yadant, qui s'est traduite par une question qu'elle a posée à Jean-Noël Barraud à l'Assemblée nationale et Jean-Noël Barraud qui reprend ses propos à son compte.

Donc ça, ça témoigne d'une volonté orchestrée qui a consisté à faire en sorte que Francesca Albanese soit dénoncée pour des propos qu'elle n'a pas tenus pour essayer, justement, de la décrédibiliser. Et on voit que ça a des résultats. C'est ça qui est terrible parce que Francesca Albanese, il y a quelques jours, a rendu un nouveau rapport sur la question de la torture, de l'utilisation de la torture par les soldats israéliens sur la population palestinienne, les prisonniers, mais pas qu'eux. Et ce qu'on remarque, c'est que dans les médias dominants, mainstream, y compris sur le service public, eh bien, on a très, très peu parlé de ce rapport.

On a très peu parlé de ce rapport et ça, c'est le résultat du travail de SAP qui a été effectué précédemment et par conséquent, pour éviter que ce travail de SAP ne devienne encore plus important, il faut, encore une fois, impérativement que ce texte ne passe pas. On pourrait se dire que s'il passait, il serait considéré comme inconstitutionnel, que le Conseil constitutionnel ferait peut-être son office, mais nous avons le Conseil constitutionnel que nous avons. Donc, peut-être vaut-il mieux éviter de lui confier ce rôle de voiture balai et faire le travail à sa place.

13:59
Présentateur

Gabriel, certains peuvent dire, du coup, ça m'intéresse d'avoir votre point de vue, que refuser cette loi, peut-être minimiser la réalité de l'antisémitisme aujourd'hui en France. Qu'est-ce que vous pourriez leur répondre ?

14:09
Invité

Moi, je leur répondrai deux choses. D'une part, ces lois-là ne servent pas à combattre l'antisémitisme. Elles n'ont pas d'effet concret sur les luttes contre l'antisémitisme. Je vais prendre un autre exemple d'une loi qui avait prétendument pour but de lutter contre l'antisémitisme et qui n'a servi qu'à introduire dans la loi de plus d'outils pour réprimer, de plus d'outils de répression et de surveillance. C'est la loi Sarah Limit, pardon.

En 2018, dans les premières années de la mandature Macron, il y a une loi qui est faite en réaction à un fait divers, enfin un fait divers, un crime, le meurtre d'une vieille dame dans son appartement par une personne qui était sous les effets de psychotropes et dont d'ailleurs le caractère antisémite était difficilement démontrable ou non puisque la personne n'était pas en mesure de ses moyens. On a dit qu'elle aurait visé une personne juive, or elle a pris en même temps qu'elle a tué Sarah Halimi, pardon. elle a aussi pris en otage une famille qui s'appelait les Diallo, il me semble, enfin de ses voisins qui étaient d'Afrique subsaharienne, enfin qui étaient d'origine subsaharienne.

Donc en fait, le caractère antisémite était difficilement qualifiable et donc suite à cette loi passe cette, enfin suite à ce meurtre passe cette loi Sarah Halimi et dont en fait quand on regarde dans le détail du texte que ce à quoi a servi cette loi c'est à restreindre les marges des juges pour désigner des personnes, enfin pour des, comment dire, pour la, l'irresponsabilité pénale quand vous n'êtes pas en mesure d'être redevable de vos faits et à augmenter, à permettre une plus grande largesse pour les policiers du refus d'obtempérer.

Donc en fait, c'est des lois qu'on regarde aujourd'hui, si on en croit, si on part du principe que les chiffres officiels sur l'antisémitisme sont pertinents, ce que je pense est remettable en doute vu la méthodologie mais ça c'est pas la question, quand même on part du principe que ces chiffres sont justes et qu'il y a une augmentation réelle des actes antisémites depuis le 7 octobre, ça veut dire que ces lois ne servent à rien dans ce cas-là puisque ces lois ne permettent pas de résorber quand il y a une montée de tension au Moyen-Orient et que vraisemblablement les personnes juives, enfin qu'il y a une augmentation des actes antisémites due à la confusion, à une, juste précisément à une assimilation entre les actes d'Israël et la communauté juive en France, et bien ces lois ne permettent pas d'endiguer le problème.

Donc précisément ces lois ne sont pas utiles, elles servent juste à réprimer les mouvements sociaux et donc on en vient du coup à un contre-coup qui est qu'aujourd'hui la lutte contre l'antisémitisme elle est associée à la répression des mouvements sociaux et ça c'est un problème en fait, c'est-à-dire qu'on se retrouve dans une situation où en fait la lutte contre l'antisémitisme est un prétexte qu'a trouvé l'Etat pour réprimer les mouvements antiracistes, même les mouvements contre les autres racistes parce que le temps qu'on passe en fait à monter en épingle de fausses polémiques sur l'antisémitisme, à inventer des propos à Francesca Albanese, à faire des propos sur Mélenchon, sur des questions de prononciation, etc., c'est du temps qui n'est pas passé à parler du fait que là dans le mois qui est passé on a eu un meurtre policier, enfin des bavures policières tous les deux jours, enfin des violences policières, je veux dire des violences policières tous les deux jours.

On ne parle pas du fait qu'en France il y a un État de ségrégation institutionnalisé contre les personnes roms. Donc en fait on utilise du coup les Juifs sont mis comme une espèce de bouclier en fait qu'on sert à l'opinion publique pour détourner d'autres problèmes concrets de racisme voire d'autres problèmes concrets d'antisémitisme. par exemple qui a parlé du fait que quand est-ce que Gérald Darmanin a été épinglé par des politiques sur le fait qu'il se revendique de la politique antisémite de Napoléon dans des ouvrages qu'il a écrits et qu'il revendique.

Donc voilà et du coup on a cette utilisation des Juifs comme une espèce de bouclier contre le mouvement social et donc ça nécessairement ça met les Juifs en danger puisque ça les sépare des autres luttes antiracistes et donc ça empêche la convergence des luttes.

18:17
Présentateur

Benjamin Furini

18:19
Invité

Oui pour revenir sur justement l'inefficacité des lois qui sont prises pour lutter contre telle ou telle chose et notamment contre le terrorisme j'aimerais quand même attirer l'attention sur le fait que initialement ce délit d'apologie du terrorisme dont on parle à travers la loi Yadant c'était un délit qui était dans la loi de la presse la loi de la presse de 1881 et ça ça avait un sens particulier parce que la loi de la presse elle se veut très protectrice de la liberté d'expression et par conséquent ça fait que ce type de délit il était poursuivi dans des conditions très restreintes par exemple il y a un délai de prescription qui est très faible on ne peut pas recourir à certaines techniques d'investigation d'enquête parce qu'on trouve que c'est trop intrusif par rapport à un délit d'expression et aujourd'hui des infractions comme par exemple l'apologie de crime contre l'humanité est toujours dans la loi sur la presse mais en 2014 on a décidé de sortir ce délit d'apologie du terrorisme de la loi de la presse pour le mettre dans le code pénal et l'effet que ça a eu c'est que par exemple on a rallongé le délai de prescription donc c'est beaucoup plus attentatoire aux libertés on permet d'utiliser des techniques d'enquête très intrusives comme par exemple sonorisation d'appartements pour découvrir des personnes qui s'adonneraient à de l'apologie du terrorisme qui s'adonneraient je parle au conditionnel on est au stade de l'enquête on peut utiliser la comparution immédiate alors qu'on sait que c'est une procédure qui est particulièrement néfaste pour les droits de la défense notamment parce que c'est une procédure où on juge de manière extrêmement rapide à la chaîne parfois à 2h du matin alors que tout le monde est crevé personne n'est en état de juger personne n'est en état d'écouter on peut utiliser ce qu'on appelle la CRPC c'est-à-dire le plaidé coupable délictuel j'entends d'ailleurs en ce moment Darmanin dire que le plaidé coupable c'est génial à tel point qu'il veut l'étendre au crime mais moi j'observe que dans la pratique notamment concernant les militants pro-palestiniens ça génère ce que j'appellerais des erreurs judiciaires je ne peux même pas de donner un exemple et bien moi il y a quelques mois j'ai des étudiants qui sont venus me voir pourquoi ?

parce qu'ils avaient fait une manifestation justement pro-palestinienne ils avaient deux pancartes l'une où s'était marqué Free Gaza et l'autre où s'était marqué Non au Génocide sur cette base-là ils ont été interpellés placés en garde à vue et par la suite on leur a proposé justement une procédure de plaidé coupable pour apologie du terrorisme alors ils m'en parlent moi je leur dis bah écoutez a priori il faut refuser parce que si vous allez au procès là manifestement l'infraction n'est pas caractérisée il n'y a aucun juge qui vous condamnera pour ça mais sauf que la manière dont ça s'est passé c'est que le parquet à leur avis d'une telle pression en leur disant bah écoutez là on vous propose une peine très modérée 200 euros d'amende chacun et par conséquent si vous allez au procès vous en courez beaucoup plus vous en courez de la prison donc peut-être que vous feriez mieux d'accepter et au final et bien ils étaient tellement crevés ils avaient tellement envie d'en finir qu'ils ont fini par accepter et ils se retrouvent dans leur casier judiciaire avec une mention pour apologie du terrorisme alors qu'ils avaient juste deux pancartes et qu'il n'y avait que ça dans la procédure donc moi quand j'entends dire qu'il n'y a pas d'erreur judiciaire avec le pied des coupables ça me fait bien rigoler mais en plus ça rejoint ce que je vous disais c'est que le fait qu'on ait mis cette infraction dans le code pénal est une grave erreur et d'ailleurs ceux qui avaient appelé cette transition de la loi de la presse vers le code pénal notamment Marc Trévidic vous savez le juge très connu et bien aujourd'hui Marc Trévidic reconnaît que ce n'était pas la bonne méthode parce que ça a généré ce qu'il appelle lui-même beaucoup d'arbitraires judiciaires et des condamnations qui sont là encore pour reprendre mon terme de tout à l'heure déconnantes très excessives par rapport à ce qu'était initialement l'intention du législateur donc je pense qu'il faut qu'on se pose les bonnes questions et plutôt que de suivre cette pente-là à travers la loi Yadant je pense qu'au contraire il faudrait faire en sorte que ce délit d'apologie du terrorisme réintègre la loi de la presse pour éviter d'être instrumentalisé à ce type de fin

21:52
Présentateur

Si la loi Yadant passe peut-être que ce type d'émission avec ce sujet-là serait très compliqué à faire pour nous et peut-être que Tzedek n'existerait peut-être plus en tout cas vous mettrez la pression pour arrêter votre collectif c'est aussi pour ça j'imagine que vous luttez contre cette loi-là car elle permettrait un peu trop Benjamin Fiorini vient de le dire un peu trop d'arbitraires

22:18
Invité

Oui alors effectivement ce qu'on produit comme discours pourrait être attaqué maintenant là où je nuancerai non pas pour nuancer la dangerosité de la loi mais sur qui elle va s'abattre en premier je pense que c'est pas nous qui serons visés les premiers je pense que des collectifs comme Urgence Palestine comme Samidoun seront beaucoup plus en première ligne du fait déjà que ce sont des palestiniens et qu'il y a un racisme anti-palestinien absolument effarant qui s'abat sur les réfugiés les réfugiés palestiniens et leurs descendants en France on l'a vu avec le Karima Hassan où est-ce qu'on a vu qu'une députée européenne avait sa garde à vue décrite en live tweet sur des chaînes d'info continue qui ont tous menti qui ont tous révélé qui ont tous propagé des fausses informations absolument sans vérification sans croisement des sources qui venaient directement du ministère de la justice déjà il y a un véritable scandale d'état mais on voit aussi tout le traitement raciste de cette affaire et que encore une fois là où il faudrait qu'on nous on veut insister en tant que juger des coloniaux c'est que précisément nous mettre au centre du débat c'est aussi invisibiliser la manière dont l'état abat un racisme absolument effroyable sur les palestiniens eux-mêmes qui veulent faire entendre leur voix contre le génocide et contre le colonialisme israélien et que en ce sens là je pense aussi que c'est important de ne pas non plus je pense que c'est important si on devait retirer un enseignement de cette période de cette séquence c'est que bon vraisemblablement j'ai l'impression en tout cas je ne veux pas créer une victoire trop vite mais il semblerait que la loi se va difficilement passer parce que voilà Caroline Adams s'est mis à dos énormément de groupes parlementaires que Mediapart révélerait par exemple qu'elle aurait mis sur les députés qui seraient signataires de la loi il y aurait des députés macronistes dont le nom aurait été ajouté sur la proposition de loi sans même leur demander leur avis c'est ce que indique Mediapart donc voilà je pense qu'elle a mis tout le monde devant le fait accompli et que ça ça a énervé beaucoup de gens notamment on a vu la séquence du chambougement de l'agenda parlementaire où on voulait avancer de 15 jours l'examen de la loi et que finalement les présidents de groupe ont voté à l'unanimité contre bon mais ce genre de loi en fait vont revenir de manière cyclique avec à chaque fois des changements de formulation on va essayer de voir en fait on envoie des ballons test on voit ce qui est possible pas possible et puis après ça va revenir donc ce qu'il faut je pense c'est surtout armer idéologiquement notre camp face à ça et notamment une des armes pour ça c'est je pense de décentrer la question de décorréler la question du sionisme et la question de l'antisémitisme et qu'il faut justement arrêter de mettre les juifs au centre du débat parce que précisément c'est d'une part le meilleur moyen de les mettre en danger première chose et deuxième chose ce n'est pas le centre du juge et objectifement le centre du juge c'est le génocide des palestiniens et que ne pas mettre ça au centre c'est aussi créer du ressentiment vis-à-vis des juifs

25:26
Présentateur

il nous reste dix petites secondes si je pense vous avez un dernier mot

25:29
Invité

à ajouter non juste à dire qu'en droit pénal quand on apprend le droit aux étudiants en deuxième année la première chose qu'on leur dit c'est qu'en droit pénal il y a un principe ça s'appelle le principe de l'égalité en un seul mot la légalité ça veut dire qu'il faut qu'un texte de loi soit précis en droit pénal et là le texte de loi nous dit infraction de banalisation du terrorisme infraction de minoration du terrorisme provocation implicite au terrorisme ça ça ne veut rien dire et par conséquent c'est un texte qui n'est pas dans les clous de nos grandes règles constitutionnelles

25:57
Présentateur

on va suivre ça de très près merci à tous les deux d'avoir été avec nous ce soir