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interviewRMC — Face à Face· 4 novembre 2022 21 min

Face à Face : Gérald Darmanin - 04/11

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face, Philippe Corbet. Il est 8h33 sur BFM TV et RMC, bonjour Gérald Darmalin. Bonjour. Vous avez dénoncé, je cite votre tweet, le racisme du député RN Grégoire de Fournasse qui a crié dans l'hémicycle qu'il retourne en Afrique alors que son collègue insoumis Carlos Mertens Bilango posait une question sur le bateau de SOS Méditerranée qui vient en aide à des migrants. Est-ce que vous demandez, vous, la démission de ce député RN ?

0:35
Gérald Darmanin

D'abord, je veux dire que comme énormément de Français, on est tous extrêmement choqués de ce qui s'est passé hier à l'Assemblée Nationale qui est le lieu de la démocratie, qui est bien sûr le lieu des combats politiques. Il ne s'agit pas d'être en sucre et de ne pas accepter des arguments forts, parfois difficiles, mais moi ça fait 15 ans que d'une manière ou d'une autre je suis dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale. C'est la première fois que j'ai entendu quelque chose aussi ignominieux. Donc il ne faut pas considérer que c'est un détail, pour reprendre un mot du Front National, un détail de notre histoire politique et parlementaire.

1:08
Présentateur

Mais est-ce qu'il doit démissionner ? Vous dites ça parce que votre parti Renaissance lance une pétition en ligne pour appeler à la démission de vos députés.

1:13
Gérald Darmanin

Moi je signerai cette pétition. Je pense que cet après-midi, le bureau de l'Assemblée Nationale, je ne suis pas membre du Parlement tant que je suis ministre, mais j'espère, prendra la décision la plus forte pour sanctionner ce député du Rassemblement National. C'est une suspension pour 15 jours, c'est le règlement de l'Assemblée Nationale. Parce que l'Assemblée Nationale ne peut pas juger de la présence ou non des députés dans l'hémicycle. Seuls les électeurs peuvent le faire, il n'y a aucun doute. Je pense que la question de sa démission se pose pour lui, en conscience.

Et je pense que la position, et c'est sans doute la chose la plus intéressante dans cette histoire terrible, c'est la position de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, qui pendant des semaines, des mois, des années, nous ont expliqué que le Front National ne ressemblait pas au Rassemblement National, qui n'avait rien à voir avec Jean-Marie Le Pen, avec les anciens de l'OAS, avec les anciens de Vichy, avec les propos racistes que nous avons connus quand nous étions plus jeunes, quand j'étais plus jeune. Madame Le Pen, elle soutient finalement ce député. Elle n'a pas fait un pas de côté. Je dirais même que les propos entendus depuis hier soir légitiment la parole de ce député.

Et donc ce qui est encore plus inquiétant que les propos de ce député qui doit se retourner vers sa conscience, c'est la position de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Parce qu'ils sont finalement complices de ce racisme ordinaire.

2:34
Présentateur

Parce que pour préciser, ce député RN lui dit qu'il ne parlait pas de ce député insoumis, mais du bateau et des migrants qui s'y trouvent. Mais qu'est-ce que ça change ? Justement, est-ce que dire qu'il retourne en Afrique en parlant du bateau et des migrants qui sont à bord de ce bateau, c'est aussi un propos raciste ?

2:51
Gérald Darmanin

Mais dans ce bateau, au moment où nous parlons, il y a plus de 230 femmes, enfants, vieillards qui ont survécu à des naufrages en Méditerranée. Je rappelle qu'il y a eu des milliers de morts en Méditerranée depuis 5 ou 6 ans. Plusieurs dizaines de milliers. Et on peut vouloir maîtriser l'immigration sur le sol national, je suis de cela, et être humain en même temps. Bien évidemment que ces femmes et ces enfants doivent trouver le port le plus sûr. Et aujourd'hui, ce bateau est le large de la Sicile. Et donc c'est le droit international par ailleurs. Il doit pouvoir accoster dans un port italien.

Et d'ailleurs, nous avons dit à nos amis italiens que s'ils acceptaient évidemment le droit international, ce dont nous ne doutons pas, nous prendrions notre part, évidemment, ce qu'on appelle des relocalisations, c'est-à-dire des accueils de ces femmes et de ces enfants, de ces vieillards. Parce que c'était la question que posait ce député insoumis,

3:40
Présentateur

qui disait, au fond, l'Italie, parce qu'il y a un nouveau gouvernement en Italie, le gouvernement d'extrême droite, refuse l'accès de ses ports à des bateaux avec des migrants. Et donc interpellait le gouvernement français. Mais je crois que la SOS Méditerranée interpelle aussi la Grèce, l'Espagne, la France, pour que la France accueille ce bateau. Est-ce que nous pourrions accueillir ce bateau si l'Italie le refusait ?

4:01
Gérald Darmanin

Mais la question du député était légitime. Bon, on n'a pas pu avoir la réponse du gouvernement puisqu'il y a eu ces propos racistes dans l'Assemblée nationale. Et qu'il retourne avec un singulier pour ce député qui est légitimement blessé profondément. Ou qu'il retourne avec un S parlant des femmes et des enfants sur ce bateau qui ont connu des naufrages en pleine Méditerranée. Il faut que les pères et les mères de famille nous écoutent et ils voient leurs enfants.

4:23
Présentateur

Ce sont des migrants qui ont été secourus en mer parce qu'ils étaient en mer.

4:26
Gérald Darmanin

Arrêtons-nous quelques instants. Les pères et les familles qui nous écoutent aujourd'hui, les mères de famille, ils ont leurs enfants peut-être au petit-déjeuner, ils les amènent à l'école. Ils imaginent que leurs enfants ont été secourus en Méditerranée. Ils sont sur un bateau apeuré et sans doute en partie mort de froid. Et il faudra donc que l'humanité devrait nous pousser à dire à ces enfants, si c'était les nôtres, qu'ils fassent le chemin en arrière. Sachant qu'en plus, ces conditions météo sont extrêmement difficiles en ce moment. Et évidemment que c'est raciste.

4:52
Présentateur

Alors ça, on a la question de ce bateau. Je veux dire que même l'argument que donne le RN en disant qu'il parlait du bateau, ça aussi c'est raciste. Non, c'est pour préciser ça.

5:00
Gérald Darmanin

Mais il n'y a aucun doute. Ou alors c'est profondément inhumain. C'est-à-dire qu'il distingue des personnes qui méritent un secours et ceux qui ne méritent pas. Mais est-ce que la France pourrait accueillir ce bateau si l'Italie refusait d'accueillir ce bateau ? Je vais en répondre à cette question dans quelques instants. D'ailleurs, le Rassemblement National n'en est pas à son premier propos raciste ou profondément inhumain.

Il y a quelques jours, une députée a dit, une députée du Rassemblement National, que les sauveteurs en mer, on connaît tous les sauveteurs en mer, c'est ces personnes qui bénévolement vont sauver les personnes en mer, ne devraient pas intervenir pour sauver des réfugiés lorsqu'ils considéraient que ce n'étaient pas des personnes qui étaient réguliers sur le territoire national ou français. Donc il y a évidemment un faisceau d'indices qui démontre que le Rassemblement National est dans la même veine que Jean-Marie Le Pen.

5:46
Présentateur

On va revenir sur le bateau. Est-ce que la France pourrait l'accueillir si l'Italie refusait ?

5:49
Gérald Darmanin

Le droit international est très clair. Quand un bateau demande d'être accosté lorsqu'il a des naufragés à bord, c'est le port le plus sûr, le plus proche qui doit l'accueillir. Donc là, la Sicile, l'Italie. En l'occurrence, l'Italie. Donc nous ne doutons pas un seul instant que l'Italie, qui est dans l'Union Européenne, qui a signé toutes les conventions internationales, comme à son habitude, et l'Italie fait une grande part d'humanité, accueille ce bateau.

6:11
Présentateur

Vous savez qu'il y a quelques années quand Salvini, qui était ministre de l'Intérieur, avait engagé un bras de fer, refusait d'accueillir les bateaux. Et à cette époque-là, il y avait eu un bras de fer engagé par la France, d'ailleurs, par Emmanuel Macron.

6:22
Gérald Darmanin

Nous ne nous doutons pas. J'ai rencontré le ministre de l'Intérieur italien, le nouveau. Je dis ne nous doutons pas que l'Italie va respecter le droit international. Mais nous disons aussi à l'Italie que le problème de sa géographie, d'être la plus proche de ce bateau, ne doit pas la laisser seule. Et nous avons dit à l'Italie, et nous disons avec l'Allemagne à l'Italie, c'est ce que nous demandons également à nos amis allemands, que si ce bateau est accueilli en Italie, nous accueillerons une partie des migrants, des femmes et des enfants, pour que l'Italie n'ait pas le seul fardeau, bien évidemment, de cette arrivée de migrants.

6:55
Présentateur

Je voudrais revenir sur ce que vous disiez il y a une minute, en parlant du RN en général, et au-delà de ce député, de l'esprit du RN. Est-ce que selon vous, le RN est un parti foncièrement, fondamentalement raciste ? Ou est-ce qu'au fond, ça c'était le RN autrefois, et aujourd'hui, ce parti est peut-être différent ?

7:11
Gérald Darmanin

À coup sûr, il n'a pas apporté la preuve du contraire. Et il y a parmi les membres du RN, quelques récidivistes de ce point de vue, il n'y a aucun doute. Donc la démonstration que c'est un parti comme les autres, n'est absolument pas faite, dans son comportement et dans ses propos. Moi je pense que Mme Le Pen fait une grave erreur, une très grave erreur, de point de vue de son propre comportement, démontrant qu'ici elle n'est pas capable de diriger notre pays aux plus hautes fonctions, en ne se séparant pas de certaines personnes qui manifestement tiennent des propos inhumains et racistes. Je terminerai par dire que la France insoumise, et ça ne retire rien au soutien que j'ai pour M.

le député qui a été blessé, devrait quand même aussi tirer un certain nombre de conclusions de tout ça. On ne peut pas à la fois, comme M. Mélenchon, se satisfaire que le RN ait voté l'émotion de censure urbi et tourbi comme il l'a fait, on ne peut pas à la fois se dire mettons-nous d'accord pour faire tomber le gouvernement et mélangeons toutes les voies puisque tout est bon finalement pour y arriver, et ensuite faire des manifestations pour expliquer que le RN est absolument inacceptable. Moi je pose la question de cet après-midi, il y a une motion de censure, est-ce que la France insoumise considère qu'elle doit toujours accueillir les voix du Front National ?

Vous demandez à la France insoumise de retirer sa motion de censure ? D'abord, est-ce qu'elle doit, est-ce qu'elle peut dire, oralement, comme certains présidents de région, rappelez-vous, de l'époque, moi j'étais dans un parti gaulliste, disaient, nous ne voulons pas des voix du Front National. Et est-ce que, deuxièmement, devant l'incroyable de cette situation, l'horrible de cette situation, est-ce qu'ils ne pourraient pas retirer leur motion de censure par dignité pour éviter que justement, le RN qui a déjà annoncé hier soir qu'ils voteraient leur motion de censure, il n'a rien à voir avec ces gens-là. Que les filles fassent aussi la démonstration.

8:58
Présentateur

Jean-Germain, deux petites précisions sur ce que vous venez de dire. D'une part, sur l'Italie, Jean-Germain Melody a été très claire, elle n'accueillera pas de bateau. Donc, on sait très bien qu'ils ne vont pas accueillir. Ils nous verront bien. Non, mais d'accord, mais ils ont été très claire. Moi, j'ai eu un échange. Vous pensez que le ministre de l'Intérieur n'est pas d'accord avec la présidente du Conseil ?

9:14
Gérald Darmanin

Moi, je vais vous dire qu'à la fois le président de la République française a eu un échange avec la première ministre italienne, j'ai eu un échange avec mon homologue. Il y a aujourd'hui un bateau de naufragés, de femmes, d'enfants qui sont au large de l'Italie. Le droit international, c'est que le pays le plus sûr, c'est l'Italie, pour les accueillir. Il se trouve que nous avons dit à nos amis italiens, avec nos amis allemands, que nous sommes prêts à prendre, bien évidemment, comme nous l'avons fait dans les cas précédents, une partie des femmes et des enfants pour que l'Italie n'ait pas seule des réfugiés.

Il n'y a aucun doute que l'Italie ne se mettra pas en infraction avec le droit international.

9:47
Présentateur

Dernière précision sur ce point, puisqu'on parlait du RN. Ce député insoumis, Carlos Martens Bilango, il sera à 9h sur BFM TV, il était ce matin sur RMC et il a souhaité vous poser une question et pour comprendre la question qu'il vous pose, il fait référence à un débat en 2021 que vous avez eu avec Marine Le Pen. C'était un débat sur l'islam radical et vous aviez dit qu'elle était molle, qu'elle était dans la mollesse. Voici ce que disait ce matin ce député insoumis. Il vous interpellait. On l'écoute. Ce que j'aimerais dire à Gérald Armanin, j'ai vu son tweet et je l'en remercie. Il vous a apporté son soutien, évidemment. C'est ça.

Mais je trouve que c'est un peu tard comme soutien parce que Gérald Armanin, c'est lui en tant que ministre qui a trouvé Marine Le Pen un peu molle. J'aimerais savoir si aujourd'hui, il la trouve à son goût.

10:36
Gérald Darmanin

Moi, toute ma vie, j'ai combattu le Front National. Je me bats dans ma terre de Tourcoing, dans le Nord, pour lutter contre le Front National. J'ai soutenu Xavier Bertrand pour qu'il batte Marine Le Pen. J'ai toujours battu les candidats du Front National où le Front National est très haut chez moi. Mes deux grands-pères sont immigrés de l'autre côté de la Méditerranée.

10:53
Présentateur

Vous ne regrettez pas de l'avoir traité de molle ? Non, parce que maintenant, vous dites qu'elle est son parti fondamental.

10:57
Gérald Darmanin

Madame Le Pen était dans une stratégie de dédiabolisation, ce qu'elle essaye toujours d'être. Chacun le constate. Elle s'est fait d'ailleurs doubler par sa droite identitaire par M. Zemmour à l'époque. Tout le monde l'a constaté également. Et elle a essayé de se parer ou elle essaie de se parer des habits d'une forme de moleste par rapport à son père ou par rapport au responsable du Front National ancien. Et on voit que le naturel revient au galop. D'ailleurs, dans ce débat qui a duré plus de deux heures contre Mme Le Pen, j'ai essayé justement de démontrer qu'elle était extrêmement contradictoire. Aujourd'hui, Mme Le Pen, elle ne fait pas la démonstration. Elle n'arrête pas de le dire.

Mais elle ne fait pas la démonstration qu'elle est un parti comme les autres, qu'elle est une dirigeante comme les autres. Elle a réaccueilli 13 millions de voix et il y a 89 députés RN. Mais moi, je respecte que les députés du Front National sont légitimes à siéger l'Assemblée.

11:43
Présentateur

Elle peut être élue en 89.

11:44
Gérald Darmanin

C'est pour ça que je me bats en politique. C'est pour éviter notamment que Mme Le Pen soit présidente de la République. C'est pour ça que je dis aussi qu'il faut mettre des mots sur les choses. C'est pour ça que je dis aussi aux députés LFI que dire que la police tue, ça ne fait que renforcer le Front National. On pourrait avoir ce débat pendant très longtemps. Ça ne retire en rien l'ignomini d'une insulte raciste. Et je veux dire aujourd'hui que nous constatons, je crois, devant la face du débat politique, que Mme Le Pen ne s'étend pas et ne s'étend toujours pas séparée de ce député, elle est une forme de complice.

12:12
Présentateur

Je rappelle qu'au début de cet entretien, vous avez dit que vous signeriez cette pétition déposée par Renaissance pour appeler à la démission de ce député. Il se trouve que cet incident de séance arrive dans un contexte particulier. Vous avez présenté il y a deux jours les grandes lignes d'un projet de loi immigration qui sera discuté au début de l'année et qui va être un moment important. Il y a beaucoup de choses.

Il y a un aspect répression, il y a un aspect intégration et la mesure qui a surpris, puisqu'on ne l'attendait pas, c'est notamment la création d'un titre de séjour pour des étrangers qui occupent déjà des postes dans des secteurs qui ont du mal à recruter, par exemple le bâtiment. Et on a eu l'impression que vous avez très vite essayé de limiter, minimiser cette mesure-là en disant attendez, ça ne sera que pour un an, ça ne sera que quelques milliers de postes. Si vraiment vous voulez mettre fin à une hypocrisie qui est au fond dans plein de restaurants en France, il y a des sans-papiers. Pourquoi ? Il n'y a pas que des restaurants, des chantiers, etc.

Pourquoi ne pas d'une certaine manière accorder ce titre de séjour à davantage de sans-papiers ? Parce qu'au fond, c'est peut-être en dizaines de milliers voire en centaines de milliers qu'on compte ces sans-papiers qui travaillent.

13:09
Gérald Darmanin

Bon, ce n'est pas... Vous connaissez le nombre de sans-papiers qui travaillent ? Ce n'est pas en centaines de milliers. C'est combien ? C'est en dizaines de milliers ? Aujourd'hui, la régularisation que le ministère de l'Intérieur fait au nom de la Circulaire Val, c'est-à-dire des gens qui sont sans-papiers et qui travaillent et qui ont les critères pour être régularisés, c'est 7000 par an.

13:24
Présentateur

Oui, mais 7000, ce n'est pas à la hauteur du nombre de sans-papiers qui travaillent dans des chantiers ou des restaurants ?

13:30
Gérald Darmanin

Alors, il y a plusieurs types de personnes qui travaillent sans-papiers. Il y a ceux qui travaillent au black, comme on dit, c'est-à-dire qui sont payés de la main à la main. Ces gens-là ne sont pas concernés. Ils ne sont pas concernés par ce type de séjour. Ils ne sont pas concernés, voilà. Il y a ceux qui sont embauchés parce qu'ils ont créé une auto-entreprise et que nous ne vérifions pas l'identité des personnes qui créent des auto-entreprises. C'est un des problèmes d'ailleurs de notre droit. C'est d'ailleurs ce que nous allons changer dans la loi et qui ensuite viennent livrer vos repas dans les grandes métropoles. Et Uber Eats, etc. Délivérons. Voilà, vous citez plusieurs marques.

C'est une chose et qu'effectivement, cela peut faire partie lorsqu'ils ont travaillé et lorsqu'ils n'ont aucun casier judiciaire et lorsqu'ils ont une volonté d'intégration de ce titre de séjour. Et il y a ceux qui travaillent au nom d'Alias, c'est-à-dire qu'ils trichent sur leur identité, soit parce qu'ils ont des faussaires qui leur ont fait des pièces d'identité, soit parce qu'ils ont pris la pièce d'identité de leur cousin, de leur ami, soit parce que l'employeur a fermé les yeux sur cette fausse identité.

14:22
Présentateur

Mais comment vous allez fixer le nombre de titres de séjour ?

14:24
Gérald Darmanin

D'abord, l'important, c'est quand même le principe. Vous avez parfaitement raison de dire qu'il faut arrêter l'hypocrisie. Nous sommes tous confrontés à des travailleurs illégaux, des travailleurs de l'ombre qui respectent la République, qui essayent d'élever leurs enfants autant bien que mal et qui pourtant, tout en payant des impôts et tout en payant des cotisations sociales, n'ont aucune protection sociale et ne sont pas reconnus comme réguliers sur le territoire national. C'est en effet une profonde hypocrisie. Donc nous voulons mettre fin à cette hypocrisie.

Mettre fin à cette hypocrisie ne veut pas dire faire un appel d'air pour que tout le monde puisse venir travailler illégalement dans des entreprises pour enfin être régularisé. Si je vous dis les républicains, ça va créer un appel d'air. Non, mais il faut entendre ce que disent aussi les républicains, il n'y a aucun doute. Il y a à la fois mettre fin à l'hypocrisie sans créer d'appel d'air. Mettre fin à une situation que nous avons nous-mêmes créée en partie sans en créer d'autres. C'est ça la politique. C'est toujours difficile et c'est toujours un point d'équilibre.

Moi, ce que je veux dire, c'est que le principe de ce projet de loi, c'est que tous les hommes et les femmes qui aiment la France, qui respectent la République, qui respectent nos règles, qui travaillent, qui élèvent leurs enfants dans l'amour de notre drapeau et de notre terre sont les bienvenus et doivent être en effet accueillis par la France. Tous ceux qui ne respectent pas la République, qui crachent sur notre drapeau, qui ont un casier judiciaire parce que c'est des criminels ou qui commettent des délits,

15:38
Présentateur

doivent partir du territoire national. Donc ceux qui travaillent... Qui fixe cette liste-là ? Le ministère intérieur ? Est-ce que c'est une loi qui va fixer le nombre d'étrangers qui seront...

15:49
Gérald Darmanin

Avouez que la proposition du gouvernement, elle est à la voie ferme et originale. C'est une bonne chose.

15:53
Présentateur

Mais on a l'impression que vous en limitez la portée

15:55
Gérald Darmanin

par crainte de votre propre audace. Non, nous créons le débat. Et ce n'est pas facile de créer un titre de séjour. Et moi, je ne regarde pas ça en quelques secondes sur un coin de table en disant la politique migratoire de la France. Elle se fait en quelques heures tout seul ou à quelques-uns. Bien sûr qu'il y a un débat public et c'est pour ça que nous le faisons. Et d'ailleurs, on en parle ensemble. D'abord, nous allons faire des consultations politiques, syndicales, patronales, sociales avec le ministre du Travail, Olivier Dussopt, pendant un mois. À partir de la semaine prochaine, nous recevons toutes ces personnes. Ensuite, nous aurons deux débats.

L'un à l'Assemblée nationale, l'autre au Sénat pour écouter ce que disent les forces politiques. Et il y aura le projet de loi qui arrive à partir du mois de janvier au Sénat. Donc, on a quatre mois de discussion pour voir comment et à partir de quand nous pouvons mettre en place ce genre de dispositif.

16:42
Présentateur

Et vous êtes prêts à le retirer si les Républicains disent pour nous, c'est vraiment... On ne votera pas le texte s'il y a ça dedans.

16:48
Gérald Darmanin

Moi, j'entends ce que disent les Républicains. J'ai entendu aussi ce que disaient un certain nombre de personnes que Patrick Stéphanie dit qui était quand même le monsieur immigration des LR, qui a été le directeur de campagne de François Fillon, qui a été le directeur de campagne de Valérie Pécresse. Il a dit c'est une très bonne idée mais il faut peut-être mettre un plafond pour ne pas qu'il y ait un appel d'heures justement. Qu'on dise il faut se mettre d'accord justement avec le patronat, avec le syndicat, avec le Parlement. C'est quoi le nombre maximum de personnes que l'on souhaite régulariser dans ce cadre ? Mais pourquoi pas ? C'est une proposition intéressante.

Enfin, pour trouver une majorité à l'Assemblée nationale et au Sénat, évidemment qu'il faut discuter mais c'est le principe de ce qu'ont voulu les Français. Si les Français avaient voulu qu'on décide tout seul, M. Corbet, ils nous auraient donné une majorité absolue à l'Assemblée nationale.

17:24
Présentateur

Vous avez besoin des voix des Républicains pour faire passer ce texte.

17:26
Gérald Darmanin

Les Républicains sont évidemment extrêmement respectables et les socialistes aussi. Mais je discute avec un certain nombre de dirigeants communistes. L'ancienne patronne de la CGT en charge des personnes travailleurs sans papier, Mme Poulin, s'est félicitée très récemment sur France Info de cette proposition. Donc il faut discuter avec tout le monde. Nous discuterons avec tout le monde et je pense que l'important de ce texte c'est que nous ayons une meilleure politique migratoire, aider ceux qui veulent s'intégrer à la République, exclure ceux qui veulent poser des actes criminels contre la République.

17:55
Présentateur

Gérald Lamondin, avant que cet entretien s'ermine, je voudrais quand même qu'on revienne sur un mot puisque vous parliez des mots et la nécessité de mettre des mots sur les choses, sur un mot qui a fait débat en début de semaine que vous avez utilisé à propos de Sainte-Soline, le mot d'éco-terrorisme. Sainte-Soline, c'était donc ses manifestations écolo contre des méga-bassines. Il y a eu une soixantaine de jardins blessés, 22 sérieusement, une cinquantaine de manifestants blessés. Il y a eu des boules de pétangue, des tirs de mortis contre les forces de l'ordre.

Pourquoi vous avez parlé de terrorisme alors que quand on regarde le terrorisme, c'est une notion juridique très précise, il y a un parquet national antiterroriste qui ne s'est pas saisi de cette affaire. Il n'y a pas de dimension de terreur ou d'intimidation de la population. Pourquoi vous utilisez un mot précis ?

18:32
Gérald Darmanin

Attendez, on n'a pas vu les mêmes images

18:33
Présentateur

et on n'a pas rencontré les mêmes gens. Vous auriez pu parler d'ultra-violence ?

18:37
Gérald Darmanin

Non, non. Vous auriez pu parler d'ultra-violence ? D'abord, le terrorisme, c'est aussi une notion en renseignement. Il y a eu 42 personnes fichées S, ultra-violence, ultra-gauche. Quand vous êtes fiché S... C'est un élément de surveillance, ce n'est pas une liste de terroristes. Quand vous êtes fiché S par la DGSI, je rappelle que ce n'est pas moi qui ai créé les fichés S et ce n'est pas moi qui ai créé la DGSI et ce n'est pas moi qui avais fiché quand j'étais ministre à l'intérieur ces 42 personnes. C'était sous des gouvernements précédents et socialistes. Ce sont des personnes radicalisées, suivies pour radicalisation pour une partie d'entre eux. Terrorisme. Suivies pour radicalisation.

Qu'est-ce que vous en savez ? Vous dirigez les services de l'enseignement ? Mais si vous avez des informations... Non mais je l'ai dit. Je constate juste

19:15
Présentateur

que le parquet national antiterroriste ne s'est pas s'est dit.

19:17
Gérald Darmanin

Mais le parquet national antiterroriste ne se saisit pas et c'est lui qui le fait. Mais j'ai le droit de faire de la politique et dire des mots sur des choses et quand la violence est extrême, lorsqu'on attaque les gendarmes par centaines avec des pavés de 15 centimètres pour leur arracher la mâchoire, lorsqu'on les attaque aux mortiers, lorsqu'on les attaque aux cocktails Molotov... C'est l'utra-violence. Il y a de la terreur dans ce comportement sans aucun doute contre les agriculteurs. Vous pensez que les agriculteurs, des Deux-Sèvres et d'ailleurs, ne sont pas terrorisés par des actes qui relèvent de la terreur ? Pourquoi le parquet national antiterroriste ne s'est pas saisi ?

C'est le parquet national antiterroriste. Je respecte l'autorité judiciaire et son indépendance. Permettez-moi de dire des mots sur des choses lorsque ces choses existent et qu'elles choquent tous les Français. Et bien, dans ce week-end, j'étais très fier des 1700 gendarmes qui ont été là et qui ont permis d'empêcher la ZAD de s'installer. Tout le monde a dit qu'une ZAD s'installerait et ne s'est pas installée. Tout le monde a dit qu'on lâcherait devant les agriculteurs qui voulaient le fruit de leur travail. On n'a pas lâché. L'État a été ferme contrairement à ce qui s'est passé jadis sur d'autres situations. Et on a été ferme parce qu'on a aussi su dire des mots sur les choses.

Alors moi, effectivement, je viens d'un territoire, je n'ai pas fait de grandes études peut-être, mais on dit des mots sur les choses. Et les mots sur les choses, c'est la première façon de pouvoir régler le problème. Si quand vous avez le terrorisme dans le monde occidental en général et en France, bien sûr.

20:43
Présentateur

Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, invité ce matin de BFM TV et RMC. Il est 8h53. Bonne journée.