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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 16 juin 2025 13 min

Sun Tzu et "L’Art de la guerre" : le premier traité de stratégie militaire

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Et nous poursuivons cette série que l'on consacre aux enjeux internationaux, à ces grands penseurs des relations internationales et de la géopolitique. Aujourd'hui, on se penche sur l'un des premiers à avoir évoqué ces thèmes, Sunzu. Bonjour Yan Kouer.

Bonjour Courder, pardon. Vous êtes colonel dans l'armée française, historien de l'armée de terre et on vous doit déchiffrer Sunzi paru aux éditions de l'école de guerre. Mais alors, je ne sais jamais s'il faut dire Sunzi.

Zu, qu'est-ce qu'il faut dire ? Alors, ça c'est un vrai problème puisque il y a différentes façons d'orthographier et donc de prononcer l'auteur de l'art de la guerre. En fait, ça provient du fait que le en 1958 la Chine a imposé son système de transcription des idéogrammes chinois vers les caractères romains.

Et euh donc c'est le système qu'on appelle le pignin et la façon d'écrire l'auteur de l'art de la guerre qu' comprenons Swense en en chinois, c'est Sunzi, mais Sunzi orthographié de telle façon que ça se prononce Swens. avant avant que la France adopte le système pinine, le on écrivait Suns TSE et le Sunsu est arrivé en France via les Américains qui eux écrivaient Sunsu tedu et comme la traduction américaine a longtemps été la référence en France, la France culturellement dit sunsu mais aujourd'hui maintenant que le pin est de plus en plus développé, on dit sunzu de la même façon qu'on dit Beijin est plus pékin, qu'on dit dao de jin est plus Tao et King et ainsi de suite. Bon, alors donc on va dire Sonzu dans cet entretien.

Sonzu ira très bien. On sait en tout cas qui il était. On date généralement ceur du 6e siècle avant Jésus-Christ.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer quel était le contexte dans lequel il a écrit et dans lequel cet homme a pensé cette guerre ? Alors tout de suite, je tiens à faire une rectification par rapport à ce que vous venez de dire. Effectivement, le la date du 6e siècle est la date euh que l'on retrouve euh communément euh affiché pour l'écriture de la guerre.

En réalité, c'est faux. Euh les historiens ont montré que ça serait plutôt la deuxème moitié du 4e siècle avant Jésus-Christ. On a beaucoup de preuves de de ça.

L'organisation militaire qui était qui était décrite, des généraux de carrière, des troupes d'élite, le fait que certains équipements évoqués n'existaient pas au 6e siècle, l'arbalette, l'armure, la stratégie qui était fondée sur la duuprix, le fait qu'on ait des idéogrammes qui n'existaient pas au 6e siècle. Donc tout ça fait que ça n'est pas daté du ça ne peut pas être daté du 6e siècle mais plutôt du 4e siècle. Il était général en fait, on ne sait pas.

Euh on ne sait même pas s'il a existé euh le texte le plus ancien euh parlant de Sunsu euh qui est censé euh donc avoir vécu au 6e siècle comme il l' relaté, le texte le plus ancien date du 1er siècle avant Jésus-Christ. Donc il y aurait 5 siècles qui se seraient écoulés et donc c'est largement fantasmatique ce qui a écrit ce qui a été écrit. Aucune mention d'un tel personnage n'est trouvé n'est dans les livres de les ouvrages de l'époque.

Il y a des ouvrages de référence le commentaire de Zao qui est l'ouvrage qui recense tous les grands les grands de la Chine qui ne fait nullement mention de de lui. Et en fait, on pense que euh il pourrait être légendaire comme Confussus, comme Homer euh et que il y aurait une école de pensée peut-être qui à un moment a été dominée par une personne mais qui a donné naissance à ce à ce produit, à cette œuvre culturelle qui est l'art de la guerre. On sait que l'art de la guerre existait bien au 4e siècle avant Jésus-Christ.

Ça, on en a des traces archéologiques. Par contre, le personnage en lui-même pas sûr qu'il ait existé. Bon et alors le statut du texte Yan Couter, ça on le sait.

Est-ce qu'on sait à partir de quand il a été lu et comment il est élu ce texte ? Alors dès le début, il a été lu par les Chinois. Il y a régulièrement des références dans les dans les différents textes historiques.

On sait que les Chinois militaires devaient l'apprendre par cœur puisqu'il y avait un système de fonctionnariat dans les places militaires et donc les concours d'entrée exigient une récitation par cœur de l'art de la guerre. Récitation qui ne veut pas dire maîtrise et encore moins application. Par contre, en dehors de la sphère asiatique en Occident, il est apparu extrêmement tardivement.

On trouve des premières traces de traduction au 18e siècle, mais réellement la connaissance par le grand public et même par les militaires, ça date de 1963 aux États-Unis et en France, c'est apparu en 1972. Ça veut dire que c'est un texte qui est pour les militaires, pour les occidentaux extrêmement récent. À la différence d'autres textes stratégistes comme euh Closwiitz qui euh euh qui est connu depuis beaucoup plus longtemps et qui a infusé, imprégné la pensée militaire, celui de Sunsu est très récent.

Très récent. Et alors que que dit-il ? Qu'est-ce qu'il contient ?

Pourquoi est-il aussi célèbre ? Yan Couet. Alors, avant de de dire exactement ce qu'il contient, il m'a paraît important de définir les la sa vision de la guerre.

Quels sont les quels sont les principes d'une d'une guerre pour Sunsu. D'abord, il affiche que la guerre est une calamité qu'elle mais qu'elle est intrinsèque à la nature humaine. Donc, ce serait une erreur que de ne pas l'étudier.

Et quelque part, il le fait presque par dégoût et par nécessité. le l'homme est euh l'homme étant ce qu'il est, il fera la guerre. Donc il convient de d'essayer de le faire au mieux possible.

Le deuxème point, c'est que la conduite de la guerre, ça doit rester une affaire de militaire. Euh le souverain ne doit pas entraver les opérations militaires. Quelque part pour retourner la la formule de Clémenceau, on pourrait dire que la guerre est une chose trop grave pour être confié aux politiques.

Il euh dans ses dans sa pensée sur la guerre, il dit également que la plus belle des victoires est celle qui est obtenue sans combat. Ça c'est probablement la vision de Sunsu qu'on connaît le plus. Le Tsunsu est un pourrait paraître comme un chantre de de l'absence de violence, d'essayer de gagner Oui. de la non violence.

Mais en fait c'est une lecture erronée. Oui, il dit ça que la plus belle des victoires est celle obtenue sans combat mais néanmoins tous les moyens sont bons pour emporter la victoire. Et donc il cite la la trahison, la corruption, la dup, l'assassinat, les violences.

En fait, pour lui, la fin justifie les moyens. À partir du moment où le souverain a dit à son chef des a désigné son chef des armées et a dit à celui-ci aller faire la guerre, la guerre, la victoire doit être emportée coûte que coûte si possible en ne faisant pas de victime. Mais sinon euh la victoire est ce est ce qui prévaut.

Bon et donc il a quand même une conception de de la conduite de la guerre si tout cela échoue, si on a malheureusement des combats et si on ne peut pas faire autrement. Yan Couer, qu'est-ce qu'il dit Szu à ce sujet ? Alors, il dit énormément de choses, beaucoup d'idées sont euh sont disyées à travers son traité, mais je pense que on peut les résumer euh en tout cas les agréger en deux grandes idées.

La première, c'est qu'il faut acquérir la supériorité opérationnelle, c'est-à-dire il croit dans la puissance de la connaissance, connaissance de l'ennemi, l'étude du terrain, le fait de faire de l'espionnage et à contrario le fait d'entraver le l'adversaire dans cette acquisition du renseignement en étant hermétique, en faisant de la désinformation. La deuxième grande idée pour moi, c'est la victoire qui doit s'obtenir par une opportunité qu'on a qu'on a su saisir. Toute l'action de l'armée et de la conduite des opérations vise à créer les conditions de la survenue de cette opportunité en harcelant l'adversaire. en fait l'image de la guêpe qui va tout le temps piquer l'adversaire jusqu'à ce qu'à un moment l'adversaire baisse sa garde et c'est là où on peut l'attaquer, le frapper et le terrasser.

Bon et et alors ça dessine les qualités d'un bon chef de guerre. Oui, sous-entendu que le ce n'est pas tant un traité qui s'adresse au chef de guerre, mais plutôt au souverain qui aura à désigner son chef de guerre parce que toutes les qualités qui sont nécessaires pour conduire et remporter la victoire ne peuvent pas s'acquérir au moment du combat à l'épreuve du feu. Et ce sont des qualités pour la plupart inîné qui peuvent bien entendu s'améliorer.

Mais c'est vraiment l'art de la guerre peut-être vu comme un miroir des princes, c'est-à-dire un traité qui dit au souverain voilà ce qu'est un bon chef, voilà ce qu'est un bon général. Et donc choisissez selon ses critères. C'est un traité qui est rempli d'idées plutôt simples.

En cela, il y a probablement une constante dans les traités stratégiques. En tout cas, ceux qui sont beaucoup lu, Yan Couer. Alors, pas du tout.

Le l'art de la guerre est un peu une exception. C'est un réservoir de Maxime. La façon dont il a été écrite, c'est une succession de d'injonctions euh qui sont très facilement accessibles.

Euh c'est un réservoir de citation. Euh Sunsu, vous pouvez très facilement le tweeter. C'est des petites c'est des petites phrases, c'est des punchlines.

Est-ce est-ce que ça crée un tout quand même ? Non, c'est très difficile dans quand vous faites une lecture linéaire de cette succession de Maxime d'en ressortir les grands principes que je vous ai exposé. Faut comprendre que ça a été écrit il y a plus de 2500 ans et qu'à l'époque la façon d'écrire, d'exposer un un savoir n'était pas du tout la même qu'aujourd'hui où vous auriez une argumentation structurée avec une introduction, un développement des conclusions.

Mais c'était plutôt une imprégnation qu'on faisait qu'on qu'on faisait auprès de ses disciples. On donnait une ensemble de maxime et le disciple petit à petit comprenait ce que la philosophie du maître. Mais alors, est-ce que vous comprenez pourquoi ce traité nous est arrivé ?

Parce que il est très lu, il est lu dans les écoles de commerce et il est considéré comme étant un ouvrage qui est euh utile, y compris à des gens donc euh comme on l'a compris qui ne font pas la guerre. Oui, parce que le fondement du de l'art de la guerre, c'est de considérer que la guerre est une dialectique entre deux généraux, entre deux personnes. Donc toute la toute la philosophie de Sunsu, tous les précepts qu'il évoque sont la déclinaison du principe que la guerre, ce sont deux généraux qui s'affrontent et donc on va devoir rechercher du renseignement sur cet ennemi.

On va devoir essayer de faire de la déception à son encontre. On va devoir essayer de l'influencer. Et donc tout ça, ça se transpose parfaitement à d'autres sujets que la guerre en elle-même comme l'économie quand vous voulez faire une OPA, quand que quand vous voulez séduire, il y a des livres sur l'art de la guerre et la séduction.

Donc à chaque fois que vous avez une altérité, que vous avez quelqu'un à convaincre, l'art de la guerre, les préceptes se sont parfaitement adaptés. Quelques mots rapides pour nous dire si on souhaite le dire par exemple, est-ce qu'il y a des précautions, des règles ? Vous vous faites bien de d'alerter là-dessus.

Le l'art de la guerre a été très mal traduit pendant longtemps. Pendant longtemps, ça veut dire que aujourd'hui toutes les versions libres de droit sont issues de cette très mauvaise traduction qui date du 18e siècle. Malheureusement, c'est celles qui sont les plus répandues.

Ce sont celles que vous allez trouver majoritairement dans le commerce et il faut en fait se rattacher à des traducteurs contemporains pour arriver à trouver une traduction et fuir absolument celle que vous allez trouver majoritairement qui est qui est attribué au Père Amio qui est un jésuite qui a fait une première traduction mais une traduction avec une vision très chrétienne de du sujet. Yan Couer, merci. Je rappelle le titre de votre ouvrage déchiffrer Sunzu paru aux éditions de l'école de guerre.

Sun Tzu et "L’Art de la guerre" : le premier traité de stratégie militaire — Jean-Pierre Bataille · Pourquijevote