Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, annonce le vote de moyens supplémentaires pour l'hôpital
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le ministre de l'économie et des finances. Vous êtes déjà extraordinairement nombreux au standard, amis auditeurs. Continuez à nous appeler, 01 45 24 7000, passez aussi par l'application mobile de France Inter et par les réseaux sociaux. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Beaucoup d'auditeurs, je le dis. C'est un déluge de questions ce matin que les auditeurs d'Inter veulent vous poser. Donc, s'il vous plaît, Bruno Le Maire, vous n'êtes pas en studio mais par téléphone, faites des réponses courtes pour qu'on puisse donner au maximum. Voilà, merci beaucoup.
On va commencer par des points extrêmement pratiques auxquels les salariés et les Français sont confrontés aujourd'hui. Hier, à ce micro, Laurent Berger nous disait qu'il avait des tonnes de remontées de salariés pas ou peu protégés. Pas de gel, pas de moyens d'aseptiser le poste de travail. Des patrons qui parfois n'organisent pas les règles élémentaires d'hygiène. Est-ce que vous avez des remontées de même nature ? Nos auditeurs nous en font part. Que dites-vous ce matin aux patrons et aux salariés ?
J'ai effectivement des remontées de même nature. Je pense que c'est normal qu'il y ait un temps de calage mais ce temps doit être le plus bref possible. Il faut protéger les salariés. Garantir la sécurité sanitaire totale des salariés. Ça, c'est l'urgence absolue. Et pour ça, je préfère que chacun dans son entreprise, dans son usine, dans son magasin, prenne le temps nécessaire pour dialoguer avec les salariés.
S'il faut prendre une demi-journée, une journée entière pour dialoguer avec les salariés et voir comment est-ce qu'on organise le travail au sein de l'entreprise, au sein de l'usine, ce sera du temps bien employé, qu'on redéfinisse les règles de circulation, les règles d'arrivée, le comportement des salariés et des ouvriers, les protections qu'on met à leur disposition, les gels hydroalcooliques, la manière dont on désinfecte les postes de travail. Tout ça doit être défini et il faut prendre le temps dans chaque usine, dans chaque entreprise, dans chaque magasin d'ouvrir ce dialogue social entre le chef d'entreprise et les salariés pour qu'on redéfinisse les règles.
Par ailleurs, nous, avec les partenaires sociaux, nous en avons discuté hier autour du Premier ministre, nous souhaitons qu'il y ait un guide de bonne pratique qui soit adopté par les partenaires sociaux le plus rapidement possible et qui serve de référence pour chaque chef d'entreprise qui a besoin, bien entendu, d'avoir des indications et d'avoir des...
Oui, oui, allez-y, pardon.
Donc tout cela doit nous permettre, je l'espère, de retrouver dans les prochaines heures une vie économique qui, évidemment, va tourner au ralenti, mais va permettre de faire fonctionner des activités économiques essentielles du pays.
Laurent Berger parlait de certains centres Leclerc, Bruno Le Maire. Dans la grande distribution, des caissières sont à moins d'un mètre des clients. Elles ne sont pas protégées, pas de masques, pas de gants. Que dites-vous aux patrons de la grande distribution ? Première question, deuxième question, à la poste. Des facteurs font valoir leur droit de retrait. Eux aussi ne s'estiment pas assez protégés dans l'exercice de leur métier. Est-ce qu'ils peuvent et doivent faire valoir leur droit de retrait ?
En s'agissant de la grande distribution, inspirez-vous des bonnes pratiques. Voilà le message que j'ai à passer. Je vois, par exemple, que chez Carrefour, il y a eu la multiplication de bulles en plexiglas autour des caissiers et des caissières. C'est une excellente protection, puisqu'on sait que la meilleure protection, c'est la barrière physique, la barrière de distanciation entre deux personnes. Donc entre la caissière et le caissier ou le client, c'est la meilleure protection possible. Donc moi je dis à tous les grands distributeurs, inspirez-vous de ces bonnes pratiques. Si Carrefour a été capable de le faire, les autres grands magasins doivent être capables de le faire.
Et on a besoin, vraiment je rends un hommage très appuyé à tous les salariés qui vont aujourd'hui sur le lieu de travail, que ce soit les caissières ou les caissiers de supermarché, les metteurs en rayon, les transporteurs, les agents de la RATP ou de la SNCF, les commerçants, les boulangers, les agents des télécoms, le traitement des déchets, tous ceux qui sont aujourd'hui à leur poste du travail, ils nous permettent, je veux vraiment que chaque auditeur en ait conscience, ils nous permettent d'aller acheter notre brique de lait, d'aller acheter nos fruits, nos légumes, de nous nourrir correctement dans cette période qui est une période difficile pour tout le monde.
Et sur le droit de retrait ? Bruno Le Maire, Bruno Le Maire, s'il vous plaît. Les postiers aient toutes les garanties de sécurité sanitaire qui soient mises à leur disposition, parce que c'est vital aussi. Enfin, je vous rappelle que les postiers ne font pas que distribuer les lettres et les colis, ils apportent aussi des plateaux repas à des personnes qui sont isolées dans des villages, dans des communes qui sont reculées. On a besoin d'eux. Je vous rappelle que c'est dans les bureaux de poste que vont être distribuées les prestations sociales début avril. Mais il y a une question sur le...
Il y a des ministres français qui vont aller chercher leurs prestations sociales dans le bureau de poste à la banque postale début avril. Donc nous avons besoin des postiers. Et je profite de votre antenne pour lancer un appel à toutes les postiers, à tous les postiers, qui sont des gens exceptionnels. Je le dis depuis des années, depuis que je suis en fonction, nous avons besoin de vous. Vous êtes absolument vitaux pour assurer la vie dans notre pays, notamment dans les communes les plus reculées.
Sur le droit de retrait, Bruno Le Maire, il y a beaucoup de questions qui se posent sur le droit de retrait. Est-ce qu'il y a des conditions pour exercer son droit de retrait en temps d'épidémie ou est-il souverain ?
Il y a un droit de retrait qui est défini par la loi et qui est clair. Il faut qu'il y ait un danger grave et imminent. C'est le texte de la loi. Danger grave et imminent. Tant que les règles de sécurité sanitaire sont garanties au sein de l'entreprise, il n'y a pas de danger grave et imminent. Mais je comprends parfaitement l'inquiétude des salariés qui se rendent sur le lieu de travail. Je comprends parfaitement et je les soutiens, leur demande d'avoir des règles qui soient claires et des règles qui soient strictes.
Ils ont raison et nous n'arriverons à surmonter cette épidémie et les conséquences économiques qu'elles ont que si nous sommes tous capables de dialoguer davantage, de faire preuve de solidarité et de définir des règles strictes, claires, respectées par tous.
Il est déjà 8h29 Bruno Le Maire, donc on va accélérer un tout petit peu le rythme. Les salariés d'Amazon se disent sous pression de leur employeur qui a édicté la règle suivante, un jour non travaillé sera un jour non payé. Certains d'entre eux disent précisément que les conditions d'hygiène et de sécurité ne sont pas réunies là où ils travaillent. Le comportement qui consiste à dire un jour non travaillé, un jour non payé, est-il normal ?
Ces pressions sont inacceptables et nous le ferons savoir à Amazon. Vous me demandez d'être court, je suis court et lapidaire.
Alors justement, puisqu'on parle d'Amazon, Amazon est-il un commerce de première nécessité Bruno Le Maire ? Son activité livraison alimentaire est loin en France d'être son cœur de métier. Et en même temps, on a les libraires, les librairies indépendantes qui parlent d'un drame pour elles. Si Amazon récupère notre chiffre d'affaires en quelques semaines, ce sera une catastrophe, disent les libraires. Est-ce qu'une librairie n'est pas, au sens fort, un commerce de première nécessité quand vous estimez que les tabacs et les kiosques à journaux le sont ?
Moi j'estime que les libraires sont effectivement un commerce de première nécessité, c'est ma conviction. Je suis prêt à regarder cette question. Je suis prêt à le regarder. Amazon, effectivement, distribue les livres. Vous savez l'attachement que j'ai aux livres et à la lecture. Je comprends très bien l'inquiétude des libraires, elle m'a été relayée. Et je suis prêt à rouvrir cette question, à regarder avec le reste du gouvernement, avec le ministre de la Culture, avec le Premier ministre, si quelque chose peut être fait sur les librairies.
C'est le cas en Belgique. Je précise qu'en Belgique, qui sont en situation de confinement, ils ont laissé les librairies ouvertes.
Oui, mais je veux une fois encore rappeler que le principe clé, c'est la sécurité sanitaire. Dans une librairie, par définition, il y a des échanges. Il y a des produits qui vont passer d'un client au commerçant. Il faut s'assurer que nous pouvons garantir les règles de sécurité sanitaire. Mais moi, je suis prêt à ouvrir ce dialogue. Regardez si nous pouvons garantir les règles de sécurité sanitaire. La librairie ne peut pas être, je le dis très clairement, un lieu de rassemblement. Or, dans une librairie, il peut y avoir 20, 30 personnes qui stipulent.
Ça peut s'organiser comme dans un supermarché, Bruno Le Maire.
Si nous sommes capables, si nous sommes capables, dans un supermarché, nous avons édicté des règles. Voilà. Je vous rappelle qu'il n'y a pas d'une seule personne par caddie. Il y a des règles de distance à l'entrée des supermarchés. Mais si nous sommes capables, sur les librairies, qui sont effectivement, à mes yeux, un point important, parce que c'est un lieu culturel et que les gens ont besoin aujourd'hui de pouvoir avoir accès aux livres, et que je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement Amazon qui récupérerait le marché, au risque, effectivement, de fragiliser les libraires.
Je propose qu'avec le ministère de la Culture, sous l'autorité du Premier ministre, nous regardions cette question spécifique des librairies, et nous regardions s'il est possible de définir des règles strictes qui permettraient aux librairies de continuer à ouvrir, sous réserve, une fois encore, que les clients viennent un par un, qu'ils ne soient pas nombreux dans la librairie, qu'ils se contentent d'acheter le livre et de ressortir immédiatement, et que ce ne soit pas, ce que c'est très souvent, c'est d'ailleurs tout le plaisir de la librairie, un lieu où on flâne et où on reste longtemps. Je pose ces conditions, j'ouvre ce débat, et je suis prêt à ce que nous regardions ça ensemble.
La crise du monde hospitalier, Bruno Le Maire, dure depuis un an maintenant, à une aide soignante du CHU de Rouen, qui lui disait que les hospitaliers n'avaient plus les moyens de faire leur métier. Le président de la République avait répondu en avril 2018 la chose suivante, il n'y a pas d'argent magique, avait dit Emmanuel Macron. Fallait-il en arriver là, c'est-à-dire à une crise sanitaire absolument inédite, pour que l'hôpital ait enfin les moyens de travailler ?
Mais je rappelle que nous avons augmenté les moyens pour les hôpitaux, et que c'est l'argent bien employé. J'ai dit sur votre antenne, il y a quelques mois, que s'il y a bien un secteur d'activité, un service public, pour lequel, comme ministre des Finances, j'étais prêt à ce que nous fassions davantage, même si, à l'époque, les finances publiques étaient extraordinairement tendues, que c'était difficile. C'était l'hôpital. Et je veux vraiment en profiter là aussi, parce que je crois que c'est très important dans ces moments qu'on se rend compte de cette solidarité qui naît entre les Français.
Rendre un hommage vibrant, un hommage sincère, à tous les personnels des hôpitaux, que ce soit les aides-soignantes, les infirmières, les urgentistes, les médecins, qui aujourd'hui nous sauvent. Ils nous sauvent, tout simplement. Donc s'il faut de l'argent pour l'hôpital, s'il faut plus de moyens, s'il faut qu'on regarde comment est-ce qu'on peut mieux les équiper, bien sûr que nous allons regarder ça. Il y a ça, il y a les salaires.
Bruno Le Maire, il y a les salaires et les primes. Ils sont au front, ils ne comptent pas leurs heures. Les infirmiers, les infirmières, les aides-soignantes, les hospitaliers, vous leur rendez hommage tous les matins. Est-ce que ce n'est pas le moment de donner une prime, d'augmenter leur salaire ? Est-ce que vous avez prévu quelque chose en ce sens pour cette période, en tout cas, de l'épidémie ?
Nous allons présenter un projet de loi de finances rectificatives avec le ministre des Comptes publics, Gérald Delarmanin, dans quelques instants à l'Assemblée nationale. Il y a des moyens supplémentaires qui ont été prévus dans ce projet de loi de finances rectificatives pour l'hôpital.
Mais spécifiquement pour les...
Ils peuvent prendre la forme de soutien financier pour les personnels soignants. Et croyez-moi, c'est largement mérité.
On passe au standard de France Inter. Ouvrons donc le dialogue. Muriel est là ? Muriel ? Non, pas encore. Alors on va donner la parole à Olivier. Bonjour. Allô ? On vous écoute, Olivier. Vous avez la parole. Allô ? Oui, vous êtes en direct sur Inter.
Ok. Bon, merci d'avoir sélectionné ma question. Alors, M. le maire, j'ai une... Comment dire ? Une réflexion assez... Enfin, un langage assez direct à vous adresser.
Allez-y.
Est-ce que vous pouvez expliquer... Enfin, nous dire combien de temps l'État est en mesure de payer les salaires des salariés qui vont être licenciés à cause de la pandémie ? Pour éviter...
Et en tenant un langage aussi clair, enfin, en ayant une réponse aussi claire, ça permet d'évacuer tous les fake news de la même manière qu'il faudrait expliquer aux Français dans quelle mesure, combien de gens contaminés on peut se permettre de soigner et seuil au-delà duquel la situation nous échappe et aussi, expliquez-moi et à nous comment vous pouvez expliquer aux gens qu'il faut être à 1,50 m de distance dans les allées de supermarché pour être contaminés et interdire aux gens de se promener dans des rues désertes. Merci, merci Olivier.
Merci pour ces questions. La première concerne directement Bruno Le Maire. L'État peut garantir les salaires des gens jusqu'à combien de temps ?
D'abord, je veux répondre à Olivier qu'il ne doit pas y avoir de licenciement puisqu'il a employé le mot de licenciement. Il ne doit pas y avoir de licenciement. Nous avons prévu des mesures de chômage partiel massives qui vont coûter aux finances publiques françaises, c'est-à-dire aux Français, environ 8 milliards d'euros sur les deux mois qui viennent. ils permettent à tous ceux qui doivent être placés en chômage partiel parce qu'il y a moins d'activités, on vend moins de voitures, les avions ne décollent plus, donc il y a du chômage partiel.
Ça doit permettre à tous les salariés de vivre dans la sécurité de leur travail pour ne pas perdre ni les formations, ni les qualifications dont nous avons impérativement besoin. Je rappelle que le chômage partiel, c'est 100% au niveau du SMIC, 85% du salaire net au-delà, et nous le garantissons au moins sur les six prochains mois. Parce que nous voulons préserver nos compétences et nous voulons préserver nos qualifications. Donc je rassure Olivier, l'État sera avec les entreprises, avec les salariés, et nous garantirons ce chômage partiel le temps nécessaire.
Mais après les six mois, hier soir aux États-Unis, le gouvernement américain a annoncé des chiffres catastrophiques de chômage. Il parle de 20% de chômage aux États-Unis. Qu'en est-il pour la France ? Les pertes d'emploi que vous anticipez se comptent-elles en dizaines, en centaines de milliers ?
Non, parce que précisément, nous, qu'est-ce que nous vivons ? Un choc très brutal sur l'économie réelle. C'est la particularité de cette crise. C'est une crise qui n'est pas financière, c'est une crise qui touche l'économie réelle. C'est des commerces qui ferment, c'est des restaurants et des bars qui sont obligés de mettre la clé sous la porte temporairement. C'est des activités qui ne trouvent plus de clients. Donc il faut absolument faire bloc durant les quelques semaines que durera ce choc économique sur l'économie réelle, sans perdre nos compétences, nos salariés, qui sont le bien le plus précieux d'une entreprise et de notre vie économique.
D'où le chômage partiel massif qui doit permettre à chacun d'attendre que les meilleurs jours reviennent sans qu'il y ait de licenciement. Donc il n'y a pas de raison qu'il y ait une explosion des chiffres de chômage dans les mois qui viennent à partir du moment où nous avons retenu cette stratégie. C'est d'ailleurs une des grandes différences avec les Etats-Unis. Il n'y a pas de filet de sécurité sociale aux Etats-Unis. Je pense que si on peut tirer de cette crise la leçon que ces filets de sécurité sociale ils sont précieux parce qu'ils nous aident à faire bloc pendant les périodes de crise économique, tant mieux.
Votre explication convainc pas vraiment Loïc sur l'application France Inter. Le pays est à l'arrêt, le chômage va exploser. Taïwan et la Corée du Sud ont eu des masques immédiatement. Ils ont fait des tests massivement. Ils ont fermé les frontières. Du coup aujourd'hui, ils bossent encore et ils vont à l'école, les enfants vont à l'école avec des masques. Pourquoi on n'a pas suivi cet exemple à l'asiatique de continuer de travailler, d'envoyer les enfants à l'école mais tout le monde avec des masques ?
Mais le choix que nous avons fait est un choix qui me semble judicieux, efficace et rigoureux. Nous avons fermé les frontières puisque les frontières de l'Union Européenne c'est la première fois ont été fermées. Trop tard ? Trop tard ? Trop tard ? Bruno Le Maire ? On pourra toujours discuter attendons que la crise soit passée avant d'ouvrir ces débats.
Mais la question est là.
Nous avons décidé de fermer les écoles également parce que nous savons sinon il y avait des risques de transmission importants. Nous avons décidé également ce confinement, chacun reste chez soi sauf s'il souhaite et s'il peut aller travailler dans des conditions de sécurité sanitaire maximale. Là où je rejoins Loïc sur l'expression qu'il emploie, le pays ne doit pas être à l'arrêt.
Nous avons besoin qu'une activité économique se poursuive parce que nous avons besoin de nous nourrir, nous avons besoin de nous laver, nous avons besoin de nous alimenter, nous avons besoin de nous éclairer, nous avons besoin de nous transporter pour aller sur des activités qui sont absolument vitales pour chacun. Donc il est essentiel que le pays ne soit pas à l'arrêt.
Alors on a au standard Muriel pour commencer. Bonjour Muriel, vous êtes kiné.
Voilà, je suis kiné. On vous écoute. Je vous appelle parce que j'écoute les infos, j'ai écouté le ministre de l'Intérieur, le ministre de l'Économie et je suis un peu dépourvue parce que je ne suis pas salariée, je fais pourtant partie de la catégorie des indépendants. J'étais contrainte de fermer mon cabinet parce que je suis en contact direct avec les patients puisque je les touche. D'autre part, j'ai eu des contraintes de l'ARS qui m'a dit que les plus de 70 ans, les diabétiques, les femmes enceintes, je ne pouvais pas les recevoir à mon cabinet. Donc mon cabinet est fermé depuis lundi.
Je dépends, quand je suis en arrêt, des mutuelles et des assurances privées, donc la MACSF en l'occurrence, et en fait, ces assurances privées ne nous prennent pas en charge dans le cadre de la perte d'exploitation. Je suis extrêmement inquiète parce qu'on m'a proposé un report de mes cotisations d'URSSAF et de retraite, mais mes charges personnelles, actuellement, c'est zéro, c'est zéro, je ne rentre pas d'argent, je n'ai pas de patients et je suis extrêmement inquiète. Je voudrais savoir quel est notre avenir parce que je suis une petite structure, je suis toute seule, je n'ai pas de salarié, mais je n'ai pas de revenu.
Muriel, merci. On va demander à Bruno Le Maire de vous répondre précisément avant de donner la parole à Fabien. Bruno Le Maire, que dirait...
Muriel, je vais être très précis et pour une fois un peu long parce que vous représentez toute une catégorie à laquelle nous faisons particulièrement attention qui est celle des indépendants qui ne rentrent pas, effectivement, dans le cadre du chômage partiel. Vous avez dit zéro recette. Il y a effectivement des dizaines de milliers d'indépendants qui aujourd'hui ont zéro recette. Le principe, c'est zéro recette, zéro dépense. En tout cas, c'est nous l'objectif que nous nous fixons. Ça veut dire que votre facture d'électricité, votre facture de gaz, vous ne devez pas la payer.
Votre facture de loyer, il faut voir avec votre bailleur, il y a des bailleurs sur lesquels nous sommes déjà intervenus. Si vous avez un bailleur privé, vous devez, dans ce geste de solidarité auquel j'appelle tous les bailleurs privés de France, vous devez pouvoir obtenir un report, une suspension du paiement de votre loyer. Vous bénéficiez du report de charge sociale et du report de charge fiscale. Et si on s'aperçoit, Muriel, que lorsque votre activité redémarre, ça redémarre trop doucement et qu'il faut supprimer une part de vos charges sociales, de vos charges fiscales, nous le ferons. Une fois encore, pour que votre cabinet puisse être sauvé.
Enfin, nous avons mis en place un fonds de solidarité qui est financé à la fois par l'État et par les régions. Et je remercie les régions d'avoir joué le jeu de la solidarité. C'est un milliard d'euros qui est mis à disposition uniquement pour le mois prochain. Et on verra s'il faut le renouveler mois par mois. Nous le renouvelerons mois par mois. Il vous garantit une indemnité forfaitaire de 1 500 euros. Et s'il vous faut davantage, Muriel, que votre cabinet est dans une situation particulière, nous avons prévu un examen au cas par cas des dossiers les plus difficiles, précisément, Muriel, pour que votre cabinet ne ferme pas.
Donc nous sommes de tout cœur aux côtés des indépendants et nous vous apportons des réponses qui, je l'espère, sont précises, concrètes pour vous permettre de passer ce moment difficile.
Une précision de Jérôme, patron de PME sur l'application. J'ai demandé un prêt à ma banque qui m'a proposé des produits financiers et des prêts à 3 ou 4%. C'est scandaleux. Les banques ne jouent pas le jeu.
Les banques, elles doivent jouer le jeu. Elles doivent jouer le jeu tout simplement parce que nous avons mis à leur disposition une garantie d'État de 300 milliards d'euros. Cette garantie d'État, elle va s'appliquer entre le 16 mars et le 31 décembre. Donc nous avons décidé avec le président de la République cette garantie de 300 milliards d'euros pour tous les prêts qu'elles soient petites ou qu'elles soient grandes. Nous avons décidé que ce serait effectivement délégué aux banques pour qu'il n'y ait pas de double instruction des demandes de prêts par l'État mais les banques doivent jouer le jeu.
Et nous avons prévu que cette garantie de 300 milliards d'euros porte sur des prêts qui peuvent couvrir jusqu'à 25% du chiffre d'affaires de l'entreprise. Donc c'est exceptionnel et considérable. Une entreprise, une PME comme celle que vous venez de citer, celle de Jérôme, elle peut venir vers sa banque et demander un prêt à hauteur de 25% de son chiffre d'affaires. Il est garanti par l'État. Donc à partir du moment où nous le garantissons, nous, État, il faut que les banques prêtent
de leur côté
et qu'elles jouent le jeu. Nous avons repassé le message avec la Fédération bancaire française mais je compte vraiment sur toutes les banques, toutes les succursales pour jouer le jeu de ces prêts qui doivent donner aux entreprises la trésorerie dont elles ont besoin.
On retourne au standard. Fabien, bonjour.
Oui, bonjour. Bonjour, monsieur le ministre. En fait, c'était un peu la même question que...
Mais pas exactement. Mais pas exactement la même, Fabien.
Pas tout à fait. Donc je suis indépendant et en fait, moi, ce qui m'inquiète, c'est mes revenus personnels parce que tout est garanti au niveau de la société. Je suis d'accord. Peut-être qu'au mois d'avril, j'aurai un report ou un crédit d'Ursaf ou quelque chose comme ça. Mais par contre, là, mon banquier, lui, le 1er avril, là, il faut que je paye mon crédit, il faut que je paye ma facture de gaz, il faut que j'aille faire des courses, tout ça. C'est tout de suite, quoi. Je fais comment ?
D'un point de vue personnel, c'est ça ?
Oui, vraiment personnel parce que là, j'ai zéro revenu.
Oui, l'électricité à la maison, le gaz et toutes les dépenses contraintes.
Aucun rapport par rapport à l'entreprise, en fait. C'est vraiment... Si je n'ai pas d'argent sur mon compte en banque, eh bien, je ne peux pas aller au supermarché.
Voilà, ce point-là est crucial. Bruno Le Maire, que répondez-vous à Fabien ?
Deux choses. Zéro revenu, zéro dépense. Donc, sur vos factures, gaz, électricité et autres, il faut qu'il y ait un report, ce que nous avons prévu avec EDF, avec Engie, avec un certain nombre de grands opérateurs. Là aussi, au passage, c'est bien la preuve qu'il faut que ces opérateurs puissent continuer à fonctionner dans de bonnes conditions. Et s'agissant de votre revenu personnel, vous avez le droit à cette indemnité forfaitaire de 1 500 euros publiques pour que ce soit immédiat et automatique.
Voilà, Fabien, pour votre réponse. Elle vous convainc ?
C'est-à-dire qu'à ce moment-là, je veux savoir à qui je dois m'adresser tout de suite. À la Direction Générale des Finances Publiques de votre département. Si vous êtes un indépendant qui, effectivement, n'a plus de chiffre d'affaires, vous avez le droit à ce fonds de solidarité que nous avons mis en place de toute urgence et qui va être adopté cet après-midi à l'Assemblée nationale et qui vous donne droit à 1 500 euros automatiques. C'est la Direction Générale des Finances Publiques à qui vous devez vous adresser.
Voilà, la réponse est très précise, Fabien. On a Théo au standard. Bonjour Théo. Vous êtes là ?
Il était.
Non, il était là. Alors, on va donner la parole à Catherine. Alors, du coup, et puis, ensuite Léa. Catherine, bonjour.
Oui, bonjour.
On vous écoute, allez-y.
Alors, voilà, j'habite à Rennes et mon conjoint travaille dans une entreprise qui fabrique des billets de banque pour des pays privés, une entreprise privée. Et leur activité n'a été absolument pas réduite. C'est une entreprise de 600 personnes qui continue de travailler tous les jours. On demande aux ouvriers, aux différentes personnes personnelles de venir travailler.
Alors, quel est le souci ? Quel est le problème ? Quelle est la question ?
En fait, ma question, c'est pourquoi on demande aux gens de rester chez eux, de dire qu'il faut effectivement que les entreprises françaises continuent de travailler quand elles sont de première nécessité, ce qui est tout à fait compréhensible. Il faut que le pays continue de fonctionner. Et pourquoi des entreprises privées qui ne fabriquent rien d'utile à la crise actuelle, on va dire, continuent de demander aux gens d'aller se confiner dans des bâtiments d'usines avec des sasses, avec des cantines, etc.
Merci Catherine. pour cette question et Bruno Le Maire vous répond.
D'abord, je veux dire à quel point toutes ces interrogations, je les comprends. C'est sûr qu'ajuster le dispositif, c'est complexe et c'est complexe à l'expliquer qu'à la fois nous demandons aux gens de rester chez eux mais nous voulons aussi que l'activité économique se poursuive dans les conditions qui soient les plus normales possibles. c'est effectivement quelque chose qui est compliqué mais nous avons besoin que cette activité économique, même réduite, puisse se poursuivre.
Ensuite, elle doit se poursuivre, je le redis, dans des conditions de sécurité sanitaire strictes et il faut que dans l'entreprise, dont parle Catherine à Rennes, l'entrepreneur, le chef d'entreprise, tous les chefs d'entreprise devraient faire ça, réunir leurs salariés, prendre le temps de discuter et voir avec soit les salariés, soit les organisations syndicales dans les plus grandes entreprises comment est-ce qu'on organise le travail ? Il y a des sas. Comment est-ce qu'on passe le sas ? Comment est-ce qu'on désinfecte le sas ? Comment est-ce qu'on assure qu'il est parfaitement décontaminé ? Il y a une cantine. Est-ce qu'on a bien espacé des tables dans la cantine ?
Est-ce qu'il y a bien 1,5 m de distance entre les salariés qui vont venir manger dans cette cantine ? Mais là, vous parlez de fabrication de billets de banque, la cartonnerie, le plastique, tout ça est absolument essentiel. Regardez les gels hydroalcooliques. Il y a eu pendant quelques jours un manque de gels hydroalcooliques et je sais que beaucoup de pharmacies ne sont pas encore approvisionnées. Pourquoi ? Ce n'est pas le gel qui pose problème. Le gel, nous l'avons en quantité suffisante. C'est le contenant. Il n'y a pas suffisamment de plastique pour mettre le gel dans des contenants et qu'il puisse être distribué et consommé par les clients.
Donc, vous voyez bien que toutes ces chaînes de production sont absolument vitales pour que le produit puisse arriver au consommateur. Mais ça suppose, je le redis, qu'il y ait du dialogue social au sein des entreprises pour organiser différemment les modalités de production.
Bruno Le Maire, on l'a appris dans la nuit, la Banque Centrale Européenne lance un plan de soutien de 750 milliards d'euros pour la zone euro. Est-ce que vous dites ce matin, enfin ?
Je pense que le plan qui a été annoncé par la Banque Centrale Européenne est le bon plan. C'est le plan qui a été attendu par l'ensemble des États membres de la zone euro. C'est un plan qui est massif puisqu'il prévoit jusqu'à 750 milliards d'euros d'achats d'actifs. C'est un plan qui va avoir un impact économique fort puisqu'il va permettre de mieux financer les entreprises. Et c'est un plan qui va avoir un impact politique majeur. Il va permettre d'éviter la fragmentation dans la zone euro. Il va permettre de réduire ce qu'on appelle les spreads, c'est-à-dire les écarts de taux d'intérêt qui peuvent exister entre la dette française, italienne, espagnole ou allemande.
Parce que l'énorme risque qui pesait aujourd'hui sur la zone euro, c'est une fragmentation, voire un éclatement de la zone euro à cause des écarts de taux d'intérêt qui sont payés par chacune des dettes de chaque nation membre de la zone euro. Avec cette intervention massive et judicieuse de la Banque Centrale Européenne, on évite le risque de fragmentation de la zone euro. Et pour faire très simple, on manifeste enfin de la solidarité financière entre les États membres de la zone euro. On montre une chose simple, nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes tous confrontés à la même crise et nous devons faire preuve de solidarité. Massive, judicieuse ?
C'est une décision de la Banque Centrale Européenne car c'est une décision massive, judicieuse, au bon moment.
C'est ce que j'allais vous dire, tardive ou pas ?
Elle est tardive, bien sûr. Et maintenant qu'elle est là, je pense qu'on doit tous la saluer. Elle vient au moment où les risques de fragmentation commençaient à devenir importants. Donc je le redis, elle est massive, elle est judicieuse et elle vient maintenant au bon moment.
Bruno Le Maire, vous laissez filer les déficits. Gérald Darmanin a dit hier que les déficits s'établissaient déjà à 3,9% du PIB. Êtes-vous prêt à les laisser filer à 5%, 6%, 7%, 8% ?
Quand on livre une guerre économique et financière comme celle que nous livrons, on doit avoir une seule priorité, pas deux. Sinon, on n'arrive pas à atteindre ses objectifs. Je n'ai qu'une seule priorité. C'est sauver l'appareil de production français, sauver des entrepreneurs, sauver des commerçants, les artisans, les indépendants, les micro-entrepreneurs, les auto-entrepreneurs, sauver tout ce qui produit des biens et de la richesse dans notre pays. Et donc vous dites
qu'il n'y a pas de plafond
pour les déficits, c'est ça ? Il faut que chaque euro employé soit un euro employé judicieusement. Bien entendu, ça n'est pas du tout
qui va contrôler, Bruno Le Maire.
Nous contrôlons ici au ministère de l'économie et des finances avec Gérald Darmanin que l'argent est bien employé. Et nous allons mettre en place autour du président de la République d'ici quelques instants une task force économique qui aura vocation à s'assurer que chaque entreprise trouve bien la solution dont elle a besoin parce que je sais que l'exécution sera ce qu'il y a de plus difficile. Maintenant que nous avons décidé un paquet massif de 45 milliards d'euros d'aide pour les salariés et pour les entreprises, la vraie difficulté qui commence, c'est s'assurer que ça va vraiment à ceux qui en ont besoin.
Et tous les appels que vous avez ce matin de Jérôme, d'Olivier ou de Catherine montrent bien que l'inquiétude des Français qui est légitime. C'est est-ce que vraiment l'aide va arriver jusqu'à nous ? Moi j'en ai besoin tout de suite. Ce que disait tout à l'heure cet entrepreneur qui nous disait moi j'ai besoin de payer mes factures, j'ai besoin d'argent. Il faut que les 1500 euros de filets de sécurité de la DGFIP puissent arriver immédiatement dans les caisses de cet entrepreneur qui sinon ne pourra pas vivre. Donc nous avons décidé un plan de soutien à l'économie massif qui sera adopté cet après-midi à l'Assemblée nationale.
Il faut maintenant s'assurer que ça va vraiment dans les poches de ceux qui en ont besoin et qui en ont besoin tout simplement pour vivre ou certains pour survivre et je le redis une seule priorité sauver notre économie nationale. Toute petite question encore. Pour les petites entreprises ou les très grandes entreprises. On verra sur l'ajustement des finances publiques mais dans un second temps.
Bruno Le Maire, il reste une minute sur les très grandes entreprises et notamment nos fleurons industriels. Vous n'avez pas exclu des nationalisations en parlant d'Air France notamment. Qu'en est-il ? Qu'est-ce que vous allez faire concrètement ? L'État a environ 14,5% je crois du capital d'Air France KLM, 15% du capital de Renault. Est-ce que vous allez augmenter aujourd'hui, demain, vos participations dans ces entreprises-là et dans d'autres fleurons ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Nous avons... Je dis très simplement que je ne peux pas vous en dire plus. Il ne s'agit pas de dévoiler sa stratégie avant mais les choses doivent être très claires. Nous avons plusieurs options sur la table pour toutes les entreprises, grandes entreprises industrielles qui pourraient être menacées sur le marché. Ça peut être des montées au capital, ça peut être une participation plus importante au capital, ça peut être des nationalisations.
Nous avons toutes les options sur la table, nous avons tout examiné, je les présenterai toutes au président de la République très prochainement et nous agirons au fur et à mesure en fonction de la situation sur les marchés mais là aussi avec un seul objectif stratégique comme toujours lorsqu'on livre une guerre économique et financière de cette intensité, préserver notre patrimoine industriel.
Bruno Le Maire, merci, merci monsieur le ministre de l'économie et des finances d'avoir été sur France Inter ce matin et d'avoir dialogué ainsi avec nos auditeurs.
Bruno Le Maire