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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 mai 2022 25 min

Alliance LFI-PCF : "Un accord important, on verra si on peut le qualifier d'historique", dit Fabien Roussel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le secrétaire national du Parti communiste français, député sortant du Nord, ex-candidat à la présidentielle. Question réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Fabien Roussel, bonjour.

0:16
Fabien Roussel

Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Salamé. Bonjour.

0:19
Présentateur

Et bienvenue sur Inter. Finalement donc, vous l'avez signé cet accord avec la France insoumise. Alors dites-nous, ce matin, est-ce un mariage de cœur, de raison ou plus prosaïquement un mariage d'intérêt et de circonscription ? Comment vous le qualifiez cet accord ?

0:34
Fabien Roussel

C'est un accord important. Important, on verra si on peut le qualifier d'historique, parce que c'est aussi les résultats qui le trancheront. Ce que je sens surtout, c'est qu'il y a une grande crainte de la part des Français de voir Macron avec une majorité et mettre en œuvre son programme dur, notamment sa réforme de retraite de 65 ans. Et donc, il y a une attente forte, très forte, qui pousse par la base à ce qu'il y ait une autre majorité qui empêche cette réforme de 65 ans des retraites, mais qui réussisse aussi à mettre en place des mesures telles que la hausse des salaires.

Dès le 1er juillet, dès le 1er juillet, les salaires peuvent augmenter de 100 euros, notamment pour le SMIC, que nous décidons de porter à mes 400 euros.

1:18
Présentateur

Si vous gagnez, mais un mot tout de même, comment expliquer que vous ne soyez pas parvenu à faire l'Union en 5 ans, que vous ayez expliqué sur tous les plateaux que vous iriez seul à la présidentielle, et là, en une semaine, c'est fait, c'est réglé.

1:35
Fabien Roussel

D'abord parce que l'élection présidentielle est l'occasion de présenter pour chacun son projet pour la France, et nous avons présenté notre projet pour la France, la France des jours heureux, avec des différences qui ont été fortes pour notre part, à gauche, et que j'ai été le seul à porter. Et aujourd'hui, dans le cadre de ces élections législatives, qui n'est pas une élection présidentielle, vous l'aurez remarqué, il y a 577 élections.

Et c'est l'occasion, oui, pour nous, de continuer de faire vivre la France des jours heureux, notamment à travers un groupe à l'Assemblée nationale, qui ne perdra rien de sa niaque et de son enthousiasme pour défendre le mix énergétique, pour défendre la République laïque et sociale, pour défendre tout ce que j'ai pu défendre à travers la France des jours heureux, dans le cadre des élections présidentielles.

2:18
Invité

Non, pas tout, pas tout, Fabien Roussel, sur le fond, quel programme allez-vous défendre ? On est loin du programme des jours heureux, si je peux me permettre, d'abord sur la crise énergétique qui est majeure et que nous traversons, le nucléaire était la pierre angulaire de votre programme présidentiel. Vous vouliez construire 6 EPR supplémentaires, vous disiez, ne pas investir dans l'énergie nucléaire est une faute lourde, une faute profonde, mais ça, c'était avant, Fabien Roussel ?

2:42
Fabien Roussel

Et non, et ça, c'est toujours maintenant. Et voilà, et bien oui, mais c'est toute la différence entre une candidature commune à l'élection présidentielle qui se mettrait d'accord sur un programme commun duquel on ne sort pas, et une coalition que nous formons avec l'ensemble des forces de gauche qui avons décidé de partir ensemble.

Nous nous mettons d'accord sur un contrat de législature dans lequel il y a, pour tout de suite, dès le mois de juillet, le blocage des prix, la hausse des salaires, la mise en oeuvre d'une réforme des retraites à 60 ans, et nous gardons notre autonomie, notre indépendance, notre liberté de ton et de parole à travers un groupe, un groupe à l'Assemblée nationale qui va défendre le mix énergétique comme je l'ai toujours défendu.

3:30
Invité

Mais si vous gagnez, si vous gagnez ces législatives, si Jean-Luc Mélenchon est Premier ministre, vous allez gouverner ensemble, oui ou non ?

3:36
Fabien Roussel

Mais nous avons prévu...

3:37
Invité

Parce que, pardon, Jean-Luc Mélenchon a confirmé samedi que s'il était Premier ministre, il fermerait des réacteurs nucléaires. Vous soutiendrez ça ? Vous serez dans le même gouvernement ?

3:45
Fabien Roussel

Et nous ne serons pas d'accord sur cette question-là. Mais nous avons dit aussi que dans le cadre de ce contrat de législature, nous voulons montrer aux Français ce sur quoi nous sommes d'accord et que nous mettrons en oeuvre tout de suite. Et nous mettrons en oeuvre tout de suite la première des priorités que nous entendons, c'est celle du pouvoir d'achat. Nous allons nous attaquer à cette baisse du pouvoir d'achat pour faire en sorte de tout de suite rendre de l'argent aux Français. Et ça, nous sommes tous d'accord là-dessus. C'est immense comme défi. Oui, d'accord, vous êtes d'accord sur la retraite à 60 ans et sur le pouvoir d'achat, mais sur le nucléaire, vous n'êtes pas d'accord ?

Les points sur lesquels nous ne sommes pas d'accord, eh bien nous avons décidé que ces points-là étaient à côté et que nous avons l'autonomie, le droit de les défendre à côté de cet accord de gouvernement sur lequel nous nous retrouvons. Et donc nous continuerons de défendre des principes qui sont les nôtres, des propositions qui sont les nôtres. Et d'ailleurs sur les questions économiques, nous avons aussi des différences. Par exemple, nous, la sécurité sociale, nous préférons qu'elle soit financée par des cotisations plutôt que par la CSG. Et donc nous aurons là-dessus des débats, des différences, des désaccords. Mais c'est ça la richesse de la diversité des forces politiques.

4:57
Présentateur

Les convictions de la politique, Fabien Roussel, je ne dis pas que vous vous reniez, mais vous faites quand même des virages sur l'aile, sur des convictions que vous avez défendues avec ardeur, il y a encore trois semaines.

5:07
Fabien Roussel

Mais est-ce que vous avez déjà vu, ah si, vous me direz, c'est arrivé à droite ces 20 dernières années, des majorités à gauche qui se sont construites toutes seules. Personne ne gagne tout seul à gauche. Et donc, il nous faut avancer ensemble. On se met d'accord sur un socle commun. Et nous acceptons les différences qu'il y a parmi nous pour que chaque force politique puisse continuer de les défendre parallèlement. Il faut, mais je l'ai dit pendant toute la campagne, nous additionner et non pas nous soustraire. Il ne faut pas nous rallier à un seul programme en laissant entendre, comme vous le laissez entendre, que tout le reste était gommé. Il n'y a pas de virage sur l'aile.

Il y a au contraire une franche détermination de l'emporter, de gagner, de mettre en place une majorité de gauche avec plusieurs forces politiques qui vont continuer de faire vivre leur différence.

5:53
Invité

Avec une majorité de gauche qui va gouverner et qui va sortir du nucléaire.

5:59
Fabien Roussel

Avec une majorité de gauche parmi lesquelles une force politique, la mienne, continuera de défendre le mix énergétique parce que nous y croyons, parce que nous savons que c'est indispensable, parce que nous savons que sans cela, le pouvoir d'achat des Français sera attaqué parce que les factures d'électricité continueront d'augmenter. Je vais même vous dire autre chose. Le nucléaire, c'est un investissement que nous devons faire pour 2035 parce que c'est en 2035 que ces nouveaux réacteurs doivent être mis en œuvre.

Et en attendant, nous devons continuer d'investir dans les énergies renouvelables parce que ça, c'est tout de suite que nous pouvons développer cette production d'énergie pour répondre aux besoins énergétiques du pays. Donc il faut des investissements immédiats pour le long terme. Et je me battrai pour cela. Et vous pouvez compter sur moi pour continuer d'engager ce combat. Et de l'autre côté, nous soutiendrons les investissements pour développer les énergies renouvelables.

6:49
Présentateur

Vous disiez aussi pendant la présidentielle, Fabien Roussel, ma gauche ne sera pas laxiste. Ne sera pas laxiste. J'assume de vouloir plus de policiers sur le terrain. Vous aviez reproché à Jean-Luc Mélenchon de traiter un policier de factieux. Et vous vouliez créer une police de proximité avec 30 000 policiers supplémentaires. Jean-Luc Mélenchon, lui, veut démanteler la BAC. Est-ce que ça aussi, vous allez le défendre ?

7:11
Fabien Roussel

Mais entre démanteler la BAC et créer une police de proximité, ce sont des choses qui ne sont pas antagonistes. Il y a besoin d'investir dans une police qui serait sous la bannière que l'on pourrait véritablement appeler gardien de la paix. Et ça, je le dis, et nous sommes plusieurs à le dire à gauche, d'ailleurs, nous avons besoin d'investir dans la garantie de la sécurité, de la tranquillité pour tous.

Et bien moi, je me battrai pour faire en sorte, si demain, nous gagnons et qu'il y ait un gouvernement de gauche, je me battrai pour que nous y mettions les moyens et qu'il y ait effectivement une véritable police de proximité avec des policiers sous statut, formés, et à faire en sorte que les communes n'aient plus à investir dans une police municipale parce que l'État, enfin, enfin, mettra les moyens et retrouvera toutes ses compétences dans ce domaine qui est de l'ordre du régalien.

8:01
Invité

Vous avez justifié aussi il y a quelques mois le fait d'être allé seul à la présidentielle et de ne pas avoir soutenu Jean-Luc Mélenchon sur cette élection-là, contrairement aux deux élections précédentes où les communistes soutenaient Jean-Luc Mélenchon par ces mots qui sont les vôtres, Fabien Roussel, beaucoup de Français à gauche ont été déçus, ont été déçus par les excès de Jean-Luc Mélenchon, par ses prises de position sur la laïcité et sur la sécurité. Et pourtant, aujourd'hui, vous allez faire campagne pour que Jean-Luc Mélenchon soit Premier ministre. Elle est où, là aussi, la cohérence ?

8:27
Fabien Roussel

D'abord, je me bats pour qu'il y ait demain une majorité de députés à l'Assemblée nationale qui vont s'engager sur le pouvoir d'achat, la hausse des salaires, la retraite à 60 ans, les services publics, etc. C'est quand même pas une paille. C'est important. C'est un changement important, radical de la politique que nous avons eu dans notre pays pendant 20 ans. Donc, oui, je vais mettre toute mon énergie pour qu'il y ait le plus de députés de gauche à l'Assemblée nationale, insoumis, communistes, socialistes, écologistes. Ça va changer. Et ça va changer dans le bon sens. Ça ne veut pas dire que nos désaccords n'existeront plus.

Ils sont, pendant cette campagne et après, dans le cadre d'un nouveau gouvernement, ils continueront d'exister, ces désaccords. Et nous continuerons de les faire vivre. Car sinon, oui, sinon, je ne pense pas que nous gagnerons. Nous ne gagnerons pas si demain, il y a un parti unique, chapeauté par Jean-Luc Mélenchon, et derrière lequel, tout le monde devrait se rallier. Mais ça ne marchera pas. On y arrivera si on additionne toutes les sensibilités. Et entre les socialistes, les écologistes, et nous, et les insoumis, il y a des différences, et des différences de taille. Qui est aujourd'hui le leader de cette union ? C'est les Français. Ceux qui vont voter pour nous.

Non, c'est Jean-Luc Mélenchon. C'est les 11 millions de Français. C'est Jean-Luc Mélenchon. Ce sont les 11 millions de nos concitoyens, 7 millions et demi qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, mais 3 millions et demi qui ont voté aussi pour les autres candidats de gauche, dont moi, et qui sont soucieux. Nous l'entendons très majoritairement à ce que nous puissions nous retrouver et faire vivre nos différences. Et qu'il y ait un vrai changement dans le pays. Maintenant, je vous retourne la question. Vous ne voulez pas que ça change ? Vous voulez que ça reste comme ça ? Vous voulez que Macron ait la même majorité ? Et qu'on continue à tromper les Français ?

Non, mais c'est quand même ça la question qui est posée aujourd'hui. Ça change ou ça ne change pas ? On appuie sur le bouton de la hausse des salaires ou on laisse passer une majorité qui va mettre en place la réforme des retraites à 65 ans ? Vous avez vu la fiche de campagne ? Si celui qui a la solution pour que ça change sans qu'on forme de coalition, qu'il nous dise comment faire. Mais aujourd'hui, c'est pour nous le meilleur moyen pour que ça change vraiment.

10:30
Invité

Vous ferez campagne avec le tract Mélenchon Premier ministre. La fiche de campagne, ce sera « Élisez-moi Premier ministre » avec la tête de Jean-Luc Mélenchon ? Ce sera ça que vous distribuez ? Non.

10:42
Fabien Roussel

Non. Mais non. Nous nous sommes mis d'accord. Et nous avons discuté pendant des jours et des jours, des nuits, des heures, longues, sur une bannière qui doit tous nous rassembler. Cette bannière sera la nouvelle union populaire, écologiste et sociale. Et nous sommes contents parce que les écologistes et les écologistes qui vont apporter, sociale, c'est nous. Et donc, l'idée, c'est que nous nous retrouvions tous dans une bannière et une manière de faire la campagne qui nous mette tous à l'aise.

Les militants communistes qui ont porté avec enthousiasme la France des jours heureux pendant la campagne des présidentielles vont, là, aujourd'hui, ils vont faire des efforts importants, des sacrifices même. Dans beaucoup de départements, ils n'auront pas de candidats. Et ils vont devoir soutenir d'autres candidats dans le cadre de ce rassemblement. Mais nous allons continuer de faire vivre nos propositions. La France des jours heureux. Dans le cadre de cette coalition, notre objectif est que demain, il y ait une nouvelle majorité à l'Assemblée nationale, un groupe communiste. Et que nos idées, nos propositions de la France des jours heureux, nous puissions continuer de les faire vivre.

C'est ça, la coalition que nous voulons faire et qui nous permet de nous additionner et de respecter nos différentes sensibilités.

11:53
Présentateur

L'alliance, c'est aussi avec Europe Écologie Les Verts pendant la campagne. Désolé d'y revenir. Vous disiez en avoir marre de cette gauche et des écologistes qui donnent des leçons de morale, qui vous culpabilisent quand vous prenez la voiture, quand vous prenez l'avion, quand vous mangez de la viande, quand vous êtes pour le nucléaire, qui vous disent que vous êtes raciste, quand vous prenez un drapeau bleu, blanc, rouge. Fin de citation, Fabien Roussel, vous n'en avez plus marre alors aujourd'hui de ces gens-là ?

12:19
Fabien Roussel

Oh mais si ! Et si jamais ces débats-là revenaient, je pousserai les mêmes cris de colère et d'exaspération parce que, oui, je ne souhaite pas demain soutenir des propositions qui viseraient à interdire la voiture, à augmenter le prix de l'essence, etc. Et vous aurez remarqué, M. Demorand, parce que vous êtes un commentateur avisé de la vie politique, que tout cela n'est pas dans le contrat de législature que nous avons signé. Il y aura blocage des prix, baisse du prix de l'essence. Nous voulons faire en sorte que les Français puissent vivre dignement de leur travail sans être taxés de manière démesurée. Et donc, tout cela va dans le bon sens.

Et puis, les différences que nous avons avec les Verts sur la manière de mettre en œuvre la transition écologique, elles resteront car nous sommes des forces politiques différentes. Mais pour pouvoir l'emporter et mettre en place véritablement une rupture avec les politiques libérales de ces 20 dernières années, nous devons nous additionner et vivre ensemble. Et donc, nous allons apprendre à le faire au sein de l'Assemblée nationale et avec des groupes spécifiques pour chacun. Mais avec un socle commun qui est celui que nous présenterons dans le cadre de cette nouvelle Union Populaire Écologiste et Sociale.

13:29
Invité

Alors que l'accord entre les Insoumis et le Parti Socialiste serait trouvé, si on en lit les dernières dépêches, l'accord de Prince se trouvait ce matin, le NPA, Philippe Poutou, critique ces négociations avec le PS. Ils disent négocier avec le PS c'est très négatif parce qu'il faut une vraie rupture avec la gauche sociale libérale. Qu'est-ce que vous en pensez de ça ? Qu'est-ce que vous dites à Philippe Poutou ?

13:50
Fabien Roussel

Qu'il soit positif. Non mais, il faut être tout négatif. Non mais, il faut voir les choses... Il faut faire de la pensée positive, c'est ça ? Mais oui, il faut voir ce qui avance et il faut voir le verre plutôt vide au lieu de le voir à moitié plein. Mais non, mais parce qu'aujourd'hui, personne ne peut gagner tout seul. Jean-Luc Mélenchon ne peut pas gagner tout seul. Nous non plus, les verres non plus. Personne à gauche ne peut gagner tout seul. Comment on répond à cet immense espoir porté par les Français, par le monde du travail, par la jeunesse, qui demande à ce que l'on s'unisse et à ce que l'on change cette politique qui est mise en oeuvre et que Macron entend mettre en oeuvre.

Enfin, les gens n'ont pas voté pour Macron à 58%. Ils ont utilisé un bulletin de vote pour empêcher Le Pen d'arriver au pouvoir. Et ceux qui ont voté Le Pen, y compris parmi ceux-là, ils n'ont pas voté pour l'extrême droite. Une partie d'entre eux ont surtout voté parce qu'ils ne voulaient plus de Macron. Il faut réconcilier la France, apporter enfin un vrai changement qui change positivement

14:49
Invité

nos vies. Il y a eu un vote d'adhésion qui a été majoritaire dans le vote Macron. Il y a eu un vote de blocage aussi, des gens qui voulaient faire abarrage à Marine Le Pen. Mais il y a, selon les sondages, autour de 60% d'un vote d'adhésion.

15:01
Fabien Roussel

Oui, 60% de 58%, ça ne fait pas 58 d'abord. Et donc, le président de la République devrait entendre que 70% des Français ne veulent pas de sa réforme des retraites. Or, il entend bien lui la mettre en oeuvre. C'est une grande crainte qui est exprimée par les Français. Et donc, nous avons nous une immense responsabilité de tout faire pour nous unir et de faire en sorte que cette réforme des retraites ne soit pas mise en oeuvre.

15:22
Présentateur

Fabien Roussel, que dites-vous aux figures historiques du PS, Hollande, Cambadélis, Le Foll, qui parlent de rédition, de disparition, de soumission du Parti Socialiste à la gauche radicale. Est-ce que c'est une bonne chose pour notre pays que la gauche réformiste disparaisse ?

15:38
Fabien Roussel

Je leur dis d'entendre les salariés dans les entreprises, les responsables syndicaux. Je leur demande d'entendre celles et ceux qui, depuis des années, supportent ces lois El Khomri et les ordonnances Macron qu'ils ont défendues et qui ont fait tant de mal au monde du travail parce qu'aujourd'hui, les salariés dans les entreprises, les ouvriers, leurs syndicats n'ont pas les moyens de se défendre quand il y a des délocalisations et donc ils devraient entendre ce cri de colère. Vous avez vu ces reportages sur le fait qu'il n'y a plus de bouteilles de verre aujourd'hui ? On ne peut plus mettre le rosé en bouteille pour l'été là ? Vous savez où elles sont les bouteilles de verre ?

Elles sont produites en Ukraine parce qu'un groupe comme Veralia a fait le choix de fermer un four à Cognac il y a deux ans. J'ai porté ce combat avec les salariés déterminés. Ils n'avaient aucun moyen de se défendre. On s'est retrouvés à Bercy, ils étaient à poil. Eh bien nous, les lois El Khomri, les ordonnances Macron, nous les abrogerons. Alors à tous ceux-là, dont vous m'avez donné les noms là, qu'ils écoutent cette colère du monde du travail. Nous, en tout cas, on entend la porte.

16:34
Présentateur

Allez, on passe au standard. Pascal, bonjour, vous nous appelez de Toulouse.

16:38
Auditeur

Oui, bonjour. Bonjour Fabien Roussel. Écoutez, je suis en colère parce que je me dis qu'on aurait pu ne pas avoir l'extrême droite au second tour si vous étiez allié à Mélenchon. Voilà. Et puis je voudrais dire aussi, moi j'en profite, ce journaliste politique, que Mélenchon, ce n'est pas l'extrême gauche, c'est la gauche tout simplement. Bonne journée à tous.

16:57
Présentateur

Merci Pascal. Quel dommage que vous ne vous soyez pas unis lors de la présidentielle, nous dit Pascal. Fabien Roussel, nous aurions eu Mélenchon à la place de Le Pen. C'était ça l'intervention exacte. Fabien Roussel.

17:09
Fabien Roussel

Le problème de cette élection présidentielle, c'est d'abord qu'il y avait 12 millions d'abstentionnistes, donc il faut s'interroger à ça. C'est facile de s'en prendre aux 800 000 électeurs qui ont voté pour la France des jours heureux pour ma candidature quand il y a 12 millions d'abstentionnistes. Et puis enfin, le problème, c'est d'abord les institutions. Enfin, on a un système présidentiel qui est le plus archaïque de toute l'Europe où ce sont seulement les deux premiers arrivés en tête qui sont retenus. Madame, je voudrais vous faire cette remarque.

Si Jean-Luc Mélenchon avait fait seulement 100 voix de moins que Marine Le Pen, il n'aurait pas été qualifié pour autant parce que cette élection présidentielle ne retient que les deux premiers arrivés en tête. Il faut complètement changer ce système. Comme aux législatives, on n'a qu'à qualifier ceux qui font 12,5% des inscrits. Il y aura peut-être des triangulaires. Ça va changer la donne. Ça, ce serait une véritable élection démocratique.

17:56
Présentateur

Alors, on est au standard maintenant avec Gilbert. Bonjour et bienvenue. Bonjour Gilbert.

18:02
Auditeur

Bonjour France Inter. Bonjour M. Roussel. Fabien Roussel, vous êtes de tous les candidats celui qui a défendu le plus ardemment une laïcité non adjectivée, claire et républicaine. Comment allez-vous faire pour vous allier avec la France insoumise qui compte en son sein quelques indigénistes et quelques gens qui sont plus ou moins en désaccord total avec les positions que vous avez défendues ?

18:27
Présentateur

Merci pour cette question. Fabien Roussel vous répond.

18:30
Fabien Roussel

Ah ben, c'est sûr que si de telles candidatures étaient là aujourd'hui défendues, je ne pense pas qu'elles seront les mieux à même de rassembler l'ensemble de la gauche et donc cette grande coalition des écologistes, des socialistes, des insoumis, des communistes que nous rassemblons. Et donc, pour pouvoir l'emporter face à des candidatures de la République en marche ou de l'extrême droite dans un grand nombre de circonscriptions, il faut pouvoir s'appuyer sur les candidatures les mieux implantées, bien sûr, mais celles qui nous rassemblent le plus et tous. Et donc... Mais la question

19:04
Présentateur

est vraiment très ferme sur la laïcité. L'auditeur Gilbert vous rend un hommage là-dessus. Il dit que vous avez été très clair. Oui, tout à fait. Très clair. Ça, c'est un sujet cardinal et républicain.

19:17
Fabien Roussel

Bon, je vous dis de manière plus claire qu'il sera difficile de convaincre dans ces circonscriptions les électeurs communistes de soutenir ces candidatures. Ça sera difficile de les convaincre. Ils n'iront pas. C'est ce que vous voulez que je vous dise.

19:27
Invité

Il se passera quoi ?

19:28
Fabien Roussel

C'est bien pour ça que je vous dis que si on veut qu'on l'emporte et qu'on arrive à faire élire le plus de députés, il faut à chaque fois choisir les personnalités locales les plus rassembleuses qui permettent de rassembler l'ensemble de l'électorat. Et donc, pas forcément mettre celles qui, sur des sujets aussi sensibles que ceux-là vont cliver complètement le débat.

19:52
Invité

Il y a quand même beaucoup de points de désaccord de fond quand on vous écoute ce matin.

19:58
Fabien Roussel

Disons que, encore une fois, je vous le dis, il faut que les différences que nous avons, nous en faisions plutôt une richesse en disant que vous avez la possibilité de voter pour des candidats qui expriment des sensibilités différentes. Mais il faut surtout que l'on arrive à mettre en avant ce qui nous unit et ce qui va changer tout de suite pour les Français dès le 1er juillet. C'est ça qui va compter. Les jeunes attendent à ce que l'on fasse sauter Parcoursup et surtout à ce qu'on mette en place le revenu étudiant. Nous pouvons le mettre en place dès la rentrée de 2022. Vous imaginez pour les jeunes ce que ça veut dire ?

20:33
Présentateur

Allez, retour au standard. Guy, bonjour. Guy, vous êtes là ? On vous écoute ? Enfin, on aimerait bien vous écouter.

20:42
Auditeur

Alors, M. Roussel, j'ai voté pour vous, vos présidentielles. Vous trouvez original avec un programme qui tient la route. Mais qu'allez-vous faire dans cette galère comme on aurait écrit Molière ? Car vous avez un capitaine avec lequel contre vents et marées. Vous allez avoir sûrement d'autres soucis. À présent, si vous formez quelques députés à la Chambre, vous aurez des ténors qui pourront très bien faire passer les idées du Parti communiste. Qu'en pensez-vous ?

21:09
Présentateur

Merci, Guy. J'ajoute la question d'Antoine. Bien que ravi que le PCF s'accorde à nouveau avec la France insoumise, je n'oublie pas que l'égo de M. Roussel a permis la défaite de M. Mélenchon. Je vous livre les deux,

21:20
Fabien Roussel

Fabien Roussel. Comme ça, j'ai les deux idées dans la même question. Eh bien, écoutez, merci, Guy, pour votre soutien. Et vous avez répondu partiellement à la question que vous posez. C'est que l'enjeu, c'est pas que demain, il y ait un seul groupe à l'Assemblée nationale chapeauté par le programme de la France insoumise et par Jean-Luc Mélenchon. L'idée, c'est que demain, il y ait un groupe communiste républicain à l'Assemblée nationale qui continue de faire vivre la France des jours heureux que nous avons défendus pendant la campagne des élections présidentielles et faire entendre aussi nos différences. Mais des différences qui permettent d'enrichir le débat.

Sinon, ce serait extrêmement pauvre et ça ne permettrait pas de rassembler tout le monde. Moi, ce que je souhaite, Guy, je ne sais pas dans quelle circonscription vous votez, c'est que vous soyez convaincu de voter pour le candidat qui se présentera à vous sous l'étiquette de cette grande coalition que nous formons pour pouvoir envoyer un député de plus à l'Assemblée nationale.

22:19
Présentateur

Denis Austandard, bonjour, bienvenue. Dernière question rapide, s'il vous plaît.

22:24
Auditeur

Oui, bonjour, je téléphone de Metz-Saint-Moselle. Je me félicite de l'accord national obtenu entre le Parti communiste et la France insoumise et d'autres aussi accords. Alors, je dis en tant que citoyen qu'un bon compromis vaut mieux que des compromissions. Simplement, en tant que citoyen de gauche, on aspire depuis longtemps, longtemps à sortir de cette culture de l'échec et je pose la question à Fabien Roussel parce que je sais que publiquement ici, certains communistes locaux appellent à désobéir à un accord national. Que pense-t-il de ce genre de réaction d'opposition ?

22:58
Présentateur

Merci Denis pour cette question. Sans langue de bois, réponse Fabien Roussel.

23:03
Fabien Roussel

Sans langue de bois, je dirais que les communistes pour accepter cet accord vont faire des efforts importants, des sacrifices dans beaucoup de départements. C'est dur. C'est dur. Mais, c'est le prix à payer pour obtenir cette grande coalition et que nous en fassions partie. Il n'y avait pas d'alternative où nous en étions, où nous étions dehors et isolés.

Et donc, aujourd'hui, j'appelle, j'ai appelé la direction de mon parti à soutenir cet accord, à faire vivre la campagne des jours heureux dans ces départements où nous n'aurions pas, nous n'aurons pas de candidats aux élections législatives et surtout à écouter l'attente énorme que les Français ont vis-à-vis de nous et il faut pouvoir y répondre. Et donc, nous ne sommes pas du genre pour répondre sans langue de bois, nous ne sommes pas du genre à remettre en cause un accord que nous signons. Et donc, j'appellerai à le faire respecter.

23:57
Invité

Vous dites que c'est dur pour les élus locaux communistes. Est-ce que ça a été dur pour vous aussi personnellement, Fabien Roussel, après cette campagne présidentielle ?

24:05
Fabien Roussel

Après cette campagne présidentielle, ce qui a été dur, c'est de voir comment on se fait faire les poches et siphonner notre électorat par le vote utile à cause de ce mode de scrutin qui ne conserve que les deux premiers. Et nous avons été plusieurs candidats à se faire faire les poches. Ça, c'est dur. Quand on déploie autant d'énergie qu'on en chie comme on en a chié, c'est dur. Mais après, ce que l'on a mis dans la campagne et le capital sympathique que j'ai eu en retour et je l'ai entendu tellement après ce premier tour, eh bien, il est important pour moi et il va compter pour la suite. Et c'est ça aussi que je retiens.

c'est tous ces messages de sympathie que je reçois par rapport aux idées que j'ai défendues. Maintenant, ce que j'espère, c'est qu'on arrive à transformer l'essai aux législatives et qu'enfin, on reparte sur de nouvelles bases.

24:52
Présentateur

Vous espérez combien de députés ? Le plus possible.

24:54
Fabien Roussel

C'est-à-dire ? Vous en aviez 11 ? Plus. Plus que 11. L'objectif, c'est ça. Et on a notamment... L'objectif, c'est ça. Je ne vais pas vous donner les noms, sinon vous êtes obligés de faire du rattrapage, mais on a deux candidatures face à des députés... Non, pas non. Non, face à des députés du Front National. Donc, nous avons l'ambition aussi de battre l'extrême droite.

25:12
Présentateur

Fabien Roussel, merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci.