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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 9 août 2023 12 minComplaisantActualité / polémiqueSantéTravail & emploiÉconomie & entreprises

« Il faut passer des paroles aux actes » : le monde médical continue d’appeler à l'aide

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:52OuverteRéponse directe

    C'est une réalité que cette difficulté de se faire soigner en plein été encore plus que d'habitude ?

  • 1:43OuverteRéponse directe

    Ce sont donc les mêmes enjeux ? C'est tout un système entier de santé qui est malade aujourd'hui ?

  • 2:59OuverteRéponse directe

    Cette solidarité qui s'organise est un moyen de bien faire son métier ?

  • 4:56OuverteRéponse directe

    L'enjeu, c'est de faire son métier, de bien faire son métier, évidemment.

  • 7:06OuverteRéponse directe

    C'est un chantier aussi à venir pour le SMUR ?

  • 8:58OuverteRéponse directe

    Il n'y a pas eu d'effet Ségur de la santé comme voulu à l'époque et comme souhaité ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:15InvitéFait
    « Ça fait plus de 30 ans qu'on le signale. »
  • 2:33InvitéChiffre
    « plutôt que de faire venir des passeports talents, puisqu'on nous annonce l'arrivée de 20 000 médecins venant du monde entier »
  • 9:11InvitéChiffre
    « nous avions perdu 40% de pouvoir d'achat sur les 15 dernières années »
  • 9:33InvitéChiffre
    « un praticien hospitalier avec 15 ans d'ancienneté a eu une majoration de 300 euros »
  • 9:59InvitéFait
    « qui se sont vus amputer leur ancienneté de 4 ans »
  • 10:42InvitéChiffre
    « 15% de postes vacants »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur26 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Un hôpital public à bout de souffle, une profession en manque d'attractivité, des déserts médicaux toujours préoccupants, des services débordés et un système de santé bien loin de celui connu il y a 20 ou 30 ans en France. A tout cela s'ajoute la pression de la saison estivale. Les professionnels de santé doivent s'adapter à l'afflux de vacanciers dans certaines régions du pays, alors qu'ailleurs les congés forcément accentuent cette désertification médicale. Voilà le tableau d'un hôpital malade. Nous sommes ce matin avec notre grand invité pour en parler. Bonjour docteur Jean-François Sibien. Bonjour monsieur Jeanne.

Vous êtes médecin urgentiste et président d'APH France, c'est la principale intersyndicale de praticiens hospitaliers. Jean-François Sibien, nous sommes en plein mois d'août au cœur des vacances d'été. C'est une réalité que cette difficulté de se faire soigner en plein été encore plus que d'habitude ?

0:57
Invité

La difficulté n'est pas castivale, monsieur Jeanne, comme on a déjà pu échanger sur ce dossier. La difficulté effectivement s'accutise pendant l'été de par le manque de personnel et de par la nécessité de prendre des vacances. Je ne vais pas rappeler à vos auditeurs que nous sortons d'une période très tendue qui a duré trois ans avec la Covid. Et les soignants, les praticiens, qu'ils soient libéraux, hospitaliers ou dans le médico-social, ont eux aussi besoin de souffler, donc de prendre les vacances. Mais comme nous sommes déjà à flux tendu, que nous manquons de personnel dans l'ensemble des disciplines, le fait de prendre des vacances acutise les difficultés de notre quotidien.

1:43
Présentateur

C'est-à-dire, quand on vous entend que ce soit les hospitaliers ou les libéraux ou le médico-social, ce sont donc les mêmes enjeux ? C'est tout un système entier de santé qui est malade aujourd'hui ?

1:54
Invité

Effectivement, notre système est malade. Nous manquons de main-d'œuvre. Nous n'avons pas assez de médecins, de dentistes, de pharmaciens formés. Et c'est également le cas chez nos collègues soignants, tout corps confondu. Ça fait plus de 30 ans qu'on le signale. On vous a parlé de la levée du numerus clausus. Mais ce n'est pas quelque chose qui, aujourd'hui, est suffisant.

Et il va falloir qu'on lance un grand plan de formation, plutôt que d'envoyer nos jeunes petits Français se former au Portugal, en Espagne, en Roumanie, et plutôt que de faire venir des passeports talents, puisqu'on nous annonce l'arrivée de 20 000 médecins venant du monde entier pour venir remplir les cases vides des plannings hospitaliers.

2:49
Présentateur

Aujourd'hui, cet été, encore plus que d'habitude, il y a une espèce de solidarité d'entraide qui se joue entre l'hôpital public, les médecins libéraux. C'est un moyen de, finalement, bien faire son métier, cette solidarité qui s'organise ? Parce que c'est tout l'enjeu.

3:06
Invité

Monsieur Jeanne, cette solidarité, elle est permanente. Un exemple, dans le cadre de la régulation médicale, qui, aujourd'hui, est la pierre angulaire de l'entrée dans le bon soin. Tout simplement, ce qui est rare et précieux, ça doit être protégé, d'une part. Et, d'autre part, le fait d'appeler le numéro de santé, qui est le 15, pour toute question, même si vous êtes dans un désert médical, en faisant le 15, vous allez avoir une réponse médicale à votre besoin de soin. Et ce besoin de soin, ce n'est pas obligatoirement se rendre immédiatement à l'instant T aux urgences.

On peut avoir une réponse médicale graduée, adaptée à votre situation clinique, qui peut être, là aussi, réévaluée en fonction de l'évaluation de vos symptômes. On est là aussi pour répondre aux inquiétudes de nos concitoyens, et parfois aussi à la vacuité. Vous m'avez posé la question sur la complémentarité ville-hôpital. Dans le cadre de la régulation médicale, elle est historique, elle existe depuis 40 ans. Et on est en train de la déployer avec la mise en place du système d'accès aux soins, le SAS. À partir de là, il faut qu'on arrive à travailler sur les territoires avec nos collègues libéraux et du médico-social.

Mais il faut qu'on ait une feuille de route nationale, avec, par exemple, sur ce que vous entendrez parler à la rentrée, le nouveau ministre Aurélien Rousseau a repris le flambeau porté par François Braun sur ce qu'on appelle la permanence des soins, c'est-à-dire le travail de nuit et de week-end, qui est le travail le plus difficile à réaliser. Cette permanence des soins, et je suis désolé de parler d'argent, est sous-valorisé, que ce soit pour les soignants comme pour les praticiens. Et on me demande, là aussi, qu'il y ait une juste adéquation entre la pénibilité de cette mission et la valorisation, aujourd'hui, qui n'est pas ce qu'elle doit être.

4:56
Présentateur

Oui, c'est tout le manque d'attractivité. L'enjeu, c'est de faire son métier, de bien faire son métier, évidemment. Une mauvaise prise en charge d'un patient, c'est aussi un patient qui revient à l'hôpital, puis une maladie bénigne qui peut se chroniser, chroniciser et donc coûter à la société. C'est un enjeu de cercle vicieux qui se joue aussi actuellement ?

5:18
Invité

Monsieur Jeanne, ce que vous dites est essentiel. Aujourd'hui, nous, nous battons l'ensemble des soignants et des praticiens pour apporter à l'ensemble de nos concitoyens le juste soin. Le juste soin, c'est par rapport à ce que vous avez à l'instant T, c'est vous apporter la meilleure réponse. Aujourd'hui, vous entendez parler de perte de chance. Perte de chance qui, effectivement, quand la maladie se chronicise, va vous faire rentrer dans des soins qui vont être beaucoup plus lourds, beaucoup plus coûteux.

Or, le système français, plus vous êtes malade, plus votre maladie est grave, plus la prise en charge, dans le cadre de ce qu'on appelle l'ALD, est prise en charge en 100% et donc va coûter plus cher à la société. Et c'est là où on aimerait qu'on change les paradigmes et qu'on puisse là aussi avoir une véritable politique de prévention qui avait été initiée par François Braun et on espère qu'il sera prolongé par le nouveau ministre. Mais derrière, il faut passer des paroles aux actes. Et c'est aussi aujourd'hui ce qu'on reproche un petit peu à la politique de notre président de la République. Il a fait beaucoup d'annonces le 6 janvier en particulier pour les hospitaliers.

Et je peux vous garantir que les mesures qui devaient être là au mois de juin, il n'avait pas précisé l'année, au mois de juin 2023, nous n'avons vu aucune de ces mesures pour l'hôpital public être mise en place.

6:44
Présentateur

8h18 sur RCF, nous sommes avec notre grand invité, le docteur Jean-François Sibien, médecin urgentiste et président de l'intersyndicale APH. On parle souvent d'hôpital, mais il y a un autre chantier aussi pour le nouveau ministre de la Santé, Aurélien Rousseau. C'est celui du SMUR, alors c'est relié à l'hôpital, mais c'est ces structures mobiles d'urgence et de réanimation qui sont régies par le SAMU, Jean-François Sibien. C'est un chantier aussi à venir ?

7:09
Invité

Monsieur Gendre, le SMUR, pour expliquer à vos auditeurs, c'est l'hôpital qui se projette au chevet des malades. Et historiquement, c'était effectivement l'hôpital au pied de l'arbre, comme le disait le professeur Louis Larenque, qui a été un des fondateurs des SAMU. C'est une force française, c'est une spécificité, et toutes les études internationales l'ont prouvé.

C'est l'élément majeur, quand vous êtes gravement malade, quand vous avez un infarctus, quand vous êtes polytraumatisé sur un accident de la route ou dans le cas d'un accident de travail, sur une chute de grande hauteur par exemple, c'est ces minutes-là, ce qu'on appelle la golden hour, qui, avec une technicité qui est en place dans le cadre de ces SMUR, qui vous permet d'être bien pris en charge, et surtout d'être orienté dans la bonne filière de soins, grâce à la régulation médicale.

Aujourd'hui, nous avons des centaines, j'ai bien dit des centaines, de lignes de SMUR qui sont impactées, qui sont fermées à certains jours, ou de gros centres hospitaliers qui avaient par exemple 3-4 lignes de SMUR perdent une ou deux lignes de SMUR, et donc c'est effectivement une de nos priorités pour laquelle on se bat, et il faut garder cette organisation qui est à nos yeux essentielle, et aujourd'hui nous sommes en grande difficulté, mais ces difficultés nous les avons au niveau du SMUR, mais vos auditeurs le savent, on a également des difficultés sur les services d'urgence qui sont fermés. Par manque de moyens ?

Par manque de moyens, nous ne sommes pas assez nombreux aujourd'hui, que ce soit en termes de paramédicaux ou de médecins, pour faire notre travail comme il se doit.

8:58
Présentateur

Il n'y a pas eu d'effet Ségur de la santé comme voulu à l'époque et comme souhaité ?

9:04
Invité

Il y a eu un effet sur le Ségur, le Ségur a généré une césure. Je vais vous donner un exemple, nous avions perdu 40% de pouvoir d'achat sur les 15 dernières années, lié à un nom d'âme hospitalier qui est sous-douté de 20 milliards par an. Donc si vous vous posez la question pour comprendre pourquoi l'hôpital aujourd'hui est exsangue, vous avez une partie de l'explication dans ce que je viens de vous donner. Après donc, un praticien hospitalier avec 15 ans d'ancienneté a eu une majoration de 300 euros. 300 euros mensuels, alors qu'il avait perdu 40%, 300 euros mensuels, c'est 4 à 5% de son salaire.

Et autre chose qui a été générée par le Ségur, c'est une distorsion entre ceux qui sont entrés dans la carrière et les plus anciens. Surtout ceux qui ont assuré la continuité des soins pendant la période Covid, qui se sont vus amputer leur ancienneté de 4 ans. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la nouvelle grille qui a été créée ne nous permettra pas à une majorité de praticiens d'atteindre le dernier échelon de la grille. C'est technique, on s'en excuse, mais aujourd'hui, qui va travailler en sachant qu'il ne pourra jamais aller au bout de sa carrière et donc bénéficier de ses droits ?

Et un autre exemple dont on a parlé tous les deux, c'est une injustice majeure également au niveau de nos collègues hospitalo-universitaires. C'est-à-dire les praticiens qui aujourd'hui assurent la formation et la recherche dans l'hôpital pour les médecins, mais également pour l'ensemble des étudiants en santé. 15% de postes vacants, tout simplement, l'attractivité n'est pas au rendez-vous car la valorisation du temps clinique de nos collègues hospitalo-universitaires, c'est-à-dire la moitié de leur temps de travail, ne rentrant pas en compte, n'est pas prise en compte dans le calcul de leur retraite. C'est une aberration. Elle aurait dû être corrigée.

François Braun a lancé un travail là-dessus. On espère que ce travail sera repris par le nouveau ministre et surtout, les arbitrages qui étaient défavorables au niveau de la première ministre, on espère que Mme Borne va enfin se réveiller pour sortir le système de santé et surtout le système hospitalier du marasme dans lequel il se trouve aujourd'hui.

11:26
Présentateur

Merci beaucoup. On suivra ça évidemment sur RCF. Merci beaucoup docteur Jean-François si bien d'avoir été notre grand invité dans la matinale RCF. Je rappelle que vous êtes donc médecin urgentiste et président de l'intersyndicale APH. Un entretien que vous pouvez retrouver évidemment sur rcf.fr. C'est parti.