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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 12 novembre 2021 7 min

Sophie Primas : "Ce n'est pas un débat pour ou contre la chasse, c'est un débat sur la sécurité"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h20, le Sénat s'empare d'un dossier très sensible en ce moment, la chasse. Il crée une mission sur la sécurité autour de cette pratique. Ce qui a fait bouger les choses, c'est une pétition en ligne pour dénoncer les tirs accidentels de chasseurs. Elle a franchi les 100 000 signatures. A l'origine de ce texte, six jeunes femmes, toutes amies d'un garçon de 25 ans, tuées par un chasseur l'an dernier alors qu'il coupait du bois dans son jardin. Bonjour Sophie Prima. Bonjour. Vous êtes sénatrice à l'air des Yvelines, vous présidez la commission des affaires économiques qui s'occupe notamment de ce sujet de la chasse. La semaine dernière, un automobiliste a été tué en Ile-et-Vilaine.

Hier, c'est un chasseur qui a été gravement blessé à Montauban. Il y a combien de drames comme ça chaque année en France ?

0:44
Sophie Primas

Alors, je n'ai pas le chiffre exact, mais il y a je crois une dizaine, une quinzaine d'accidents comme ça tous les ans. C'est évidemment beaucoup trop. Chaque mort est un drame en soi. Et évidemment, je crois que l'accumulation dans les dernières semaines de ces accidents a dopé, si je peux dire, les signatures de cette pétition en ligne, mais qui recueillait déjà de nombreuses signatures. C'est la raison pour laquelle le Sénat a décidé, avant même que la barre des 100 000 signatures soit franchie, de se saisir de ce sujet. On est bien d'accord, l'objectif de votre mission, ce n'est pas un débat pour ou contre la chasse ? Ah non, ce n'est pas du tout un débat pour ou contre la chasse.

Je pense que nous sommes assez éloignés de cet état d'esprit. L'état d'esprit qui nous anime, c'est vraiment de travailler sur la sécurité autour de la chasse et d'entendre toutes les parties prenantes, bien sûr les associations de victimes, bien sûr on entendra probablement des associations anti-chasse, puisqu'il faut entendre vraiment tout le monde, mais de travailler avec l'ensemble des parties prenantes, les associations locales de chasse, les fédérations de chasse, tous ceux qui ont des éléments à nous apporter, des propositions à nous faire sur ce sujet. Quand vous dites « on entendra », qui va entendre ? Vous allez travailler avec qui ?

Alors nous allons, comme à l'habitude au Sénat, créer cette commission. Nous avons décidé la semaine dernière. Il y aura 19 membres qui sont bien sûr issus de tous les partis politiques qui sont représentés au Sénat, à la proportionnelle de leur représentation. Et pendant plusieurs mois, nous allons entendre toutes les associations, toutes les fédérations, encore une fois, les administrations et qui travaillent dans ce sens.

2:28
Présentateur

Et sur ces 19 membres, est-ce que vous ferez attention aussi, vous nous parlez d'un équilibre politique, est-ce que vous ferez attention aussi, est-ce qu'il y a un équilibre entre des sénateurs chasseurs et d'autres un peu moins ?

2:39
Sophie Primas

Oui, on va faire attention à ça. Et notamment, je ferai très attention à ce que, vous savez, nous avons un groupe d'études chasse et pêche qui étudie déjà tout au long de l'année et pendant tous les mandats, les conditions de peuplement, les conditions de régulation, mais aussi les conditions de sécurité. Donc, je ferai particulièrement attention à ce que le rapporteur de ce texte et de cette mission ne fasse pas partie de ce groupe chasse, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur les positions des uns et des autres et on essaiera d'avoir un équilibre. Mais ce n'est pas tellement l'important. L'important, c'est qu'ensemble, vous savez, chasseurs ou non-chasseurs, on travaille à la sécurité.

Donc, on n'est pas, encore une fois, sur le clivage chasse-non-chasse.

3:20
Présentateur

Alors, concrètement, c'est quoi les solutions pour améliorer la sécurité ? Est-ce que vous avez déjà des pistes ?

3:25
Sophie Primas

Alors, on nous en propose, dans la pétition qui est en ligne.

3:28
Présentateur

Oui, notamment le fait, par exemple, d'interdire la chasse le dimanche et le mercredi, quand on se promène en famille, en forêt.

3:36
Sophie Primas

Oui, écoutez, moi, je n'ai pas les chiffres tout à fait en tête, mais il va falloir regarder si, effectivement, ce sont les jours où ça se produit. Il faut regarder les jours où se produisent les chasses. Il faut regarder de quel type de chasse on parle. Donc, je pense que, je ne sais pas si c'est la solution, peut-être que c'est la solution, peut-être que ça ne l'est pas. Je crois qu'il faut attendre les résultats des travaux avant de donner les solutions. Mais ce qui nous anime également, c'est deux choses, si je peux me permettre. C'est d'abord de faire un bilan d'une loi qui est passée en 2019 et qui prévoyait déjà des éléments de sécurisation, notamment de formation des chasseurs.

Donc, il faut qu'on fasse un bilan de cette loi, savoir si elle a fonctionné, si elle est bien déployée, si elle donne des résultats. Et puis, la deuxième chose qu'on va faire, c'est de regarder la législation dans les pays qui sont tout autour de la France pour savoir s'il n'y a pas d'autres solutions, d'autres dispositifs qui sont déjà en place et qui donneraient des résultats pour améliorer ce qui se passe en France. On va travailler aussi dans ces résultats-là.

4:31
Présentateur

Vous parlez de la formation des chasseurs. Aujourd'hui, pour devenir chasseur, ça se passe comment ? On passe un permis ?

4:38
Sophie Primas

Oui, on passe un permis, un permis à la fois, j'allais dire, écrit et puis un permis pratique.

4:44
Présentateur

Et la formation obligatoire, elle dure combien de temps ?

4:47
Sophie Primas

Vous me posez une question que je n'ai plus en tête car moi-même, je ne suis pas une grande experte de la chasse. Mais il y a plusieurs semaines de formation et il y a trois sessions, me semble-t-il, de formation. Je vous dis ça sous toute réserve car je ne suis pas extrêmement sûre de ce que je vous dis.

5:01
Présentateur

On va commencer notre travail. Alors justement, vous parliez de comparer avec les pays étrangers. Moi, j'ai regardé un petit peu, par exemple, j'ai vu qu'en Suisse, les formations, là, ça s'étale sur deux ans. Il y a même un examen pratique de tir. Si on n'arrive pas à tirer dans la cible, on n'a pas le permis. Il y a des cours aussi pour savoir reconnaître toutes les espèces animales. Le moindre oiseau, il faut savoir le différencier des autres, connaître... En France aussi. Il y a tout ça ? Ça va jusqu'à ce degré de détail ?

5:29
Sophie Primas

Alors, en France aussi, vous avez une formation qui ne dure pas deux ans, mais vous avez une formation, notamment, vous devez savoir reconnaître les espèces protégées, les espèces menacées, les espèces que vous pouvez chasser. Vous avez toute une formation sur la vie des animaux, sur leur comportement dans l'espace naturel. Et puis, vous avez beaucoup, notamment en matière de tir. Je ne sais pas si c'est l'adresse, je ne crois pas que ce soit l'adresse qui soit la première chose, mais c'est surtout les consignes de sécurité qui sont au cœur de la formation sur le tir. C'est-à-dire, comment on se déplace avec un fusil qui doit être cassé, et évidemment, sans balle, évidemment.

Vous avez votre comportement, même quand vous êtes posté, quand vous vous déplacez, le fait de charger votre arme. En fait, vous avez toute une batterie quand même de formation autour de la sécurité, bien sûr, de l'arme. Une dernière question. Sur l'utilisation.

6:26
Présentateur

Il nous reste quelques secondes, Sophie Prima. Vous rendrez vos conclusions quand ? Est-ce que ce sera avant ou après la présidentielle ?

6:32
Sophie Primas

On ne veut pas être pollué par la présidentielle, donc on prendra le temps. Et on ne veut pas non plus être l'otage de l'émotion et de l'un ou l'autre des candidats. C'est la façon dont on travaille au Sénat, de façon pluripolitique et calme. Et donc, je ne veux pas être l'otage des élections présidentielles, encore moins de l'un ou de l'autre des candidats, dans un sens ou dans un autre. Donc, on travaillera plusieurs mois. Alors, peut-être qu'on rendra avant, mais probablement après les élections.

6:58
Présentateur

Merci, Sophie Prima, présidente de la Commission des affaires économiques du Sénat. Vous étiez l'invité du 5-7.