Violences en Martinique : le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre, décrit "des dégâts importants"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, le 5-7.
Il est 6h21 et maintenant en Martinique, un couvre-feu. Après plusieurs jours de violences urbaines en marge d'un mouvement de lutte contre la vie chère, le préfet a pris la décision d'interdire les déplacements de nuit dans les quartiers les plus touchés de Fort-de-France et du Lamontin. Le maire de Fort-de-France est là avec nous. Bonjour Didier Laguerre. Bonjour. Vous êtes également président du parti progressiste martiniquais qui est un parti de gauche. Merci beaucoup d'être en direct car le décalage horaire ne vous est pas favorable. Il est minuit 21 chez vous. Ce couvre-feu, vous le réclamiez ?
Non, non, pas particulièrement. Je réclamais surtout que les violences en marge des manifestations et du mouvement citoyen s'arrêtent. Pour ça qu'on trouve des solutions permettant aux discussions d'avoir lieu. L'objectif étant qu'on puisse apporter des réponses aux problématiques de la vie chère en Martinique. Les prix sont excessivement élevés, voire abusifs et beaucoup de familles martiniquais ont du mal à se nourrir. Aujourd'hui, c'est un problème ancien. C'est un problème qui a déjà plus de 15 ans puisqu'il y avait eu une mobilisation en 2009. Une grève générale. Oui, avec 45 jours de grève générale. Aujourd'hui, les choses n'ont pas évolué du point de vue de la population.
Juste, on va revenir à cette vie chère bien évidemment parce que c'est le cœur du problème. Mais à propos des violences et du couvre-feu, il est en place depuis maintenant un peu plus de 3 heures. Est-ce que la nuit est calme à Fort-de-France ?
On a des barrages sur certaines voies de Fort-de-France. On a des véhicules incendiés toujours, des exactions et des violences qui se sont déplacées simplement. Maintenant, il est certain que le couvre-feu permet aux forces de l'ordre d'intervenir et d'agir dans de meilleures conditions.
Il y a eu beaucoup de dégâts dans votre ville depuis le début ?
Oui, il y a eu beaucoup de dégâts, en particulier sur un quartier particulier dans une des entrées de Fort-de-France, au quartier de Sainte-Thérèse, qui est régulièrement le théâtre. Chaque fois qu'on a des violences urbaines, ça se passe à Sainte-Thérèse. Et quoi comme dégâts ? On a beaucoup de véhicules incendiés, de déchets incendiés, de mobiliers urbains abîmés. On a eu 17 commerces qui ont été attaqués, vandalisés, pillés l'année dernière.
Et donc, on a des dégâts importants et on a surtout un traumatisme important pour la population de ce quartier, qui est un quartier populaire, avec une population de beaucoup de personnes âgées qui vivent déjà dans des conditions difficiles, qui ont du mal à jeûner debout et qui, aujourd'hui, subissent aussi ces violences en marge de ce mouvement citoyen.
Et il y a aussi une dizaine de policiers blessés. Alors là, on parle de votre ville, Fort-de-France. Est-ce que toute la Martinique est touchée par ces violences ?
Pas dans les mêmes proportions que ce qui se passe à Fort-de-France. Mais on a vu des barrages, des barricades enflammés dans d'autres communes de la Martinique. Et ce soir encore, sur d'autres communes, notamment au Lamontais, on a eu des barrages enflammés avec des véhicules sur d'autres points de la Martinique.
Voilà. Et ce couvre-feu est en vigueur pour le moment jusqu'à lundi. Didier Laguerre, venons-en au cœur du problème. La vie chère, on le sait, en Martinique, le coût de la vie est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale. Je vais donner deux exemples. 11 euros pour un pack d'eau, 14 euros pour un shampoing. Ce sont les produits alimentaires qui sont vraiment beaucoup plus chers, 40% en moyenne d'après l'INSEE. Quel levier actionner pour faire baisser les prix ?
Vous avez plusieurs études qui ont été réalisées sur les problématiques de vie chère. Vous avez un rapport d'enquête parlementaire qui a été produit par Johnny Aja, député de la Martinique. Vous avez une problématique de concentration économique qui ne favorise pas la concurrence et donc la réduction des prix. Vous avez une problématique de coût de transport et donc de fret, de continuité territoriale.
Oui, la Martinique importe 80% de ce qu'elle consomme.
Elle importe 80% de ce qu'elle consomme, mais vous avez donc le fret, vous avez la concentration des acteurs. Vous avez toute une chaîne d'intermédiaires entre le départ du Havre sur le territoire français et l'arrivée dans le panier de la ménagère. Et le résultat, c'est que vous avez des coûts qui sont exorbitants. Et donc, il faut pouvoir agir sur tous les leviers. D'abord, celui de la continuité territoriale, celui également des marges abusives. Ça veut dire quoi, ça, par exemple ? Ça veut dire améliorer l'aide aux frettes, c'est-à-dire l'aide aux transports, améliorer aussi le coût du transport en fonction du prix de la valeur de la marchandise qui est transportée.
Ça veut dire que vous demandez des subventions ?
Ça veut dire que je demande que l'État assume la continuité territoriale dans de meilleures conditions que ce qui se fait actuellement, puisqu'il y a une aide aux frettes pour diminuer le coût de transport. Ça veut dire que je demande que, comme Serge Tchimil a écrit au Premier ministre, et comme ça a été demandé déjà depuis un certain temps, qu'il y ait un meilleur contrôle des marges, que nous demandons que dans la situation actuelle, vu l'urgence de la situation, qu'il y ait aussi un contrôle des prix qui soit appliqué. C'est possible selon la réglementation. Il faudrait que le gouvernement prenne un décret pour ça.
Ça veut dire que nous demandons aussi que les distributeurs et que les acteurs économiques fassent un effort. Réduisent leurs marges ? Réduisent leurs marges, notamment la succession des marges appliquées sur la constitution du prix. Ça veut dire aussi qu'il faut, la collectivité territoriale a proposé de réduire la taxe d'octroi de mer qui s'applique aux produits qui sont importés et que dans le même temps, l'État fasse l'effort sur la TVA, sur un panier de 54 familles de produits, ce qui permettrait d'avoir une réduction des prix sur plus de 1500 articles nécessaires à l'alimentation de la population.
Et tout ça, donc, depuis 15 ans, depuis cette grève générale, ça n'a pas été fait ?
Non, manifestement, puisqu'aujourd'hui, vous avez vous-même des exemples de 12 euros pour un pack d'eau. Ce sont des tarifs qui sont prohibitifs et qui font qu'aujourd'hui, vous avez plus de 70 000 personnes en Martinique sur 350 000 habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté. Merci beaucoup. Donc, ces gens ne peuvent pas s'alimenter.
Merci, Didier Laguerre. Merci infiniment. Maire de Fort-de-France, vous étiez en direct sur France Inter.