Paul Reynaud, l'homme qui a fait de Gaulle | Documentaire complet LCP
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--- En mai 1940, la France prend la plus grande claque de son histoire. Son armée, supposée la plus forte du monde, est balayée par l'armée allemande en quelques jours, écrasée en quelques semaines. Pas en cadence Sur le plan militaire, le déroulement du désastre est relativement connu.
Mais sur le plan politique, revivons au jour le jour ce qui s'est vraiment passé au sommet de l'Etat en mai-juin 1940, avant d'aboutir à l'armistice voulue par le maréchal Pétain. Le pivot de ces semaines noires, alors au pouvoir presque par hasard, oublié par l'histoire, était Paul Reynaud. Un petit homme, mais grand parmi les grands, dont la destinée croise et propulse celle d'un géant, Charles de Gaulle.
Paul Reynaud était un brillant parlementaire de centre droit. Il a été plusieurs fois ministre. Le 23 mars 1940, il est appelé à la tête du gouvernement pour succéder à Daladier, considéré comme un faible depuis la conférence de Munich où il avait lâché la Tchécoslovaquie à Hitler.
Aussitôt nommé, Paul Reynaud vole vers Londres pour rencontrer Churchill, que la déclaration de guerre avec l'Allemagne a projetée au pouvoir. Comme lui, ils s'échangent une promesse capitale. En cas de guerre, pas de paix séparée avec l'Allemagne.
Musique De retour à Paris, Paul Reynaud s'adresse aux Français. *-L'heure que nous vivons est décisive. *Tout est mis en oeuvre par M.
Hitler. *...sur une grande partie de l'Europe, l'hégémonie du Reich. *Au cours des longs siècles de notre histoire... -Ce soir-là, le nouveau chef de gouvernement reçoit un visiteur qu'il connaît bien, qui lui écrit et le courtise depuis des années : le colonel de Gaulle.
Paul Reynaud partageait ardemment ses idées sur une nécessaire modernisation de l'armée. Or, en mars 1940, alors que la guerre est déclarée depuis sept mois, voilà effectivement que l'armée française est frappée d'immobilité. C'est ce qu'on a appelé "la drôle de guerre". -Etre inerte, c'est être battu.
Cette guerre sera perdue. -Hélas. Oui. -Mais il est encore temps d'en gagner une autre. -Je l'avais dit en 35.
Hitler et Staline s'entendront pour se partager la Pologne. Puis, contournant la ligne Maginot, les Allemands déferleront sur nous par la Belgique. Comme en 1914 ! -Après tant de faiblesse et de médiocrité, vous voilà enfin à la tête du gouvernement.
Vous pouvez sauver la France. Je souhaite vous servir. -Les étoilés ne veulent pas de vous, colonel, vous le savez bien.
Soyez patient, cela viendra. Au moment de la bataille ? Ordres militaires -Soudain, la drôle de guerre cesse d'être drôle.
L'Allemagne attaque la France...
Par la Belgique. Paul Reynaud se retrouve aux commandes d'un pays en guerre. Elle commence très mal.
Ni lui, ni le colonel de Gaulle ne sont surpris. Ils avaient prévu l'invasion. Mais pas avec cette puissance.
Pas à cette vitesse. L'armée française est bousculée en quelques jours. Que s'est-il passé ?
Depuis septembre, en 1939, l'armée française était en état de guerre sans guerre. Douilletement installée sous sa ligne Maginot, au lieu d'attaquer l'Allemagne, les poilus de 39-40 ont vécu l'arme aux pieds, huit mois d'attente et d'ennuis calfeutrés dans leurs fortifications. Comble de l'absurdité, la ligne Maginot s'arrêtait au pied des Ardennes.
Nos stratèges, en tout premier le maréchal Pétain et le commandant en chef des armées, le général Gamelin, avaient estimé que l'armée allemande ne pourrait pas traverser un tel massif forestier ni n'oserait violer la neutralité de la Belgique. Ce qu'elle avait pourtant fait en 1914. Dès l'attaque allemande, comme prévu, le généralissime Gamelin avait expédié ses divisions d'élite dans la Belgique envahie.
Etrangement, elles ne sont pas harcelées par l'aviation ennemie. Pendant ce temps, des divisions allemandes s'avancent à la queue leu-leu dans les Ardennes belges, en vue de contourner les armées françaises. Au bout de deux jours de guerre, Reynaud s'interroge.
Et il interroge Gamelin qui, lui, ne voit pas le piège. Or, deux jours plus tard, les Panzers traversent tranquillement les forêts des Ardennes et dévalent en France sans opposition. Chant de coq C'est alors seulement que Gamelin ordonne à ses armées d'élite de faire demi-tour et de revenir en France.
Deux jours trop tard. Ce repli précipité, tronçonné par l'aviation allemande, met hors-jeu ses meilleures armées et tout leur armement. -C'est inimaginable.
Ces militaires ne nous disent rien. Le chef de gouvernement que je suis ne sait pas ce qui se passe. -Le commandement-chef non plus. -La guerre est à peine commencée et déjà la route de Paris serait ouverte.
Il faut envisager un départ. Mettez cela en tête de l'ordre du jour du Conseil. Le gouvernement de la France ne peut pas tomber aux mains de l'ennemi. -Il faut brûler nos archives. -Ah non, pas maintenant.
Churchill va arriver. On aurait l'air de quoi ? -Mais quand Paul Reynaud accueille le premier ministre britannique, l'odeur de papier brûlé qui emplit l'air ne va pas mettre celui-ci de bonne humeur. -Nos divisions sont chez vous.
Je n'en ai pas plus. -En rebroussant chemin en Belgique, nos armées ont dû abandonner leur matériel et... -Si j'ai bien compris, monsieur Deladier, vous, ministre de la guerre, vous me dites que si les Allemands foncent vers la côte, ils enfermeront nos troupes et que la bataille sera perdue ? -Nous n'avons pas de réserve stratégique.
Rires -Pas de réserve ? C'est la plus grande surprise de mon existence. Même pendant mes quatre années de la Grande Guerre, monsieur le commandant en chef, je n'ai jamais entendu ça.
Pas de division de réserve ? -Non. -Même pour défendre votre capitale ? -Nous avons aussi perdu beaucoup d'avions.
Plus de la moitié. -Vous n'en aviez déjà pas. Où aviez-vous la tête avant la guerre ? -Il nous faudrait une dizaine d'escadrilles de plus. -Mais que me restera pour défendre l'Angleterre ?
Sans nous, vous êtes foutus ! -Paul Reynaud habite en face de l'Assemblée nationale. Le soir, Churchill est allé prendre un dernier verre chez lui. -Notre aviation de chasse est vitale pour empêcher l'aviation allemande de détruire nos usines de guerre. -Bien sûr. -Et les aérodromes d'où ils décollent.
Alarmes Sur les 475 que nous avons stationnés chez vous, il n'en reste plus que la moitié. Mais, "all right", je veux bien vous envoyer encore une dizaine d'escadrilles. Mais, écoutez-moi bien.
A nous, en Angleterre, il nous en resterait 25. C'est un minimum. Vous n'en aurez pas d'autres.
Nous tenons la mer. Nous pouvons obtenir de l'industrie américaine tous les armements. Et un jour, quand les Etats-Unis entreront en guerre, je vous le prédis, nous finirons par l'emporter. -J'en suis certain, comme vous.
Vous m'avez rasséréné, Winston. Merci. Vous pouvez compter sur moi.
Nous combattrons de toutes nos forces. -Je préfère ça. -Maintenant, tout commence, mais pas avec les mêmes. -De fait, Paul Reynaud limoge le chef des armées Gamelin et le remplace par le général Weygand, ancien second du Foch victorieux de 1918.
Il fait aussi entrer au gouvernement le vainqueur de Verdun, le maréchal Pétain. Paul Reynaud pense que la gloire attachée à ces noms prestigieux réanimera la confiance dans la troupe et dans la population. Pétain et Weygand sont pourtant des hommes du passé, âgés de 80 ans et 73 ans et d'un genre peu offensif.
Mais ce Prince du débat démocratique qu'est Reynaud croit en l'Union sacrée, au service de la patrie en danger. Sincérité et naïveté confondues, il croit en l'unanimité sous les bombes. Au même moment, un homme d'avenir, le colonel de Gaulle, est sur le terrain.
Il y commande une unité de chars, ce genre de formation blindée dont précisément Pétain n'avait pas voulu doter l'armée française. Inexpérimenté, le colonel de Gaulle perd beaucoup d'hommes et de chars. Mais au moins, il s'est battu.
Reynaud le promeut général. Son directeur de cabinet écrira : "Jamais Reynaud n'eut un sourire plus heureux qu'en signant cette nomination." Bref retour en arrière.
Reynaud et de Gaulle comptaient l'un sur l'autre. Tous deux savaient une guerre avec Hitler inévitable. Et ils prenaient un réarmement puissant.
Dès 1934, Paul Reynaud avait été sensible aux idées d'un certain lieutenant-colonel de Gaulle en faveur d'une armée de métiers fortement mécanisée. Et il a été le seul chef de file, le seul, à adopter et partager ses idées au Parlement. En vain.
Il s'est heurté aux partisans du tout défensif, au tout premier rang desquels le maréchal Pétain et le général Weygand. En 1938, Paul Reynaud est ministre des Finances. Il réussit un spectaculaire rétablissement financier, lequel permet d'accélérer un réarmement trop tardif.
Et pour ce faire, il ose mettre fin aux 40 heures du Front populaire. -J'affirme que le pays peut guérir. Tous les Français sentent confusément depuis longtemps la nécessité d'un grand effort commun.
Cet effort, l'heure est venue de le fournir. -La réponse du monde ouvrier a été une grève générale. Reynaud l'a brisée par la force, se gagnant ainsi une immuable impopularité.
Mais il fit remettre au travail les industries de l'armement. Musique Pas en cadence Le pari du coup de faux allemand a parfaitement fonctionné. Dix jours seulement après leur entrée en guerre, les Panzers atteignent la Manche.
Dans le Nord, les troupes françaises et britanniques sont enfermées. Les "Tommies" n'écoutent plus les ordres de Weygand. Ils tournent leurs yeux, puis leurs pieds, vers les ports, pour rentrer à la maison.
A Londres, Churchill donne déjà des ordres pour rassembler tout ce qui peut naviguer. A Paris, Weygand et Pétain militent déjà en faveur d'un armistice. Ce qui rend orageuse leur confrontation avec un Paul Reynaud, arc-bouté contre toute perspective de défaite. -38 de nos divisions sont donc isolées, prisonnières.
De nouvelles divisions ne pourront vraiment tenter de les dégager que vers le 15 juin. -Oh là, là... -Dans trois semaines ! -En face, à trois contre un, 130 divisions allemandes peuvent nous balayer comme elles veulent !
Nous sommes entrés en guerre sans le matériel qu'il fallait. Ni la doctrine militaire qu'il fallait. -A qui la faute ?
Celle des partisans du tout défensif. Vous parlez comme si vous envisagiez une défaite. Il faut, au contraire, engager une lutte à mort. -Le roi des Belges songe à déposer les armes.
Nous devrions aussi réfléchir. -En effet. -C'est hors de question !
Notre pacte avec Churchill est formel. Pas de paix séparée. -Pourquoi tant de réciprocité ?
Les Anglais n'ont mis en jeu que dix divisions. Nous, 80. -La parole, ça compte.
Surtout quand notre sort dépend du leur. -Et s'ils sont envahis, à leur tour ? -Plus nous nous battons, plus nous compromettons cette éventualité.
Ce sont nos seuls alliés. -Goring nous a proposé une trêve. Pourquoi ne pas répondre ? -Discuter avec le diable ?
On devrait plutôt s'entendre avec l'Italie. On lui donnerait la Tunisie... -Tu rêves !
Mussolini va entrer en guerre contre nous et prendre sa part du gâteau. -Notre dernière chance est de tenir sur la Somme. Pas de recul, quitte à se faire tuer sur place.
Mais après cela, plus rien ne sera possible. Rien. En cas de défaite, eh bien, je... je serai déshonoré.
Sans plus de raison de vivre. -Mais, général, aux yeux de la France entière, vous êtes l'honneur même ! Vous avez beaucoup fait, et vous tiendrez.
J'en suis certain. -S'ils percent sur la Somme, où envisagez-vous de vous replier ? -Eh bien, sur Bordeaux. -Comme en 1870, comme en 1914, en somme.
Enfin, sans mauvais jeu de mots. Rires -Soit nous regroupons nos forces armées en Bretagne... -Non... -...soit c'est le Maroc ou l'Algérie. -L'Afrique du Nord, c'est un fantasme ! -Pourquoi ne pas rester à Paris, dignement ? -Et nous laisser faire prisonnier ? -Pour discuter avec nos occupants. -Messieurs, vous êtes en guerre contre les nazis ou contre la République ? -La remarque de Paul Reynaud pointe le fond du problème.
Le général Weygand s'est confié au général Gamelin, déchu. Celui-ci rapportera que Weygand lui a semblé plus préoccupé par la situation intérieure que par le désastre sur le front. Plus obsédé par les communistes que par les nazis.
Téléphone -Vous en faites pas. S'il vous a renvoyé le nabot, c'est pour la gloriole. Bien heureux de nous trouver, Pétain et moi, ces politiciens. 43 gouvernements en 20 ans.
Un jour, il faudra nettoyer tout ça. -Sur le front, c'est foutu. C'est ici qu'il faut faire front. -Si le peuple se soulève, hein ?
Faudra bien des soldats pour rétablir l'ordre, non ? -Mon devoir est de préserver nos forces armées. --- -Une seule bonne nouvelle éclaire ces trois premières semaines de guerre.
Elle provient de Dunkerque. Malgré le harcèlement de l'aviation allemande, le rembarquement improvisé des troupes britanniques fonctionne. En quelques jours déjà, 160 000 hommes sauvés, au lieu des 50 000 espérés.
La protection du réduit assurée par les soldats français y concourt pour beaucoup. L'armée estime cependant qu'ils ne sont pas payés de retour. -Sur les plages, ils sont souvent repoussés.
Le nombre de soldats français évacués est insuffisant. -Nous sauverons d'abord les soldats qui vous sauveront, nos soldats. Ils sauveront aussi vos combattants qui se sont sacrifiés pour protéger notre rembarquement.
Jolly good fellows. Ils ont vraiment mérité. -Nous perdons beaucoup d'hommes sur la Somme. -Une fois encore, Winston, je vous supplie de faire intervenir davantage votre aviation. -Mais elle se bat au-dessus de Dunkerque !
Sans elle, le rembarquement tournerait au désastre. Notre corps a dû abandonner tout son matériel pour défendre l'Angleterre. Il nous reste plus que les avions. -Quand nos chasseurs se battent sous votre direction, les pertes sont très élevées.
Mais quand ils se battent pour nous, comme à Dunkerque, ils abattent six fois plus d'avions ennemis. -Vous voulez des avions ? Des chars ?
Appelez Roosevelt. -Dunkerque est tombée, mais au final, 340 000 soldats ont pu rembarquer, dont 120 000 Français. Sur la Somme, l'armée française tient.
Mais pour combien de temps encore ? La Wehrmacht y ramenant les divisions qu'elle avait concentrées autour de Dunkerque. Reynaud remanie son gouvernement, et cette fois, il y fait entrer De Gaulle.
Musique Il va lui confier un rôle suprême, être son représentant personnel auprès de Churchill. Aussitôt nommé ministre, De Gaulle se fait photographier dans son ministère. Il s'agit pour lui de sortir de l'ombre, de se faire connaître du peuple français.
Téléphone Il en énerve beaucoup aussi en faisant adjoindre à son titre de "sous-secrétaire d'Etat à la guerre" la mention "et de la défense nationale". Il écrira dans ses mémoires : "Je devenais un homme politique. Je sortais de la hiérarchie militaire pour n'y jamais retourner." --- Chaque jour, une avalanche d'événements malheureux accable Paul Reynaud.
Mais ce matin-là, il a le coeur ailleurs. Grincement de porte -Les Allemands ont passé la Somme. -Oui, oui, je sais...
Lisez cela. Posté en gare d'Abbeville. -"Monsieur Reynaud, on ne peut pas combattre des chars avec un fusil.
Mes hommes ont fui, mais ce n'était pas des lâches. Je mets fin à mes jours pour avoir le droit de vous le dire et d'être cru." -J'ai ordonné un repli.
Leurs chars foncent vers l'Oise. -Soit, ils passeront l'Oise. Et après ? -Après ?
C'est la Seine et la Marne. -Oui, et après ? -Après ?
Mais c'est fini ! Monsieur le sous-secrétaire. -Comment fini ?
Et le monde ? Et l'Empire ? -Quel enfantillage.
L'Empire est un ramassis de nègres sur lesquels vous n'avez plus de pouvoir dès que vous êtes battus. Quant à l'Angleterre, elle n'attendra pas huit jours pour négocier avec le Reich. Ce qui compte maintenant, c'est qu'Hitler nous laisse les forces nécessaires pour maintenir l'ordre. -Mais il n'y a pas d'émeute, pas de soulèvement, pas de commune. -Vous voulez vous en prendre au peuple.
Nous ne sommes pas en 1870. -Où allez-vous donc ? -Sur la Loire. -Vous ne dites jamais rien, monsieur le maréchal. -Je n'ai rien à dire, monsieur le président.
Ah, si. Sur le front, le téléphone est défaillant. Et bien qu'ils emploient les pigeons, comme nous l'avons fait en 1914, ça marchait très bien. (-Je vous adjure de remplacer Weygand.) (Il nous mène au désastre.) -Changer de commandant en chef en pleine guerre...
Et pour la deuxième fois...
Ordres en allemand -Une fois passée la Somme, les Allemands foncent vers Rouen et Paris. La capitale est bombardée. Le gouvernement s'évacue en Touraine.
Reynaud et De Gaulle partent ensemble dans la même voiture. -L'état-Major s'est sauvé en premier. Vous trouvez ça normal ? -S'il n'y avait que ça... -Le spectacle douloureux auquel il a assisté tout au long de la route inspire à Paul Reynaud ce discours qu'il prononcera le soir même à la préfecture de Tours. *-Nous avons voulu que la France regarde un gouvernement libre. *C'est pourquoi nous avons quitté Paris. *Dans le malheur qui s'abat sur la patrie, il faut avant tout qu'une chose soit dite. *L'âme de la France n'est pas vaincue. *Elle a toujours refoulé l'envahisseur. *Nous avons le droit d'espérer. *Le jour de la résurrection viendra.
Vont-ils me croire ? -Chefs civils et militaires, français et britanniques, vivent en Touraine trois jours d'errance, sans carte. D'un château l'autre, aux accès non fléchés.
Convoqués pour des sommets interalliés improvisés, ils se perdent, cherchent leur logis, tous dispersés. Neuf mois après la déclaration de guerre, ces lieux sont sans téléphone. Alors qu'un éventuel repli en Touraine avait été planifié de longue date.
Tous sont plus ou moins coupés de ce qui se passe sur le front et dans le pays. En pleine tourmente, la classe dirigeante française semble frappée d'incapacité. -Vous êtes devenu général, paraît-il ?
Eh bien, je ne vous fais pas mon compliment. -Vous-même, monsieur le maréchal, avez reçu vos premières étoiles pendant la retraite de 1914. Quelques jours plus tard, c'était la victoire de la Marne. -Aucun rapport. -Espérons que si. -Enfantillages. -Le long de la basse Seine, cinq divisions tiennent encore.
Mais pour combien de temps ? Elles sont épuisées. A l'est, les armées de la ligne Maginot accélèrent leur repli.
Pour le reste, j'ai dans la poche une liasse d'ordre de retraite. Notre armée est disloquée. La défaite militaire consommée.
La partie perdue. Nous devrions songer à mettre un terme aux hostilités. -C'est aux politiques d'en juger.
Vous outrepassez votre rôle, général. Envisager l'arrêt des combats, c'est l'affaire du gouvernement. Pas des militaires.
Ou alors, vous capitulez. -Livrer l'armée à l'ennemi ? Jamais. -Moi, je n'hésite pas à dire qu'il faut cesser le combat et employer le mot auquel presque tout le monde pense ici, un armistice. -Mais enfin, monsieur le maréchal. -L'esprit combatif déserte le commandement. -Si quelqu'un pense pouvoir faire mieux que moi, qu'il prenne ma place.
Nous n'avons plus rien ! -Battez-vous. Vous avez le courage de vos soldats.
Ils peuvent se battre à chaque détour de route, dans chaque village. -Et mourir pour rien ? -Et faire la guérilla dans les villes. -Yes. -Ce serait la destruction du pays.
Les Allemands saccageraient tout. -Oui, mais vous n'allez tout de même pas livrer vos forces à l'ennemi " -Je dois préserver ce qui est sauvable. -Oui... -A ce moment critique de la conférence, Paul Reynaud fait diversion en exposant à Churchill un plan regroupant les unités valides en Bretagne pour en faire un immense camp retranché à portée de l'Angleterre.
C'était l'idée de De Gaulle. Elle était contestée par ceux qui prenaient un repli général outre-mer et un embarquement immédiat pour Alger. L'Afrique du Nord était alors le fleuron de l'empire colonial français.
La puissante flotte de guerre de la Méditerranée, sur laquelle lorgnait Hitler, mouillait pour partie à Toulon et pour l'autre en Algérie, à Mers el-Kebir. -Le réduit breton, c'est sympathique, c'est proche de l'Angleterre, mais permettez-moi de vous le dire franchement général, l'Afrique c'est tout de même plus sûr et plus sérieux. Vous y avez la flotte.
Et vous avez tout un empire derrière. -A condition de pouvoir y aller. -Oui, oui. -Nous n'avons pas assez de bâtiments pour transporter toute une armée. -Comment ?
A Dunkerque, nous en avons sauvé 335 000 soldats en une semaine. Vous pourrez tout aussi bien réussir un rempart depuis Toulon. Je vous aiderai.
J'ai la meilleure flotte du monde. -Nous n'avons ni ravitaillement, ni munitions là-bas. -Mon cauchemar, c'est votre flotte.
Qu'allez-vous en faire ? Il est tout simplement impossible de la livrer aux Bosch. -Il n'en est pas question.
Ce serait contraire à l'honneur. -Nous voilà rassurés. Rires -Nous continuerons la guerre, quoi qu'il arrive.
Nous sommes certains de l'emporter, même si la Manche est un très bon fossé anti-char. Hitler envahit notre beau pays ? Eh bien, nous irons au Canada !
De là-bas, le monde nouveau viendra libérer le monde ancien. -Les Français ont subi jusqu'à présent toutes les souffrances. -Nous aurons nous aussi notre part de souffrance.
Seulement, si nous, Britanniques, n'aurions plus le choix contre la mort et la soumission à Hitler, nous choisirons la mort. Soyez-en sûrs. -Bon.
Il est neuf heures du soir et nous n'avons toujours pas mangé. -Mais enfin, il faut mettre fin aux souffrances de la guerre. Si, pour rester fidèle à l'Angleterre, vous refusez une possibilité de paix, le pays ne vous le pardonnerait pas. -Si Churchill nous laissait entièrement tomber.
Vous imaginez ? -L'Angleterre n'a pas d'armée. Elle ne peut rien faire.
Pétain pense qu'elle devrait demander l'armistice en même temps que nous. Coup de feu --- -Nous avons un besoin impératif de cinq escadrilles de chasse supplémentaires. Churchill vous estime.
Repartez pour Londres plaider notre cause. -Bien. --- -Les Anglais sont repartis.
Les Français demeurent face à eux-mêmes. Ce jour-là, entre partisans du refus de la défaite derrière Reynaud et partisans de l'acceptation de la défaite, les rideaux se déchirent. -Le retrait de nos armées de la ligne Maginot se poursuit, plus ou moins bien.
Dans le reste du pays, par contre, nos troupes sont réduites à l'état de simple bande. Il y a ici ou là un risque de formation de soviets. -C'est partout la panique, disons les choses comme elles sont.
Thorez et les communistes, paraît-il, veulent prendre l'Elysée. -L'armée serait plus utile à Paris. -Excusez-moi.
Nous venons de recevoir la réponse de Roosevelt à votre appel. Seul le Congrès des Etats-Unis est compétent pour décider d'entrer en guerre à nos côtés. -Et voilà, je l'avais dit. -Son industrie de guerre démarrant à peine, il ne peut pas nous livrer beaucoup d'armement.
Il nous encourage à résister en attendant d'en recevoir. -Je ne vois plus d'autre solution que d'entrer pour parler. -Vous croyez pouvoir discuter avec Hitler comme avec un gentleman ? -Je prie le Conseil de m'écouter.
La vraie question est de savoir si le gouvernement doit quitter le territoire français. Selon moi, le devoir du gouvernement est de rester dans le pays. Je déclare que je me refuserai à quitter le sol métropolitain.
Je resterai parmi le peuple pour défendre leurs biens et leur vie, partager leurs peines et leurs misères. L'armistice est à mes yeux la condition nécessaire de la renaissance de la France éternelle. -A mes yeux, déposer les armes, trahir notre allié britannique serait contraire à l'honneur.
La vraie question n'est pas partir ou ne pas partir, en Algérie ou ailleurs. La vraie question, comme Churchill la pose, la vraie question, c'est ne pas combattre ou combattre jusqu'à la victoire finale. Messieurs, à demain soir à Bordeaux.
Bon voyage. Musique -Tandis que la troupe allemande investit Paris, le gouvernement et le grand état-Major quittent une Touraine menacée pour s'installer à Bordeaux. La ville de tous les refuges précipités.
Comme en 1870. Comme en 1914. La "capitale tragique" où s'installe le gouvernement est en proie à tous les encombrements.
Ministres et fonctionnaires volettent, affolés, pour trouver un gîte et un bureau. Klaxons Côté militaire, l'armée recule, se tronçonne, se débande. Comme en Bourgogne, à l'Est, à l'Ouest, les Allemands pénètrent en Bretagne, se rapprochent de Bordeaux.
Les commandants de groupes d'armées réclament un cessez-le-feu. -Nos soldats meurent d'épuisement. J'ai des fils au front, moi. -Oui, comme nous tous.
En ne vous décidant pas à traiter, vous répandez le sang des Français pour rien. Combien de temps cela va-t-il durer ? -J'ai donné pour instruction de cesser le feu sur le terrain, partout où il est inutile de poursuivre le combat.
Vous n'avez pas transmis cet ordre. Monsieur le commandant en chef, c'est donc vous le responsable du carnage. -C'est un cessez-le-feu général qu'il nous faut.
Je ne peux pas en prendre la responsabilité. Ce serait l'équivalent d'une capitulation. -Ce serait rendre l'armée seule responsable de la défaite. -Elle l'est pourtant largement.
Et si je vous donnais un ordre écrit ? -Pour discuter au mieux avec Hitler, nous devons avoir une armée encore debout. Je ne l'impliquerai pas. -Les civils veulent continuer la guerre et les militaires l'arrêter.
C'est un comble. -Bon débarras, non ? -Le temps qui passe aggrave la désagrégation de nos armées.
Je ne veux pas m'y associer. Mon devoir m'impose de vous présenter ma démission. -Non, non, pas ça. -Vous n'allez pas nous faire ça.
Maréchal, en pleine guerre ! Alors, écoutez. A proposition écrite, réponse écrite.
Pour la bonne forme, vous devrez attendre. Veuillez bien vous rasseoir parmi nous, je vous prie. -D'après le récit d'un conseiller, Pétain ne bougea pas, semblant inviter les ministres à se lever, sans succès.
Il demeura ainsi debout, interdit comme un écolier puni, tandis que le conseil des ministres reprenait son cours. Le ministre Chotan avance alors ce compromis. "Proposons à Churchill de nous délier de notre engagement à ne pas traiter seul et de nous permettre ainsi de nous enquérir auprès d'Hitler des conditions d'un éventuel armistice.
Elles seront acceptables ou, vraisemblablement, inacceptables. Mais ainsi nous saurons si nous devons ou pas cesser le combat." Une approbation générale s'élève, comme un soulagement.
Intéressé, Pétain a repris sagement sa place. Reynaud ne trouve pas l'idée mauvaise. Il décide de la télégraphier à Churchill.
La réponse revient le lendemain. Journée qualifiée par De Gaulle comme la plus tragique de notre longue histoire. Et par Paul Reynaud comme la plus affreuse de sa vie. -Le cabinet britannique consent à ce que vous engagiez des pourparlers avec l'Allemagne pourvu que la flotte de guerre française apparaît immédiatement vers des ports anglais. -Pas possible. -Je me mets à leur place, je les comprends, mais peut-on laisser la flotte de Mussolini régner sur la Méditerranée ? -Non. -Non. -Monsieur le Président ? -Comment rallier l'Afrique du Nord sans la marine ? -Messieurs, je... je... je ne sais que... -Cet homme, dont tout le monde a loué le calme et la maîtrise, a pu aussi parfois fléchir.
En ce jour extrême, un appel inattendu le tire hors de son abattement. Grincement de porte -Le général de Gaulle vous appelle de Londres, du bureau de Churchill. Il est en ligne. *-Monsieur le premier ministre est présent. *Le texte est de Jean Monnet.
Vous êtes prêt ? *Donc, à l'heure du péril... -A l'heure du péril... *-Où se décide la destinée du monde. -Où se décide la destinée du monde... *-Désormais, la France et le Royaume-Uni fusionnent en une seule nation, avec une même nationalité pour tous leurs habitants, un parlement et un cabinet de guerre commun. -Un cabinet de guerre commun.
Oh oui. Oui, c'est formidable. *-Pour ce faire... *-De Gaulle a raison. *Il faut accepter. *Nous ne nous lasserons jamais.
Jamais nous ne cèderons. -Cette proposition aussi généreuse qu'utopique, Paul Reynaud l'adopte aussitôt. Comme une possible planche de salut.
Si l'Angleterre tient le coup jusqu'à l'entrée en guerre espérée des Américains, pense-t-il, tout comme De Gaulle, alors la France doit les attendre auprès d'elle. Pourquoi ne pas clamer cette évidence à la radio et ainsi regonfler le moral de tous ? Auparavant, il doit obtenir l'aval de ses ministres.
Mais l'exposé vibrant qu'il fit au troisième conseil des ministres de la journée tombe complètement à plat. -C'est une tentative déguisée de protectorat sur notre empire colonial. -La France deviendra un dominion. -La guerre de 100 Ans nous a suffi. -Vous préférez devenir une province allemande ? -S'unir à l'Angleterre, c'est comme fusionner avec un cadavre. -L'Angleterre gagnera la guerre. -En trois semaines, elle se fera tordre le cou. -Cela vous réjouirait, on dirait.
Depuis des semaines, des propos hostiles accablent nos amis, rarement nos ennemis. Voyez-vous, je préfère collaborer avec mon ami qu'avec mon ennemi. -Sans armistice, la France sera soumise à un régime effroyable. -Télégramme du général Georges.
Partout où elles ne sont pas encerclées, nos armées refluent. Ravitaillement des troupes et des civils compromis par ampleur de l'exode. Nécessité absolue de prendre décision. -Eh bien, votons ! -Mais oui, pourquoi pas ? -Oui, bien sûr. -Inutile.
Je connais déjà le résultat. Je n'ai plus le soutien de la majorité de mes ministres. Je ne vois pas d'autre solution. -Démissionner ?
Ah non, pas maintenant. -Je suis face à des défaitistes. -Je vous renomme et vous formez un autre gouvernement. -Si c'est pour demander un armistice, ne comptez pas sur moi. -Alors qui ? -C'est à vous de décider.
Vous ne serez pas embarrassé, le maréchal Pétain a déjà un cabinet en poche. -Ah. -Le soir même, à peine nommé chef du gouvernement, Pétain improvise un premier conseil des ministres d'une dizaine de minutes. -Messieurs les ministres, votre tâche immédiate est de demander aux Allemands leurs conditions pour arrêter les hostilités, sans perdre de temps.
On en a déjà perdu assez comme ça. -Baudouin, faites bien dire aux Allemands que s'ils sont trop exigeants, les acharnés reprendront le dessus. Ils auraient alors affaire à Reynaud. -Alors là, je leur souhaite bien du plaisir.
Rires -Ce soir-là, de Gaulle était revenu de Londres. Aussitôt arrivé à l'aéroport de Bordeaux, il apprend la démission de Reynaud par le général Spears. L'officier de liaison de Churchill en France le met en garde. "Avec Pétain et Weygand, les militaires français sont maintenant au pouvoir.
Weygand vous déteste. Et Pétain ne veut pas de concurrents." Spears lui conseille de ne pas se montrer.
Il pourrait se faire arrêter. De fait, c'est en rasant les murs que de Gaulle va retrouver Paul Reynaud à la préfecture. -Heureux de vous voir, général. -Les Allemands ont passé la Loire. -Vous savez que je suis démissionnaire. -Je sais, je sais. -Quand Pétain se heurtera aux conditions de paix révoltantes d'Hitler, le président me rappellera. -Arrive le moment historique où, s'effaçant devant lui, Paul Reynaud catapulte de Gaulle au firmament. -Churchill s'attend à une tentative d'invasion dans les 15 jours. -Retournez à Londres.
Repartez tout de suite. Vous y représenterez la France. -Quand nous reverrons-nous ? -On va vous remettre 100 000 francs.
On les prend sur les fonds secrets qu'il a sagement emportés. Ils vous permettront de vous installer. C'est autant que ces lâches n'auront pas. -Le lendemain matin, De Gaulle repart pour Londres.
A l'aérodrome, il attend, sagement dissimulé, que son avion soit sur le départ. Quand les hélices se mettent à tourner, il s'engouffre dans la carlingue. "Pour tout bagage", écria Churchill, "il emportait avec lui l'honneur de la France." De Gaulle corrigera dans ses mémoires" "J'emportais la France".
Du souvenir de ce dernier survol, il puisera cette phrase : "Je m'apparaissais à moi-même, seul et démuni de tout, comme un homme au bord d'un océan qu'il prétendait franchir à la nage." Le même jour, Churchill, qui accueille de Gaulle pour de longues années de guerre, s'adresse aux Français. -"Je souffre pour le peuple français tombé dans le malheur.
Rien ne modifiera notre foi dans une future résurrection du génie de la France." Quand la France vaincue sera associée à la victoire finale. Nous sommes à présent le seul champion encore en arme pour défendre la cause du monde.
Nous ferons de notre mieux. Allons, bonne nuit. Dormez bien.
Dieu protège la France." -Le lendemain, Churchill autorise de Gaulle à lancer son appel aux Français. Le général Weygand obtient de Pétain que De Gaulle soit condamné à mort, comme traître à la patrie.
Quelques jours plus tard, les envoyés de Pétain signent un armistice avec l'Allemagne. Surprise géante. Hitler modère ses exigences.
Il a d'autres chats à fouetter, notamment l'Angleterre. Il laisse à la France un tiers de son territoire, ses colonies, sa marine. Sauf que, deux semaines plus tard, pour empêcher Hitler de s'en emparer, Churchill fera détruire par sa marine l'escadre française de Mers el-Kebir en Algérie.
L'amirauté avait obstinément refusé de laisser la flotte française aller rejoindre les ports anglais. Du jour au lendemain, une bonne partie d'une France indignée devient pétainiste. Le calcul de Paul Reynaud, selon lequel les négociations avec Hitler s'avèreraient inacceptables et feraient donc tomber le gouvernement Pétain, ce calcul est déjoué.
Reynaud ne peut plus compter être rappelé au pouvoir pour reprendre la tête d'un combat que Pétain a fait cesser. La guerre est finie. Son calvaire commence.
Dès septembre 1940, le nouveau régime de Vichy le fait arrêter, condamné comme responsable de la défaite. Emprisonné dans plusieurs geôles, dont la plus lugubre est celle du Portalet dans les Hautes-Pyrénées. Puis il est livré aux nazis, lesquels prennent un malin plaisir à l'enfermer dans un autre genre de château, en compagnie de ses anciens rivaux.
Son ennemi juré : le général Weygand, Daladier auquel il avait succédé, et le général Gamelin qu'il avait limogé. Ils ne prenaient pas les repas ensemble. Ils évitaient de se croiser.
Mais le jour de leur délivrance en mai 1945, ils ont bien voulu poser le sourire aux lèvres autour du libérateur américain. Sans plus cette fois se quereller sur leurs responsabilités respectives dans le désastre de mai-juin 1940. Auprès de Paul Reynaud, son assistante.
Il avait exigé et obtenu qu'elle le rejoigne en prison. Quand ils reviennent à Paris, à la libération, il l'épouse. Ils auront trois enfants.
Une chose manque à son bonheur, mais elle est importante. Une opinion publique formatée par quatre années de propagande vichyssoise continue de le considérer comme le symbole de la défaite. Tenu à l'écart de la vie politique, c'est seul qu'il reprend son bâton de pèlerin.
Néanmoins, en 1946, il réussit se faire réélire député, puis il sera appelé à faire partie d'un gouvernement. Quand il monte à la tribune de l'Assemblée, des députés ricanent à propos de cette phrase qu'il avait prononcée au début de la guerre : "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts." *-Auriez-vous voulu, messieurs les députés, que je proclame : *"Nous serons vaincus parce que nous sommes les plus faibles." ? *Rires -L'éclat de rire général qu'il déchaîne le réconcilie avec la Chambre.
Et cela lui donne les coups des franches pour se lancer dans de nouvelles aventures politiques et honorifiques. Paul Reynaud atteint un nouveau sommet lorsque, revenu au pouvoir en 1958, le général de Gaulle l'appelle pour lui confier la présidence de la commission chargée de donner à la France une nouvelle Constitution. -Et naturellement, ce régime des partis doit cesser pour de bon. -Il a été une des grandes causes, et même la principale, du naufrage de mai-juin 1940. -Ce qui vous a surtout manqué en 40, c'est que vous n'aviez pas de disposition constitutionnelle vous permettant d'assumer les pleins pouvoirs. -Non, mais heureusement, vous les avez saisis, ce que je n'ai pas su faire, ou osé faire. -Eh bien, nous revoilà ensemble sur une nouvelle route.
Penchez-vous en particulier sur l'article traitant de l'état d'urgence. Il doit permettre au président de faire face à toute menace sur le bon fonctionnement des institutions. -J'en ai déjà parlé avec Michel Debré. -A la bonne heure ! -Fidèle, soucieux d'honorer la personne qui lui avait donné le départ...
De Gaulle lui confie la présidence de l'Assemblée nationale. Mais au dernier moment, un jeune gaulliste ambitieux, Jacques Chaban-Delmas, lui souffle la place. Cinq ans plus tard, en 1962, les liens complices entre De Gaulle et Paul Reynaud se déchirent.
Ce parlementaire viscéral s'oppose au projet de référendum du général de Gaulle sur l'élection du président de la République au suffrage universel. A l'Assemblée, s'adressant à Pompidou, il conspue de Gaulle de verte façon. *-Monsieur le Premier ministre, allez dire à l'Elysée que notre admiration pour le passé reste intacte, mais que cette Assemblée n'est pas assez dégénérée pour renier la République. *Applaudissements -Les invectives de ce sage très écouté conduisent à la censure immédiate et à la chute aussi inattendue que spectaculaire du gouvernement Pompidou.
De Gaulle ne lui pardonnera jamais. Les gaullistes se détournent de lui, lui font perdre son siège de député. Paul Reynaud retourne aux oubliettes de la République.
Les ministres qui avaient été ses collaborateurs ne le voient plus. Ceux-là même réunis autour de lui, lors de son 80e anniversaire, Couve de Murville, Michel Debré et bien d'autres. Le chagrin assombrit sa fin de vie.
Il décède en 1966. Sur instruction du général de Gaulle, aucun ministre du gouvernement ne se rend aux funérailles. Cet homme qui avait si souvent vu juste, qui avait prévu le malheur d'une guerre perdue d'avance, avait aussi évoqué sa propre fin.
Paul Reynaud avait écrit dans ses mémoires : -"Les Français siffleront mon corbillard comme ils ont sifflé ceux de leurs meilleurs serviteurs." Musique
Charles de Gaulle