Budget : la culture victime de l'austérité ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La vice-présidente Horizons a été surnommée La Thatcher des Pays de la Loire, car elle a baissé le budget de la région avec des conséquences concrètes dans le milieu de la culture. - Ils montent une scène en quelques heures. Ils sont comédiens, mais aussi techniciens d'une troupe de théâtre itinérante. - C'est comme Molière, tu te poses, tu joues.
C'est une tradition en France. C'est un héritage de ça. Apparemment, on s'en fout, il faut faire des économies. - Des artistes victimes des coupes budgétaires de la région des Pays de la Loire.
L'an prochain, ils perdront leur subvention de 165 000 euros, 1/3 de leur budget. Le coeur de leur métier, amener la culture dans les villages. - C'est ça, la décentralisation.
Le but, c'est d'aller jouer auprès des gens qui ne peuvent pas aller au théâtre. On est un pays riche. On génère de la richesse.
Ca aussi. Des gens vont venir. Ils vont boire un coup.
Economiquement, il faut en parler aussi. C'est important. - La troupe joue la pièce: "Les Midinettes". - Liquidation judiciaire! - C'est la lutte d'ouvrières d'une usine de lingerie, toutes licenciées, mais combatives.
Un thème qui résonne particulièrement en ces temps d'austérité. - Je veux bien me serrer la ceinture. Je suis capable de le faire.
Je ne veux pas disparaître. C'est dangereux de rayer...
C'est exactement ce qui se dit dans le spectacle. C'est dangereux de rayer tout d'un coup une ligne sur un écran. Ce n'est pas de la politique humaine. - Ce soir-là, dans le public, les spectateurs sont inquiets de se voir un jour privés de cet accès au théâtre populaire. - C'est très rude pour les compagnies.
On a besoin de la culture. Pour moi, la culture, c'est la liberté de penser. - C'est l'un des drames de ce qu'on peut vivre à l'heure actuelle: la disparition du sens du service public.
Le sens du service public est autour de nous aujourd'hui. Ca renvoie une image totalement négative sur le fait que la culture n'est pas un service public. - Depuis plusieurs mois, la région fait parler d'elle.
Sa présidente, proche d'E.Philippe, a décidé d'en faire un exemple de la rigueur budgétaire. En 1re ligne, le spectacle vivant.
Plus de 60 % de baisse des subventions en un an. - Quand il faut financer des plus petites actions, il y a beaucoup d'autres solutions à trouver que de recourir à une collectivité stratégique. - Par exemple? - Eh bien, faire payer les services, demander à des collectivités qui sont plus de proximité et plus habituées et en capacité d'aider une association. - Des pouvoirs publics qui se désengagent.
Cet homme est président d'un festival de musique en Vendée. Il a pris les devants depuis longtemps. - Les priorités des subventions sont mises de moins en moins dans la culture.
Ca, c'est compliqué. Il faut être créatif et essayer de trouver des leviers autres que les subventions. On sent bien que ça nous échappe. - Sa solution: faire appel aux entreprises privées locales et aux mécènes.
Ils financent à hauteur de plus d'un million par an, le fruit d'un long travail de séduction. - On a construit la fidélité que nos partenaires ont envers le festival depuis 20 ou 25 ans. C'est du travail.
C'est des rendez-vous. Il faut aller les voir. Il faut aussi défendre ces valeurs.
En ce qui nous concerne, c'est d'animer ce territoire. Ils nous aident. - Le ministère de la Culture tente de trouver des solutions.
La région des Pays de la Loire assure qu'elle évaluera prochainement les conséquences de ces décisions. - L.Sénéchal: Question, peut-être un brin provocatrice. - A.Bouilhaguet: On a déjà parlé de P.Mendès France aujourd'hui.
Il y a peut-être une inquiétude. L'Elysée surveille ça. Les "gilets jaunes"...
Le mouvement ne va pas renaître de ses cendres, mais il y a 2 mouvements qui les inquiètent un petit peu. Il y a celui qui s'appelle "les gueux". C'est l'idée d'un peuple qui serait méprisé.
Ca a été initié par A.Jardin. Le point de départ, c'est les zones à faibles émissions, c'est-à-dire l'interdiction pour les véhicules les plus polluants d'aller dans certaines villes, dans certains quartiers.
Ca a pris de l'ampleur. Le 2e mouvement s'appelle "Nicolas qui paie". C'est un compte sur X qui est anonyme.
C'est un personnage fictif d'une trentaine d'années. Ils sont assez proches des mouvements identitaires. Ca cible vraiment les jeunes actifs.
Il y a notamment ce sentiment d'injustice. Il y a ceux qui payent, ceux qui profitent et, au milieu, l'Etat qui ne fait rien. Ca inquiète l'Elysée.
C'est aussi le début, peut-être, de l'effritement du consentement à l'impôt. Ca n'a jamais été remis en cause en France. Cette petite musique qui peut dire dans la tête des Français que ce sont toujours les actifs qui payent...
Ce sont des choses assez surveillées. - L.Sénéchal: Il faut surveiller ce genre de braises? - B.Teinturier: Oui.
Ca fait partie des signaux faibles, mais qui peuvent prendre brutalement de l'ampleur. Les "gilets jaunes", personne ne les avait anticipés. A un moment donné, on a compris rétrospectivement les logiques.
Sur le moment, tout le monde a été surpris. Ces 2 mouvements sont caractéristiques d'un sentiment dans l'opinion, celui d'être méprisés. Il y a une demande de considération qui reste colossale dans ce pays.
La demande de respect date déjà de la fin des années 90. C'est toujours très élevé. Tout ce qui vient accentuer la coupure entre le haut et le bas et le sentiment de mépris peut donner lieu ensuite à des révoltes.
Quels que soient les émetteurs d'origine, il y a le sentiment que ce sont les mêmes qui payent. C'est une petite musique qui s'amplifie et qui vient alimenter le ressentiment. C'est ça qui peut provoquer des réactions très puissantes et radicales, voire des contestations de la participation à l'impôt.
Il faut tenir compte de ça. Je ne suis pas partisan du gouvernement aux sondages. Mon expérience, c'est que les gouvernements ne fonctionnent pas aux sondages.
Mais les gouvernements qui n'écoutent pas...
Les enquêtes permettent de savoir ce que les Français ressentent. C'est tout aussi dangereux que des gouvernements qui seraient exclusivement dans le suivisme de l'opinion. - C.Ramaux: Pour apporter une nuance...
P.Mendès France est une figure de la justice. La justice sociale, la gauche socialiste.
Ce n'est pas le positionnement de F.Bayrou, a fortiori avec ce plan-là. Sur la question de "qui paie", il est important d'avoir un travail pédagogique.
Les "assistés" payent énormément, en fait. Dans les travaux de Zucman, on était trop loin. On laissait sous-entendre que les plus pauvres...
Sur le revenu primaire, ils payent quasiment plus que leur revenu primaire. C'est le revenu du travail. Les bénéficiaires du RSA payent beaucoup d'impôts parce qu'ils consomment tout leur revenu.
Il y a notamment la TVA, même s'il y a des taux réduits. Il faut faire ce travail. Là où il y a un sentiment légitime...
On vit en République. En République, il y a l'idée qu'on est tous dans la même société. Il y a un sentiment légitime.
C'est source de révolte. Quelle forme ça prendra? Je n'en sais rien.
Il y a le sentiment légitime qui sert d'abord les intérêts d'une infime minorité. C'est terrible. Je reviens sur les collectivités locales et la culture.
Quand on parle des dépenses des collectivités locales, les collectivités locales assurent les 2/3 de l'investissement public. Ce ne sont pas des fonctionnaires. C'est de la commande publique.
Ce ne sont pas les fonctionnaires qui manient la truelle. C'est la commande auprès du privé. C'est très utile pour le BTP, secteur qui va mal.
Le secteur du logement va très mal depuis que Macron est arrivé au pouvoir. Concernant la culture, les économistes ont un mot: bien supérieur. Quand un pays s'enrichit, il consacre plus d'argent.
Pour quoi? Pour la santé, l'éducation, la formation et la culture. Quand on taille dans la culture...
Je vais étonner les saltimbanques. La plupart des saltimbanques sont persuadés qu'ils sont hors de l'économie. Ce qu'il faut leur dire, et c'est affectueux, chez moi, ce terme, c'est qu'ils sont comme un militaire, une infirmière.
Ca augmente le PIB. Dans tous les pays du monde, quiconque travaille pour être payé augmente le PIB. C'est productif.
Par ailleurs, c'est vital pour le lien social, la culture. C'est essentiel, notamment dans les campagnes. Là, quand on sabre là-dessus...
Quand vous coupez les fonds d'une collectivités locale, qu'est-ce qu'elle peut faire?
Xavier Bertrand