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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 24 novembre 2023 24 min

Pascal Canfin : "Il n'y a aucune fatalité" à la victoire de l'extrême droite en Europe

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

L'invité du grand entretien de la matinale ce vendredi avec Marion Lourd, nous recevons un député européen, Renew, le président de la commission environnement du Parlement européen. Pour intervenir, pour poser vos questions, chers auditeurs, le 01 45 24 7000 ou l'application France Inter. Pascal Canfin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue, coup de tonnerre aux Pays-Bas, vous l'entendiez dans nos journaux et dans la chronique de Pierre Aski. Pour la première fois, l'extrême droite de Gert Wilder s'est arrivé en tête. Victoire inédite. Quel est votre sentiment ce matin ? Peur de la contagion, état de l'Europe inquiétant, préoccupant ?

0:43
Pascal Canfin

Première remarque, il y a un mois, on fêtait la défaite de l'extrême droite en Espagne, associée à la droite traditionnelle. Et ce sont les socialistes qui ont gagné contre toute attente. Et il y a un mois, on fêtait la défaite des ultra-conservateurs polonais qui ont été battus par une alliance pro-européenne en Pologne. Donc, il y a certes le résultat aux Pays-Bas, je vais y venir.

1:07
Présentateur

Oui, parce qu'on a l'impression que vous relativisez là.

1:09
Pascal Canfin

Mais ce que je veux dire, c'est qu'il n'y aurait qu'une seule tendance à vous écouter. La réalité, c'est qu'il y en a deux. Parfois, l'extrême droite gagne. Parfois, l'extrême droite perd. Et donc, ça prouve bien que c'est une bataille politique. Et cette bataille politique, je peux vous dire qu'on a bien l'intention de la mener aux européennes. Et elle vient d'être posée dans des termes qui me semblent tout à fait justes par Pierre Haski. C'est, est-ce qu'on construit une Europe puissante et une Europe puissance qui nous fait peser dans le monde face aux Chinois et aux Indiens et aux Américains ? Et alors, il faut s'unir. Et alors, il faut travailler ensemble.

C'est ce qu'on fait depuis cinq ans où on transforme l'Europe de l'intérieur. On va y revenir. Où on implose, on se fragmente et on sort et on disparaît de l'histoire. C'est ça l'enjeu des européennes. Et clairement, il y a deux camps aujourd'hui. Le RN est pour nous de l'autre côté.

1:58
Présentateur

Alors, juste encore un mot. Vous relativisez donc la montée de l'extrême droite en Europe. Ça n'est pas un phénomène massif et qui vous inquiète avec des pays qui tombent les uns derrière les autres.

2:07
Pascal Canfin

Évidemment, ça m'inquiète. Ce que je vous dis, c'est qu'il n'y a... Maintenant que vous venez de dire que ça vous inquiète. Oui, donc je reprends ma phrase. Évidemment, ça m'inquiète. Mais j'ajoute qu'il n'y a aucune fatalité, puisque précisément, il y a un mois, l'extrême droite a perdu et en Espagne et en Pologne. Et j'ajoute que là, elle est au pouvoir, en Italie, avec une alliance qui serait chez nous l'équivalent d'une alliance RN-Reconquête-LR, si on fait un parallélisme. Eh bien, cette alliance a totalement retourné, totalement retourné sa position sur la politique migratoire européenne.

Si vous me permettez d'y revenir une seconde, nous sommes en train de négocier le pacte asile-migration pour enfin, enfin apporter une réponse unique, harmonisée, cohérente à l'échelle européenne sur la gestion des flux migratoires. Avec un pilier, une jambe d'accueil d'asile et un pilier de maîtrise des frontières, ce qui me semble être l'équilibre que nous devons mener. Eh bien, l'extrême droite italienne, les amis de Madame Le Pen, qui maintenant sont au pouvoir en Italie, ont voté ce pacte asile-immigration.

Parce qu'eux-mêmes, après avoir fait une campagne pendant des mois et des mois contre l'Europe, en tapant sur l'Europe l'incapacité à gérer les flux migratoires, en tapant par ailleurs sur la France, qui n'accueillerait pas assez d'immigrés, eh bien, maintenant, total changement de pied. Ça prouve bien que dès qu'on se pose vraiment les questions et quand on est en responsabilité, même quand on vient de l'extrême droite, eh bien, on finit par défendre l'Europe.

3:35
Auditeur

Pascal, qu'enfin, les Pays-Bas, c'est quand même un pays fondateur de l'Union Européenne. Et Gerd Wilders, qu'est-ce qu'il promet ? Supprimer les réglementations européennes pour l'agriculture et la pêche, interdire le drapeau européen sur les bâtiments officiels et faire le nexit. Est-ce que vous y croyez ? Est-ce que ça vous fait peur ?

3:50
Pascal Canfin

Vous savez, typiquement, Marine Le Pen, qui était, je crois, assis à ma place hier dans ce studio, disait que c'était son allié, son ami qui s'était d'accord. C'est ça, le programme du Rassemblement National. Alors, ils essaient de le masquer parce que ce n'est pas très populaire, la sortie de l'euro. Parce que ce n'est pas très populaire en France, la sortie de l'Europe, malgré toutes les critiques. Mais la réalité d'une extrême droite qui serait puissante en Europe au point de gagner dans les grands pays, c'est-à-dire en France, en Allemagne et dans les pays fondateurs, vous le disiez, de l'Union Européenne, c'est la fin de l'Union Européenne. Par construction.

Puisque d'un côté, c'est le nexit, de l'autre côté, c'est celui qui veut sortir de l'euro. Le troisième, c'est celui qui veut sortir des règles environnementales, climatiques et agricoles. Le quatrième qui veut... Et c'est la fin. Et c'est ça l'enjeu des Européennes. C'est est-ce qu'on constitue une Europe puissance qui nous protège et qui fait que, par exemple, on est capable de mettre une taxe carbone aux frontières pour faire payer les importations chinoises qui ne payent pas le prix du CO2 parce qu'ils n'agissent pas assez contre le changement climatique ou pas. Nous, on la vote, cette taxe carbone aux frontières. Bardella, lui, il ne la vote pas quand il est au Parlement européen.

Moi, je peux aller voir les salariés d'ArcelorMittal à Dunkerque et à Fosse-sur-Mer et en leur disant, droit dans les yeux, moi, je vous protège contre le dumping climatique des Chinois. Bardella, il ne peut pas le faire parce qu'il n'a pas voté cette taxe carbone aux frontières. Le RN, il a un bilan. Le RN, il a un bilan. On a l'impression que c'est toujours demain, demain. Il a un bilan et on peut parler de ce bilan. Et cette campagne des Européennes, ça va être pour nous l'occasion de pointer ce bilan. L'absence de soutien au plan de relance, l'absence de soutien à la taxe carbone aux frontières, l'absence de vote sur le pacte Asie et l'immigration, l'absence de soutien à l'Ukraine.

C'est ça, la réalité du RN aujourd'hui.

5:29
Présentateur

Mais vous avez voté un accord de libre-échange qui va à l'encontre de ce que vous dites, ou en tout cas, on reproche au Parlement européen d'avoir voté un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande. Pascal Canfin, expliquez-nous pourquoi est-ce que vous avez voté pour... Alors que c'est la possibilité de faire revivre la mondialisation dans ce qu'elle a de plus déplorable pour l'environnement.

5:54
Pascal Canfin

J'imagine que, comme vous êtes un très bon journaliste, vous avez lu cet accord. Qu'est-ce qu'il dit cet accord ? D'abord, la Nouvelle-Zélande, c'est un pays partenaire, ami, qui partage 100% de nos valeurs. Donc si on n'arrive plus à signer un accord avec un pays, une démocratie, qui partage 100% de nos valeurs, on a un petit problème géopolitique quand même. C'est un accord commercial, donc ce n'est pas un accord politique. Bien évidemment, mais c'est un symbole politique de trouver des accords ensemble. C'est un pays à l'autre bout du monde. Et d'ailleurs, on va y venir si on parle Mercosur. Deuxièmement, que dit cet accord ?

C'est le premier accord au monde, le premier accord commercial au monde, à mettre comme clause essentielle de l'accord le respect de l'accord de Paris sur le climat. Ça veut dire qu'on met dans les règles commerciales, entre nous, Nouvelle-Zélande, Europe, le respect de l'accord de Paris. Aucun accord commercial au monde ne l'avait fait, c'est donc un progrès. Et c'est d'ailleurs pour ça que, cette semaine au Parlement européen, tous les Verts, tout le groupe des Verts, qui ne s'est pas devenu climato-sceptique du jour au lendemain, a voté pour cet accord, à l'exception des Verts français. Tout le groupe socialiste a voté pour cet accord, à l'exception des socialistes français.

Donc, si je prends un référentiel de gauche que vous évoquiez dans votre question, eh bien, à part la gauche française... Enfin, un référentiel écologique. Bien sûr. Et donc, un référentiel écologique. Eh bien, l'immense majorité des députés écologiques, et nous, pour les raisons que je viens d'évoquer, ont voté cet accord. Et ce qui est très intéressant, c'est que, si je tire ce fil, les Verts avaient demandé une analyse d'impact de cet accord, en essayant de démontrer que cette analyse d'impact, elle est à la conséquence qu'il ne fallait pas voter l'accord.

Malheureusement, cette analyse d'impact qu'ils ont demandé à un think tank qui a fait l'analyse, montre que, finalement, il y a plus d'intérêt environnemental que le contraire. Et donc, franchement, nous avons voté en totale cohérence avec notre logique, qui est de changer les règles du jeu du commerce mondial pour y intégrer les enjeux climatiques. C'est ce qu'on a fait sur la taxe carbone aux frontières, c'est ce qu'on fait avec la Nouvelle-Zélande, et c'est ce qui nous conduira, très probablement, si la négociation aboutit telle qu'elle est aujourd'hui, à ne pas voter l'accord sur le Mercosur, encore moins avec notre nouveau Trump argentin.

7:59
Auditeur

Et à propos de commerce et d'impact sur l'environnement, ça ne vous a pas échappé, c'est le Black Friday aujourd'hui. Vous avez vu cette campagne, vous avez même tweeté sur votre compte Twitter la campagne qui a été lancée par le ministère de l'Environnement, avec des petites vidéos qui incitent à ne pas consommer ce jour, ce Black Friday. Est-ce que ce n'est pas un peu paradoxal ? Parce qu'on appelle à consommer moins, en même temps, on a besoin de croissance, la croissance est tirée par la consommation, du coup, ça peut avoir un impact sur l'emploi. Comment vous vous positionnez ?

8:25
Pascal Canfin

Alors, l'avantage de cette campagne, c'est qu'elle met exactement la problématique que vous venez de résumer au cœur du débat. Et c'est un vrai sujet de société. Et c'est très bien que, enfin, cette question de la surconsommation soit posée, et de ses impacts, à la fois sur la planète, mais aussi en termes d'emploi et de croissance. Mais ça divise ! Et c'est normal que ça divise, parce que c'est un sujet qui est compliqué à traiter, parce qu'il est complexe. Et d'ailleurs, c'était intéressant. J'ai écouté ce matin Dominique Seux et Thomas Porcher, qui d'habitude ne sont pas d'accord sur grand-chose, et ceux-là, ils étaient d'accord, pour dire, attention, cette campagne est dangereuse.

Donc, qu'est-ce que ça prouve ? Ça prouve, un, qu'on fait évidemment bien de poser la question. Parce que le moment du Black Friday, excusez-moi, mais j'ai en discuté, si je peux me permettre de faire cette petite aparté, j'ai en discuté avec l'hôtesse d'accueil, en montant dans l'ascenseur, qui me dit, moi j'en ai marre d'être harcelé. C'est le mot qu'elle a employé, harcelé par la publicité qui nous pousse à surconsommer. Et juste avant cette interview, il y avait une publicité sur votre antenne, disant, vous avez un jour, une demi-journée, pour les mille premiers qui veulent changer leur cuisine. Bon, franchement, c'est de la surconsommation.

Qu'il y ait 50 ou 80 spots de l'ADEME qui disent, posez-vous la question, posez-vous la question avant...

9:37
Auditeur

C'est un peu plus que posez-vous la question, c'est je vous incite à ne pas acheter ce polo.

9:40
Pascal Canfin

Non, non, non, non, non, je vous incite à vous poser la question. Non, non, pas du tout, c'est est-ce que vous en avez vraiment besoin ? Il est des vendeurs, le monsieur, dans le spot. Et donc, moi, ce que je dis, bien sûr, des vendeurs, si les clients le veulent, ils proposent une alternative. Et ensuite, du coup, il oblige tout le monde à se poser la question. Et donc, je dis, aux consommateurs, aux citoyens qui nous écoutent, si vous voulez utiliser le Black Friday de pouvoir d'achat et acheter les cadeaux de Noël que vous auriez acheté plus cher, mais que vous aviez de toute façon l'intention d'acheter, profitez-en, c'est moins cher, c'est bon pour votre pouvoir d'achat, très bien.

Mais si vous êtes tellement soumis, tellement soumis à du matraquage publicitaire, voire à ce que je pourrais appeler du harcèlement publicitaire ces jours-ci, c'est insupportable. Et que du coup, vous êtes en train de craquer pour un truc au fond dont nous n'avons pas vraiment besoin. Mais prenez le temps d'y réfléchir parce qu'on ne peut pas dire d'un côté qu'il y a des problèmes de pouvoir d'achat et puis de l'autre côté dire c'est formidable cette surconsommation. Donc moi je pense que la campagne, elle pose un problème essentiel. Ensuite, Christophe Béchul a reconnu lui-même, je pense que ce qu'il manque à cette campagne, Le ministre de la Transition écologique.

Absolument, ce qu'il manque à cette campagne, c'est de cibler d'abord, non pas les petits commerçants de quartier qui sont les alliés de la transition écologique. C'est du local, ça peut être du circuit court, c'est de la réparation, etc. Mais au contraire, les grandes...

10:53
Présentateur

C'est le risque qu'ils aillent voter à l'extrême droite, disait Dominique ce tout à l'heure.

10:56
Pascal Canfin

Les grandes plateformes numériques. Donc moi j'attends la prochaine campagne de l'ADEME parce que je pense qu'elle est absolument pertinente sur le fond, mais sur Shine. D'accord ? Sur Shine, sur ces plateformes chinoises. Mais Bruno Le Maire parle de culpabilisation. Ça c'est insupportable. Culpabilisation, est-ce que vous acceptez le mot Pascal Coffin ? C'est insupportable sur le plan écologique Shine. Et donc je le dis aux auditeurs, j'ai des ados chez moi, je leur dis, n'allez pas acheter sur Shine. Et si vous avez les moyens de ne pas le faire, si vous n'avez pas les moyens, très bien.

Mais je pense que beaucoup, beaucoup de Français ont les moyens de ne pas aller sur Shine, d'acheter quelque chose qu'ils vont mettre deux jours et qu'ils vont ensuite mettre à la poubelle.

11:34
Présentateur

On a entendu votre appel à Boycott, mais qu'est-ce que vous répondez à Bruno Le Maire ?

11:38
Pascal Canfin

Bruno Le Maire, quand il parle de culpabilisation, est-ce que vous reprenez le mot à votre compte ? Non, il n'y a pas de culpabilisation. Il y a le fait de poser un débat de société. Et c'est très bien. Et combien de fois a-t-on entendu la critique sur l'action du gouvernement en disant « Ah, l'inaction climatique ». Et alors quand Christophe Béchut, qui, je rappelle, est proche d'Edouard Philippe, ce n'est pas un gauchiste de la première heure, pose enfin cette question, évidemment, je le soutiens. Il a raison.

12:01
Présentateur

On file au standard. Bonjour, Léonard.

12:03
Auditeur

Bonjour, monsieur.

12:06
Présentateur

Bonjour. Et vous avez une question pour Pascal Canfin ?

12:09
Auditeur

J'en ai deux petites. Je voulais d'une part savoir où est-ce qu'il se classait sur les chiffres politiques, si clairement il appartenait à la conciliation de la gauche ou pas. Et d'autre part, s'il estimait que la lutte contre le réchauffement climatique passait par le fait d'en finir avec le capitalisme, n'est-ce pas entendu que maintenant la corrélation entre le capitalisme et la fin de la vie en terre est avérée ? Merci.

12:31
Pascal Canfin

Pascal Canfin, qu'est-ce que vous répondez à Léonard ? Vous pouvez vous adresser à lui directement. Bien évidemment. Bonjour. Merci pour la première question. D'abord, je suis totalement dans la majorité présidentielle et dans l'action que nous menons pour construire une Europe puissance au Parlement européen. Précision, vous avez été membre d'Europe Écologie Les Verts,

12:48
Présentateur

vous avez été élu européen. Et j'ai quitté

12:51
Pascal Canfin

et j'ai rejoint la majorité présidentielle parce que c'est là qu'on transforme le réel. C'est là qu'on transforme l'Europe. Je pense que nous avons un bilan et on va y revenir. On a 6 mois, 7 mois de campagne devant nous pour rappeler le bilan de transformation européenne, le plan de relance qui a sauvé des centaines et des centaines de milliers de petits commerçants puisqu'on en parlait à l'instant en France et en Europe. C'est grâce à nous. C'est le plan de relance que nous avons fait voter au niveau européen et l'action à l'époque d'Angela Merkel et du président de la République Emmanuel Macron.

Je rappelle que le RN, Jordan Baldela, puisque je suis parlementaire européen comme lui, n'a pas voté le plan de relance qui a soutenu des centaines de milliers de petits commerçants. Donc là, chacun renvoyait à ses responsabilités. Quant à la grande question sur le capitalisme, moi, je ne le pose pas en ces termes. Pourquoi je ne le pose pas en ces termes ?

Parce que dans mon travail de parlementaire européen, je vois des entreprises privées, capitalistes, qui cherchent à faire du profit, qui sont totalement hostiles à la transition écologique et je vois des entreprises capitalistes qui cherchent tout autant à faire du profit, qui sont nos meilleurs alliés pour réussir la transition écologique. Et je pourrais vous donner un état d'exemple. On parle de l'économie circulaire grâce à ces spots, enfin, très bien, et à la réparation et au rang emploi et tout ça. Là, on vient de voter un texte majeur sur la réduction des emballages et des déchets. On a des entreprises qui ont été nos alliés pour aller vers une économie plus circulaire.

On a des entreprises de la grande distribution qui ont tout fait pour saboter ce texte. On a dans le secteur textile et de la grande distribution, on a des acteurs comme Carrefour qui nous ont aidés. On a des acteurs comme Maldonags qui ont essayé de tuer ce texte. Pourtant, Carrefour c'est une entreprise capitaliste et Maldonags c'est une entreprise capitaliste. Donc, je pense que ce n'est pas ça le bon curseur. Aujourd'hui, c'est qui joue vraiment le jeu de la transition et qui sont les adversaires de la transition, quel que soit leur statut juridique.

14:41
Auditeur

Et justement, dans le cadre de cette transition, vous avez regretté que le Parlement ait voté contre un texte qui visait à réduire l'utilisation des pesticides d'ici à 2030 par rapport à la période 2015-2017. Il a été rejeté par une majorité de députés de droite et de l'extrême droite. Comment vous expliquez, étant donné l'urgence climatique, qu'on puisse voter contre ce texte au Parlement ? Alors ça,

15:02
Pascal Canfin

il faut leur renvoyer la responsabilité, bien évidemment, mais surtout, je constate que le Green Deal avance partout dans le domaine de l'énergie. On est en train d'avancer de manière extraordinaire dans les énergies décarbonées. Dans le domaine de la mobilité, on a fait passer des textes sur les voitures zéro émission et cette semaine au Parlement européen sur les camions et les bus et les cars zéro émission. On est en train de changer totalement cette industrie. et on le fait de manière dépolarisée avec des majorités assez larges.

15:31
Auditeur

Et là, les pesticides ?

15:32
Pascal Canfin

Et le sujet, le sujet sur lequel nous n'arrivons pas à dépolariser, à trouver le chemin avec les agriculteurs, pas contre eux, mais pas non plus le statu quo, c'est l'agriculture. On n'y arrive pas. Donc, moi, je plaide par exemple pour des contrats de transition agricole exactement comme Roland Lescure vient de faire, le ministre de l'Industrie, les 50 contrats de décarbonation de notre industrie. Quelque chose de formidable. Vous savez que les 50 contrats de décarbonation qui ont été annoncés et signés cette semaine, c'est l'équivalent en termes d'émissions de CO2 des deux tiers des émissions de CO2 de toutes les voitures qui roulent en France sur 50 sites en France.

Eh bien, on va les décarboner avec eux. Et donc, il faut qu'on arrive à trouver ce chemin avec les agriculteurs parce que la polarisation, c'est la recette de l'échec.

16:18
Auditeur

Mais ça ne va pas être tout de suite.

16:20
Pascal Canfin

Malheureusement, je le regrette. Je suis le premier à le... Vraiment, je me suis battu comme un fou pour essayer de trouver ce chemin. Malheureusement, on n'a pas réussi et donc, on va remettre l'ouvrage sur le métier parce qu'évidemment, je ne renoncerai pas à ce qu'on trouve ce chemin mais je ne peux pas cautionner un texte qui aurait été du pur greenwashing.

16:34
Présentateur

On retourne au standard d'Inter, Pascal Canfin. Bonjour Eric.

16:39
Auditeur

Oui, bonjour.

16:39
Présentateur

Vous nous appelez Duvar.

16:41
Auditeur

Oui, je vous appelle Duvar. C'est très impressionnant d'entendre un député européen sûr de lui comme ça. Franchement, bravo. Reculade sur le glyphosate, reculade sur les pesticides, reculade sur les emballages. Dans six mois, c'est les élections européennes. Vous me conseillez de voter pour quel lobby ?

16:59
Pascal Canfin

Alors... Ça vous fait souhaiter. Merci pour votre question, Eric. Merci pour votre question. Sur les emballages, il y a eu des reculs, j'en j'évoquais un instant, directement issus d'une campagne de lobbying mensongère d'une entreprise qui s'appelle McDonald's. Et je n'ai aucun problème à le citer aujourd'hui parce que, comme je le disais, il y a d'autres entreprises qui au contraire nous ont aidés. Mais il y a tellement d'avancées dans ce texte. Tellement d'avancées. 100% des emballages qui seront mis sur le marché en 2030, c'est-à-dire dans sept ans, devront être 100% recyclables. Et en 2035, 100% recyclés. C'est une révolution pour une industrie qui pèse 350 milliards d'euros aujourd'hui.

On fait cette révolution dans une industrie, l'emballage comme on le fait pour les bus, pour les camions, pour l'énergie, etc. Ça, ça marche. Donc, il n'y a pas de reculade. Il y a eu une défaite directement liée à un lobbying mais de manière générale, le grand avancé. Et de nouveau,

17:48
Présentateur

une mauvaise image donnée de l'Europe qui s'occupe de l'emballage et ce n'est pas de l'Europe.

17:53
Pascal Canfin

Alors, le camembert, nous avons... Je plaisante, mais vous avez raison. C'est comme ça que la question a été perçue par beaucoup. Le texte couvre 350 milliards d'emballages, d'accord ? En termes d'euros, des millions de tonnes d'emballages et de déchets. La question qui a été médiatisée, c'est la boîte de camembert en bois. Je le regrette, mais néanmoins, nous avons, c'est moi qui l'ai déposé, cet amendement pour faire en sorte que, bien évidemment, bien évidemment, ce texte ne remette pas ni la boîte de camembert en cause, ni la boîte de Montdor, ni la boîte de Vacherin, ni la bourriche d'huître, et ni la boîte de Gorgonzola. Je vous fais la totale.

18:30
Présentateur

Il y a 300 ou plus fromages en France. Non, justement,

18:33
Pascal Canfin

il y en a 7 qui sont emballés dans des emballages en bois. Et comme c'est tellement petit, c'est très symbolique et très important, mais rapporté à l'échelle de tout ce qu'on fait, c'est tellement petit que ça avait échappé comme spécificité à la loi. Donc, je le rappelle, il n'y a jamais eu d'intention de l'Union Européenne de personne de sacrifier, de mettre fin à la boîte de camembert en bois et maintenant, grâce à un amendement qui est passé, les amoureux de camembert sont rassurés. Ils sont sauvés.

18:57
Auditeur

Mais là, Pascal Canfin, vous mentionnez avec beaucoup de transparence les lobbies, celui de McDonald's, le lobby avec l'école.

19:02
Pascal Canfin

C'est mon devoir démocratique de le faire.

19:04
Auditeur

Quand on voit l'influence justement de ces lobbies, y compris sur certains votes, vous comprenez que des électeurs puissent se dire non, pas la peine de se rendre aux urnes finalement puisque ce sont en partie les lobbies qui vont décider des décisions prises. C'est un Français sur deux qui vote aux élections européennes.

19:17
Pascal Canfin

Oui, c'est plus que les dernières législatives.

19:19
Auditeur

Oui, mais ce n'est pas beaucoup quand même.

19:20
Pascal Canfin

C'est-à-dire que là, je ne vous dis pas que c'est assez et on va évidemment faire en sortie... Vous vous entendez peu là. Ce que je veux dire, c'est l'idée selon laquelle les Français boudraient particulièrement les élections européennes et ne s'intéresseraient particulièrement pas l'Europe.

19:31
Auditeur

Un Français sur deux.

19:32
Pascal Canfin

Ce n'est pas vrai puisqu'ils ont voté encore moins aux dernières législatives. Donc ils boudent aussi les législatives. Évidemment, je ne vous dis pas que c'est bien, je vous dis juste que la réalité, c'est celle-là. Il n'y a pas de raison de dire particulièrement l'Europe. Par contre, on va évidemment se battre déjà pour que les gens s'inscrivent sur les listes électorales. Je le rappelle à tous ceux qui ne sont pas inscrits, vous avez jusqu'à la fin de l'année pour le faire. D'autre part, on va montrer les enjeux absolument fondamentaux, historiques de cette campagne et j'espère que ça mobilisera les électeurs.

Je le rappelle, on a eu le retour de la guerre en Europe et là, il y a eu deux camps. Il y a ceux qui ont soutenu Poutine et ceux qui ont soutenu l'Ukraine. Et ce n'est quand même pas tout à fait la même chose. Quand le Rassemblement National au Parlement européen vote contre l'aide financière à l'Ukraine, si les groupes équivalents au RN avaient gagné, s'ils avaient eu la majorité au Parlement européen, ça aurait donné quelle histoire ? Ça aurait donné l'effondrement de l'Ukraine il y a un an. C'est ça, c'est ça et il faut prendre conscience de ce que ça veut dire de l'extrême droite en responsabilité.

S'il y avait eu plus de députés d'extrême droite, il n'y aurait pas eu de plan de relance européen, pas d'investissement dans 750 milliards d'euros mis en commun. Qu'est-ce que ça voulait dire pour tous les commerçants qui ont été sauvés grâce à cet argent ? Ça voulait dire le rideau sous la porte, la clé sous la porte, pardon. C'est ça, c'est ça l'embranchement qui sera devant nous, ce choix historique qui sera devant nous aux élections européennes.

20:54
Présentateur

Le 9 juin prochain, il y a une urgence climatique, vous le savez mieux que personne, le gouvernement va présenter sa loi de programmation énergie-climat début 2024, janvier, février, on ne sait pas exactement, elle a déjà été repoussée d'un an. On se demande pourquoi attendre alors qu'on est vraiment face à une urgence cruciale. et l'objectif, c'est de sortir de la dépendance aux énergies fossiles, des énergies que vous avez qualifiées de produits meurtriers par le passé et cette consommation énergétique, elle dépend à 60% des énergies fossiles. Comment en faire, tout simplement ? Regardez, la même semaine,

21:31
Pascal Canfin

là aussi, je pense que c'est très important de montrer les choix politiques qui sont devant nous. Sur ce sujet de la dépendance au pétrole, la France a sorti avec du retard, je suis d'accord avec vous, parce qu'on a vraiment fait le travail et quand vous faites vraiment le travail, ça prend généralement un petit peu plus de temps que vous vous rendez une copie qui n'a pas beaucoup de sens. On a vraiment fait le travail pour documenter de manière extrêmement précise comment nous allons diviser par deux notre dépendance au pétrole dans les années qui viennent d'ici 2030. Diviser par deux, c'est ça l'objectif qu'on s'est fixé. Passer de 60% la totalité de l'énergie consommée, pétrole à 30%.

Et donc on le fait avec les renouvelables, avec le nucléaire, avec la sobriété énergétique, avec les énergies locales type le biomethane, avec la géothermie, etc. C'est tout ce panier de solutions puisque nous, nous sommes les seuls dans le champ politique français non pas à picorer des solutions quand ça nous arrange mais à faire toutes les solutions nécessaires pour sortir du pétrole. Le même semaine, j'ai là dans mon téléphone l'amendement du Rassemblement National sur la COP28 qui s'ouvre dans quelques jours. La phrase « diminuer notre dépendance au pétrole » a fait l'objet d'un amendement du Rassemblement National de Jordan Bardella pour le supprimer.

Et au fond, notre dépendance au pétrole, c'est notre dépendance à qui ? Eh bien à l'Arabie Saoudite, au Qatar, à l'Algérie. Et au fond, le Rassemblement National, ce sont les idiots utiles de ces pays et de ces régimes.

22:59
Auditeur

Pascal Canfin, le temps passe très vite donc c'est bientôt, on l'a compris, l'élection européenne. Qui sera la tête de liste Renew pour cette élection ? Parce qu'on sait qui ne sera pas. Thierry Breton a dit non, Bruno Le Maire a dit non, Elisabeth Borne a dit non. Personne ne veut y aller ?

23:12
Pascal Canfin

Je crois qu'on a fait un grand pas cette semaine dans le fait que Stéphane Séjourné, qui est le président de Renaissance, le président du groupe Prignot au Parlement européen, sera notre candidat à l'élection européenne. Je m'en réjouis, je le soutiens bien évidemment à 100%.

23:26
Présentateur

Et donc vous conjuguez au futur,

23:28
Pascal Canfin

pas au conditionnel, il sera la tête de liste ? Écoutez, il sera très probablement la tête de liste mais j'en ai discuté avec lui, on en a discuté cette semaine, il a envie d'y aller, il a envie de mener la bataille que je viens de décrire donc je pense qu'il est extrêmement probable qu'il soit la tête de liste de la majorité présidentielle. Bon, pas besoin de sous-titres en tout cas.

23:44
Présentateur

Merci infiniment Pascal Confin d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Bonne journée. Merci à vous.