A Giverny, Daniel Buren s’implante dans le domaine de Claude Monet
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Si vous passez par Giverny d'ici au 1er novembre, puissiez-vous tomber un jour de vent, qu'il fût ce vent comme un simple voile de brume, le soupir d'un dormeur, ou qu'il fût dur, autoritaire, les plantations de Daniel Buren n'en paraîtront que plus habitées. Bonjour Daniel Buren, merci beaucoup d'être avec nous dans les matins d'été. Est-ce que vous les avez-vous vus déjà tourner un jour devant vos plantations des jardins du musée des impressionnistes, votre toute dernière installation à Giverny ?
Oui, je les ai vus tourner quand on a fait les essais et je les ai même vus tourner très très très vite. Et là, depuis qu'on a fait l'ouverture, il n'y a pas de vent du tout. Donc il y a des souffles d'air tout doux et quand ce souffle arrive sur les éléments que j'ai plantés, alors ça tourne tout doucement et ça donne une impression très spéciale. Et j'ai qu'une hâte, c'est que le vent se lève un peu pour le voir tourner beaucoup plus vite.
C'est vrai que ça donne une espèce de rythme visuel, ces installations qui bougent tout doucement. Comment les décrire ? D'ailleurs, ce sont des grandes tiges de 5 mètres surmontées d'un grand cercle. Vous auriez peut-être mieux les mots que moi pour décrire cette installation ?
Oui, l'ensemble fait à peu près 4 mètres 70 sur une tige qui fait, je crois, à peu près 3-2 mètres 80, au-dessus de laquelle se trouve un grand cercle qui est mobile et installé sur un axe et donc sensible au vent. Ce grand cercle est coupé en deux dans le sens de la hauteur. Une partie est pleine et l'autre partie est entièrement vide, ce qui permet justement au vent de s'engouffrer dans ce cercle qui n'offre que très peu de résistance, qui permet que ça reste debout en cas de grand vent. Voilà. Et en fait, je n'ai jamais voulu faire des girouettes, mais il se trouve que ça ressemble à des girouettes.
C'est techniquement que ça a été une obligation pour pouvoir résister au vent une fois que ce serait installé. Donc voilà, pas des accidents, mais des nouveautés quand vous travaillez, qui arrivent comme ça et qui changent l'idée même qu'on se faisait du travail qu'on avait dans la tête.
À l'épreuve du terrain, des réalités physiques aussi, de l'endroit où vous installez vos œuvres. Cette installation-là, vous auriez pu la faire, Daniel Buren, dans le parc des Grands Causes, dans un vignoble Beaujolais, sur une plage bretonne. Vous l'avez installé à Giverny. Comment vouliez-vous jouer avec la géographie du lieu ?
En fait, à partir du moment où j'étais invité et qu'on m'a donné une carte blanche, a priori, c'était pour faire une exposition dans le musée des impressionnismes, et que j'ai d'ailleurs, qui existe, enfin on en parlera dans une seconde, je me suis dit que la chose qui me semblait la plus intéressante là-bas, c'était la disposition et comment fonctionne ce paysage, qui est un paysage très beau, et qui est aussi un paysage qui est, d'une certaine façon, figé, parce qu'une loi, d'il y a une cinquantaine d'années, a complètement protégé, on ne peut pas construire, ou quasiment rien, on ne peut pas enlever les arbres, on ne peut rien toucher. Enfin, le paysage est conservé.
Mais vous, vous avez pu faire des trous, quand même.
Oui, alors ça, ça a été la charge du musée de négocier avec les autorités, qui paraît-il était très sévère, parce qu'on avait, en fait, c'était même difficile de faire un tout petit trou, parce que les tiges qui s'enfoncent, elles font une dizaine de centimètres de diamètre, ce qui n'est pas un trou gigantesque fait dans cette colline, qui n'est d'ailleurs juste réservé aux moutons, quand il y en a.
Et ensuite, l'idée qui est arrivée pour essayer de travailler sur ce paysage, a été de construire, enfin, de façon tout à fait, je dirais, presque théorique, et avec un bout de papier et un crayon, sur le plan qui définissait entièrement le territoire de cette implantation du musée à Giverny, de faire une grille toute bête, comme on en fait des milliers dans l'architecture, et pas seulement dans la peinture, à la Renaissance, ils faisaient tous leurs agrandissements avec des grilles, donc c'est vraiment une méthode archi connue, de mettre cette grille sur le terrain, et de voir où passait cette grille aux intersections.
Donc j'ai fait une grille qui finalement fait exactement 10 mètres par 10 mètres, et les intersections ont été les points choisis pour faire cette implantation. Quand on avait cette grille, on peut la glisser sur un papier, donc on peut voir où est-ce qu'on tombe en plein sur une série d'arbres, ou je ne sais quoi, qui en interdit l'implantation, et bouger la grille pour arriver à quelque chose de plus facile à percer, et en tout cas à être visible. Une fois que ça s'est fait, nous avons monté toutes ces tiges, tous ces éléments qui font, en fin de compte, l'ensemble de ce qui est changé dans ce paysage, et qui, par contradiction d'une certaine façon, change le paysage.
Claude Monet plantait des fleurs à son époque dans ses jardins, vous plantez des girouettes, Daniel Buren, est-ce que vous êtes d'ailleurs un amateur de peinture impressionniste, parce qu'on en parle comme si c'était une évidence que tout le monde aime ? Vous, en l'occurrence, vous faites cette installation dans ses jardins, vous avez rencontré beaucoup de peintres dans votre vie, est-ce que, bon, les impressionnistes n'étaient plus là, mais est-ce que ça vous parle comme peinture ?
Comme tout le monde, on passe par des hauts et des bas avec l'histoire de l'art. Il y a très longtemps que je m'intéresse beaucoup, surtout, en fait, particulièrement à Claude Monet, qui, je pense, a été un des plus grands inventeurs dans le domaine artistique visuel de la peinture au XXe siècle. Et donc, je ne connais pas si bien que ça, mais je connais quand même son travail, je connais ses recherches sur les, par exemple, les variations sur un seul thème, qu'il a été un des tout premiers à mettre en œuvre, avec les fameuses cathédrales de Rouen, les meules de Foin, etc., etc.
Et bien sûr aussi sur son amour de la nature, et le fait qu'il ait dessiné plus ou moins un jardin, en partie, d'après ce qu'on sait, pour le peindre, c'est-à-dire pour faire son œuvre. Donc, savoir aujourd'hui si l'œuvre, c'est une partie du jardin ou les peintures qui en sont sorties, je crois que, bien sûr, l'œuvre, ce sont les peintures. Mais le jardin, d'ailleurs, dans tout ce que j'ai fait, n'est pas touché du tout, ni sa maison. D'ailleurs, il n'était pas question de le faire, mais donc, il y a sur le terrain, l'entièreté de ce terrain, la partie Claude Monet, là où il habitait, et ce qu'il a créé, n'est pas abordée du tout. Tout le reste, l'étant.
J'ai ce rapport, d'ailleurs, la seule indication, d'ailleurs, c'est le titre, plantation, évidemment, c'est un petit peu un mot qui veut dire aussi planter les fleurs ou planter les arbres, ce que lui a fait à peu près toute sa vie.
Et vous, vous en plantez des fleurs, Daniel Buren,
sur votre temps libre ? Non, sur mon temps libre, chez moi, oui, enfin, pas directement. Mais en tout cas, là, c'était une plantation, véritablement, sauf que ce sont des tiges en métal et que ce sont des cercles, des grands cercles qui tournent dans le vent.
Et Monet choisissait des fleurs aussi pour leurs couleurs, pour retoucher le paysage de la façon que lui voulait, avec les couleurs qu'il voulait, comme vous avez minutieusement choisi les couleurs de vos girouettes bleu, rouge, violet, jaune et noir que vous répartissez comme ça de façon régulière. Merci beaucoup, Daniel Buren, d'avoir été avec nous pour parler de votre toute dernière installation, Plantation Travaux In-Situ. C'est votre dernière création qui ondule doucement dans l'air léger de Giverny au Musée des Impressionnismes jusqu'au 1er novembre. Merci beaucoup.
Merci à vous. Merci beaucoup. Bonne journée. Au revoir.