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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 23 avril 2026 23 min

Soldats français tués au Liban, accord commercial Israël-UE... Le "8h30 franceinfo" de Jean-Noël Barrot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info. Bonjour Jean-Noël Barraud. Bonjour. Merci d'avoir choisi France Info, vous êtes ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonjour Mathilde. Bonjour Paul. La France rend donc hommage aujourd'hui au sergent-chef Florian Montorio, tué samedi au Liban dans une embuscade visant des casques bleus. Hier, l'un de ses compagnons d'armes, Anissé Girardin, a succombé à ses blessures. On écoute le lieutenant-colonel Kerman, second du 132e régiment d'infanterie cinotechnique de Suip dans la Marne, au micro France Info de Mathieu Bonnour.

0:29
Invité

C'est un enfant du pays qui est né à Reims. Ce sacrifice ultime, où il allait jusqu'au bout, ses camarades en sont forcément fiers et tristes.

0:37
Présentateur

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, qu'est-ce qu'on sait très simplement ce matin de ce qui est apparemment une embuscade ? Est-ce que vous confirmez ce terme qui a visé nos militaires de la force intérimaire des Nations Unies au Liban ?

0:48
Jean-noël Barrot

D'abord, permettez-moi de vous dire ce que je ressens. Ce que je ressens ce matin, après la mort de ces deux hommes, c'est de la tristesse, mais aussi de la colère. Tristesse parce que ces deux hommes, morts pour la France, laissent derrière eux des familles, des proches et des frères d'armes épleurés. Nous les pleurons avec eux. Mais aussi de la colère, parce que s'en prendre ainsi à des casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement titanifiables sur le terrain, c'est non seulement constitutif d'un crime de guerre, mais c'est aussi une atteinte portée à la communauté internationale tout entière.

Parce que c'est la communauté internationale qui donne mandat aux casques bleus, aux soldats de la paix. S'agissant des circonstances de leur décès, nous l'avons dit, c'est au cours d'une embuscade qu'ils ont été pris pour cible. Ils ont succombé à leur blessure. Tout laisse à penser que la responsabilité de ce crime incombe au Hezbollah. Nous avons exigé que les responsables de cet acte odieux puissent être arrêtés et traduits devant la justice. Et les autorités libanaises nous ont assuré qu'elles donnaient la priorité la plus élevée à cette enquête.

1:53
Invité

Sur ce point, quelles assurances vous avez de la part des autorités libanaises ? On sait que, par exemple, les explosions du port de Beyrouth en 2020, pour l'instant, restent impunies. Qu'est-ce que vous avez comme assurance qui puisse être traduit en justice ? Effectivement, les coupables de ces actes délibérés contre des casques bleus français.

2:10
Jean-noël Barrot

Il y a quelques heures après cet incident gravissime, le président de la République libanaise, mais aussi le Premier ministre, ont affirmé publiquement qu'il donnerait cette priorité absolue à l'enquête. Et cette semaine, c'est à Paris que le Premier ministre libanais a réitéré cet engagement. Est-ce que vous avez des nouvelles des deux autres casques bleus français blessés ? Je pense à eux et à leur famille. Ils ont été, comme vous le savez, rapatriés. Ils sont pris en charge et je leur souhaite un prompt rétablissement.

2:41
Présentateur

On sait que le 12 mars, un autre soldat français, l'adjudant-chef Arnaud Frion, a été tué en Irak. Est-ce que ces attaques sont liées entre elles ?

2:49
Jean-noël Barrot

Je ne crois pas, puisque dans le cas dont nous parlons ce matin, c'est la finule, c'est-à-dire les casques bleus qui étaient pris pour cible. C'est la France qui en a payé le prix.

3:02
Invité

Est-ce que, justement, quand nos soldats, nos casques bleus français de la finule sont pris pour cible, ils ont les moyens de riposter ?

3:09
Jean-noël Barrot

Ce qui est clair, c'est que jamais et en aucune circonstance, les casques bleus ne doivent être pris pour cible par aucun belligérant sur aucun théâtre d'opération.

3:18
Invité

Ce n'est pas la première fois.

3:19
Jean-noël Barrot

Ce n'est pas la première fois. Mais nous voyons que dans cet embrasement régional, souvent, les casques bleus au Liban se sont retrouvés dans le tir croisé des belligérants. Il faut le rappeler, c'est un crime de guerre que de s'en prendre à des casques bleus qui sont des soldats de la paix, qui sont là pour faire baisser le niveau de tension, pour limiter le niveau des hostilités, et dans le cas de la finule plus particulièrement, pour participer à un processus de paix permettant le désarmement du Hezbollah, le retrait d'Israël du territoire libanais et le retour des personnes déplacées.

3:53
Présentateur

On va prendre le temps de nous interroger sur la finule, mais quand vous dites sur Radio-J que la responsabilité de l'Iran, je vous cite, est tacablante, tacablante, est-ce que vous attribuez clairement ce matin sur France Info cette attaque à l'Iran ?

4:04
Jean-noël Barrot

Lorsque le 2 mars, le Hezbollah a entraîné une nouvelle fois le Liban dans cette guerre qu'il n'avait pas choisie, il l'a fait pour soutenir le régime iranien et ses attaques contre Israël. Et chacun connaît les liens étroits entre l'Iran et le Hezbollah. C'est d'ailleurs l'une des exigences que nous formulons, et en réalité l'une des conditions pour que la paix et la stabilité reviennent dans la région, c'est que l'Iran cesse de déstabiliser les pays de son voisinage par le soutien qu'il continue de fournir à des groupes combattants ou terroristes.

4:38
Invité

Est-ce qu'on espère sur l'attaque de samedi très précisément, savoir qui a tiré, comment ça s'est passé très concrètement dans cette attaque ?

4:47
Jean-noël Barrot

Non seulement on veut en avoir tout le détail, mais on veut surtout que les responsables soient punis pour les crimes qu'ils ont commis.

4:54
Présentateur

Quelles informations vous ont communiquées les autorités libanaises depuis ce double décès français ?

4:59
Jean-noël Barrot

Toutes celles dont elles disposaient. Leurs engagements à mener l'enquête jusqu'à son terme. Il y a ensuite des échanges d'informations par des canaux militaires qui ne m'appartient pas de détailler sur votre plateau.

5:10
Présentateur

Vous avez le sentiment que les autorités libanaises font le maximum ce matin ?

5:13
Jean-noël Barrot

Le niveau d'exigence qui est le nôtre est suffisamment élevé pour qu'elles fassent le maximum. Oui, je vous le confirme.

5:20
Invité

Vous avez mis en cause très précisément le Hezbollah. Est-ce que la France a été suffisamment ferme à l'égard du Hezbollah durant toutes ces années ? On sait qu'il y a eu une tradition de vouloir distinguer une aile politique d'une aile militaire. Là, aujourd'hui, il faut peut-être être plus ferme, plus directe contre le Hezbollah.

5:39
Jean-noël Barrot

Je crois que notre position est très claire depuis très longtemps. Et lorsque nous avons engagé des militaires français, auxquels je veux rendre hommage pour leur dévouement, leur professionnalisme, au Liban, pour mettre en œuvre ce processus de paix, c'est notamment pour atteindre le premier des objectifs, qui est le désarmement du Hezbollah, qui doit restituer ses armes à l'État liban.

6:00
Présentateur

Dans le cadre de la finule, je le rappelle, une mission de l'ONU déployée au sud du Liban pour surveiller le cessez-le-feu anti-Israël et le Liban et maintenir la paix. Et on va écouter l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, sur France Info, le 31 mars.

6:11
Invité

La finule est une organisation qui doit disparaître. Elle doit disparaître. La finule devrait quitter. Elle aurait dû quitter il y a longtemps. Elle devrait quitter immédiatement. Elle ne sert à rien, absolument à rien.

6:20
Présentateur

La finule, je le rappelle, a été créée en 1978. Or, son mandat expire le 31 décembre, à la fin de cette année. Quel bilan faites-vous de son efficacité ? Et qu'est-ce qu'elle a pour vous ? Quel est son avenir ?

6:30
Jean-noël Barrot

Quelle est la mission qui a été donnée à la finule ? Eh bien, c'est d'abord, comme vous l'avez dit, de surveiller le cessez-le-feu, mais pas seulement. C'est d'accompagner les forces armées libanaises dans le désarmement des milices, et en particulier du Hezbollah. Mais c'est aussi d'accompagner...

6:45
Invité

Avec quelle efficacité sur le désarmement du Hezbollah, justement ?

6:47
Jean-noël Barrot

C'est aussi d'accompagner le retrait d'Israël du territoire libanais, et la reprise en main du sud du pays par les forces armées libanaises.

6:56
Présentateur

C'est pas un échec quand on voit le désarmement qu'il n'a pas lieu et les Israéliens qui sont plus que jamais là.

7:00
Jean-noël Barrot

C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'un militaire français a été légèrement blessé il y a quelques jours, alors qu'il accompagnait un convoi d'aide humanitaire vers un village du sud. La présence de la finule a sans aucun doute permis de limiter les tensions. Est-ce que l'objectif a été atteint ? Eh bien non, puisque Israël aujourd'hui est présent sur le territoire libanais, violent son intégrité territoriale, et le Hezbollah n'est pas encore désarmé. Mais on ne peut pas tout demander à des casques bleus ou à une opération de maintien de la paix de l'ONU. Encore faut-il qu'il y ait la volonté politique de la part des partis au conflit ou aux différents pour pouvoir mener ce processus à terme.

Et donc quand j'entends l'ambassadeur israélien, j'ai envie de lui répondre que sans la présence, sans le courage, sans le dévouement des militaires français ainsi que des autres contingents de la finule, la situation au Liban serait sans doute infiniment plus grave qu'elle ne l'est aujourd'hui.

8:02
Invité

Mais justement sur le désarmement, est-ce que vous avez des résultats concrets ? Parce qu'on voit bien que ça ne fonctionne pas. Et comment est-ce qu'on peut concrètement venir à bout du Hezbollah sans provoquer de guerres civiles au Liban ?

8:14
Jean-noël Barrot

Écoutez, le désarmement du Hezbollah a fait ces derniers mois des progrès considérables. Pourquoi ? Et bien justement parce qu'une volonté politique très forte s'est exprimée au mois d'août dernier quand le gouvernement libanais a dit stop. Désormais, nous allons ordonner à l'armée libanaise d'engager le processus de désarmement du sud du pays. Tout le monde, y compris les militaires américains et israéliens, ont constaté des progrès. Ces progrès ont été brutalement interrompus. Quand ? Eh bien le 2 mars, lorsque le Hezbollah a décidé d'entraîner le Liban dans la guerre.

Je ne dis pas qu'on était au bout du travail, mais pour la première fois depuis bien longtemps, on voyait quelque chose se produire. On voyait les caches d'armes se vider. Et on voyait l'armée libanaise reprendre possession du sud du pays. Et malheureusement, ce processus a été interrompu par cette guerre que nous n'avons pas approuvée et à laquelle nous ne participons pas. Et notre souhait le plus cher, c'est que ce processus qui avait démarré puisse reprendre. Et c'est dans cet esprit que nous dialoguons avec les autorités libanaises, mais aussi avec toutes les parties prenantes.

9:21
Présentateur

On reste au Liban. On est dans un petit village chrétien libanais sur ce qu'on appelle la ligne jaune. Le maire s'appelle Anna Daer. Il est au micro France Info de Boris Loumagne et Alexandre Abergel.

9:31
Invité

S'il n'y a pas d'accord de paix, les Israéliens ne partiront jamais. On ne croit qu'aux négociations. Le Hezbollah a essayé de vaincre par les armes, mais il n'y est jamais parvenu. Au Liban, les problèmes ont toujours été résolus avec des accords, pas par la force.

9:45
Présentateur

Qu'est-ce que la France dit à Israël qui occupe le Liban et qui détruit des villages au moment où on se parle ?

9:50
Jean-noël Barrot

Ce que nous avons dit, c'est deux choses. La première, c'est que le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran devait couvrir le Liban. Et c'est un fait, ils couvrent le Liban. La deuxième chose que nous avons dite, c'est qu'il était illusoire de penser pouvoir désarmer le Hezbollah par l'usage exclusif de la force et qu'il était impératif que le gouvernement israélien engage un dialogue de haut niveau, le premier depuis des décennies, avec le gouvernement libanais et ces choses faites. Et je vais même aller plus loin.

Sans l'intervention de la France, il n'y aurait sans doute pas de cessez-le-feu aujourd'hui au Liban et il n'y aurait sans doute pas de discussion entre Israéliens et Libanais aujourd'hui à Washington. Ces discussions qui se font effectivement à Washington sans les Français. Sans l'intervention de la France, ces discussions n'auraient sans doute pas eu lieu. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que nous nous sommes mobilisés à tous les niveaux. Je vous rappelle que c'est le président de la République qui a informé le président Trump de la gravité des frappes massives qui ont ensanglanté le Liban lorsque Israël, en dix minutes, a lancé cent attaques qui ont fait plusieurs centaines de morts.

Et c'est mon déplacement à Beyrouth et à Jérusalem, à la mi-mars, qui a permis de passer aux deux parties le message qu'il fallait impérativement engager ce dialogue au plus haut niveau. Pour atteindre quoi ? Eh bien pour atteindre les objectifs qui sont le cessez-le-feu durable, qui est le désarmement du Hezbollah, qui est le retour des déplacés des deux côtés de la frontière, au nord d'Israël et au sud du Liban, et un règlement du différent qui oppose les deux pays depuis des décennies.

11:27
Invité

Le 8.30 France Info, Paul Larouturou, Mathilde Sirot.

11:33
Présentateur

Avec Jean-Noël Barraud, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, en ce 55e jour de guerre au Moyen-Orient, Mathilde, nous avons une dernière question sur le Liban avant de partir en Iran.

11:40
Invité

Oui, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, qui était à l'Elysée en début de semaine avec le président Emmanuel Macron. Il a lancé un appel à l'aide concernant la crise humanitaire. On l'écoute. Le Liban a besoin de 500 millions d'euros pour faire face à la crise humanitaire au cours des six prochains mois, alors que les contributions réunies à ce jour ne couvrent qu'une part limitée de ce besoin. Vous aviez annoncé, Jean-Noël Barraud, 17 millions d'euros d'aide humanitaire de la part de la France. Est-ce que la France serait prête à faire plus pour le Liban aujourd'hui ?

12:11
Jean-noël Barrot

Il faudra, en tout état de cause, faire plus. En matière humanitaire, mais pas seulement. Vous vous souvenez que le 5 mars dernier, nous devions accueillir à Paris une conférence internationale pour le soutien aux forces armées libanaises, pour qu'elles puissent désarmer le Hezbollah. Conférence qui a dû être reportée du fait de la guerre. Et nous avons marqué notre disponibilité pour organiser également une conférence sur la reconstruction du Liban, parce qu'il ne faut pas se tromper, l'escalade militaire à laquelle nous avons assisté, qui a été interrompue heureusement par ce cessez-le-feu, a provoqué des dommages extrêmement considérables au sud du pays.

12:44
Présentateur

Le Liban demande un demi-milliard. Combien va donner la France ?

12:47
Jean-noël Barrot

La France s'est mobilisée dès le premier jour. D'ores et déjà, plusieurs dizaines de tonnes d'aides humanitaires ont été envoyées sur place. D'autres suivront. Mais je le dis, c'est la communauté internationale tout entière qui doit aujourd'hui se mobiliser, à la fois sur le plan humanitaire, mais aussi pour la reconstruction et le soutien à l'État et aux forces armées libanaises.

13:06
Invité

Venons-en au volet diplomatique et à l'état des lieux entre les États-Unis et l'Iran. Donald Trump a assuré qu'une reprise des discussions était possible. Donc il y a le cessez-le-feu qui s'est prolongé depuis mardi soir, le double blocus à Hormuz qui se poursuit. Est-ce que, Jean-Noël Barraud, les négociations aujourd'hui entre Américains et Iraniens sont pour vous dans l'impasse ?

13:27
Jean-noël Barrot

Je crois qu'elles sont en tout cas souhaitables, puisqu'il faut pouvoir parvenir d'abord à écarter le spectre d'une reprise de la guerre qui emporte des conséquences très dangereuses pour l'économie mondiale, mais avec des conséquences dans nos vies quotidiennes, dans la vie de nos entreprises. Et puis par ailleurs, pour qu'on ne parvienne au plus vite à débloquer ce détroit, ces eaux internationales, qui ne doivent en aucune circonstance et par quiconque être bloquées. Les eaux internationales, c'est un patrimoine commun de l'humanité. La liberté de navigation doit être assurée, garantie.

13:59
Présentateur

Mais ce qu'on a dit, ça, c'est doublement bloqué. Donc qu'est-ce qu'on fait ?

14:02
Jean-noël Barrot

Vous l'avez peut-être remarqué, vendredi à Paris, le président de la République a réuni plus de 50 pays qui ont affirmé, d'une part, qu'il est inadmissible qu'un détroit puisse être bloqué, et qui ont marqué pour 16 d'entre eux, d'ores et déjà, leur disponibilité, avec des contributions concrètes, a participé à une mission internationale pour sécuriser le transit et le fluidifier.

14:27
Présentateur

Dont le déminage, qui est une question complexe.

14:28
Jean-noël Barrot

Pour fluidifier le transit des navires dès lors que le détroit aura été réouvert.

14:32
Invité

Appel solennel, mais pour l'instant, ça reste toujours bloqué. Donc qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Et est-ce que la France a le moyen de favoriser aussi la reprise des pourparlers entre Iran et Etats-Unis ?

14:42
Jean-noël Barrot

Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Eh bien, je vais vous le dire. Je pense que toute notre attention et notre énergie devraient être déployées à nous rendre nous-mêmes plus forts et plus indépendants pour n'avoir pas à subir dans nos vies quotidiennes les conséquences de guerre que nous n'avons pas choisies. C'est l'esprit du plan d'électrification qui a été présenté par le Premier ministre il y a quelques jours. Nous désensibiliser aux chaudières à gaz, nous désensibiliser aux véhicules thermiques pour que toute cette instabilité... C'est du long terme, mais... Et c'est maintenant que ça se prépare.

Ne reportons pas les décisions urgentes que nous devons prendre pour nous-mêmes en France et au niveau européen. Ces crises ont vocation à se multiplier. Cette instabilité à s'installer. Et donc il nous faut nous prémunir, nous protéger durablement contre ces conflits, contre les catastrophes naturelles aussi qui vont elles aussi se multiplier à l'échelle de la planète avec des effets qui peuvent se manifester jusque chez nous. C'est pourquoi notre projet d'indépendance et d'autonomie pour l'Europe doit être au centre de nos préoccupations aujourd'hui.

15:49
Présentateur

Le président américain embarque tout le Moyen-Orient et nous avec dans un conflit sans issue. Au moment où on en parle, était-ce une bonne décision ? Et quelle est pour vous la responsabilité de Donald Trump ?

15:59
Jean-noël Barrot

Cette guerre, nous ne l'avons pas approuvée, nous n'y avons pas participé. Nous avons dit au premier jour que ses buts étaient imprécisément définis et qu'elle s'écartait du droit international. Effectivement, les conséquences, chacun les voit aujourd'hui. C'est à la pompe, mais pas seulement. C'est des impacts sur les taux d'intérêt que nous avons à payer sur la dette publique française. C'est un impact sur l'économie mondiale qui, d'une manière ou d'une autre, va nous affecter.

Et c'est pourquoi, dans ce monde qui s'ouvre devant nous, où l'on voit la rivalité entre des nouveaux empires s'accentuer, et bien notre responsabilité, c'est de bâtir en France et en Europe les conditions d'un renforcement économique, militaire, diplomatique et d'une plus grande indépendance, pour nous prémunir contre les conséquences de ces conflits.

16:47
Invité

Au sujet d'Israël, l'accord d'association entre l'Union Européenne et Israël, un accord commercial, suscite évidemment beaucoup de critiques dans le contexte. Il est conditionné notamment au respect des droits humains, notamment à Gaza. L'insoumis Manuel Bompard était notre invité sur ce plateau mardi. Il a un message pour vous écouter. Je demande à la France de demander la suspension de l'accord commercial entre l'Union Européenne et Israël. Pour quelles raisons préciser ? Qui peut dire aujourd'hui que le gouvernement israélien ne respecte les droits humains ? Personne ! Est-ce que cet accord va être suspendu ?

17:18
Jean-noël Barrot

Vous le savez, la position de la France est claire là-dessus. La France reconnaît le droit d'Israël à l'existence et à la sécurité. On y est même indéfectiblement attaché. Cependant, nous condamnons l'action du gouvernement israélien à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Liban. Et si cette politique ne change pas, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Maintenant, j'entends Manuel Bompard et la France insoumise, qui ont comme objectif ultime la suspension de cet accord d'association. Notre objectif n'est pas de suspendre pour suspendre. Notre objectif, c'est que les choses changent et que le gouvernement israélien change sa politique.

Donc la France ne veut pas suspendre cet accord. À Gaza, qu'ils permettent l'accès de l'aide humanitaire. En Cisjordanie, qu'ils mettent fin à la colonisation illégale et à l'explosion des violences par les colons extrémistes et violents. Et je vous affirme que je plaide depuis un an pour que des sanctions soient prises à l'encontre des entités ou des individus qui sont responsables de meurtres de Palestiniens ou d'incendies en Cisjordanie, que ces sanctions européennes ont été bloquées depuis un an par un veto hongrois, veto qui pourrait être levé. Et je pense que nous parviendrons à prendre ces sanctions dans les prochains jours.

18:33
Présentateur

Donc on entend que la France ne veut pas suspendre cet accord. Par contre, vous êtes pour que les colons soient sanctionnés. Ce n'est pas ce que j'ai dit, Paul Laruturo. Je n'ai pas bien compris.

18:40
Jean-noël Barrot

Non, ce que j'ai dit, c'est que si le gouvernement israélien ne change pas sa politique, et notamment à Gaza et en Cisjordanie, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Mais c'est une décision qui sera prise au niveau européen, puisque vous le savez, c'est cet accord qu'il faut parvenir à trouver.

18:54
Présentateur

Il faut bien imiter. On sait que l'Allemagne et l'Italie bloquent. Donc même si la France le voulait, elle ne le pourrait pas forcément. Mais en vous écoutant, je ne comprends pas vraiment si la France le veut.

19:02
Jean-noël Barrot

L'indignation provoquée par les politiques menées par le gouvernement israélien, elle dépasse largement la France et même l'Europe. Et à moins que le gouvernement israélien n'en tire les conséquences, y compris au niveau européen, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était.

19:17
Invité

Vous évoquiez le veto hongrois de Viktor Orban. Sur un autre sujet également, ces vétos pourraient être levés. On pense donc à l'aide à l'Ukraine, ce prêt de 90 milliards d'euros qui a été voté, mais qui pour le moment a été bloqué par Viktor Orban, qui vient de perdre les élections, ainsi qu'un 20e paquet de sanctions contre Moscou, Moscou dont il est considéré comme proche. Est-ce que cette situation, ce déblocage du prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, c'est de nature vraiment à changer la donne à court terme sur le terrain pour l'Ukraine face à la Russie ?

19:51
Jean-noël Barrot

Bien sûr, parce que ça va mettre d'une part l'Ukraine à l'abri des difficultés financières pendant les deux ans qui viennent, et d'autre part, ça va lui permettre de poursuivre les négociations avec la Russie en position de force, puisqu'elle disposera de ses ressources. Je rappelle que c'est un prêt de 90 milliards d'euros qui est consenti par l'Europe. Nous sommes prêts à libérer les premières tranches dès la mi-mai, dès lors que l'accord définitif est trouvé, ce qui devrait intervenir dans les prochaines heures ou dans les prochains jours, grâce à la levée du veto hongrois.

Et je le rappelle, ce prêt consenti par l'Union Européenne sera remboursé lorsque la Russie versera les réparations de guerres qu'elle doit à l'Ukraine, après avoir conduit depuis plus de quatre ans cette guerre coloniale injustifiée et injustifiée.

20:37
Présentateur

Je vais vous demander si c'est possible d'être concis, parce qu'on a encore des questions importantes à vous poser. L'écrivain franco-algérien Kamel Daoud, chroniqueur au journal Le Point, a été condamné en Algérie à trois ans de prise en ferme à cause de son roman sur la guerre civile. Quelle est la réaction de la France et quelles protections concrètes pouvez-vous lui apporter aujourd'hui ?

20:52
Jean-noël Barrot

Kamel Daoud est un grand écrivain. Je déplore qu'il puisse être condamné, ou que ce soit d'ailleurs pour avoir écrit un livre. Il est résident en France, il n'a aucune raison d'être inquiété.

21:03
Présentateur

Avez-vous des nouvelles de Christophe Glees, notre confrère français détenu en Algérie ?

21:06
Jean-noël Barrot

Nous continuons à nous mobiliser pour obtenir sa libération, en lien étroit avec sa famille, dont je veux saluer la grande dignité. Un tout petit mot de politique, on n'a pas le temps mais on le prend deux secondes.

21:15
Présentateur

L'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a créé la controverse cette semaine après des déclarations sur la politique migratoire espagnole. Il veut, je cite, mettre l'Espagne au banc des nations européennes. Qu'en avez-vous pensé ?

21:24
Jean-noël Barrot

L'Espagne est un grand pays avec un grand peuple qui n'a pas vocation à déménager. Il restera notre voisin. Et je ne me souviens pas avoir entendu le président des Républicains s'émouvoir lorsque Georgia Meloni, en Italie, a pris exactement la même décision.

21:36
Invité

Il est 8h57, c'est l'heure de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux, la question qui met à l'épreuve la transparence aujourd'hui. Vous le savez, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, la HATVP, a publié cette semaine les déclarations d'intérêt et de patrimoine de tous les ministres du gouvernement. Donc c'est la loi et la tradition à chaque fois qu'il y a un nouvel gouvernement. Donc nous connaissons la vôtre. Vous avez un des trois plus hauts patrimoines du gouvernement. Qu'est-ce que vous pensez, Jean-Noël Barraud, de cette transparence ?

22:07
Jean-noël Barrot

Je pense qu'il est sain qu'il puisse y avoir une transparence sur le patrimoine des responsables politiques pour veiller à ce qu'ils ne s'enrichissent pas, notamment dans l'exercice de leur mandat. En revanche, je crois que c'est sur ce qu'ils font qu'ils doivent être jugés, pas sur leur patrimoine ou sur ce qu'ils ont. Trop de transparence, vous diriez ? Je pense que la transparence est bonne et qu'elle est nécessaire. Mais l'objectif de ces déclarations et de leurs publications, c'est d'abord et avant tout de veiller à ce que les obligations déontologiques qui s'appliquent aux membres du gouvernement soient bien respectées.

22:37
Présentateur

Merci Jean-Noël Barraud d'avoir été dans le 8h30 de France Info. Merci Mathilde. Non seulement on vous retrouve demain, mais surtout on vous lit dans les pages du Point dans un instant. Les informer avec Renaud Delis. A tout de suite sur France Info.

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