Retraites, impôts : Quel est la stratégie du RN pour éviter la faillite du pays ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve. Toujours avec Louis Eusalter du Figaro, avec Jean-Michel Salvatore, nous recevons Laurent Jacobelli, député de Moselle, porte-parole du Rassemblement National, et c'est Jean-Michel Salvatore qui pose la prochaine question. Je vais continuer sur les projets économiques de Marine Le Pen. Si elle est élue, est-ce que vous n'avez pas peur de trouver une situation économique absolument catastrophique qui vous empêchera de faire quoi que ce soit, parce que vous serez obligé de vous attaquer immédiatement au déficit ?
Est-ce qu'il n'y a pas quand même cette inquiétude que l'agenda du futur président ou de la future présidente sera uniquement dicté par la question de la dette et des déficits ?
Pour répondre au début de votre question, que l'État des finances publiques françaises soit au bord de la faillite, c'est pour nous une certitude. Donc on s'y attend. On s'y attend et on s'y prépare. Pour autant, il y a des urgences dans notre pays. On est un pays où plus aucun entrepreneur n'a envie de créer une entreprise. On est un pays où on a peur de voir son gamin sortir le soir. On a vu tous les crimes qui ont eu lieu ces derniers temps. On est un pays qui a peur de perdre sa culture. Donc il y a des urgences. Ce qu'il va falloir faire, c'est gérer en bon père de famille et revoir l'ordre des priorités.
Là où l'argent n'est mal investi, où ne sert à rien lorsque l'État le met sur le marché, il faut arrêter. Il faut, par exemple, fermer un certain nombre d'agences. Il faut arrêter avec le coût de l'immigration. Il faut baisser la contribution au budget européen.
Est-ce qu'on va vous laisser faire ? Est-ce qu'il n'y aura pas des cadenas de juridiction comme le Conseil d'État, le Conseil constitutionnel,
qui va vous dire qu'on n'avait pas le droit de fermer ces agences ? Il y a une situation d'urgence. Sinon, notre pays va être en voie de paupérisation et de sous-développement. Nous n'aurons plus les moyens d'avoir une police, nous n'aurons plus les moyens d'avoir un système social, plus rien. On va arriver au 6% du PIB pour la dette. Donc, il y a une urgence. Mais, une fois encore, le problème, ce n'est pas le manque de moyens. Parce que, je le répète, nous sommes les champions des recettes fiscales et les champions de la dette. Donc, les moyens, il y en a. Et de la dépense sociale. Ce sont les dépenses qui font peur, là où elles sont investies.
Et le résultat, pour l'instant, on a une partie des éléments. Et je suis persuadé que, lorsque nous arriverons aux affaires, on découvrira beaucoup de cadavres dans les placards.
Oui, mais la dépense qui s'envole, c'est la dépense sociale. Et c'est celle qui augmente le plus ces dernières années. Est-ce que, par exemple, des mesures comme une sous-indexation des pensions de retraite ou des allocations sociales pourraient faire partie d'un programme d'urgence ? Je reprends votre mot. Ce sont des propositions qu'on entend dans le bloc central, par exemple.
Non, parce que, moi, j'entends aussi par facilité que certains vont s'en prendre aux retraites.
Bon.
Mais, le problème des retraites, ce n'est pas que nos retraités n'ont pas assez travaillé, ce n'est pas qu'ils ne soient pas sympathiques, ou ce n'est pas qu'ils gagnent trop. Loin s'en fout. Le problème de nos retraites, c'est qu'en France, un jeune a son premier emploi stable à 27 ans. C'est 23 ans en Allemagne. 4 ans de cotisation en moins. Le problème, c'est que 4 traitées sur 10 arrivent à la retraite en étant déjà chômeurs ou en assurance maladie. Donc, il faut aller travailler là.
Sur les jeunes et sur les emplois des seniors.
Et sur les seniors, pour renflouer les caisses. Baisser les impôts, baisser les normes pour les entreprises. Arrêter avec les impôts de production qui sont injustes. Ça veut dire relasser l'activité économique. Ça veut dire créer de l'emploi. Et plus il y a d'emplois, plus il y a de cotisations. C'est par ce bout-là qu'on veut reprendre le problème. Sinon, c'est une solution de facilité. Et vous savez, créer des pauvres ne va pas faire la richesse du pays.
Et vous ne désindexez pas non plus les prestations sociales. Elles seront maintenues, indexées sur l'inflation, elles augmenteront tous les ans. Les prestations sociales.
Il y a de bonnes prestations sociales. Quand un d'entre nous se retrouve sur le bord du chemin, nous sommes une nation, on lui tend la main, on protège et on le remet en cycle. D'accord ? Par contre, quand quelqu'un arrive en France sans avoir le droit d'y être et réclame de l'aide sociale, pour nous c'est non. Quand il y a de l'abus et de la fraude, pour nous c'est non. Nous n'aurons aucune tolérance avec les retraités de 162 ans qui ne vivent pas en France ou les gens qui n'ont pas de boulot, qui sont dans la misère avec 6 000 euros par mois. C'est clair ?
Alors, venons-en aussi à vos concurrents, puisque la campagne a véritablement commencé aujourd'hui avec ce déplacement à la flèche où effectivement des antifas se sont glissés dans la main de la station et ont écourté la déambulation qui devait durer une heure et demie et qui a duré 45 minutes. Je regarde les critiques à gauche. Monsieur Attal parle de guérilla, de rhétorique trumpienne dans la démarche de Marine Le Pen. Tandis qu'Edouard Philippe, le patron d'Horizon, candidat à la présidentielle, estime que Marine Le Pen entraînerait tout aussi vite le pays à la ruine que Jean-Luc Mélenchon. Écoutez-le, il était sur France 2 hier soir.
Je veux proposer aux Français d'éviter de vivre le cauchemar que constituerait au second tour de l'élection présidentielle un choix entre M. Mélenchon et les délires ethnico-communautaires qu'il propose, la faillite collective dans laquelle il nous entraîne et Mme Le Pen qui propose un retour en arrière sur tous les éléments économiques qui, à mon avis, entraînerait le pays tout aussi vite dans une forme de ruine. Je pense qu'un très grand nombre de Français veulent éviter ce face-à-face cauchemardesque. Et je les appelle à faire le bon choix. Laurent Jacobelli, est-ce que ça va être une guerre de narratifs ?
Vous venez de nous préciser quelques points stratégiques, économiques de la campagne de Marine Le Pen. Vous voyez Édouard Philippe. Je regarde le sondage, effectivement. Marine Le Pen est à 36% selon IFOP pour le Figaro que vous venez de nous livrer. Louis Ouzalter, Édouard Philippe est à 19%. Il perd un point, elle en gagne 4%. Mais est-ce qu'on va continuer comme ça dans une super guerre de narratifs ? Je ne dis pas que ça n'a pas existé dans les campagnes présidentielles d'avant. Mais là, on a l'impression que c'est vraiment mot contre mot.
En tout cas, nous, ce n'est pas l'option que nous avons choisie. Nous, on veut faire une campagne optimiste avec des propositions. Parce qu'on l'a dit tout à l'heure, la France va très mal. Elle est proche du mur. Pour autant, elle n'est pas intrinsèquement foutue. Quelle couleur, le mur ? C'est une référence maison.
C'est une référence maison. Fait à son âme, cher Jean-Pierre. Bon.
Vous m'avez trouvé. Je viens de trouver la référence à Jean-Pierre Elkabach. C'est ça ?
Oui, avec André Valigny, qui était ministre de la réforme territoriale.
Donc, le constat est effectivement très dur. En revanche, on pense qu'il y a tout chez nous pour réussir. C'est simplement qu'on est mal gérés. Donc, c'est un programme optimiste que nous allons sortir. Moi, j'entends les leçons d'Edouard Philippe, qui veut éviter à tout prix que la France s'effondre. Mais à ce moment-là, il ne fallait pas qu'il soit Premier ministre. Parce que la France qu'il nous décrit, c'est la France d'Edouard Philippe, en fait. Il a été Premier ministre d'Emmanuel Macron. Il a été l'homme des 80 km heure. Il a été l'homme qui a lancé les gilets rouges de les gilets jaunes dans la rue.
C'était les brûlés rouges. Les brûlés rouges de les gilets jaunes. En tout cas, il a suscité ce soulèvement de la population.
En augmentant par deux fois les taxes sur l'essence. Honnêtement, son bilan est assez affreux et assez symbolique de la Macronie. Donc, moi, ces donneurs de leçons qui ont tout raté, les losers qui viennent donner des cours magistraux, honnêtement, ça ne m'intéresse pas, ça ne nous intéresse pas. Les losers ? On va s'adresser directement aux Français. Les losers ? Ah oui, c'est ce qu'il est. Votre mot est fort. Edouard Philippe est un loser ? Son bilan est catastrophique, donc oui, il a échoué.
Autre réaction chez les LR, cette fois-ci. Othmane Nassrou, secrétaire général des Républicains, dénonce une hypocrisie de Marine Le Pen, il était sur CNews.
On va encore traîner cette affaire tout au long de la campagne. À n'importe quel moment, le débat peut être pollué. Et je pense qu'on a besoin d'un vrai débat de fond désormais. On attendait le 7 juillet pour enfin que cette campagne démarre projet contre projet. On va encore être pollué pendant des mois. C'est sa liberté. Elle a le droit d'être candidate. Et puis le revirement. Je vous rappelle qu'on a là quelqu'un qui n'a cessé pendant 40 ans de donner des leçons de probité à tout le monde, qui était pour l'inéligibilité à vie des élus qui sont condamnés. Et là, pas de problème. Et là, pas de problème.
Je dis à Othmane Nassrou, vous valez mieux que ça. Je vous ai entendu sur les plateaux, vous critiquez le laxisme, le manque d'autorité, le manque d'ordre dans ce pays. Vous en avez marre que les entreprises soient asphyxiées. Donc vous pouvez parler d'hypocrisie. Mais j'ai l'impression que c'est lui qui y est aujourd'hui, qui est dans l'hypocrisie. Il est secrétaire général d'un mouvement LR. C'est celui qui dit qui est ? Il est secrétaire général d'un mouvement LR qui se dit être dans l'opposition, mais qui participe au saccage macroniste. Donc il y a un moment, c'est incompréhensible, et c'est tout le problème de M. Retailleau. Je ne sais pas s'il est sincère ou pas, M. Retailleau.
Mais enfin, il a choisi les mauvais alliés. Parce que s'ils sont pour la sécurité, s'ils sont pour moins d'impôts, il ne fallait surtout pas aller avec Emmanuel Macron.
Pour l'instant, il n'a pas choisi d'allié, il est tout seul.
Oui, il est tout seul. Il risque d'être vraiment tout seul, tout seul. Y compris dans les urnes, si jamais il va au bout.
Oui, enfin, moi je me souviens d'un Jacques Chirac qui était tout seul en 1994 aussi.
Oui, enfin, vous faites beaucoup de cas de M. Retailleau en le comparant à Jacques Chirac, je crois.
On regarde juste des trajectoires politiques différentes.
Oui, Jacques Chirac, je crois, n'a jamais participé à un gouvernement socialiste. Mais M. Retailleau, aujourd'hui...
Non plus, vraiment, on peut continuer quand même longtemps.
Est-ce que vous surjouez pas un peu les différences avec M. Retailleau ? Parce que sur plein de sujets, vous êtes d'accord quand même ? Il y a différence de programme, bien sûr, mais enfin, quand vous voulez...
Vous voulez rétablir le travail, vous voulez stopper l'immigration. Il y a quand même pas mal de points communs avec Bruno Retailleau que vous dézinguez encore à l'instant.
D'accord, mais quand vous voulez manger des fruits, vous n'allez pas dans une boucherie. M. Retailleau, lui, voudrait plus d'ordre, moins d'immigration et une économie un peu libérée. Et il va avec Emmanuel Macron. Mais il ne sait plus le cas. Il s'est trompé, il n'est pas crédible. Il est juste pas crédible.
Il a essayé de faire quand même quelque chose avec l'immigration et avec les OQTF et avec l'Algérie. Absolument pas, absolument pas. Il a raté.
Il a participé à un gouvernement Macron.
Il a dit qu'il n'était pas macroniste alors qu'il était encore membre du gouvernement. Pardonnez-moi.
Il a battu le record de migrants légaux pour un ministre de l'Intérieur. Chapeau balle artiste. Moi, si vous voulez faire confiance à ce monsieur pour gérer le pays, moi pas. En revanche, ses électeurs, ses soutiens, s'ils veulent travailler avec nous et nous rejoindre, ils sont les bienvenus.
Vous avez dit la campagne se passera bien. Mais quand on voit aujourd'hui à la flèche dans la Sarthe, le bain de foule de Jordan-Bardella et Marine Le Pen est courté parce qu'il y a une contre-manifestation, est-ce que vous ne pensez pas qu'il y a un risque dans cette campagne d'un syndrome François Fillon qui lui avait des manifestants avec des casseroles à chacun de ses déplacements ? Est-ce que vous ne pensez pas que ce feuilleton va perturber la campagne, y compris sur le terrain ?
Non, parce qu'on est là face à un phénomène qui n'est pas lié ni à Marine Le Pen ni à Jordan-Bardella, mais qui est lié à la France insoumise, qui refuse l'idée même de démocratie. Vous ne pensez pas comme eux, vous vous exprimez différemment, vous n'avez pas le programme, alors vous ne devez pas parler. Ce fascisme rouge qui est en train d'envahir la vie politique, qu'on a subi à l'Assemblée nationale, avec des bagarres, avec le gang Traoré en haut qui menaçait, et avec la France insoumise qui a eu un comportement ignoble vis-à-vis de la présidence de Séance, ces gens ne connaissent que le chaos, mais on ne va pas se laisser dicter notre politique par des punca-chiens.
On va continuer à aller sur le terrain, on va continuer à les convaincre, et je leur dis, vous ne nous faites pas peur !
Entre les douzeurs et les punca-chiens, franchement, on est servi, c'est vrai ! Vous bien reconnaissez que les punca-chiens, ils ont empêché la dérogulation d'aller au bourri, ça a marché !
Et je ne lui jette pas la pierre, je pense que le préfet a sous-estimé ce qui se passait, que les manifestants étaient beaucoup trop près des gens qui sont venus voir Marine Le Pen et Jordan Bardella, et je suis persuadé que cette erreur ne se fera pas deux fois.
Moi, je suis très inquiet, je vais vous dire, de voir que dans ce pays, il y a un mouvement qui ne supporte plus la démocratie, qui ne supporte plus la contradiction, qui a des paroles racistes à longueur de journée, qui ne voit les gens qu'à travers leur sexualité, leur origine, ou leur couleur de peau, et que ces gens-là sont extrêmement nuisibles à la démocratie, et j'espère que la tolérance dont fait preuve la droite et le centre envers eux, tout simplement parce qu'ils sont de gauche et parce qu'ils font du bruit, ne durera pas plus longtemps.
Merci beaucoup Laurent Jacobyli, et merci de ne pas me jeter la pierre, j'étais à deux doigts de m'énerver. La livre en tête, c'est tout l'été sur Europe 1, 22h15, 1h, vous retrouvez Valérie Darmon, si vous souhaitez témoigner, bien sûr, 0182 39 21, l'appel est non surtaxé. A tout de suite dans les débats de Europe 1 soir.