Lionel Jospin, un personnage à part de la politique française - C à Vous - 03/09/2020
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Je vais essayer de souligner quelques-unes de vos singularités, M. Jospin.
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La première, c'est votre réserve et votre rareté.
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Quant au soir du 21 avril 2002, vous annoncez votre retrait définitif de la politique.
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Deuxième singularité, votre rapport aux médias.
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Vous êtes aussi le premier leader à avoir accepté le débat face à Jean-Marie Le Pen.
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Mais votre plus grande singularité réside encore dans l'exercice du pouvoir.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Dans le comité directeur du Parti communiste qui sort de la scission, sur 28 membres, il y a deux ouvriers, Georges Marchais. »
- 1:46InvitéFait
« et dans le comité directeur du Parti socialiste, il n'y en a pas. »
- 1:49Invité politiqueFait
« Peut-être, mais moi je travaillais aujourd'hui, je travaillais aujourd'hui et je faisais mes cours »
- 1:52Invité politiqueFait
« et je crois, cher Georges Marchais, que ça fait 30 ans que vous n'êtes plus ouvrier. »
- 1:57Invité politiqueFait
« Et un ouvrier, pour moi, c'est quelqu'un qui travaille en usine, ou quelqu'un qui peut dire qu'il a passé la majeure partie de sa vie en usine, ce qui n'est pas votre cas. »
- 3:24PrésentateurChiffre
« 900 000 chômeurs de moins et des réformes qui ont marqué la société. »
- 3:27PrésentateurFait
« 35 heures, emploi jeune, prime pour l'emploi. »
- 4:17Invité politiqueFait
« J'ai le regret de constater que l'insécurité a progressé pendant ces cinq années, pas d'ailleurs de façon continue. »
- 4:39Invité politiqueChiffre
« Nous avons nommé plus de policiers, plus de magistrats, plus d'éducateurs. »
- 4:43Invité politiqueFait
« si on fait reculer le chômage, on va faire reculer l'insécurité. »
- 5:10Invité politiqueFait
« Je suis le seul Premier ministre qui n'a pas été élu, qui n'a pas été nommé après une élection présidentielle. »
- 5:19Invité politiqueFait
« nommé par les électeurs, après une dissolution, vous vous souvenez, et imposé de façon républicaine au président de la République de l'époque, Jacques Chirac. »
Temps de parole
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Je vais essayer de souligner quelques-unes de vos singularités, M. Jospin. La première, c'est votre réserve et votre rareté. Quant au soir du 21 avril 2002, vous annoncez votre retrait définitif de la politique. Beaucoup à gauche, n'y croit qu'à moitié. Retrait d'accord définitif, c'est à voir. Il y eut bien, on vient de le voir, un tour de piste en 2006. Vous étiez disponible pour la présidentielle à venir, mais vous n'avez pas insisté. Et finalement, parole tenue, le coup de tenaire de 2002 n'était pas un simple coup d'éclat. Parce que vous êtes l'un des rares à ce niveau, à savoir qu'il y a une vie, à avoir eu une vie, une autre vie, en dehors des palais nationaux et des sièges de partis.
D'ailleurs, ce retrait, vous l'aviez envisagé presque 10 ans plus tôt, en 1993, quand vous perdez votre siège de député de Haute-Garonne. Déjà, vous voulez arrêter, vous sollicitez un poste d'ambassadeur auprès de votre administration d'origine, le Quai d'Orsay, mais le ministre ne donne pas suite. C'était Alain Juppé, celui-là même, qui vous a remplacé l'an dernier au Conseil constitutionnel. Deuxième singularité, votre rapport aux médias. Vous ne cherchez pas la lumière, vous détestez le clinquant, la poudre aux yeux et tout ce qui brille face aux caméras. 2002, vous vous déclarez par fax.
Pourtant, c'est un débat télévisé qui vous fait connaître en 1980, alors que vous n'êtes que l'un des secrétaires nationaux du PS. Un dossier de l'écran sur l'union de la gauche et les 60 ans du Congrès de Tours, qui vous met face au chef du Parti communiste, redoutable Georges Marchais, qui pense vous attraper en trois bouchées et à qui vous clouez le bec.
Dans le comité directeur du Parti communiste qui sort de la scission, sur 28 membres, il y a deux ouvriers, Georges Marchais. Alors vous dites que ce parti va être dirigé par des ouvriers.
Oui, il va devoir être dirigé par des ouvriers. Mais aujourd'hui, dans le Parti communiste français, il y a 50% dans le comité central d'ouvriers et d'employés, et dans le comité directeur du Parti socialiste, il n'y en a pas.
Peut-être, mais moi je travaillais aujourd'hui, je travaillais aujourd'hui et je faisais mes cours, et je crois, cher Georges Marchais, que ça fait 30 ans que vous n'êtes plus ouvrier. Et un ouvrier, pour moi, c'est quelqu'un qui travaille en usine, ou quelqu'un qui peut dire qu'il a passé la majeure partie de sa vie en usine, ce qui n'est pas votre cas.
30 ans que vous n'avez pas été en usine, c'était bien trouvé. Vous êtes aussi le premier leader à avoir accepté le débat face à Jean-Marie Le Pen. C'était sur RTL en 87, avec là aussi une formule pour résumer la pensée sociale du FN, mort au faible. Mais votre plus grande singularité réside encore dans l'exercice du pouvoir. 97-2002, record de longévité inégalé pour un Premier ministre de gauche, parvenu de surcroît à gouverner avec toute la gauche, du moins jusqu'au moment où Jean-Pierre Chevènement s'est mué en opposant. Mais surtout, cohabitation oblige, vous avez été le Premier ministre le plus puissant de la Ve République.
Aucun autre n'a pu diriger le pays à sa guise pendant 5 ans sans obéir aux injonctions présidentielles. Jacques Chirac, réduit à son précaré diplomatique et au ministère de la Parole, ne vous a, je crois, empêché en rien. La France était dans une forme, au fond, de régime parlementaire. Le paradoxe, c'est que grâce à vous, ou à cause de vous, ça n'arrivera plus jamais. Dans le système actuel, aucun autre Premier ministre n'aura les mains aussi libres que vous les avez eues, puisque le quinquennat que vous avez fait adopter et l'inversion du calendrier électoral, présidentiel puis législatif, a enraciné la prééminence élyséenne et effacé l'éventualité d'une cohabitation.
Il n'y aura pas d'autre Lionel Jospin. Je ne reviens pas sur le bilan. Vous êtes l'un des rares dirigeants depuis 40 ans à pouvoir vous prévaloir d'un bilan économique plutôt flatteur. 900 000 chômeurs de moins et des réformes qui ont marqué la société. 35 heures, emploi jeune, prime pour l'emploi. Bilan qui ne vous a pas préservé d'une défaite électorale, mais c'est une autre histoire. Le bilan reste. Autre singularité aussi, une certaine idée de la politique, disons exigeante et respectueuse, moralisatrice et raide, disent vos détracteurs. Mais cette conception-là, avec des principes et des convictions, n'est pas la chose la mieux partagée dans le paysage actuel.
Enfin, deux traits de caractère parmi d'autres. L'autorité, il en faut, et la franchise. Longtemps sur les plateaux, je vous ai observé répondre méthodiquement aux questions qui vous étaient posées. Ce qui fait que souvent, c'était long et que parfois, c'était maladroit. La franchise est une grande qualité humaine, mais un gros handicap politique. Surtout quand vous admettez en pleine campagne que votre projet n'est pas socialiste ou quand vous vous livrez à une autocritique publique sur un sujet central.
J'ai le regret de constater que l'insécurité a progressé pendant ces cinq années, pas d'ailleurs de façon continue. Et en outre, c'est une tendance qui avait commencé avant nous, mais enfin, nous ne l'avons pas fait reculer. Et moi, j'ai péché un peu par naïveté. Non pas par rapport à l'insécurité, j'étais très conscient qu'il fallait mobiliser des moyens contre. Et nous l'avons fait d'ailleurs. Nous avons nommé plus de policiers, plus de magistrats, plus d'éducateurs. Mais au fond, je me suis dit, peut-être pendant un certain temps, si on fait reculer le chômage, on va faire reculer l'insécurité.
J'ai péché par naïveté. C'est votre dernière singularité, Lionel Jospin, moins singulière car partagée par d'autres politiques. C'est d'avoir été bon au pouvoir et mauvais en campagne. En avez-vous compris des raisons ?
Je n'ai pas été mauvais en campagne en 1997, puisque c'est la singularité que vous avez manifestée. Je suis le seul Premier ministre qui n'a pas été élu, qui n'a pas été nommé après une élection présidentielle. Mais nommé par les électeurs, après une dissolution, vous vous souvenez, et imposé de façon républicaine au président de la République de l'époque, Jacques Chirac. C'est vrai. Donc je n'ai pas toujours été mauvais. Quand j'étais entouré, quand il y avait une cohérence, je pense que je pouvais être bon.
Et si je ne l'ai pas été assez en 2002, c'est que la construction politique que j'avais bâtie, que nous avions bâtie, et qui, avec la gauche dans ses sensibilités, et les écologistes, avait gouverné cinq ans, vous l'avez dit, de façon plutôt honorable, pour ne pas dire plus, c'est des faits. Et donc, c'est ma force motrice qui s'est effondrée au moment de l'élection. Je ne peux plus jouer sur cette logique. Et à partir de là, vous ne pouvez pas avoir la même détermination. Je ne peux plus jouer sur cette logique.
Lionel Jospin