Michel Rocard
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:02OuverteRéponse directe
Le budget 2012 sera l'un des plus rigoureux depuis 1945. Est-ce que la France n'a pas le choix face aux déficits ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Accélérer le passage à la retraite à 62 ans est-il une bonne idée ?
- 4:19OuverteRéponse directe
Jean-Luc Mélenchon affirme que la dette de l'État est négligeable. Il a raison ?
- 8:12OuverteRéponse directe
Pourquoi le G20 n'a-t-il pas publié de communiqué global ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31Invité politiqueFait
« On n'a pas le choix. »
- 0:32Invité politiqueFait
« Nous sommes très endettés et la France a le devoir de répondre à l'inquiétude des marchés et de ne pas faire défaut sur sa dette, c'est vrai. »
- 1:01Invité politiqueFait
« Tout le monde sait bien que dans nos économies modernes, la dépense publique contribue pour un bon quart à l'activité générale. »
- 2:57Invité politiqueChiffre
« Le prix effectif de retraite est à 61 ans et demi, c'est-à-dire un peu plus que les 60 officiels, un peu moins que les 62 du droit. »
- 3:13Invité politiqueFait
« L'âge du droit à la retraite à 65 ans a été créé en 1945, quand on a créé la Sécu, à une époque où la durée de vie moyenne des hommes était justement de 65 ans. »
- 3:26Invité politiqueChiffre
« La durée de vie moyenne des hommes en France, elle arrive vers 83 ou 84 ans. »
- 4:54Invité politiqueFait
« Mélenchon est tort, il dit des bêtises. »
- 5:03Invité politiqueFait
« Nous sommes sous une menace qui pèse sur les dettes souveraines. »
- 5:19Invité politiqueChiffre
« Nous avons une très grosse dette. Nous avons une dette qui est à peine inférieure à celle de l'Italie. »
- 5:30Invité politiqueChiffre
« La dette française est largement détenue par des gens extérieurs à notre pays, pour les deux tiers. »
- 8:56Invité politiqueChiffre
« Le Fonds européen de solidarité financière a été passé de 400 à 1 000 milliards de dollars. »
Temps de parole
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Bonjour Michel Rocard. Bonjour. Le Premier ministre François Fillon annonce que le budget 2012 sera l'un des plus rigoureux que la France a connu depuis 1945. D'abord sur l'idée même de rigueur ou d'austérité, même si le mot n'est pas prononcé. Est-ce que vous diriez que la France n'a pas le choix, que nos déficits nous obligent, ou bien que ce type de mesures, en restreignant la consommation et l'activité, ne peuvent qu'aggraver la crise ? Bref, est-ce l'austérité qui va nous sauver ou l'austérité qui va nous tuer ?
On n'a pas le choix. Pourquoi ? Nous sommes très endettés et la France a le devoir de répondre à l'inquiétude des marchés et de ne pas faire défaut sur sa dette, c'est vrai. Reste qu'il y a une immense controverse, un peu monde entier, mais qui traverse aussi la France. Est-ce qu'il est intelligent de payer sa dette et de diminuer sa dépense publique au point de provoquer une récession, au point d'arrêter la croissance ? Tout le monde sait bien que dans nos économies modernes, la dépense publique contribue pour un bon quart à l'activité générale.
Là-dedans, il y a des éléments qu'il faudra bien accepter de diminuer parce que notre train de vie est au-delà de nos moyens, mais il y a aussi un financement de certaines contributions à des financements d'investissement qui font de la croissance demain. Et c'est un des gros enjeux. J'aurais aimé qu'il soit plus discuté au G20 qu'il a été, de se mettre d'accord sur le fait de concevoir la rigueur dans des conditions qui ne mettent pas en cause nos possibilités de croissance demain. Parce que s'il n'y a plus de croissance, il n'y a plus non plus de paiement de la dette. C'est la croissance qui finance l'impôt qui permet de payer la dette. Donc nous sommes devant cette situation.
Pour le moment, les choix du Premier ministre ne sont pas encore tout à fait faits. On verra bien comment ça s'arbitre en interministériel et comment c'est voté par le Parlement. Mais de fait, nous devons faire une phase d'économie supplémentaire. Je serai très attentif à ce qu'elle ne mette pas en cause nos chances de croissance. Il nous faut toujours un point ou deux croissants si possible. Sinon, je ne vois pas comment on continuera à garantir notre dette demain.
Bon, les pistes, on les connaît quand même un petit peu. Est-ce que l'idée, par exemple, d'accélérer le calendrier du passage à la retraite à 62 ans, est-ce que c'est une bonne idée à vos yeux ?
La France vit depuis toujours sur un malentendu là-dessus. Nous donnons de l'importance, et nous avons beaucoup de symboles, autour du droit à la prise de retraite. C'est sur l'âge du droit à la prise de retraite qu'il y a eu le grand mouvement de grève d'il y a deux ans maintenant à peu près.
Oui, c'est un symbole qui a jeté des centaines de milliers de personnes dans les rues.
Oui, mais on s'est battu sur un symbole. L'important, ce n'est pas ça. L'important, c'est le moment où on l'apprend effectivement. L'important, c'est le compte. Et le compte de son droit à retraite, il vous place... Aujourd'hui, par exemple, le prix effectif de retraite est à 61 ans et demi, c'est-à-dire un peu plus que les 60 officiels, un peu moins que les 62 du droit. Je suis assez partisan, comme la durée de vie moyenne des gens a augmenté beaucoup. Il ne faut pas oublier que l'âge du droit à la retraite à 65 ans a été créé en 1945, quand on a créé la Sécu, à une époque où la durée de vie moyenne des hommes était justement de 65 ans. C'est-à-dire que le système n'était pas très coûteux.
Maintenant, la durée de vie moyenne des hommes en France, elle arrive vers 83 ou 84 ans, je ne me souviens plus. Oui, 80 ans, oui. Bon. Ça ne peut pas être exclusivement du temps de retraite. Le mouvement syndical a fini par le comprendre, heureusement. Je voudrais que la France en vienne à se battre sur les vrais enjeux, c'est-à-dire la comptabilité, le calcul des cotisations, le calcul de la retraite, etc. On peut changer les barèmes sans toucher à l'âge du droit. Le symbole, ce n'était pas la peine d'y toucher.
C'était d'ailleurs, je vous le rappelle, le grand conseil de la CFDT, il y a deux ans, au moment de la grande bataille collective, où finalement, on a quand même perdu deux jours de PIB et empoisonnait un peu la vie de tout le monde avec deux jours de grève générale. Sur un symbole, c'était cher payé.
Au-delà des mesures qui pourraient être annoncées aujourd'hui, Michel Rocard, il y a encore un débat qui traverse la gauche sur la réalité du problème de la dette. Jean-Luc Mélenchon, qui était l'invité de Radio France hier soir, a encore expliqué que la dette de l'État, des États, était en réalité quantité négligeable, que la France pouvait supporter un endettement à 100% du PIB et que les responsables de la crise, ce sont d'abord les marchés financiers. Il a raison ?
Que les responsables de la pagrie financière où est le monde soient d'abord les marchés financiers, ça c'est vrai, mais c'est vrai sur longue période. Et cette vérité sur longue période est occultée par une autre plus dangereuse, un train peut toujours en cacher un autre, qui est le risque de la dette souveraine. Et là, Mélenchon est tort, il dit des bêtises. La liberté de parole, qui est garantie constitutionnellement, comporte le droit de dire des bêtises, mais c'est totalement faux. Nous sommes sous une menace qui pèse sur les dettes souveraines.
Nous sommes devant le risque que quelques pays souverains, la Grèce d'abord, le Portugal et l'Irlande juste après, peut-être l'Espagne, peut-être l'Italie. La France est un peu mieux protégée parce qu'elle a pris moins de risques bancaires. Mais tout de même, nous avons une très grosse dette. Nous avons une dette qui est à peine inférieure à celle de l'Italie, mais elle est plus fragile parce que la dette française est largement détenue par des gens extérieurs à notre pays, pour les deux tiers. Alors que la dette italienne est entre les 20 résidents italiens, donc elle est moins, elle est plus grosse, mais elle est moins fragile. C'est assez étonnant.
Mais c'est là qu'il y a un gros accident. Alors ce qui vient de se passer, c'est que le G20 a au moins retardé un peu l'échéance. J'étais, je pense que Nicolas Sarkozy espérait que le G20 puisse aller un peu plus loin, et le calcul de sa gestion, de sa fin de mandat, c'était que le G20 soit un vrai succès. Il ne l'est pas tout à fait, mais tout de même, il a réussi à reporter un peu cette échéance. Et puis surtout, personne n'a remarqué, mais moi je tiens à le souligner, que ce G20 s'est accompagné de quelque chose de tout à fait nouveau. C'est la première fois, c'est la première fois, qu'en même temps que le G20, il y a eu à côté le G20 des partenaires sociaux.
Il y a eu une rencontre des syndicats du patronat, de 19 sur les 20 pays en question. Le 20ème, c'est l'arbi séoudite, elle ne connaît pas de partenaires sociaux respectés à côté de l'administration royale. Mais les 19 autres étaient là, il y a un communiqué conjoint, je regrette qu'on n'en ait pas plus parlé, parce que c'est là seulement qu'on a commencé à joindre le chômage et la lenteur de la croissance et le rajontissement de la croissance comme élément de la crise. Or, c'est le fond de l'affaire. Depuis 20 à 25 ans, la perte de croissance s'est accompagnée d'énormément de chômage, de précarité et de réapparition de la pauvreté. Et c'est ça la crise.
On a eu quelques 150 000 milliards de dollars qui sont passés de revenus des salariés en 25 ans vers le financement des marchés spéculatifs et boursiers. Et là, Mélenchon a raison, c'est le fond de l'affaire, de la déstabilisation. Mais dans cette affaire globale, nous sommes maintenant, après avoir renfloué les banques grâce aux fonds publics il y a 4 ans, 2007-2008, nous sommes maintenant devant le risque d'un défaut d'aide souveraine. Et c'est un vrai risque. Cette crise est à étapes, elle est changeante, il faut faire attention.
Je suis donc content quand même que le G20 ait mentionné dans son propre communauté, m'a-t-on dit, parce qu'aucun journal n'a publié globalement le communiqué du G20. Ce qui est dommage, nous n'avons que des commentaires. Moi, je me méfie des commentaires. Depuis la crise, l'expertise économique est dans le doute et dans l'incertitude, sinon dans la contradiction. J'aimerais me faire mon avis moi-même, mais je ne l'ai pas eu. Toujours est-il que le G20 a affiché qu'il avait reçu la communication du G20 des partenaires sociaux. Et c'est eux les seuls qui évoquent le ralentissement de la croissance et le chômage comme étant le cœur de la crise.
Ça, c'est une première dont j'espère bien qu'elle aura des suites.
S'il n'y a pas eu de communiqué, c'est peut-être aussi, et ça s'est passé inaperçu, c'est que le G20 n'a pas été institutionnalisé comme le souhaitait notamment la France, les Etats-Unis notamment, refusait que ce sénacle de dirigeants se dote d'un secrétaire, d'un secrétaire permanent qui puisse le représenter et qui soit l'ébauche d'une sorte de gouvernement mondial.
C'est vrai, on le savait, cette opposition américaine est bien connue. Reste que les choses vont lentement sur le plan des affaires mondiales. On a quand même décidé que le prochain aurait lieu à Mexico en juin, c'est-à-dire qu'on n'a pas institutionnalisé une pérennité de tous les ans, mais c'est décidé pour l'an prochain. C'est donc déjà quelque chose. Ça marche très lentement, toutes ces affaires. De la même façon, le Fonds européen de solidarité financière a été passé de 400 à 1 000 milliards de dollars. on ne sait pas encore, la négociation n'est pas finie, d'où viendront tous ces fonds, mais la décision de principe est prise. C'est un pas à pas qui nous énerve tous.
On aimerait être plus sûr, aller plus vite et on aimerait que la garantie soit meilleure. 1 000 milliards de dollars, d'ailleurs, ça ne suffirait pas pour contenir et même contrer une catastrophe venant de l'Italie ou de l'Espagne, d'une spéculation sur leur marché. Mais c'est déjà quelque chose. Cette avancée est une petite avancée. Le G20 a fait son boulot de retarder un peu l'échéance.
Michel Rocard