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interviewyoutube.com· 25 mai 2026 10 min

Entretien avec Gérald Darmanin dans Corsica Sera

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

— Bonsoir Gérald Damarnin et merci de nous avoir rejoints. Alors vous êtes arrivé en Corse dans un contexte de violence commune. On n'avait pas connu depuis très longtemps. Vous avez rencontré aujourd'hui les acteurs politiques et bien au-delà. Alors tout le monde attend de votre part aujourd'hui un signe d'apaisement concernant les prisonniers. Quand seront-ils rapprochés ? Est-ce que vous avez une date ?

0:19
Gérald Darmanin

— Bon, d'abord, je suis venu en Corse, évidemment, discuter avec les élus, le président Siméon en premier, les forces vives. Je viens de passer un long moment et j'y reste jusqu'à vendredi. — Je veux aussi soutenir les policiers et les gendarmes. Il y a eu 130 blessés, policiers et gendarmes. Et je dirais les visiter, évidemment, pour les soutenir. En ce qui concerne les détenus, et après l'agression inacceptable, évidemment, et terrible d'Yvan Collonne, vous avez vu que le premier sera levé les DPS de M. Collonna, bien sûr, mais des deux autres détenus. Ils ont eu même des moments judiciaires en rendez-vous, notamment le 21 avril.

J'ai évoqué tout à l'heure avec le président Siméon, j'ai évoqué avec les élus, j'ai évoqué avec les forces vives que j'ai rencontrées. D'abord, je leur demande et je rencontrerai la famille des détenus pendant mon déplacement. Et puis ensuite, il y a aussi le calme qui doit revenir dans les rues de Corse de manière générale, pour les policiers et gendarmes, mais pour les jeunes aussi. Et je pense que rien ne peut se faire tant que les bombes agricoles sonnent, évidemment, et blessent chaque jour. En tout cas, ce rapprochement est acté, mais il nous convient désormais de discuter dans le calme et pas sous la pression de la rue.

1:17
Présentateur

Les avocats d'Yvan Collonne demandent de leur part la suspension de la peine eu égard à son état de santé. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

1:25
Gérald Darmanin

Ce n'est pas le ministre de l'Intérieur qui décide à la place des juges et des magistrats. Je ne dis pas que de temps en temps, le ministre de l'Intérieur n'aimerait pas avoir plus rapidement un certain nombre d'actions sur le territoire national, mais évidemment, chacun sait que ce n'est pas le cas. Donc je suis sûr que les magistrats en vont entendre la demande qui sera faite par les avocats d'Yvan Collonne. Moi, je veux d'ailleurs dire, en respectant évidemment tout ce qui s'est passé et les drames qui a connu la Corse et qui a amené le commando qui a tué le préfet Rignac à être en prison, bien évidemment, ça ne change rien.

Mais je veux dire aussi que la famille Collonne a eu des mots de dignité et je voudrais la remercier pour ça.

1:59
Présentateur

Alors aujourd'hui, je le disais, vous avez rencontré l'ensemble des acteurs politiques, mais au-delà aussi des membres de la société civile. Vous dites être prêt à un dialogue sans précédent. Sur quelle base et quelle est votre feuille de route ?

2:09
Gérald Darmanin

Le président de la République m'a chargé pour la première fois dans l'histoire, je crois, du gouvernement de la Ve République, et c'est le ministre de l'Intérieur qui le dit, d'avancer vers l'autonomie. C'est moi qui ai dit le mot. Il faut définir maintenant ce qu'est cette autonomie. Ça peut être un statut à la polynésienne, comme il existe dans la Constitution. Ça peut être un statut sui generis, différent. Et pour ça, il faudra changer un certain nombre de règles. Ce sera au président de la République de le décider. Nous devons le décider ensemble, donner plus de force, aux politiques économiques, sociales, culturelles en Corse. Nous sommes prêts pour ça.

Et j'ai proposé au président Simeone que d'ici la fin de l'année, nous nous mettions d'accord sur cela.

2:43
Présentateur

Alors avec qui allez-vous discuter ? Uniquement les élus ? Ou alors vous avez élargir à la société civile en Corse ? Quelle va être la méthode qui va être adoptée ?

2:51
Gérald Darmanin

D'abord, je voudrais dire que rien ne se fait dans un dialogue qui serait sous la pression. Donc ce dialogue, pour qu'il soit constructif, pour qu'il y ait un avenir pour tout le monde, à commencer par la jeunesse en Corse, il doit se faire dans le plus grand calme possible. Deuxièmement, je veux dire que les élus au suffrage universel sont les interlocuteurs, évidemment, du gouvernement de la République, à commencer par le président Simeone, confirmé par deux fois par les votes et par des votes avec des participations importantes. Mais par ailleurs, je ne suis pas sourd, évidemment, aux demandes des forces vives, économiques et sociales.

Ailleurs, aujourd'hui, j'ai rencontré d'abord le président Simeone en tête à tête, puis tous les présidents de groupe, y compris d'opposition, longuement. Puis, vous l'avez vu, longuement, ce qui me mène malheureusement à être en retard dans votre interview, y compris les forces vives. Donc je suis prêt à discuter avec tout le monde, mais évidemment, mon interlocuteur privilégié, c'est le Conseil exécutif.

3:34
Présentateur

Alors des promesses en Corse, il y en a eu beaucoup pendant 40 ans. Beaucoup n'ont pas été tenus aussi. Nous sommes aujourd'hui dans un contexte électoral. Qu'est-ce qui garantit que ce dialogue que vous ouvrez aujourd'hui se poursuivra après l'élection présidentielle, même si le président Macron est réélu ?

3:45
Gérald Darmanin

Surtout si le président Macron est réélu. On ne présume pas des élections présidentielles, bien évidemment, mais en venant en parler ici, je viens parler au nom de l'État. Il y a une continuité de l'État. Moi-même, j'assume parfois les erreurs ou les avancées qu'ont fait d'autres gouvernements avant moi.

3:57
Présentateur

Mais des fois, il y a eu des interruptions, les promesses n'ont pas été suivies.

4:00
Gérald Darmanin

Il y a eu des moments aussi où il y a des changements d'interlocuteurs localement en Corse. Vous êtes d'accord avec que la majorité de M. Simeone n'était pas celle quand il y avait M. Talamon avec lui, puis il n'était pas celle quand M. Simeone n'était pas en responsabilité. Je pense que le discours d'autonomie qui est porté n'était pas celui qui était là il y a 10 ans. Vous le savez bien. Donc il faut aussi savoir s'adapter. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en tant que ministre de l'Intérieur, je pense que c'est une démarche forte, j'ai prononcé des mots forts. Je viens ici pendant trois jours. Je vais rester jusqu'à vendredi. Je viens prendre un engagement.

Et ce travail se fera, y compris avant le premier tour de la présidentielle. Évidemment, il dépendra du prochain président de la République. Si c'est Emmanuel Macron, il m'a chargé évidemment de dire que les promesses que je ferai, les engagements que je ferai seraient tenus. Est-ce qu'il y a un calendrier qui est déjà défini ou pas ? J'ai proposé au président Simeone que pour la fin de l'année 2022, si nous sommes en responsabilité, nous puissions mettre fin à ces négociations, à ces discussions autour du statut d'autonomie, quel qu'il soit. Et donc il faudrait travailler fortement, rapidement. Et je suis prêt à cela.

4:55
Présentateur

Alors vous l'avez dit, chacun a un peu son interprétation du statut d'autonomie. Quelle est la vôtre aujourd'hui ? Votre religion est faite ou pas ?

5:02
Gérald Darmanin

Non, aujourd'hui, c'est d'abord un sujet qui concerne les élus corse, qui les premiers l'ont réclamé. C'est d'ailleurs la déclaration qu'a fait le président Simeone, me semble-t-il, dès le communiqué de presse que j'ai pu passer, pour dire que j'étais prêt au dialogue à la demande du président de la République. Et je suis chargé par Emmanuel Macron, qui déjà voulait inscrire le mot corse dans la Constitution. Il en a été empêché par le Sénat. Je voudrais ici le rappeler, ce n'est pas de sa faute. Même s'il faudra remettre l'ouvrage, évidemment, sur la table. Il faut que les élus corse, en premier, nous disent ce qu'ils souhaitent, comment ils le veulent.

Je vois même qu'il y a peut-être des divergences. Et c'est normal entre les courants politiques ici. Mais nous sommes prêts à ce dialogue. C'est soit un statut à la Polynésienne, soit un autre statut. Et dans ces cas-là, nous devons en tirer toutes les conséquences.

5:41
Présentateur

Donc ça impliquera une modification constitutionnelle, inévitablement ?

5:46
Gérald Darmanin

Elle n'est pas obligatoire, mais elle est possible. Le gouvernement ouvre sur la table toutes les options. Et si jamais nous devrions nous mettre d'accord sur cela, je le proposerai au président de la République.

5:55
Présentateur

– Alors au-delà de ce concept d'autonomie, vous l'avez dit, qui reste à définir, il y a un autre thème, c'est la reconnaissance du peuple corse, votée par l'Assemblée nationale en 1991, ça fait un moment, mais rejetée par le Conseil constitutionnel. C'est une revendication qui est permanente, qui revient aujourd'hui dans le débat. Là, ça demande une modification de la Constitution. Est-ce que vous êtes prêts à aller jusque-là sur ce sujet ?

6:17
Gérald Darmanin

– Aujourd'hui, il n'y a pas en métropole, mais j'y inclue évidemment la Corse, une terre qui a plus de culture, de langue, de spécificité, d'histoire que la Corse. Et ils ont raison, les Corses, d'être fiers de leur spécificité. Pour moi, elle n'est pas incompatible en aucun cas avec la citoyenneté française et avec la France. D'ailleurs, les Corses ont rendu les plus grands services à la République et sont, je crois, notre porte-avions pour la Méditerranée. Le président de la République a voulu mettre le mot « Corse » dans la Constitution, justement pour permettre des reconnaissances. Encore une fois, le Sénat l'a refusé.

Espérons que le Sénat désormais accepte d'aller vers les spécificités.

6:52
Présentateur

– Aujourd'hui, la Corse s'invite dans la campagne présidentielle, avec une polémique évidemment. Certains vous reprochent d'avoir cédé à la violence. D'autres disent que c'est une démarche électoraliste avant le premier tour. Qu'est-ce que vous répondez à tout ça ?

7:06
Gérald Darmanin

– La politique, c'est la politique. Moi, je ne suis pas là pour la politique politicienne, que les candidats s'opposent au président de la République. C'est normal, ce jeu démocratique. Je suis là pour d'abord éviter qu'il y ait un mort. C'est très important chez les manifestants, et notamment chez les plus jeunes, qui ne peuvent pas avoir leur vie gâchée par des manifestations. Et chez les pères et mères de famille, que sont les policiers et les gendarmes. Encore une fois, 130 blessés. Donc d'abord, je suis là pour calmer. L'ordre public est important. Le désordre ne peut pas être accepté en République.

Mais en même temps, pour calmer, dire que c'est le dialogue qui amène à venir, et pas à la violence. Et vous savez, quand on a à être en responsabilité du ministère de l'Intérieur, de la paix publique et de la vie des gens, on ne s'abaisse pas, je crois, aux polémiques politiciennes.

7:45
Présentateur

– La violence qui s'est exprimée dans la rue pourrait connaître des prolongements, si l'on a juge par le communiqué qui a été publié ce matin par le FLNC opportunément. Ça vous inquiète ?

7:55
Gérald Darmanin

– Ça ne m'inquiète pas outre mesure. Je suis venu pour discuter, pour dialoguer. Je crois qu'il n'y a pas d'avenir. Et je crois que les Corses en sont profondément convaincus, qui ont été si meurtris depuis tant d'années par les meurtres, par les familles brisées. Je crois qu'il n'y a pas d'avenir pour la violence. Et ce que fait le gouvernement de la République, à la demande du président de la République, c'est non seulement de tendre la main, on connaît parfois lorsqu'il a fait des fautes. L'affaire d'un tentatif d'homicide de survivre au Colonna est insupportable. Et la vérité sera faite, bien évidemment. Nous le disons et nous le répétons. Mais c'est par le dialogue qu'on y arrivera.

8:26
Présentateur

– Alors vous allez rendre visite aux forces de l'ordre demain, je crois. Les policiers qui ont eu de nombreux blessés durant les manifestations. Les syndicats de police ont d'ailleurs dénoncé un niveau de violence rarement atteint et demandé des renforts. Alors ces renforts, vous les avez envoyés sur une unité spéciale de CRS qui sont spécialisées dans les émeutes urbaines dans l'ISSS. Et quel va être leur rôle ?

8:46
Gérald Darmanin

– Aujourd'hui, je veux d'abord penser à toutes ces familles de policiers gendarmes. Encore une fois, 130 policiers gendarmes blessés, quelques-uns très gravement. Mais aussi des bombes agricoles ou des haches jetées dans les foyers. Par exemple, des gendarmes à Portevec. Je sais que la famille, c'est une valeur très importante que nous avons tous en commun. Et voir des familles de gendarmes avec des femmes et des enfants qui voient des haches ou des bombes agricoles dans leur logement personnel, je crois que c'est absolument inacceptable. Et je suis évidemment là pour les soutenir.

Bien sûr, il y a un renforcement du nombre de policiers et des gendarmes sur l'île devant les émeutes, les révoltes, pour reprendre le mot de certains journalistes que nous avons connus. Évidemment, je ne suis venu ici ni avec un chéquier, si on me demandait des subventions, ni avec une matraque. Mon souhait n'est évidemment pas qu'il y ait un sujet sécuritaire ici encore. Donc il faut désormais, je suis là pour ça d'abord, dialoguer. Et dialoguer en respectant les uns et les autres. Respecter les morts, respecter ceux qui sont blessés et respecter aussi l'avenir de la jeunesse qui manifeste, dont on doit comprendre les attentes, mais pas dans la violence.

9:41
Présentateur

Vous êtes venu ici pour désamorcer la situation, tenir un discours d'apaisement. Mais on est un peu étonné d'une chose, c'est le silence du président de la République sur ce dossier. Ça fait quand même une semaine que la Corse est en révolte.

9:52
Gérald Darmanin

Le président de la République, j'en ai parlé tous les jours avec lui de la Corse depuis une semaine que je suis chargé de ce dossier. Il faut le rappeler, au départ de M. Gouraud au Conseil constitutionnel, ce matin même d'ailleurs au Conseil constitutionnel, il a eu des mots d'apaisement et je peux dire d'amour pour la Corse. Et je crois que dans les prochains temps, il aura l'occasion de s'exprimer.

10:09
Présentateur

Est-ce que vous avez déjà la date de votre prochaine venue en Corse ?

10:13
Gérald Darmanin

Si j'ai une date de la prochaine venue en Corse, c'est que ce sera un bon signe pour le président de la République et peut-être bon signe pour moi, parce que c'est un grand honneur d'être ministre de la République. Gérald Darmanin, je vous remercie. Merci à vous. Sous-titrage ST' 501

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