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interviewLCP (sur YouTube)· 7 février 2026 14 min

Jérémie Patrier-Leitus, député "Horizons & Indépendants" du Calvados | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il a défendu les plus beaux joyaux de la France, croissants, cognacs et même cathédrales. Mais mon invité a tout laissé tomber pour devenir député. Un mandat qu'il exerce depuis 2022 sous les couleurs d'Horizons.

Générique --- --- Bonjour Jérémie Patrier-Leitus. -Bonjour. -Vous avez côtoyé la sphère politique assez jeune, mais vous l'avez aussi fait de façon plus indirecte, on va dire, dans votre vie professionnelle.

Votre première expérience, c'était à New York et j'en ai retrouvé une trace qui date de 2016. *-Il parle en anglais. --- --- --- *-Bon appétit ! *-A bientôt ! -Pas mal l'accent, déjà.

Donc, c'était en 2016, à New York, à l'époque vous étiez au French Institute de l'Alliance française. Et alors, vous faisiez découvrir les vins, les fromages, les pâtisseries françaises au New Yorkais. C'est plutôt sympa comme job ? -J'ai eu la chance dans ma vie d'avoir des mentors, d'en rencontrer et une femme remarquable, Marie-Monique Steckel, qui dirigeait cette institution qui promeut la langue et la culture française aux Etats-Unis, c'est le plus grand centre culturel français dans le monde.

J'ai été son bras droit, elle y vit toujours, elle a aujourd'hui près de 90 ans. C'est un lieu remarquable en plein coeur de New York, on la voit à l'écran, et qui permet de promouvoir notre langue et notre culture auprès des Américains francophiles. J'y ai travaillé plusieurs années. -D'abord, sur le boulot que vous faisiez.

Il y avait une dimension un peu politique dedans ? Ou c'était pas que "vendre des croissants" ? -Promouvoir la culture et la langue française, c'est politique, au sens noble du terme.

C'est de la diplomatie culturelle, c'est faire vivre nos savoir-faire, nos artistes. C'est un lieu où il y a un cinéma qui met en lumière les cinéastes, les réalisateurs français, où on promue la gastronomie française, la culture. On avait créé le premier festival du film d'animation française aux Etats-Unis.

Et on mettait en avant ce savoir-faire unique en France de l'animation. -Vous avez évoqué votre mentor, Marie-Monique Steckel. Vous lui devez quoi exactement ? -Beaucoup.

Je lui dois de m'avoir fait venir à New York, je lui dois de m'avoir fait rencontrer les grands artistes français et américains, les grands chefs d'entreprise. Elle m'a ouvert son réseau, m'a ouvert les portes de New York et puis elle m'a fait confiance. Elle m'a permis de travailler, j'ai commencé stagiaire.

Et j'ai fini directeur de cette institution en quelques années. Elle m'a fait confiance. Et j'ai eu la chance dans ma vie et dans mon parcours de rencontrer des mentors qui m'ont fait confiance et qui m'ont formé. -On va en parler de vos mentors.

En 2019, vous alliez vous rendre au French Institute, quand l'incendie de Notre-Dame a bousculé vos plans, vous avez intégré l'équipe qui était chargée de reconstruire la cathédrale. Ca aussi, sur le papier, en tout cas, c'est un job de rêve, on a envie de dire ? -Là encore, j'ai été ému comme l'ensemble des Français en voyant la flèche de Notre-Dame brûler.

Mais à ce moment-là, je partais à New York avec ma femme. Et puis, je rencontre le général Georges Lain. D'abord, le ministre de la Culture, Franck Riester, qui me propose de le rejoindre.

Et très vite, le général. Et on a eu une rencontre assez formidable. Et lui aussi a été un mentor remarquable.

Il m'a fait confiance. J'avais 30 ans. Je n'avais pas fait l'ENA.

Et il m'a confié une direction importante de l'établissement public qui était chargé de la reconstruction. Il m'a éprouvé pour vérifier "si Patrier-Leitus", c'est comme ça qu'il m'appelait, était à la hauteur et capable de remplir la mission. Il m'a fait confiance et j'ai pu mener avec lui des projets formidables et remarquables. -Ca consistait en quoi votre travail ? -De valoriser les métiers et les savoir-faire de ce chantier, les métiers du patrimoine et les métiers d'art.

On a organisé un grand village des métiers où on mettait en avant tous les savoir-faire. On a créé un magazine dédié au chantier. On a fait des expositions en France et dans le monde.

J'ai aussi géré la communication, il y avait le chantier et cet objet politique, médiatique dont tout le monde parlait. Mon rôle était de gérer cela. Et j'ai géré les dons, 840 millions d'euros de dons, le plus grand élan de générosité. -Informer les donateurs de ce que vous faisiez. -Les grands comme les plus petits. 340 000 donateurs de quasiment tous les pays du monde.

Ca a été une mission unique dans une vie. Et de travailler avec le général, ça a été une expérience, je dois dire, assez inoubliable quand même. -On a cité deux personnalités que vous considérez comme vos mentors.

Il y en a une troisième, ça fait beaucoup de mentors, c'est Alain Juppé. Pourquoi Alain Juppé ? -Je le connaissais d'avant et puis en 2011, il me prend comme stagiaire au sein de son cabinet.

Il est ministre des Affaires étrangères. -Vous aviez 22 ans à l'époque. -J'étais très jeune, j'étais stagiaire. -Au cabinet d'Alain Juppé au ministère... -Un très grand ministre des Affaires étrangères, un très grand homme d'Etat.

En plus, c'était le moment d'une conjugaison de crises, la corne de l'Afrique, la Libye. Et j'étais au coeur de cette actualité internationale brûlante. Et à ce moment-là, je découvre un homme dont je considère qu'il est un grand homme d'Etat et qui doit concourir à la plus haute fonction et être président de la République. -Vous l'accompagnez dans sa campagne.

On vous voit avec le t-shirt "I love Péju". C'était la campagne pour la primaire de la droite qu'il n'a pas remportée. -On y a mis beaucoup de coeur, beaucoup d'énergie.

On avait fédéré un groupe de jeunes. Il y a encore des liens aujourd'hui très forts entre nous. Et on pensait qu'il aurait été un président de la République remarquable.

C'est un grand homme d'Etat. Je pense que la France est passée à côté de ce grand homme d'Etat, en tout cas pour la fonction la plus éminente qui soit, celle de président de la République. -C'est pour ça qu'aujourd'hui, vous êtes chez Horizons.

Cette filiation entre Alain Juppé et Edouard Philippe vous a amené à y adhérer ? -Oui, des gens changent d'idée par rapport au parti auquel ils appartiennent. Moi, j'ai toujours été loyal et fidèle à mes idées politiques.

Je suis un homme du centre-droit. Edouard Philippe, je l'ai rencontré dans la primaire d'Alain Juppé, du centre et de la droite. Et on a une filiation politique.

On a tous les deux Alain Juppé comme mentor. Aujourd'hui, c'est Edouard Philippe qui porte les idées du centre-droit humaniste, libéral. On pourra peut-être en reparler.

Je me suis naturellement engagé derrière lui. Je souhaite qu'il soit président de la République en espérant qu'il connaisse un destin plus favorable. -On a parlé de ce que vous devez à vos mentors, mais pas de vos parents.

En préparant l'émission, j'ai cru comprendre que vous aviez des parents extraordinaires, au sens propre du terme. Un père qui faisait rire toute la famille avec qui vous discutiez des nuits entières, et une mère journaliste passionnée de politique qui a marqué tous ceux qui l'ont connue dans leur vie. Ce ne sont pas eux, vos premiers mentors, finalement ? -Si, je pense que ma mère et mon père, ce sont les mentors d'une vie.

Ils sont morts assez jeunes. J'ai été orphelin assez jeune. J'ai deux petits frères.

Mais ils m'ont transmis à la fois cette liberté...

Et quand vous êtes aimé autant que je l'ai été par une mère et un père, qu'on voit à l'écran, ça vous donne une grande confiance. Et j'ai souvent dit qu'ils nous avaient préparé à leur départ prématuré parce qu'ils nous ont tellement aimé, donné d'amour et donné une telle confiance en eux que quand ils ne sont plus là, on les garde très attachés au coeur et ils vivent bien au chaud dans nos coeurs de vivants. Et c'est une force qui m'accompagne en fait. -Votre mère était passionnée de politique et vous racontez que le soir du 21 avril 2002, elle a fondu en larmes quand Lionel Jospin a été éliminé de la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen.

Elle vous a transmis sa passion pour la politique ? -C'était déjà une grande journaliste qui ne cherchait pas les accessoires et les poussières de gloire, qui ne cherchait pas à se pousser du col. Elle était très modeste, très humble, à la tâche tous les soirs.

Elle pouvait passer des heures avec un article, à chercher un angle. J'ai appris ce qu'était le travail minutieux, laborieux, tous les soirs à sa table de travail. Oui, elle m'a transmis ce goût de la politique. -Pas forcément des idées de gauche ? -Moi, j'ai grandi dans une famille éclectique.

J'avais un père de droite, une mère de gauche. Et j'ai grandi dans ce milieu universaliste. Mes parents, quelle que soit leur orientation politique, avaient la défense des valeurs républicaines, universelles.

Je porte ce combat contre les extrêmes aujourd'hui. J'ai manifesté à 13 ans, avec ma mère et mes frères, contre Jean-Marie Le Pen. Et c'est des souvenirs qui forgent des convictions politiques. -Sur votre parcours politique.

En 2022, vous avez quitté vos fonctions qui étaient liées au chantier de Notre-Dame pour vous présenter aux législatives. Vous avez été élu. Et au bout de deux ans et demi, vous dites : "En circonscription, les gens nous pensent comme surpuissants.

Ici, on se rend compte que nos marges de manoeuvre sont limitées." Député, ce n'est pas tant un job de rêve que ça ? -Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit.

C'est un privilège rare et c'est une fonction éminente et importante. Ce que je voulais dire, sans doute, c'est qu'il y a un décalage, c'est vrai, entre notre capacité d'agir dans ce contexte politique particulier, la fracture politique actuelle, cette polarisation et cette fracture de l'Assemblée qui expliquent notre impuissance politique. Et c'est vrai que les gens en circonscription pensent qu'on a la capacité de tout changer, de tout révolutionner.

Et on rencontre parfois une petite frustration parce qu'on aimerait que ça aille plus vite. -Vous êtes un peu sur tous les fronts. La lutte contre les déserts médicaux, la protection du patrimoine, l'audiovisuel public, la natalité, la protection de l'enfance.

Vous multipliez les commissions d'enquête, les rapports parlementaires. Il y a même une mission d'information à laquelle vous avez dû renoncer finalement. Mais on ne risque pas le burn-out quand on est sur tous les fronts à la fois ? -Vous avez raison, mais il faut différencier le travail qu'on fait dans l'ombre et puis le moment où il rencontre un écho médiatique.

Je travaille depuis plus de trois ans sur la natalité, sur les déserts médicaux, sur le patrimoine. mais que les médias s'y intéressent aujourd'hui parce qu'il y a une commission d'enquête, il y a une mission d'information, mais c'est plutôt la visibilité médiatique qui est donnée à ces travaux que leur conjugaison en même temps. C'est des sujets sur lesquels je travaille depuis des années et je suis très heureux que les médias en parlent, notamment la question de la natalité qui est un sujet majeur et défi majeur pour le pays. -Sur l'audiovisuel public, vous êtes donc retrouvé à la tête d'une commission d'enquête où le rapporteur, Charles Alloncle, a des objectifs politiques clairs.

C'est ce qui ressort de ses interventions dans les auditions. Et tous vos efforts n'y ont rien changé. Il y a plusieurs auditions où ça s'est un peu transformé en tribunal politique.

Et ce n'est pas la première fois que ça se passe dans une commission d'enquête. Ne touche-t-on pas aux limites de l'exercice ? -Vous avez raison.

Il faut revoir complètement les règles de fonctionnement des commissions d'enquête. Je l'ai dit à la présidence de l'Assemblée nationale, elle a engagé aussi un travail de rationalisation du travail parlementaire. Aujourd'hui, il faut, dans ce contexte politique particulier, qu'on en tire des leçons et des enseignements.

Et il est temps de revoir le fonctionnement de ces commissions d'enquête. Elles sont importantes. J'y suis attaché.

C'est essentiel d'avoir des lieux où on peut contrôler l'Etat, les entreprises publiques, les services publics. Mais il faut que ça se fasse avec des règles uniformes, universelles, qui permettent au président de ces commissions d'enquête de pouvoir cadrer les débats, organiser les travaux. Et aujourd'hui, les règles, elles ne sont pas tout à fait claires.

C'est important, je pense, d'en tirer les leçons. -On va passer à notre quiz à présent. Je vous propose des phrases que vous allez devoir compléter.

Mes instits en primaire me voyaient ministre car... -Car j'adorais la politique, mais je vais vous faire une confidence, j'avais la même institutrice que Pierre Ninet, et qui elle, on l'a vu il n'y a pas longtemps à la télévision, le voyait artiste. -Ah ben elle avait du flair ! -Elle ne me voyait pas comédien, c'est mon plus grand regret. -Il rit.

Quand je siégeais au conseil d'administration du lycée Henri IV ? Vous y étiez élève et vous avez siégé, c'est ça ? -Oui, je représentais les élèves au conseil d'administration et aussi les élèves de l'université Paris-Dauphine.

J'ai toujours aimé l'engagement. -Ca a été présent tout au long de... -L'engagement, oui.

Toujours. -Enfin, le Livarot doit son surnom à... -Ah ! -Est-ce que vous connaissez déjà le surnom du Livarot ?

C'est le fromage de votre circonscription. -Je le connais bien. Il y a beaucoup de fromage. -Il a une caractéristique.

Il a une sorte de liseré autour. Il y a cinq liserés. -Vous avez raison. -Il y cinq galons dans l'armée.

On le surnomme le colonel. -Là, vous me mettez une colle. Je vais me faire disputer par les producteurs de Livarot, mais ça me permet de dire qu'au-delà de ce Livarot, parce que je pensais à ça, il y a un combat important en ce moment, parce que le Livarot, il est mis dans des boîtes à fromage en bois.

Et aujourd'hui, le groupe Lactalis vient de fermer cette usine, à Saint-Pierre, qui fabrique les boîtes en bois dans lesquelles sont mis les fromages. -Pas que le Livarot, j'imagine ? -Et ça m'a déconcentré pour votre question, mais c'est un vrai combat, et c'est ça aussi les savoir-faire de ma circonscription, et c'est aussi ça le rôle du député, de défendre à la fois... -Vous vous battez pour les fromages à New York, pour le colonel dans le Calvados.

Merci beaucoup, Jérémie Patrier-Leitus, d'être venu dans La Politique et moi. Générique de fin