François Ruffin : "Il faut passer d'une économie des désirs à une économie des besoins"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le député France Insoumise de la Somme. Il publie demain « Leur folie, nos vies » sous titre « La bataille de l'après ». C'est aux éditions « Les liens qui libèrent ». Vous pourrez évidemment dialoguer avec lui dans quelques instants au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Et merci d'être ici même en chair et en os en studio. Ce livre « Leur folie, nos vies » est le fruit de votre confinement. Quitte à rester enfermé chez vous et après un jogging aux aurores, vous avez fait de la radio sur Facebook.
Vous avez reçu de nombreux témoignages d'infirmières, d'aides-soignantes, de charistes, d'ambulanciers, d'étudiants, de libraires, de chauffeurs routiers. Vous avez parlé avec des intellectuels Dominique Bourg, Pablo Servine, Cynthia Fleury, Paul Jorion. Et votre livre fait entendre toutes ses voix en plus de la vôtre. Évidemment, on va y venir en détail dans une seconde. Mais d'abord, quelques mots de la situation aux États-Unis. Jean-Luc Mélenchon a rédigé hier un post de blog titré « Chronique enthousiaste de points gilets jaunisation aux USA ». Est-ce que vous utiliseriez les mêmes mots, François Ruffin, « Ce qui se passe aux États-Unis est enthousiasmant ou pour vous inquiétant ? »
En tout cas, ce n'est pas qu'une histoire américaine. Moi, j'ai eu l'occasion, avant le confinement, suite au décès de Ségric Chouvia, d'écrire un rapport qui est pour une police de la confiance. Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, il y a une rupture de confiance entre la police et la population. Ça a d'abord été une rupture de confiance entre la police et la population des quartiers populaires. Et avec les gilets jaunes, ça s'est généralisé. Une rupture de confiance, c'est visible dans les sondages. Les sociologues étudient ça et montrent que la France est des pays où il y a le moins de confiance entre la police et ses habitants.
Et ça étant essentiellement dû à une pratique très intensive du contrôle d'identité, qui n'est pas une pratique aussi répandue ailleurs et qui est encore moins une pratique ciblée, comme celle-là en France, où on a, grosso modo, les personnes typées qui se font trois fois plus contrôler que les personnes blanches.
Là, ce qui se passe aux États-Unis, c'est qu'il y a eu un mort qui vient se rajouter à la longue série des morts de la communauté noire américaine. Il y a des émeutes partout. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Malheureusement, je vous dis, ça n'est pas qu'une histoire américaine. Des morts, je vous citais Cédric Chouvia, mais on en a eu un certain nombre en France. Je ne dis pas que la situation soit comparable parce qu'il y a un héritage de l'esclavage aux États-Unis. Et d'une certaine manière, on peut le dire qu'il pourrait y en avoir un en France. Maintenant, la question, je repasse la question pour la situation française, c'est comment on rétablit la confiance entre la police et la population ? Ça veut dire, un, sortir de la bâtonnite. Ça veut dire, deux, avoir une police formée. Parce qu'aujourd'hui, le temps de formation de la police est extrêmement court.
Ça veut dire, trois, avoir une formation à la confiance et non pas une formation à l'autorité seulement. Ça veut dire restreindre les contrôles d'identité, ne plus en faire l'arme permanente. Ça veut dire, et pour moi, aujourd'hui, en France, il devrait y avoir des états généraux pour une police de la confiance qui rassemblent syndicats, victimes, chercheurs, ONG, politiques, ainsi de suite. Aujourd'hui, il y a une crise de confiance. C'est un fait entre la police et la population.
Alors, on y reviendra peut-être avec les auditeurs de France Inter dans quelques instants. Entrons maintenant dans votre livre, François Ruffin. Je rappelle son titre, Leur folie, nos vies. Dites-nous, pour commencer très rapidement, de quelle folie parlez-vous et de quel fou, si j'ose dire ?
La folie, c'est le président de la République qui a prononcé ce mot-là en disant C'était une folie d'aller envoyer tous nos produits en Asie. Et c'était une folie de confier la santé au marché. Mais cette folie-là, il faut bien voir qu'ils l'ont construite patiemment, traité après traité, loi après loi, et qu'elle n'est pas née juste d'un espèce de délire. Ils l'ont voulu. Et demain, je le dis, ils le voudront encore. C'est qui, ils ? Ils, c'est les dirigeants politiques qui sont aux mains, oui, qui sont aux mains des dirigeants, des grands dirigeants économiques. Et qui, je le disais déjà dans mon précédent livre, mais aujourd'hui, on fonce droit dans le mur.
Vous savez, j'ai ramassé ça hier. Je faisais un footing dans mon coin, près de chez moi, dans la Somme.
Vous êtes filmé, alors ça, expliquez parce que...
C'est juste de la terre. J'ai ramassé de la terre. Et vous voyez la tête de la terre ? On est en Picardie. Regardez, elle est sèche. Elle est sèche comme un caillou. On a deux mois de sécheresse en Picardie. En Sibérie, c'est pareil. On a dépassé les 30 degrés. On a le perno à frost qui font en vitesse accélérée. On a encore 12 mois d'affilée dans l'une des années les plus chaudes. Voilà ce qui doit faire le fond de nos existences et le fond de nos consciences. Or, sachant ça, on sait tous, on a les modélisateurs, on a les ordinateurs, on a les diagnostics, on a les scientifiques.
On sait tous qu'on fonce droit dans le mur et on continue à foncer droit dans le mur en appuyant sur l'accélérateur. Donc, je le disais dans mon précédent livre, mais il faut leur reprendre le volant des mains. Il faut appuyer sur le frein, il faut changer de direction. Et là, c'est vrai, pourquoi je fais ce livre ? Je fais ce livre parce que je me dis, bon sang, je ne voyais pas comment on allait s'en sortir. Je me disais, c'est bon, ils vont continuer à appuyer sur l'accélérateur, concurrence, croissance, mondialisation. On est foutus. On va laisser un monde terrifiant à nos enfants. Voilà ce que je me disais.
Et là, boum, à cause d'un virus qui fait un millième de millimètre, boum, tout s'arrête. Si ce n'est pas à ce moment-là qu'on change de direction, quand est-ce qu'on va le faire ? Et je vois avec angoisse, c'est pour ça que je suis ici ce matin, je vois avec angoisse quoi ? Qu'ils vont faire de l'avant comme avant, pire qu'avant. C'est reparti. Concurrence, croissance, mondialisation, compétitivité, etc.
Bon, alors, on va reprendre les points, point par point, si vous le voulez bien, François Ruffin.
Donc la folie, c'est celle-là. La folie, c'est qu'on va dans le mur, on sait qu'on va dans le mur, on sait qu'on va au suicide de l'humanité, et on continue. Ok.
Alors, le virus, écrivez-vous d'abord. Le virus, parlons de ce virus avant de voir les conséquences. Le virus, écrivez-vous, est de droite parce qu'il coupe les liens entre les individus, et il est de gauche car il nous permet de nous arrêter et de penser à l'après. Le coronavirus est donc à vos yeux un personnage politique ?
Vous savez, une crise, c'est ce qu'on en fait. La crise de 29, elle a pu être d'extrême droite en donnant le nazisme en Allemagne, elle a pu être de gauche en donnant le quénédianisme aux Etats-Unis avec le New Deal, et elle a pu être donner le Front populaire en France. Donc une crise comme le coronavirus, c'est qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce qui restera demain ? Est-ce qu'il restera demain de ce coronavirus juste un pas en avant dans le cauchemar orwellien avec des drones dans notre jardin ?
Ou bien, est-ce qu'il restera ce moment de réflexion où on s'arrête, comme dans l'an 01, le film de GB, on s'arrête tout, on réfléchit et c'est Patrice, on se dit bon, là, on ne peut plus continuer comme ça, c'est foutu, donc il faut changer de direction. Et moi, j'espère ça.
Pourquoi faut-il absolument faire parler ce virus, comme s'il avait une intention ? Michael Fesel, qui était à votre place il y a quelques jours, nous disait, jusqu'à nouvel ordre, la nature n'est pas un personnage doué d'intention.
Mais non, elle n'a pas d'intention, justement, c'est ce que nous, on va en faire. C'est ce que nous, on peut en faire. Et on peut en faire tout et son contraire. Maintenant, ce qu'a montré cette crise, c'est qu'ils sont incapables de diriger. Ils sont incapables de diriger, c'est-à-dire, quand ils n'arrivent pas à produire des surblouses et des masques, comment on peut imaginer que demain, ils vont réussir ? C'est-à-dire aujourd'hui, parce que c'est aujourd'hui qu'il faut le faire, c'est même pas demain. Comment on peut imaginer qu'ils vont faire basculer l'agriculture, qu'ils vont faire basculer l'énergie, qu'ils vont faire basculer les transports, qu'ils vont faire basculer l'industrie ?
Ils en sont incapables. Et ils n'en sont pas incapables par hasard. Ils en sont incapables idéologiquement, culturellement, parce qu'ils sont habités par quelque chose. C'est la main invisible du marché. Tout doit être guidé par la main invisible du marché. Vous savez, quand il y avait eu la crise des médicaments, et on y est encore, quand il n'y avait plus d'hypnovel, plus d'hypnotique, pour soigner les patients. J'interroge Agnès Pannier-Runacher, qui est secrétaire d'État à l'industrie. Je lui demande, est-ce qu'on peut savoir si Sanofi a modifié ses lignes de production ? Elle me répond, j'en sais rien, mais on peut faire confiance à Sanofi. Non ! On ne peut pas faire confiance à Sanofi.
On ne peut pas faire confiance à Monsanto. On ne peut pas faire confiance à Total.
François Ruffin, pendant la crise, ces derniers mois, Emmanuel Macron s'est exprimé à plusieurs reprises. Vous racontez dans le livre, d'ailleurs, que vous avez écouté certaines de ses interventions avec attention. Le Président de la République a défendu le service public. Il a critiqué le libre-échange. Il a critiqué une certaine forme de mondialisation.
Le tout-marché.
Le tout-marché. Il a dit qu'il fallait se réinventer. Vous ne lui donnez pas, on vous entend ce matin, vous ne lui donnez pas le bénéfice du doute. Je trouve ça très joli. Vous dites, c'est une question de logiciel, on n'en change pas.
Écoutez, un, on a vu Sarkozy qui nous racontait la même chose. Vous faites un copier-coller de Sarkozy tout long 2008. Vous mettez Macron maintenant. Sarkozy, qu'est-ce qu'il a changé ? Il n'a rien changé de ce point de vue-là. Deuxièmement, je veux dire, Macron a l'impression que c'est un artiste. C'est Picasso. Il entre dans sa période bleue. Déjà, il nous avait promis une période verte. On ne l'a pas vue, la période verte.
Et si jamais il rentrait vraiment dans la période rose, là ?
Ça serait formidable. Mais je n'y crois pas. D'abord parce que ce n'est pas un individu isolé. C'est un individu qui est l'expression de forces économiques. Il n'a pas été élu par hasard. Il a été élu parce qu'il avait Drahi, Niel et compagnie derrière lui. OK ? Et donc derrière, il faut qu'il les satisfasse. Il n'y a aucun moment, au fil de cette crise, Emmanuel Macron n'a parlé d'égalité. À aucun moment, il n'a parlé de partage. À aucun moment, il n'a parlé de répartition. Pourquoi ? Parce que c'est impensable dans son logiciel, pour ainsi dire.
Il n'a peut-être pas parlé de répartition. Pardon, pardon, pardon. Mais il a quand même mis sur la table, est-ce que vous saluez au moins ça ? Le fait que le gouvernement ait mis en place un plan de relance de 110 milliards d'euros. a permis à un salarié sur deux d'accéder au chômage partiel, qui a eu 300 milliards de prêts garantis, un fonds de soutien pour les très petites entreprises. Est-ce que ça, au moins, vous le saluez ou non ?
L'état qui colmate est nécessaire. Donc, OK, mais maintenant, c'est où on va demain ? Quelle est la direction ? Et il n'y a pas de changement de direction. Il n'y a pas de changement de cap. Il n'y a pas... On va recommencer de l'avant comme avant, pire qu'avant. Il n'y a pas de doute là-dessus. Là, on cherche juste à remettre sur pied l'ancien monde. Vous savez, quand on vous dit qu'il faut rebondir, qu'il faut relancer, qu'il faut repartir de l'avant, et quand on vous dit pas dans quelle direction, ça veut dire que ça va être comme avant. Il faut aujourd'hui un changement de cap. Aujourd'hui, tout se fait sans cap ni boussole. Vous regardez l'agriculture.
Il nous prémet la souveraineté alimentaire, la souveraineté agricole. Et je suis pour, mais je suis aussi pour la souveraineté industrielle. Mais dans le cœur de la crise, qu'est-ce qui se passe ? On signe un accord avec le Mexique. Ça veut dire que cette mondialisation qu'on dénonce, on continue de la mettre en œuvre au jour le jour. Ça ne change pas. Pourquoi ? Parce qu'ils sont incapables de remettre en cause ce qui a été 30 ans. Vous savez, il a cité les jours heureux, qui était le programme du Conseil National de la Résistance en 1945. Mais les jours heureux se sont faits avec des hommes qui n'ont pas ceux qui nous ont conduits à la défaite de 40.
François Ruffin, une phrase parcourt votre livre. La phrase, c'est la suivante. La vie avant l'économie. La vie avant l'économie. Pourquoi opposer les deux ? Travailler, entreprendre, créer de la richesse, consommer, n'est-ce pas aussi la vie ?
Mais depuis le XIXe siècle, il y a eu une inversion. C'est-à-dire que l'économie est devenue englobante. Et en fait, la vie humaine doit se mettre au service de l'économie et la planète doit se mettre au service de la vie humaine. Et ce qu'il faut faire, c'est une inversion. C'est comment on met l'économie au service de la vie. Donc évidemment, l'économie est nécessaire. Mais pourquoi faire ? La question doit toujours être, pourquoi faire ? Et aujourd'hui, il faut passer d'une économie des désirs à une économie des besoins. Une économie des désirs, c'est celle que fabriquent les industriels et les publicitaires. Avec un tas de trucs dont on n'a absolument pas besoin.
Et il faut passer à une économie des besoins, c'est-à-dire se loger, se vêtir, se nourrir. Et à la limite, que ce soit deux types d'économies complètement différentes. Une régie par le marché et l'autre avec des garanties qui sont des garanties importantes. Mais moi, on doit passer en économie de guerre. En économie de guerre climatique. Oui. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les Etats-Unis, pendant la Deuxième Guerre mondiale, ils n'ont pas laissé faire le marché librement. Ils sont intervenus, ils ont fixé des objectifs à l'économie pour qu'il y ait une multiplication par je ne sais pas combien. C'est ce qu'on fait là.
Non. Pardon, c'est une économie de guerre là, ce qu'on est en train de faire quand on dépense des milliards et des milliards pour essayer de sauver l'économie.
Dans quelle direction ? Pourquoi faire ? Pour sauver les emplois. Non, mais je veux que les emplois soient sauvés, mais pourquoi faire ? Moi, je vais vous dire. L'emploi, il doit servir à la vie. Et il doit permettre aux gens qui l'ont de s'épanouir. Pour moi, si on dit des emplois demain, j'identifie trois secteurs stratégiques. Le premier secteur stratégique que j'identifie, c'est, je l'ai cité, l'agriculture. Il faut un réempaissandement dans la campagne. C'est-à-dire que si demain, on veut rompre avec la mécanique et rompre avec la chimie, il va falloir des centaines de milliers d'emplois supplémentaires. Deuxième point, c'est le bâtiment.
Pour sortir de la précarité énergétique, on a 8 millions de passoires thermiques. Ça suppose un investissement massif. Et ça veut dire, là encore, des centaines de milliers d'emplois. Et en plus, c'est un programme écologique aussi, moins de consommation de CO2. C'est un programme d'indépendance nationale, puisqu'on dépendra moins du pétrole et du gaz. Et troisième point, ce sont les métiers du lien ou les métiers du soin. C'est-à-dire auxiliaire de vie sociale, assistante maternelle, aide à domicile.
Tous les métiers animatrices périscolaires qui sont souvent des métiers féminins et qui sont aujourd'hui des métiers qui sont relégués, méprisés, qu'on doit placer au cœur d'une transformation écologique. De l'emploi, oui, mais de l'emploi, pourquoi ? Des milliards, il est faux. Je suis pour des centaines de milliards, des milliers de milliards, pas de problème. Mais pourquoi faire ? Dans quelle direction ? Vous savez, déjà en 2008, on a rempli le réservoir de liquidités. La Banque Centrale Européenne a lâché les liquidités. Mais dans quelle direction ? La Banque Centrale n'a jamais dit à un moment, on veut aller faire ça, et ça doit nourrir l'économie réelle plutôt que la spéculation.
Économie de guerre, François Ruffin. Exemple, le secteur automobile, il est quasiment à l'arrêt. Quand on regarde l'aviation, c'est la même chose. Les avions sont cloués au sol. Il y a des emplois qui risquent d'être perdus ou détruits. Ces deux secteurs polluent. On fait quoi dans le cadre de ce que vous avez dit, à savoir une économie de guerre pour sauver la planète et le climat ? On essaye de sauver ces filières, comme le fait là le gouvernement, ou on les laisse péricliter au nom de l'impératif écologique ?
Comment on fait là ? Déjà, on rond avec l'objectif de compétitivité internationale sur ces secteurs-là. En tout cas, sur l'automobile, on rond avec l'objectif de compétitivité internationale. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est pour l'industrie. L'industrie, on doit la mettre, je l'ai dit, je le répète, au service de la vie. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on doit se demander de quoi on a besoin et de quoi on n'a plus besoin. Et il est évident qu'on a encore besoin d'un certain nombre de voitures dans ce pays. Donc, il faut continuer à produire des voitures. Mais bon, il y a des tas de trucs.
Mais pardon, on rond avec la compétitivité internationale, ça veut dire quoi ? Par exemple, pour Renault, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on doit pouvoir imposer des taxes aux frontières qui font que nos travailleurs, ici, ne sont pas mis en concurrence avec du travailleur slovaque, avec du travailleur brésilien.
Donc, on ferme les frontières.
Non, on ne ferme pas les frontières.
Parce qu'on nous répondra, très bien, mettez vos droits de douane, nous aussi on les mettra sur votre produit français.
Oui, c'est ce qui a prévalu pendant des décennies, voire des siècles. Et ça a permis une certaine régulation de la folie des marchés. Puisque la folie dénoncée par Emmanuel Macron, c'est ça. C'est la folie de la libre circulation.
Donc, pour vous, l'instrument, c'est le droit de douane et la frontière ?
C'est l'un des instruments. C'est l'un des instruments. Je suis favorable aux taxes frontières, je suis favorable aux barrières douanières, je suis favorable aux quotas d'importation. Dire que demain, on aura une relocalisation des vêtements, des aliments, des médicaments et de l'agriculture, sans penser qu'on a besoin de ces outils-là, je le dis franchement, c'est de la foutaise. Donc, on a besoin de ces outils-là. Maintenant, ce n'est pas le seul outil. Par exemple, il y a d'autres outils qui sont la fiscalité, il y a d'autres outils qui sont les bonnes volontés qui peuvent exister sur le terrain et qu'il faut appuyer et faire germer.
Vous parlez, vous dites, un de nos désaccords, un de mes désaccords, c'est avec Arnaud Montebourg, sur lequel vous avez beaucoup de points d'accord, notamment sur la démondialisation. Vous dites avec Arnaud Montebourg, à l'inverse de Montebourg, productiviste, c'est-à-dire, vous voulez relocaliser en France, mais pas être productiviste ?
Mais non, je veux relocaliser sur les biens qui sont nécessaires. Par exemple, en France, on n'a plus une seule usine de lave-linge, alors que la Suisse en a deux. La petite Suisse a deux usines de lave-linge et la France, zéro. Alors qu'on consomme du lave-linge ici, que moi, je ne compte pas me priver de lave-linge. Donc, dans ce contexte-là, il faut la relocalisation du lave-linge. Maintenant, moi, en effet, je ne suis pas productiviste, c'est-à-dire que toute production, c'est à quoi sert-elle ? Je ne vais pas... C'est les deux mamelles qui font notre suicide collectif. Production, consommation.
Je suis absolument vaincu que l'une des folies, c'est qu'on est comme des hamsters dans une cage. C'est-à-dire, travailler plus, pour consommer plus, pour produire plus, pour travailler plus, pour faire... Il faut absolument qu'on sorte de ça. Donc, il faut qu'on se pose aujourd'hui les questions de quel bien a-t-on besoin, quel bien n'a-t-on plus besoin ? Mais ce n'est pas parce qu'on produit que je vais trouver ça formidable. Ça dépend de ce qu'on produit. Allez, on va au standard de France Inter.
De quel bien on n'a plus besoin ? Vous pourriez, par exemple...
Mais oui, je vais vous donner un exemple.
Parce que les lave-linges, non. Les lave-linges, vous en avez besoin.
Voilà, mais je vais vous dire, par exemple, les sèches-linges. Je discutais avec les ouvriers de Whirlpool qui produisaient des sèches-linges. Je disais, mais qui a besoin d'un sèche-linge ? Le vent, il fait le boulot. Depuis des millénaires, on peut pendre ses vêtements dans sa salle de bain. En l'occurrence, peut-être qu'on n'a pas besoin de sèches-linges. Peut-être qu'on n'a pas besoin de passer à la 5G. Il va y avoir un grand plan, avec des dizaines de milliards. Est-ce que le progrès, demain, c'est la 5G, avec mon frigo connecté, avec des baskets qui comptent le nombre de pas que je fais, avec les...
je dis des trucs qui existent, avec le décapsuleur qui, quand je décapsule ma bière, envoie une notification Facebook à mes amis. Est-ce que c'est ça, le progrès ? Eh bien, je vous dis, ça, on n'en a pas besoin.
Allez, on va au standard. Stéphane est en ligne. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. Vous êtes, je crois, policier.
C'est ça, policier en région parisienne depuis 25 ans. Et je sais que M. Ruffin est souvent en colère. Donc juste, moi aussi, je suis en colère par rapport à ses propos tout à l'heure. Je suis désolé, mais quand j'entends qu'il y a une rupture de confiance entre la population et la police, je ne suis pas sûr que l'exemple de député, d'élu de la France insoumise, qui se rebelle et qu'humilie en public des policiers soit le meilleur exemple pour rétablir la confiance entre la population. Donc voilà, juste, c'est une remarque. Et je vous dis, une colère de policier face aux propos de M. Ruffin.
Eh bien, merci de l'avoir exprimé au micro d'Inter. François Ruffin vous répond. Stéphane, c'est bien ça.
Oui, Stéphane. Excusez-moi. Moi, en tout cas, sachez que mon objectif est d'éviter une guerre ou des batailles rangées entre la police et la population. Maintenant, la rupture de confiance, elle est lisible dans les statistiques. Elle est lisible dans les bouquins des sociologues. Donc maintenant, la question, c'est comment on la rétablit ? Comment on la rétablit ? Et je pense qu'il faut que les bonnes volontés du côté de la police et du côté de la population se bagarrent pour rétablir cette confiance qui est aujourd'hui mise à mal.
On retourne au standard question de Patrick. Bonjour Patrick.
Oui, bonjour. Soyez le bienvenu. Bonjour, bonjour Frater. Bonjour M. Ruffin. Une question relativement simple. Je pense que les idées sont beaucoup plus importantes que les personnes. Est-ce que vous ne trouvez pas que, quand même, M. Jean-Luc Mélenchon, un, est un vrai obstacle aux idées de la France insoumise ? Quand est-ce va-t-il décider de se désister ? J'en ai peur que pas du tout parce qu'il a un égo relativement très important. Et une petite remarque que vous concernant, je pense que vos idées passeraient beaucoup mieux auprès de l'ensemble de la population, si juste vous parliez plus lentement, plus doucement. Sans crier. Pas crier, parce que c'est de la colère.
Mais la colère fait peur, M. Ruffin. Alors que les idées sont beaucoup plus importantes. Je vous remercie de répondre à cette question.
Question formulée d'une voix tout à fait douce et sereine. Merci beaucoup Patrick. François Ruffin vous répond. Je vais faire du coaching. On pourra vous mettre en relation si vous voulez.
Coaching douceur, François Ruffin.
Un coach.
Vous dites qu'il faut prendre le pouvoir. Vous le dites. Il faut prendre le pouvoir. Les idées comptent plus que les personnes, dit notre auditeur. Et pourtant il y a une question de personne qui se pose puisqu'on a deux ans de la présidentielle. Personne ne s'impose à gauche. Vous êtes tous là à vouloir essayer. Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, peut-être un candidat au PS. Et personne ne s'impose vraiment à gauche. S'il n'y a pas d'autres candidats qui s'imposent dans les prochains mois. Est-ce que vous, vous y avez réfléchi ? Est-ce que vous y êtes prêt ?
Écoutez, je ne vais pas vous répondre. Je ne vais pas vous répondre. Parce que si jamais je vous réponds, que je vous réponds oui, que je vous réponds peut-être, que je réponds on verra bien, que je vous réponds non, quelle que soit ma réponse, tout ce qui sera retenu de l'entretien de ce matin, alors que j'ai parlé du Permafrost, alors que j'ai parlé de la Sibérie, alors que j'ai parlé de ma terre de Picardie, alors que je voudrais vous parler des femmes de ménage, voilà. Et bien tout ce qui sera retenu, c'est la petite phrase et la guéguerde. Non, je ne veux pas être là-dedans.
Non, je me fous de la petite phrase. Je veux savoir si vous y avez réfléchi, si vous y pensez à la question de l'incarnation, vous, François Ruffin, ou pas du tout ?
J'y réfléchis. Bien sûr que tout le monde y réfléchit. Mais maintenant, moi, j'ai un combat qui est nettement plus large que ça. Moi, je suis angoissé simplement parce que je pense qu'on va livrer un monde terrifiant à nos enfants. Voilà, c'est tout. Ma bagarre, elle est là. Et maintenant, je sais quels sont les adversaires en face. Et compte tenu de la puissance des adversaires en face, je cherche à rassembler au maximum les bonnes volontés.
Merci François Ruffin. Leur folie, nos vies, sous-titres, la bataille de l'après aux éditions Les Liens qui Libèrent. Merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Et si vous voulez faire du coaching avec notre auditeur Patrick, du coaching calme. Non, mais ma mère me le dit aussi, vous savez. Ne crie pas, c'est ça ce qu'elle vous dit.
Vous ne l'écoutez pas parce que chaque fois, ça monte dans le ton.
Il faut écouter sa maman. Merci François Ruffin.
François Ruffin