Enseignante poignardée : "Il ne faut pas tomber dans la psychose totale, sans négliger la gravité de ce qui s'est passé"
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- 1:18Invité politiqueFait
« C'est un établissement très calme, qui a un climat scolaire extrêmement serein, sans tension particulière, avec un environnement très positif et favorable. »
- 1:46PrésentateurPromesse
« Il y a un représentant du syndicat d'enseignants UNESA qui dit que plus cela se produit, plus on se sent potentiellement victime. »
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Il est 6h20, les cours sont annulés aujourd'hui au collège de Sanary-sur-Mer dans le Var. Une enseignante y a été poignardée par un élève de 3e, elle a été opérée hier en urgence. Pas de connotation religieuse ou politique selon le procureur qui parle de tension entre le garçon de 14 ans et sa professeure d'art plastique. Peut-on éviter de tels drames ? Comment lutter plus efficacement contre la violence dans les établissements scolaires ? Je reçois ce matin Bruno Bobkiewicz, bonjour. Vous êtes le secrétaire général du SNPDEN-UNSA, c'est le syndicat des chefs d'établissement et vous êtes proviseur de la cité scolaire Buffon à Paris.
On reste quand même interloqué à chaque fois parce que malheureusement il y a eu des précédents et encore ces derniers mois, interloqué qu'une situation de tension entre un élève et un professeur se règle à coup de couteau.
Clairement, même si malheureusement ce n'est pas la première fois que ça arrive, c'est toujours des situations extrêmement choquantes et sidérantes. Comment on peut en arriver là ? Donc la tension entre un élève et un enseignant, c'est des choses qui arrivent très régulièrement. Comment on peut imaginer et quelles sont les circonstances qui ont fait qu'à un moment donné ce jeune est passé à l'acte ?
Et ça peut arriver partout. Là, ce collège de Saint-Narie, c'est quel type d'établissement ?
C'est un établissement très calme, qui a un climat scolaire extrêmement serein, sans tension particulière, avec un environnement très positif et favorable. Donc on est vraiment sur une situation qui ne correspond pas du tout, même si je pense qu'en réalité ça ne correspond à aucun type d'établissement. Mais en l'occurrence, on est en très net décalage par rapport à la vie quotidienne de tout établissement, et en particulier de celui-ci.
Et d'ailleurs, il y a un représentant du syndicat d'enseignants UNESA qui dit que plus cela se produit, plus on se sent potentiellement victime. Est-ce que vous, vous le ressentez ? Est-ce que vous vous dites, ça peut m'arriver ? Ou est-ce que vos collègues aussi, est-ce que les enseignants qui travaillent dans votre établissement, vous font part de ces craintes-là aussi ?
Alors, vu la multiplication des incidents de même nature, forcément à un moment donné la question peut se poser. Je ne suis pas certain que l'état d'esprit général soit celui-ci, parce qu'il faut quand même reconnaître que la vie quotidienne des établissements n'est pas celle-ci.
C'est arrivé, c'est encore arrivé de façon dramatique hier, mais je crois que globalement, quand on accueille 12 millions d'élèves tous les jours, on a quand même un niveau de tension dans les établissements qui n'est pas celui-ci, et je pense que les enseignants savent parfaitement que le risque à l'intérieur de l'établissement est d'ailleurs beaucoup plus bas qu'à l'extérieur, quand ils prennent le métro ou quand ils sont dans les transports d'ailleurs. Donc, je pense qu'il faut évidemment être très attentif et regarder quels sont les leviers pour encore améliorer la situation.
Et j'imagine qu'on va en parler, mais en l'occurrence, ne pas tomber dans la psychose totale sans négliger la gravité de ce qui s'est passé.
Mais pourquoi des enfants apportent des couteaux à l'école ?
Alors, c'est un vrai sujet. Je pense qu'on est sur un phénomène de société assez large, avec un cercle vicieux de la victime qui va lui-même potentiellement amener un couteau pour se défendre. En tout cas, c'est ce qu'on entend. Il y a d'ailleurs un plan couteau qui a été mis en œuvre.
Avec des contrôles par les forces de l'ordre.
On a aux abords des établissements de façon très régulière. C'est arrivé là chez vous ? Oui, oui, c'est arrivé plusieurs fois. La police nous prévient d'un contrôle avec une date ou des dates qui sont données. C'est arrivé plusieurs fois aux abords de mon établissement. Et donc, ça permet d'insécuriser effectivement tous ceux qui envisagent d'avoir un couteau sur eux. Donc, ça peut dire qu'on peut tout détecter. Mais en tout cas, je pense que c'est de nature à faire évoluer la situation.
Est-ce que c'est aussi le reflet de notre société, de notre époque, le fait que des enfants trouvent le besoin d'apporter des couteaux à l'école ?
On est dans une hystérisation totale de la société, y compris au plus haut sommet de certains états. On voit bien que rien n'est serein, rien n'est calme et c'est noir ou blanc. C'est-à-dire, tout le monde est fâché, énervé. Il y a parfois de quoi l'être. Et je pense que les élèves, les enfants sont des éponges et de ce point de vue, sont un peu le reflet de la façon aussi dont les adultes se comportent.
Alors, que faire Bruno Bobkiewicz ? Le ministre de l'Éducation le disait hier soir. Les portiques, ça ne marche pas puisqu'on peut passer avec un couteau en céramique. Donc, on fait comment ?
Alors, il y a deux sujets. Il y a la question de la sécurisation qui doit quand même être regardée. Il y a un besoin de sécurité. L'Éducation nationale et les collectivités ont beaucoup fait ces dernières années sur ces questions. C'est la question des modalités d'accès. C'est la question parfois de la vidéoprotection. Il y a différents sujets. Quand c'est nécessaire ? Donc, la question des portiques n'a pas beaucoup de sens. On le voit bien et je partage complètement cette idée. Mais en tout cas, il ne faut pas négliger les questions de sécurité, notamment quand les situations se présentent ou la situation le nécessite. Ça dépend aussi des environnements.
Et puis, il y a la question de la prise en charge des élèves et notamment d'un point de vue santé mentale. C'est un sujet qu'on évoque régulièrement, sur lequel on progresse peu.
La moitié des collèges et des lycées n'ont pas d'infirmiers et d'infirmières scolaires aujourd'hui.
Oui, on a un vrai souci de ce point de vue. On a une difficulté sur les pôles médico-sociaux. On a une difficulté sur les psychologues de l'éducation nationale. De ce point de vue, il faut des cellules complètes dans les établissements.
Et comment ça se fait ? Il y a un établissement sur deux sans infirmiers scolaires ?
Alors, on a à la fois une question...
Vous répond quoi, le ministère ?
On a à la fois une question budgétaire, sur ce sujet. Et puis, on a une question d'attractivité de ce métier, puisque vous avez des postes qui existent et qui ne sont pas pourvus. Donc, il faut traiter les deux sujets. Il n'y a pas que la question de l'infirmière scolaire, donc il y a la question des assistants sociaux. On a une situation, a priori, sur Sanari, qui relève aussi d'un accompagnement social. Je crois qu'il y a des choses qui étaient mises en place. Et donc, il faut que les établissements puissent être dotés.
Oui, il a été suivi par un juge pour enfants en assistance éducative. Dans ce cas-là, est-ce que l'établissement scolaire est au courant que l'enfant est en difficulté, qu'il a des problèmes ou pas ?
Oui, à priori. Je ne peux pas vous dire précisément de quoi il s'agit sur cette affaire-là.
Mais de manière générale, normalement, vous êtes en lien.
On a des informations, des liens plus ou moins étroits. Ça dépend des situations. Et ça dépend aussi des partenaires. Ça, c'est aussi un sujet. C'est-à-dire la capacité à partager des infos au-delà même de l'éducation nationale.
Et est-ce que vous le constatez, quand dans un établissement, il y a un infirmier, il y a des assistants sociaux, ça se passe mieux ?
Forcément. Plus on a de personnel pour encadrer les jeunes, et notamment les jeunes qui vont mal, ça ne veut pas dire qu'on est à l'abri de tout. Mais en tout cas, on a quelques garde-fous supplémentaires et des professionnels, dont c'est le métier, qui vont pouvoir prendre en charge, accompagner, sans encore une fois avoir des réponses et une baguette magique sur toutes les situations. Mais en tout cas, forcément, c'est de nature à améliorer l'encadrement des élèves qu'ils nécessitent.
Merci beaucoup Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat des chefs d'établissement SNPDEN-UNSA, proviseur de la cité scolaire Buffon à Paris. Quant à l'adolescent de 14 ans qui a poignardé hier sa professeure à Sanary, il a commencé hier soir à être entendu par les enquêteurs. Sous-titrage Société Radio-Canada