Mouvement lycéen, budget 2027, crise du pouvoir d'achat... Le "8h30 franceinfo" de Marylise Léon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:01OuverteRéponse directe
Marie-Élise Léon, c'est une manière de répondre à l'urgence d'abord ?
- 2:40OuverteRéponse directe
Être entendus, être respectés dans leurs paroles, est-ce que vous estimez que le gouvernement a trop tardé à répondre ?
- 4:29RelanceRéponse directe
Est-ce qu'il n'y a pas un risque d'impasse ? Est-ce que vous, vous les appelez peut-être à lever le pied aussi, à accepter les formes de discussion ?
- 5:03OuverteRéponse directe
Marie-Élise Léon, vous parlez de la violence dans ces mobilisations. La réponse policière est remise en question dans ces mobilisations avec ces jeunes blessés, parfois très gravement.
- 6:59OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Est-ce qu'il faut les interdire tout court, dans le maintien de l'ordre de mobilisation, même au-delà des lycéens ?
- 8:44OuverteRéponse directe
Et parmi ces revendications, il y a beaucoup de critiques contre la plateforme Parcoursup, cette plateforme d'admission post-bac qui sélectionne et dirige les lycéens vers les formations universitaires.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30InvitéChiffre
« On a 3000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant élèves. »
- 0:36InvitéChiffre
« Dans les prochaines heures, on a 3000 professeurs qui vont rejoindre ces établissements. »
- 3:22Invité politiqueFait
« Il y avait des jeunes qui voulaient casser, mais c'était loin d'être la grande majorité et l'immense majorité. »
- 5:26Invité politiqueChiffre
« Moi, je constate qu'on a 6 000 interpellations. Ça m'interroge. 6 000 interpellations de jeunes. »
- 5:37Invité politiqueFait
« Et puis, attendre qu'un garçon de 15 ans ait la main arrachée pour suspendre l'usage de grenades assourdissantes, je trouve que c'est extrêmement inquiétant. »
- 7:06Invité politiqueFait
« On est un des derniers pays, je crois, à utiliser ce type d'objet. »
- 9:29PrésentateurChiffre
« 21% des moins de 25 ans sont au chômage. »
- 11:12Invité politiqueChiffre
« Ça représente 1,5 million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation. »
- 12:35PrésentateurChiffre
« En 4 ans, c'est presque 30% de CDI en moins pour les 21-29 ans. »
- 19:06Invité politiqueChiffre
« Vous avez 2 millions de personnes qui sont au SMIC. »
- 21:16PrésentateurChiffre
« C'est 10 millions de barils puisés dans les réserves stratégiques. »
- 21:21PrésentateurChiffre
« Conséquence attendue, une baisse de 12 à 18 centimes de moins à la pompe. »
Temps de parole
- Invité politique68 %
- Présentateur11 %
- Présentateur 211 %
- ?6 %
≈ 13,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Camille et bonjour Marie-Lise
Léon,
secrétaire
générale de la
CFDT. Merci d'être avec nous ce matin sur France Info. Beaucoup de sujets abordés avec vous. Le budget, la copie du gouvernement présenté à l'Assemblée nationale en ce moment. On parlera aussi de la crise des carburants, du pouvoir d'achat qui frappe les Français. Mais d'abord ce mouvement lycéen qui dure depuis près de trois semaines maintenant. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a apporté une première réponse concrète. Il était l'invité du 20h de TF1 hier soir et a annoncé des professeurs remplaçants en urgence.
On
a 3000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant élèves. Dans les prochaines heures, on a 3000 professeurs qui vont rejoindre ces établissements. Deuxième élément, je vais autoriser les recteurs à recruter plus que ce qui est normalement autorisé. Quelques centaines de professeurs de plus,
là
où nous avons des besoins. On va également donner plusieurs centaines de milliers d'heures supplémentaires, ce qu'on appelle le pacte enseignant, aux proviseurs pour qu'ils puissent procéder à des remplacements de courte durée à l'intérieur d'un établissement.
3000 professeurs remplaçants dès aujourd'hui, déployés jusqu'à mardi dans les établissements qui en ont le plus besoin. Marie-Élise Léon, c'est une manière de répondre à l'urgence d'abord ?
C'est une première réponse qu'on peut saluer. Mais la question, c'est qu'il y a beaucoup d'autres revendications portées par les lycéens qui doivent avoir des réponses. Donc, je pense qu'on est conscient qu'il va y avoir des réponses de très court terme, comme
celle-ci. Sans études, oui.
Sans études, mais c'est largement en deçà de ce qui est attendu. Et je pense qu'aujourd'hui, on a besoin d'écouter ce que les lycéens ont à dire.
C'est du bricolage, disent certains. Est-ce que vous reprendriez-vous ce vocabulaire ?
Oui,
je pense que
ça ne peut pas être un seul de tout compte. Ça, c'est certain. Donc, ça fait partie des premiers éléments de réponse. Et je pense qu'on a besoin d'écouter. On a besoin de respecter la parole de ces lycéens qui nous disent qu'on a besoin d'avoir des réponses sur les conditions matérielles. On parle beaucoup des bâtiments qui ne permettent pas d'accueillir correctement. J'étais encore avec des militants de l'éducation CFDT qui nous disent, moi, dans mon collège, dans mon lycée, je n'ai pas, dans mon lycée, en l'occurrence, je n'ai pas assez de chaises. Ce
qui
dépend aussi de la région.
Ce qui dépend de la région. Et je pense qu'il faut aussi
mettre autour de la table tous ceux qui ont des responsabilités. Vous évoquiez la question des régions. Moi, je suis atterrée qu'aujourd'hui, il y ait des lycéens et notamment des lycéennes qui nous disent, on ne va pas aux toilettes de la journée parce que les portes ne ferment pas, parce qu
'il
n
'y a
pas de lumière, parce que les bâtiments ne sont pas, sont insalubres. C'est totalement inacceptable et je pense qu'il ne faut pas minimiser ce vécu et les attentes qu'ils ont d'être entendus et d'être respectés dans leurs paroles. Je pense que c'est fondamental.
Être entendus, être respectés dans leurs paroles, est-ce que vous estimez que le gouvernement a trop tardé à répondre ? Est-ce qu'il faut que le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoive les organisations lycéennes ?
Je ne sais pas s'il doit le faire.
Je
pense qu'il faut d'abord écouter ce que les organisations lycéennes portent, certaines aussi organisations étudiantes. Il faut ouvrir le dialogue et être dans une sincérité. Je pense qu'avoir des éléments des
premiers... Ça en manque ? Non, je pense qu
'aujourd'hui, il y a une colère profonde, il y
a
une colère qui est légitime. Et je pense que le gouvernement a d'abord sous-estimé cette colère et a considéré qu'il n'y avait que des jeunes qui voulaient casser. Il y avait des jeunes qui voulaient casser, mais c'était loin d'être la grande majorité et l'immense majorité. C'est-à-dire que ce mouvement de l'IC1, c'est un mouvement, je pense, historique, qui ne peut pas être réduit à la violence, d'où qu'elle vienne. Et il faut pouvoir véritablement ouvrir des espaces de discussion. Alors, ça a été aussi proposé, sauf que c'est proposé sans concertation
avec le personnel de direction. Donc, je pense qu'il
va falloir du temps pour poser les choses. Donc, il va falloir des réponses de très court terme, de moyen et de long terme. Et donc, de pouvoir engager véritablement ce chantier aussi auquel aspirent les lycéens sur la question de la démocratie lycéenne. Ils ont des choses à dire. Ils ne veulent pas que les adultes parlent à leur place. C'est pour ça que la CFDT soutient ce mouvement sans le cannibaliser ou vouloir parler à la place des lycéens. C'est important que ce soit eux qui le
fassent. Un
mouvement qui continue et les organisations lycéennes répètent encore ce matin sur France Info que ce qui a été annoncé hier n'est pas suffisant. Qu'ils veulent des engagements concrets sur le bâti scolaire, la bourgation de parcours sup, des revendications qui vont assez loin. Et que s'il n'y a pas ces annonces, ils continueront. Est-ce qu'il n
'y
a pas un risque d'impasse ? Est-ce que vous,
vous
les appelez peut-être à lever le pied aussi, à
accepter les formes de discussion ?
Je suis une syndicaliste. Je sais parfaitement ce que c'est qu'un mouvement de contestation, de protestation. Je sais que l'ennemi des revendications, c'est la violence justement. Parce qu'on se focalise dessus et on ne regarde plus le fond du problème. Je pense qu'aujourd'hui, il faut considérer avec le plus grand sérieux leurs revendications. Et il faut réussir à poser les choses et qu'il
y
ait d'autres réponses apportées par le gouvernement.
Marie-Élise Léon, vous parlez de la violence dans ces mobilisations. La réponse policière est remise en question dans ces mobilisations avec ces jeunes blessés, parfois très gravement. Il y
a
eu cet adolescent notamment de 15 ans avec la main arrachée par une grenade à Lens. L'enquête est en cours. Le Premier ministre refute toute répression policière.
Et
vous
? Moi,
je constate qu'on a 6 000 interpellations. Ça m'interroge. 6 000 interpellations de
jeunes. C'est du jamais vu. Ça m'interroge. C'est inédit.
7 000. Alors voilà, il faut que je mette mes
fiches à jour.
Et puis, attendre qu'un garçon de 15 ans ait la main arrachée pour suspendre l'usage de grenades assourdissantes, je trouve que c'est extrêmement inquiétant. C'est extrêmement inquiétant. En
clair, il y a un problème dans le maintien de l'ordre ? Je pense
qu'il y a des individus, et je ne fais pas de généralité, qui ne sont pas en mesure, dans la police, d'avoir des actions proportionnées au regard des personnes à qui ils ont affaire. Et donc, c'est de la responsabilité du ministre de
l'Intérieur aussi d'être en capacité.
C'est énorme.
Et confié
à l
'IGPN sur des...
20 enquêtes de l'IGPN,
c'est extrêmement... Moi, je trouve ça grave, et je pense que ça doit interroger le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre.
Il est dans une forme
de
déni quand
il
dit qu'il y
a
de la proportionnalité. Lui dit que ce sont des faits isolés, mais dans la grande
majorité du cas, il y a la proportionnalité qui respecte. Je
pense que quand on arrive à ces chiffres-là, il est largement temps de réinterroger la façon dont ces consignes sont passées, dont elles sont respectées. Et là encore, j'insiste, je ne fais pas de généralité, ça ne concerne pas tous les policiers. Mais là, on a véritablement un sujet qu'il faut pouvoir traiter parce qu'on est sur des faits
extrêmement
graves.
Par exemple, Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, a annoncé l'interdiction des grenades de désencerclement face à cette mobilisation de la jeunesse. Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Est-ce qu'il faut les interdire tout court, dans le maintien de l'ordre de mobilisation, même
au-delà des
lycéens
? On est un des derniers pays, je crois, à utiliser ce type d'objet. Et je pense qu'il faut effectivement avoir une réflexion de fond sur cette politique du maintien de l'ordre, l'utilisation de certaines armes. Et ce que je rappelle, ça paraît évident, mais là, les policiers ont affaire à des enfants. On a des enfants qui, aujourd'hui, veulent manifester. C'est un droit qu'il faut leur reconnaître. Il faut les écouter et être dans le respect de cette liberté de manifester. C'est aussi un mouvement de solidarité. Je trouve que ce qui est aussi intéressant et positif dans ce mouvement, c'est la solidarité du monde éducatif vis-à-vis des élèves.
C'est aussi la solidarité des parents qui veulent être en protection. C'est la volonté de la CFDT aussi d'être en soutien à ce mouvement et d'assurer une protection et de bonnes conditions de manifestation. Je pense que ce sont des éléments positifs et ce sont des éléments qui font vivre notre démocratie et qu'il faut pouvoir préserver.
Mais Marie
-Lise Léon, ce que répond aussi le ministre de l'Intérieur, c'est qu'en face, il y a 800 membres de forces de l'ordre qui ont été blessés. Il y a aussi en face des manifestants ou des éléments, parfois, qui peuvent être très violents. Est-ce que vous vous dénoncez
aussi ? Oui, je
le dis, je dénonce les violences d'où qu'elles viennent. Il y a des jeunes aussi qui viennent pour casser. Il y a des jeunes qui viennent pour détruire et qui n'ont rien à voir avec les revendications des lycéens. Et donc, il faut pouvoir, là aussi, ne pas faire de généralité. Il y a des jeunes qui ont des attentes légitimes, des revendications qu'il faut pouvoir entendre.
Et parmi ces revendications, il y a beaucoup de critiques contre la plateforme Parcoursup, cette plateforme d'admission post-bac qui sélectionne et dirige les lycéens vers les formations universitaires. Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement supérieur, a été l'invité de France Info. Ce matin, il a défendu ce dispositif contre les partis politiques, notamment, qui demandent sa suppression.
Honnêtement, c'est de la démagogie pure. Ils prennent les lycéens pour des lapins de trois semaines. Mais la vérité,
c
'est qu'aujourd'hui, vous avez un million de candidats sur la plateforme qu'il faut affecter dans l'ensemble de nos établissements d'enseignement supérieur. Moi, j'entends des gens qui disent qu
'il
faut abroger Parcoursup. J'ai jamais entendu ce qu'ils voulaient mettre à la place.
Est-ce qu'il faut abroger Parcoursup, Marie-Lise Léon, quand on voit cette angoisse énorme chez les lycéens et qu'on a un taux de chômage aussi chez les jeunes qui est très élevé, que l'insertion professionnelle reste très difficile
? Je pense que
la question, ce n
'est
pas l'outil Parcoursup. La question, c'est l'accompagnement des jeunes. Et je pense qu'avec Parcoursup, on a vu se révéler encore plus l'inégalité de capacité à connaître les orientations, les choix, le fait de... Et je pense que le critère, en tout cas l'axe clé aujourd'hui, c'est la façon dont on peut accompagner véritablement
les jeunes. Mais la plateforme en tant qu'elle peut fonctionner d'après vous ? Non, je pense
qu'il
y
a des choses qui doivent être... Enfin,
moi,
je ne
suis
pas une spécialiste de Parcoursup, mais il y a forcément des choses qui peuvent être accompagnées.
Ça creuse les inégalités ? Moi, je pense que ça creuse les inégalités
en termes de capacité à s'approprier l'outil et de pouvoir véritablement... Alors, ce n'est pas nouveau non plus. Les inégalités en termes d'accompagnement et de choix d'orientation...
Mais c'est un accélérateur ?
Moi,
je pense que c'est un
accélérateur parce qu'il n'y a pas la même possibilité d'accompagnement, soit des parents. C'est très inégal en fonction des établissements scolaires également.
Et
donc, cette question-là et le fait qu'on soit dans un outil numérique de cette nature, je pense que ça génère aussi une appréhension pour les jeunes à qui on demande quand même de plus en plus tôt de faire des choix. Et je pense qu'aujourd'hui, ce dont ont besoin les jeunes, dès le lycée, c'est d'avoir des signaux positifs d'avenir et que les adultes se préoccupent véritablement de leur avenir.
Alors,
on aura l'occasion d'y revenir.
L'avenir des jeunes, justement, parlons-en, mais parlons-en tout de suite
avec
ce taux de chômage qui est extrêmement élevé en
France.
21%. C'est un fléau.
C'est un vrai fléau. 21%
des moins de 25 ans, c'est ça,
Marie-Louise ? C'est ça, 21
% des moins de 25 ans sont au chômage. Ça représente 1,5 million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas de perspective, en tout cas de visibilité sur leur avenir.
Et
je pense
que c'est... Comment on
remédie à ça ?
C
'est les entreprises qui n
'osent pas
les
embaucher, qui craignent
d'avoir
des jeunes avec eux ? Malheureusement,
je n
'ai
pas de scoop, je n'ai pas de baguette magique ni de solution miracle. Parce qu'en fait, c'est un ensemble. Il faut travailler sur l'orientation. Il faut rassurer les jeunes et leur dire qu'il y a des perspectives d'avenir. Et je pense qu'aujourd'hui, on parle beaucoup de l'intelligence artificielle, on a une génération qui est déjà confrontée à l'éco-anxiété, qui aujourd'hui ne voit pas forcément leur perspective d'avenir et qui n'ont pas de... Ils ne voient pas en quoi les adultes d'aujourd'hui anticipent et construisent leur place dans
l'avenir. Une génération sacrifiée
?
Oui, je ne sais pas si c'est sacrifié. En tout cas, moi, je pense que je suis plutôt optimiste de nature. Je pense qu'on a besoin aujourd'hui, c'est pour ça que les enjeux de démocratie lycéenne sont fondamentaux. Je pense que le monde de demain, il se construit par les jeunes. Et c'est donc à eux qu'il faut faire conscience et leur laisser la parole et la place pour les décisions qui vont les concerner demain.
Vous parliez il
y
a un instant, Marie-Lise Léon, de l'emploi des jeunes, de l'intelligence artificielle qui bouleverse le marché du travail. Une première étude nous dit ce matin qu'en 4 ans, c'est presque 30% de CDI en moins pour les 21-29 ans, les plus jeunes travailleurs qui sont les plus touchés par ces disparitions d'emplois liées à l'intelligence artificielle. Est-ce qu'on est assez préparé en France à cette réalité-là de ces postes juniors, entre guillemets, qui disparaissent et qui privent certains jeunes ?
Non,
on
n
'est
pas du tout préparé. Non, on n'est pas préparé parce qu'en fait, on a aussi, et vous évoquiez la question de la responsabilité des entreprises, dans le cadre, on a deux segments du marché du travail qui sont en grande difficulté. L'emploi des jeunes, l'emploi des seniors. Et la question de l'emploi des jeunes, aujourd'hui, c'est qu'on a des entreprises qui font face à des incertitudes économiques, politiques, ok, mais qui aussi ont tendance à vouloir chercher des moutons à cinq pattes, qui veulent ne pas embaucher de jeunes parce qu'ils considèrent qu'il faut de l'expérience, qu'il faut avoir des profils assez complexes.
Et je pense qu'aujourd'hui, il faut que les entreprises et les employeurs fassent plus confiance aussi aux jeunes. Et donc, ça fait partie des discussions qu'on a avec les organisations syndicales et patronales, une négociation sur l'emploi des jeunes qui doit démarrer depuis de nombreux mois. Je pense qu'on a intérêt à se bouger pour pouvoir faire en sorte de dresser véritablement des pistes d'espoir pour toutes ces générations. Et puis, trouver des solutions concrètes. Des solutions concrètes de sécurisation. La CFDT, elle
a
des propositions sur, par exemple, instaurer un salaire minimum pour les mineurs, etc. Il y a des choses qui doivent rassurer, je pense, et donner un peu plus d'espoir aux jeunes pour leur dire qu'on construit aussi un monde pour eux et avec eux.
Le
8.30 France Info, Camille Girère, Benjamin Recouvreur.
Marie-Lise Léon, secrétaire générale de la CFDT, vous êtes notre invitée ce matin du 8.30 France Info. Allons-nous vers une convergence des colères, vers une convergence des luttes. On le disait, les sujets de mobilisation sont nombreux. Il y a donc les lycéens, avec un nouvel appel à la manifestation mardi prochain. La semaine prochaine, le samedi, il y a aussi un appel à la mobilisation contre les prix élevés des carburants. Est-ce qu'on est à un moment de bascule vers une crise politique plus
large
? Je
ne
sais
pas si c
'est
un moment de bascule. Ce qui est certain pour la CFDT, c'est qu'on est à un moment de crise profonde, notamment de pouvoir d'achat. C'est la raison pour laquelle la CFDT souhaite organiser cette mobilisation le 5 novembre, parce qu'il faut le temps de préparer cette mobilisation. C'est répondre aussi à des attentes.
Mobilisation
intersyndicale.
C
'est intersyndicale, avec la priorité des priorités.
C
'est comment on donne à voir, et on permet un espace d'expression pour les travailleurs, qu'ils soient du secteur public comme du secteur privé, de pouvoir dire ce qu'ils ont à dire et de dire aujourd'hui, on n'arrive pas, pour la plupart d'entre nous,
on
n'arrive pas à boucler les fins de mois. On est frappé par le prix des carburants, par l'inflation, et les dynamiques salariales, elles ne suivent pas. Donc le mouvement du 5 novembre pour la CFDT, c'est appelé à la responsabilité l'État employeur vis-à-vis des fonctionnaires et des contractuels, et c'est appelé à la responsabilité les organisations patronales qui, de notre point de vue, ne jouent pas suffisamment le jeu de la négociation.
Mais est-ce que ce
mouvement lycéen qui marque en ce moment, il doit permettre justement de fédérer ces colères, par exemple le 5 novembre,
ou
peut-être un peu plus tôt, certains évoquent la
journée du 17 octobre, la CGT, la France Insoumise
compte dessus pour
justement agréger les
colères. Ça n'a jamais été la doctrine de la CFDT, ou en tout cas notre vision, parce que je pense que c'est le meilleur moyen de diluer et de perdre de vue quelles peuvent être les revendications utiles. La CFDT est en soutien du mouvement des lycéens. En ce qui concerne les travailleurs et les travailleuses, la question du pouvoir d'achat est un problème. Nous avons des propositions, nous demandons à ce que les employeurs jouent le jeu de la négociation collective, et c'est ce que nous porterons le 5 novembre avec les personnes mobilisées.
Alors justement, sur le pouvoir d'achat, l'ancien Premier ministre et candidat à
l
'élection présidentielle, Édouard Philippe, était l'invité hier soir sur France 2 dans l'émission L'Heure de Vérité, et il a fait une proposition.
Pour quelqu'un qui est au SMIC, travailler par exemple dans ce cadre 2 heures de plus par semaine, c'est un effort, c'est vrai, c'est un effort. Mais travailler 2 heures de plus par semaine, c'est 1000 euros de plus par an. Nous allons devoir travailler un peu plus longtemps. Et ceux qui travaillent pourront gagner un peu plus en travaillant un peu plus.
Voilà, travailler un peu plus pour gagner un peu plus, on a déjà
entendu la nouvelle version. J'ai l'impression d'avoir entendu ça il y a quelques années. Nicolas Sarkozy, pour le nommer. Je suis, voilà, effectivement,
c'est une grande innovation de la part d'Édouard Philippe. Non, non, c'est le sujet, mais ça fait partie des éléments qui sont effectivement sur... qui sont dans l'air du temps, de dire, en fait, si les salariés veulent gagner plus, il
faut
qu'ils travaillent plus, ou qu'ils payent eux-mêmes leurs propres augmentations. C
'est au cœur de la question. Pour gagner plus, en effet, est
-ce que les Français doivent travailler
plus ? Est-ce qu'il faut fournir plus d'heures de travail ? Non, je pense qu'aujourd'hui, la problématique, on l'a évoquée, il y
a
un problème de chômage des jeunes, un problème de chômage des seniors, il y
a
un problème de budget. Le principal problème du budget, notamment de la sécurité sociale, c'est le manque de recettes. Et donc, si on résout la question de l'emploi des seniors et des jeunes, c'est une réponse aussi aux difficultés budgétaires. Donc, je ne pense pas... Parce qu
'on fait rentrer plus de
cotisations sociales...
On fait
rentrer plus de cotisations sociales et on résout la problématique d'avoir aujourd'hui des personnes en très, très grande difficulté et en grande précarité. Donc, je pense que ça n'est pas de nature. En plus, c'est encore une fois une vision assez budgétaire et très économique du travail.
Quand
on a mené le mouvement sur la réforme des retraites, le premier renseignement qui était dit dans les cortèges, c'est qu'on veut être respecté au travail. On veut que notre dignité soit respectée au travail. On veut pouvoir avoir de bonnes conditions de travail. Donc, l'urgence pour la CFDT,
c
'est la question du pouvoir d'achat,
d
'une part. Donc, jouer sur des vraies négociations collectives. C'est ce que vous demandez,
la hausse
des salaires,
que
les entreprises, eux aussi, se mettent à soutenir les salariés plus
fortement.
Parce
qu
'en fait, quand on dit qu
'il
faut respecter le travail et être reconnu dans sa dignité au travail, c'est qu'aujourd'hui, on ne vit pas dignement avec le salaire minimum. Vous avez 2 millions de personnes qui sont au SMIC. Les personnes sont de plus en plus scotchées au SMIC, n'ont pas de perspective d'évolution. Le SMIC, c'est un salaire minimum d'insertion dans la vie active. Donc, pour pouvoir reconnaître le travail,
il
faut des augmentations.
Donc, il faut augmenter le SMIC pour tirer les autres salaires vers le haut ? Non, il faut
que les employeurs, ils prennent leurs responsabilités. Il y a des entreprises qui se portent très bien. J'ai en tête l'équipe de Decathlon qui était en mobilisation encore début octobre pour un vrai partage de la valeur. C'est une entreprise qui se porte bien, qui dégage des bénéfices et qui ne propose rien en termes d'augmentation. Rien de digne pour les salariés concernés. Je pense qu'aujourd'hui, et donc ça, vous allez me dire, c'est notre boulot de syndicaliste. Et c'est pour ça qu'on est mobilisés.
Et que vous appelez à cette mobilisation. Et que nous serons
mobilisés le 5 novembre pour que les secteurs professionnels, les conventions collectives, elles bougent enfin. Les collègues de la métallurgie l'ont fait cet été. Les négociations collectives avancent
trop
peu quand elles avancent. Parfois, c'est de quelques centimes. On nous propose juste un réajustement des minimas au salaire au SMIC. Ce n'est pas acceptable. Ce n'est pas acceptable. Et je pense qu'à un moment, il faut se dire qui paye les salaires aujourd'hui en France.
On
ne peut pas toujours se retourner vers l'État. On se tourne vers l'État lorsque c'est l'État employeur. Et c'est ce que l'on fait également avec les collègues dans les différentes fonctions
publiques.
Mais les plus
petites entreprises disent qu'elles sont étouffées un peu par de trop nombreuses taxes, par des cotisations patronales trop importantes. Comment on les aide
justement à faire
ça ?
On les aide déjà beaucoup. Il y a quand même un certain nombre de... Quand on évoque aussi les budgets et l'ensemble des aides aux entreprises, qu'elles soient directes ou indirectes, il y a aujourd'hui un volume d'aides et de milliards d'euros qui sont distribuées aux entreprises, qui sont données aux entreprises. Je ne dis pas qu'il faut les supprimer. Je dis qu'il faut aussi peut-être mesurer ce que ça produit et est-ce que c'est efficace. Je pense
qu'aujourd'hui, il y a mieux évalué, les aides aux entreprises financées par l'État. Un dernier point sur la crise du pouvoir d'achat qui est très liée aussi à la flambée des prix du carburant. Il y a eu les annonces cette semaine de la part du gouvernement. C'est 10 millions de barils puisés dans les réserves stratégiques. Conséquence attendue, une baisse de 12 à 18 centimes de moins à la pompe. Rapidement, une réaction. C'est une bonne décision. C'est fini les aides ciblées ? Parce que là,
ça
va s'appliquer à tous.
Nous,
on avait demandé effectivement des aides carburants ciblées et que ce soit véritablement des métiers, des travailleurs qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler, qu'ils puissent en bénéficier. Là, je pense qu'on est dans une mesure d'urgence avec un effet qui sera provisoire, qui va d'une part ne pas s'appliquer tout de suite, mais qui sera provisoire. Trois mois
environ, c'est ça ? Je ne vais pas vous dire que la
CFDT est contre un coup de pouce sur le prix des carburants parce que c'est devenu un véritable casse-tête pour la plupart de ceux qui ne peuvent pas travailler.
Mais ce n'est pas suffisant. C'est ce que vous dites ce matin. Ce
n
'est
pas suffisant. Et là encore, c'est comme pour les lycières,
il
faut regarder un peu plus loin que le mois prochain. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on dit ? Comment on répond à la problématique structurelle de personnes qui n'ont pas d'autre moyen que d'utiliser leur voiture pour aller travailler ? Comment on développe ? Et ça, ça peut être aussi de la négociation et le travail syndical. Développons des négociations sur les plans de déplacement d'entreprises, inter-entreprises, développons les modes collectifs. Donc tout ça, ça fait partie des choses dont il faut s'emparer maintenant parce que ça va mettre un peu plus de temps que de décider d'une baisse ou d'une augmentation de taxes.
Merci
beaucoup. Il
y a du boulot.
Merci beaucoup, Marie-Dise
Léon, secrétaire générale de la CFDT, invitée du 8.30. France Info ce matin. L'info continue. Restez avec nous.