"Je m'adapte à l'époque, je n'ai jamais été un macho", assure Fabrice Luchini
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Pourquoi nos mondes parallèles, nos univers intérieurs, sont-ils parfois plus confortables que la réalité ? Pourquoi certains d'entre nous préfèrent-ils un métier, une passion à la vie de tous les jours ? C'est cette question qui est au cœur du film de notre invité Alexandra.
Et vous le connaissez très bien, c'est Fabrice Lucchini. Bonjour et je suis bienvenu. Alors ce film délicat, doux, charmant, et on en a bien besoin, n'est-ce pas Simon en ce moment, il sort mercredi prochain, ça s'appelle Victor comme tout le monde, réalisé par Pascal Bonitzer et écrit par la regrettée Sophie Filière, qui posait elle la question en ces termes.
Et si pour une fois, aimer valait mieux qu'admirer, venez dialoguer, vous aussi qui nous écoutez avec Fabrice Lucchini, 0145 24 7000 et application de Radio France, comme d'habitude évidemment. Alors l'admiration dont on parle Fabrice Lucchini, c'est celle que vous et votre personnage porté à Victor Hugo, le victor du titre, votre personnage qui comme vous triomphe au théâtre en lisant Hugo, qui s'appelle Robert, votre prénom de naissance, Robert Zucchini. Dites-nous Fabrice Lucchini, est-ce qu'il n'y aura pas un peu de vous dans ce personnage ? Vous voyez la perspicacité de cette première question.
Merci infiniment. Zucchini, ça veut dire petite courge. Oui, courgette en italien. Courgette et que Lucchini était petite lumière. Donc je suis descendu. C'est l'idée de Sophie Filière qu'avait cet univers unique. Parce que ce film n'a rien à voir avec le spectacle que je joue, puisque le film a précédé mon travail au théâtre. Vous parlez de l'admiration et d'aimer, ou c'est pas ça du tout l'action ? Parce qu'un jour, un ami belge m'a dit, en parlant d'une personne qu'il aimait, il m'a dit une phrase qui était digne de la Rochefoucauld, il m'a dit « Elle m'admire, ça lui évite de me comprendre ».
La question, c'est Sophie Filière qui l'a posée en ces termes. Et si pour une fois, aimer valait mieux qu'admirer ? C'est le parcours que va suivre votre personnage, en fait. Il admire tellement qu'il a du mal à aimer pour de vrai dans la vie.
Il est vacant, il est flottant, il est en creux dans la vie, et il ne s'anime que quand il est dans sa passion, dans son admiration et dans sa vocation. Et là où Sophie Filière a fait un travail incroyable, c'est d'avoir senti que cet homme pouvait être retraversé par de l'humain. Et l'humain, c'est la fille qui va revenir 20 et quelques années après.
Juste, toute petite parenthèse toujours sur Zucchini Courgette, c'est une façon de vous moquer de vous-même, parce qu'on vous a proposé plusieurs fois de jouer Hugo lui-même,
de l'incarner avec la barbe et tout. Je ne me sens pas capable du tout de faire ça. Mais pourquoi ? Parce que je ne suis pas Hugo, je n'ai pas la vitalité sexuelle.
On ne l'aura peut-être pas au cinéma.
Oui, mais quand même, pour jouer quelqu'un, il faut trouver des résonances biographiques. Donc, biopic, ce n'est pas mon truc. Les Américains le font magnifiquement. Certains Français le font admirablement. Moi, je ne voulais pas. Alors, elle a trouvé cette idée de parler d'Hugo constamment, sans faire un cours, sans être didactique. Le titre, il devait s'appeler Hugo. Puis quelqu'un a dit, ma compagne, elle a eu cette idée géniale. Vous savez, Jules Renard aimait tellement Victor Hugo que c'est de lui qu'est parti le titre. Jules Renard dit, Victor Hugo est tellement génial qu'on en oublie qu'il s'appelle Victor. La vraie phrase, c'est comme vous et moi, Victor.
Et c'est là qu'on a eu envie d'appeler Victor comme tout le monde en hommage à Jules Renard.
Mais vous parlez de résonance, Fabrice Zucchini. Est-ce que le Robert Zucchini du film, cet homme, c'était ça aussi la question, cet homme qui est tellement absorbé par sa passion et qui en vient à oublier de vivre sa propre vie, il n'arrive pas à aimer. Il admire, il n'arrive pas à aimer. Est-ce que cet homme, ce n'est pas aussi un peu Fabrice Zucchini qui visite, revisite les grands auteurs et en particulier Victor Hugo depuis tant d'années ?
Ben, scoop énorme, je vais vous dire la vérité. Vous n'avez pas tort. Vous n'avez pas tort, ça ressemble bien. Ça ressemble bien, il n'y a rien à voir réellement. Je ne me suis pas joué dedans. Mais parce que j'ai une fille, quelles que soient les qualités, les défauts que j'ai eus, je ne l'ai pas du tout reconnu. Ce que j'adore dans le personnage, c'est qu'il y ait la fille dit, elle a magnifiquement joué par Mme Narbonne. Remarquable.
Toutes les actrices sont... Marie Narbonne. Marie Narbonne est remarquable. On peut citer les autres, ses copines qui sont comédiennes. Suzanne Debecq, Iris Brie et Louise Horry.
C'est ça qu'a créé le conflit. Elles, elles sont woke pour aller vite. Elles, elles disent, oui, nous on veut interroger Hugo. Moi qui dis, mais Hugo, c'est quand même un immense amoureux. Et elle, elle dit cette phrase formidable. Oui, amoureux, amoureux. C'est un gros queutard. Alors là, le personnage qui, lui, représente un peu quelque chose de plus classique et sidéré.
Est-ce que vous, vous êtes... Alors, évidemment, question à Fabrice Lucchini. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de ces jeunes générations qui veulent voir toujours, mettre en lumière l'homme derrière l'artiste, qui ne se satisfont pas de regarder seulement l'œuvre ? Alors, moi, je vais vous dire un truc.
J'espère pas me planter. On est très tôt ce matin, mais je vais taper dans Proust. Proust a fait un livre, je n'ai pas lu dans la totalité parce que c'est très pointu, contre Sainte-Beuve. Je crois que globalement, Proust n'a pas d'intérêt pour l'existence de l'auteur. Il a une passion pour l'œuvre. Après, il y a eu tous les mouvements des grands machins, de structuralistes, bourdieux, machins, dominants, dominés. C'est devenu un coup de rase un peu. Mais, moi, je ne m'intéresse pas tellement. À quel point j'ai été déçu, adolescent, quand j'adorais Le Voyage au bout de la nuit, que je trouvais le livre le plus sublime de toute 20e siècle. De découvrir que Céline était un immune personnage.
Que c'était quelqu'un d'absolument abject. Quelle déprime pour un adolescent de dire « Merde, ce mec génial ! » Et j'ai compris que l'art n'a rien à voir avec la morale. Vous savez, par exemple, prenons Lionel Jospin. Lionel Jospin, il a été trop excuse, mais plutôt tendance, lambertiste, cool. Mais, Jospin, il est plutôt très bien. Il n'a rien fait de mal. Mais, il n'a pas écrit Le Voyage au bout de la nuit. Alors, j'ai...
Alors, oui, vous avez répondu en creux.
En creux.
Oui, vous préférez regarder l'oeuvre. Oui. Ça ne vous choque. Mais, elle vous dérange ?
Non, mais parce que Rimbaud était un personnage extrêmement antipathique. Il était caractériel. Il était méchant.
Et justement, l'époque dit, et c'est ce que vous disent les jeunes filles, il faut prendre l'homme et l'artiste dans sa globalité. Hugo, qui, disent-elles, consommait les femmes aussi... Je ne sais pas, il consommait pas, il était très cohérent.
Sa libido était anormal. Il a fait l'amour onze fois la première nuit. Et quand je le dis au théâtre, là, à l'atelier ou à la part de Saint-Martin, il y a un petit moment de désarroi dans les femmes, à l'orchestre. Elles se disent, putain, onze assauts ! Parce que c'était des assauts. Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'elle est tombée amoureuse de Stenbeuf, qui, lui, lui donnait rencard dans des églises, et comme dans les films de Romère, mettait la main sur le genou. Et ça les mettait tous les deux dans un état de bonheur absolu.
Encore une question, quand même, sur l'époque, parce qu'il y a cette scène qui fait réagir, quand on la regarde, évidemment, dans le film. Le personnage, Robert Zucchini, surprend l'une de ces jeunes filles, de ces jeunes comédiennes, nues, par inadvertance. Et alors, il est très gêné. Et il dit, du tac au tac...
Alors, j'adore, parce qu'il arrive, il s'aperçoit que sa fille est venue le voir dans la boulangerie pour lui annoncer que sa maman est morte, comme une prophétie de Sophie Filière. et il veut aller voir sa fille, qu'il n'a pas vue, et il sait qu'elle travaille dans un petit théâtre. Il rentre dans ce théâtre, c'est là qu'il a commencé son premier spectacle. Il entre, et tout d'un coup, il y a une jeune fille merveilleuse qui arrive totalement nue, il est terrorisé, il fait... Il fait... J'ai rien vu, j'ai rien regardé. Il est beaucoup plus gêné qu'elle. Alors, elle s'en va, et elle dit... Non, il lui dit... Alors, elle s'en va, et moi, je suis très inquiet.
Je dis, vous n'êtes pas là, vous êtes parti, oui, oui. Vous n'allez pas me mitoiser ? Et ça, j'aime énormément. Ça, c'est le talent de Sophie Filière.
Mais est-ce que vous comprenez cette réplique ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Moi, je m'adapte très bien à l'époque. Je ne suis pas du tout... Je n'ai jamais été un macho. Je ne sais pas que je suis formidable. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est que vous n'allez pas me mitoiser. Me plaît beaucoup. Et ça fait rire le public.
Mais les comédiens, les hommes, aujourd'hui, sur des plateaux, est-ce qu'ils ont peur de se faire mitoiser ? Ah, voilà.
Il n'y a plus du tout la même... Mais vous le regrettez ? Pas tellement. Pour être honnête, ça a beaucoup changé. Voilà, si vous voulez, vous qui êtes une radioprogressiste, il y a... Vous savez, on est obligé d'avoir trois heures, à chaque fois qu'on tourne un film, de rééducation, pas comme chez Mao Tse-tung, parce qu'on ne reste pas dix ans dans un camp pour devenir l'homme révolutionnaire. Mais on nous apprend... De prévention des violences sexistes et sexuelles. Par exemple, si quelqu'un dit un truc porno à une dame, s'il le dit une fois, ça n'est pas grave. S'il le dit deux fois, la foi, les cafetés, tout ça. Et ce n'est pas inintéressant.
Je t'avoue qu'à la quatrième, je vois à peu près le coélication. Surtout que je vais vous dire, je vous le dis sincèrement, je n'ai... C'est extraordinaire, mais moi, je n'ai jamais eu un comportement, peut-être par orgueil, mais je n'ai jamais été lourd, insistant. Parce que comme dit Camus, seule la bêtise insiste. Et vous savez ce que c'est ? L'agression sexuelle, c'est une insistance. Et comme disait Camus, seule la bêtise insulte. Oh tiens, c'est marrant. C'est génial. Vous avez vu ce que j'ai dit ? Seule la bêtise insulte ? Mon inconscient a dit ça, alors que je voulais dire, seule la bêtise insiste. Insiste. Je suis content d'être venu. Vous avez fait un beau lapsus.
Mais nous, on est content que vous soyez là aussi, Fabrice Zucchini. Il y a le rapport de ce personnage, Robert Zucchini, donc, à son époque, de quelle manière il est confronté à la vision de ces jeunes filles de l'œuvre d'Hugo et de l'homme Hugo. Et puis, il y a ce dont on parlait tout à l'heure aussi, son rapport à la vraie vie, à l'art. Son concierge lui dit il va vous bouffer votre Hugo et lui dit mais j'aime que ça. Et il y a une scène qu'on imagine assez autobiographique. Il sort de scène devant mille personnes au théâtre. Il a lu Hugo, comme vous, pendant deux heures à 200 000 volts et il continue auprès de son assistante seul dans la loge. Là, c'est biographique. Ah oui, là.
Oui, c'est vraiment biographique parce que ça t'habite jour et nuit et c'est le miracle de mon métier. Alors, c'est le métier de théâtre et ça, c'est différent du cinéma. C'est que l'amélioration est toujours possible et c'est ça que aussi le film met en scène.
Mais quand vous dites ça m'habite jour et nuit il y a cette citation de votre maître Louis Jouvet un comédien doit être un peu vacant. L'art du comédien c'est d'abord un art de disparaître. C'est une chance ou c'est un fardeau dans la vraie vie ?
Non, oui, c'est exactement ce que vous dites. Le miracle c'est l'apparition et la disparition pour être simple. Un acteur s'il n'est que dans l'apparition il va lasser. Il faut alterner. Pourquoi disparition ? Parce que si tu disparais le personnage vient. Moi, et si tu apparaît trop c'est embarrassant pour le message que tu as. Le message, la charge émotionnelle, la charge d'énergie que tu dois révéler. Mais je vous demande chance ou fardeau parce que ça vous oblige à un certain vide. Alors moi, ce vide, au début, je n'y arrivais pas du tout parce que j'avais un égo un peu démesuré.
Je ne vous dis pas que j'ai fait des progrès mais globalement, avec l'âge et les 50 ans d'analyse, il y a une plus grande fréquentation avec le rien. Car rien n'est plus passionnant que d'être dans le rien pour être nourri, fécondé par le génie du goût.
Mais alors, si on est dans le rien, on laisse apparaître le personnage et on sait de plus en plus le faire, est-ce que ça n'empêche pas d'être rempli par sa propre vie ? C'est ça que décrit le film, en fait.
Je vous plonge dans des... Oula ! Oui, parce que vous avez totalement raison. Mais moi, la vie n'est possible pour citer Flaubert que quand on l'escamote. Je n'ai absolument pas le génie de la vie. Je ne suis pas jardinier, je suis très mauvais bricoleur, je ne peux pas... Je jouis assez peu de la vie. Par contre, je jouis du travail. Le travail, pour moi, c'est bizarrement, de manière pathétique, c'est le seul truc que j'ai trouvé pour rendre supportable l'angoisse un petit peu. Je ne veux pas trop le mettre en avant là-dedans.
Et les mots des autres, c'est ce qui vous sert à... Même les textes alambiqués de Victor Hugo, et certains le sont, vous le concéderez peut-être avec moi, même certains textes vous paraissent plus simples dans la vie à Robert Zucchini et à Fabrice Zucchini que la grammaire humaine.
Je ne peux pas vous laisser dire que... Oui, alambiqués de temps en temps, mais par maman totalement génial. Bien sûr. Parce que c'est un poète supérieur à tous les poètes. Quand il dit la respiration de Beauce qui dormait, se mêlait au bruit sourd, des ruisseaux sur la mousse, on était dans le mois où la nature est douce, il n'y a aucune rhétorique. Alors, c'est mon métier, je suis là au service de la partition.
Mais c'est plus facile que de parler à la boulangère ou à sa propre fille.
Ah non, parce que moi, j'ai été élevé remarquablement par ma maman. Ma maman était vendeuse de fruits et légumes et donc, ma maman m'a appris à être très, très, très... Je suis... Je crois que j'ai beaucoup de défauts, mais je crois que pour citer Stendhal, je n'ai jamais blessé l'amour propre de qui que je sois. En tout cas, si je l'ai fait,
je m'en excuse. Vous citiez à l'instant un extrait de ce chef-d'oeuvre, le poème Beaux endormis. On voit un extrait du spectacle dans le film. Oui, parce que le film n'a rien à voir avec la pièce. Dans lequel vous lisez ce poème et on parlait de votre rapport à l'époque, vous vous attachez, vous faites des incises à chaque verre, en fait, vous vous attachez vraiment à vulgariser, à aller chercher tout le monde, en fait, les mille spectateurs qui sont en face de vous. Je le joue une fois dans la portée
et je le reprends en l'expliquant verre après verre. Vous êtes un grand vulgarisateur, en fait. Oui, alors, c'est un très beau compliment du moment que tu ne fais pas descendre l'oeuvre. J'essaye, je vous dis, j'essaye. Hugo dit Dieu nous aime non pas parce que nous réussissons, mais parce que nous tentons, alors on tente.
Qu'est-ce que vous diriez à ceux qui nous écoutent et qui pourraient avoir peur d'Hugo et de toute cette oeuvre majeure, monumentale ? Qu'est-ce que vous leur conseilleriez ? Qu'est-ce que vous leur conseilleriez ?
chère madame Ben Saïd, il faut commencer par un truc auquel les gens ne pensent jamais, chose vue. Vous savez, chose vue. C'est Hugo journaliste parce qu'il y a Hugo poète, il y a Hugo romancier, il y a Hugo politique, l'homme qui s'est battu contre la misère, qui s'est battu contre la peine de mort. Et vous savez, il y a une phrase terrible de Nietzsche contre le journalisme, pas contre France Inter. Il a bien précisé, tous les journalistes, sauf France Inter. Mais il a dit deux phrases très importantes. Il a dit encore un siècle et avec le journalisme les mots pueront. Vous voyez, c'est terrible. Mais la grande phrase a été qu'est-ce que le journalisme ? La fausse alerte permanente.
Et quand on regarde LCI et les BFM, on sent inconsciemment c'est presque jouissif. On va peut-être en recevoir une dans la gueule. Ah, il va peut-être en envoyer une le Poutine dans la gueule de Berlin ou de Paris. Et là, il a un grand plaisir. Je l'ai dit d'ailleurs à Rochemin. J'ai dit, vous êtes tellement un autre heureux. Notre confrère de LCI. Vous lui avez dit quoi ? J'ai osé lui dire, il faudrait presque faire attention à ne pas trop montrer le contentement.
Donc il faut commencer par Victor Hugo, l'amateur du quotidien. Il faut commencer
par Chosevue, qui est un miracle.
Ça vous dites aux jeunes, aux parents, aux profs
qui voudraient faire lire aux jeunes. Et puis il a acheté les contemplations. Vous savez pourquoi ? Parce que les contemplations, c'est le contraire. Malarmé est un immense poète. Même si Jules Renard a dit cette phrase merveilleuse, Malarmé est intraduisible, même en français. Alors, Malarmé est un immense poète, mais on ne pourrait jamais faire un spectacle sur Malarmé. Rimbaud est génial, mais Rimbaud, par moments, c'est trop loin. Mais Hugo, c'est notre humanité, c'est la sensibilité, c'est à l'infini, Hugo.
On en vient, Fabrice Zucchini, à ce qu'on a trouvé avec Alexandra, en tout cas, fait une grande partie de la beauté du film. C'est ce parallèle entre Hugo, dévasté par la perte de sa fille chérie, Léopoldine, et votre personnage, Robert Zucchini, qui voit revenir dans sa vie à lui sa propre fille, avec qui il n'a plus eu de contact depuis 20 ans. Pourquoi êtes-vous à ce point fasciné, bouleversé, par ce grand drame de la vie d'Hugo qui est la perte de sa fille ? Alors d'abord,
Sophie Filière a eu ce génie et Pascal Bonnizière a eu le talent de ne pas se mettre en avant et de servir l'univers de Sophie Filière. Mais en deux mots, en deux mots, cet homme remonte le 9 septembre, sa fille, 1843, le 4 septembre, sa fille tombe dans une barque avec son mari, elle se noie. Lui, il ne sait rien, il n'y a pas de portable. Ils remontent, ils vont à Rochefort, on leur demande d'attendre 5 heures une diligence. Juliette Rouet leur dit « Viens, on va boire un café ». Ils vont boire un café et ils ouvrent un journal. Et je vais vous dire exactement le texte tel qu'il est écrit. Devant moi, il y avait des journaux.
Victor Hugo en prend un au hasard et moi, je prends le charivari. « J'avais eu à peine le temps de regarder le titre que mon pauvre bien-aimé Hugo se penche brusquement sur moi et me dit en tenant le journal qu'il tient à la main et il me dit ces quatre mots. Voilà qui est horrible. » Et il lui passe le journal et il y a marqué sur ce journal « La fille du plus grand poète français s'est noyée ». Et là, il est enfermé. Et le génie de Sophie Filière, c'est que c'est le contraire dans le film. Il perd sa fille et lui, il va la retrouver. Il va retrouver sa fille. Vous imaginez le talent de Sophie Filière ?
Sophie Filière qui a écrit le film. Elle est mort en...
Décédée il y a deux ans et demi.
En 2023.
Et elle a demandé qu'il se fasse car jamais j'aurais voulu le faire, moi.
Et c'est Pascal Bonitzer, le père de ses enfants...
Le premier mari.
Qui a pris le relais pour faire le film.
Oui, il était légitime. Les enfants l'ont proposé. Et moi, j'ai tourné un très joli film merveilleux qui s'appelait « Rien sur Robert ».
Et tout ça vous a donné un souffle, peut-être, pour ce film en particulier ?
Le souffle, je le trouve plutôt au théâtre. Au cinéma, je ne trouve jamais rien.
Une responsabilité supplémentaire ?
Pardonnez-moi. Une responsabilité supplémentaire ? Tous les soirs, je lui rends hommage. Tous les soirs, je rends hommage à Sophie Filière. J'entre sur scène tous les soirs. Et je précise que je joue cette pièce et après qu'elle ait écrit la fiction a précédé la réalité. Moi, je ne jouais pas Hugo quand elle a écrit ce film. Et je suis devenu l'acteur du film qu'elle a proposé.
Et dans le film, votre personnage retrouve donc, on l'a dit, sa fille qui vient de perdre sa mère et il lui dit au téléphone, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, il a un peu de mal avec la vraie vie. Il prend les mots des autres pour exprimer ses sentiments. Il lui laisse un message et il cite Hugo et il lui dit le souvenir. C'est absent, vas-y.
C'est la présence invisible. C'est la présence invisible. Et d'ailleurs, vous savez, quand Philippe Labreau nous a quittés il y a quelque temps, je n'ai pas eu autre phrase à dire que la phrase de Victor Hugo.
une question ou plutôt une admiration que veut vous transmettre un auditeur au standard de France Inter. Bonjour Jean.
Oui, bonjour. Bonjour à chacun. Bonjour M. Lépini. Bonjour. Je suis admiratif devant vos facultés intellectuelles et poétiques. J'ai eu la chance de faire un film avec vous sur Valence de voici quelques années. même quelques dizaines d'années. Et après le film nous avons eu des réunions j'allais dire c'était d'une grande beauté et d'une grande poésie. C'était quel film Jean ? Comment ? Quel film ? Alors écoutez, le film c'était aux Dames de France mais je ne me souviens plus Cédric Clapiche
rien du tout.
Oui, c'est quelque chose comme ça. Parce que si vous
me tournez j'étais directeur du magasin en dépression.
Ah bon ?
Oui. Mais vous, vous étiez dans quelle bande du film Jean ?
Eh bien écoutez, moi j'étais acteur de compléments. Bien. Jean. Voilà.
Et ça me touche Jean. J'ai envie de vous faire un cadeau. Je vous écoute. Écoutez, je suis Jean. J'ai vu des choses sombres. J'ai vu l'ombre infinie où se perdent les nombres. J'ai vu les visions que les réprouvés font. Les engloutissements de l'abîme s'en font. J'ai vu le ciel, l'éther, le chaos et l'espace vivants. Puisque j'en viens, je sais ce qui s'y passe. C'est un des poèmes que je dis tous les soirs, Jean. Eh bien maintenant que je sais que Jean, vous êtes toujours à Valence ?
Je ne suis plus toujours à Valence. dans la Drôme ? Je suis toujours dans la Drôme.
J'ai senti très branché Drôme. Drôme Provençal ou Drôme du Nord ? Il faut tout dire, Jean. Adieu le fi. Adieu le fi. Donc la vraie Drôme, la Drôme qui n'est pas inventée par les agents immobiliers, car la Drôme Provençal ne veut rien dire, c'est rien. Merci Jean.
Et merci Fabrice Jean. Merci Madame Ben Saïd. Merci Fabrice Ducou. Ce magnifique texte que vous avez déclamé à Jean à l'instant.
Le bonheur d'enthousiasme de voir comme vous deux, Madame Ben Saïd et vous, que je ne connaissais pas, on s'est croisés aux toilettes. Tout à fait. Il faut le dire. Il ne faut pas tout dire. On est toujours gênés quand on croise quelqu'un parce que... On se dit bonjour avec le coude. On fait du coude, on montre bien qu'on se lave énormément les mains avec le gel. Et avoir le premier mot, j'ai adoré ce film, vous m'avez dit et vous Madame Ben Saïd, j'ai adoré ce film. C'est un petit bijou. Mais moi je suis content de ne m'avoir dormi que 4 heures. Je suis insomniaque donc ça ne me change pas totalement. Nous aussi on est ravis. Merci infiniment. Fabrice Lucchini,
ce film s'appelle Victor comme tout le monde. Il sera mercredi prochain au cinéma. Vous serez de retour sur scène en octobre. Vous jouez en ce moment au terme de l'atelier à Paris. Ah oui là c'est complet.
Je joue à la Porte Saint-Martin et je joue Cioran le mercredi. Cioran c'est le contraire du goût, on en reparlera.
Et vous serez dimanche soir, ce dimanche 19h20 pour une rediffusion de vos admirations littéraires sur France Inter consacrée à je vous le donne en mille. Victor Hugo ! Et oui évidemment. C'est merveilleux. Je suis sûr que vous feriez Fabrice Lucchini un formidable juré du livre Inter. Et bien si vous qui nous écoutez rêvez d'en faire partie vous aussi. 52ème édition cette année présentée par Laurent Mauvignier. Vous pouvez nous écrire pour candidater Exercice Libre. Vous nous parlez de vos lectures, de vous, de vos vies. Deux manières de nous écrire pour faire partie du jury du livre Inter. Franceinter.fr d'abord ou alors par courrier.
France Inter, Livre Inter, 116 Avenue du Président Kennedy, 75 220 Paris, CEDEX, 16 et c'est jusqu'au 16 mars inclus. Un grand merci à vous qu'allez nous écrire. Un grand merci à vous Fabrice Lucchini. Très bonne journée. Merci infiniment. Sous-titrage Société Radio-Canada
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