Discours de Laurent Wauquiez à l'Assemblée Nationale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, chers collègues, combien de temps allons-nous tolérer ce silence coupable ? Nous nous indignons de la guerre en Ukraine et nous avons raison. Nous défendons la souveraineté danoise au Groenland et nous avons raison. Nous demandons le respect des droits de l'homme au Proche-Orient et nous avons raison. Et nous laisserions dans le même temps l'Arménie à son sort sans aucune réaction. Et ça, ce serait un tort inqualifiable. Les Français savent-ils qu'au moment où nous parlons, 100 000 Arméniens vivent arrachés de leur terre en Artsakh, chassés des territoires où ils étaient enracinés depuis toujours ?
Savent-ils que des églises ont été débaptisées, que des cimetières ont été profanées, que des villages ont été rasés ? Les Français savent-ils qu'en ce moment même, des dirigeants turcs et azéries, sans le moindre scrupule, ont pour objectif affiché de rayer l'Arménie de la carte en mettant la main non seulement sur le sunique, mais aussi sur Yereval ? Les Français savent-ils qu'en ce moment même, l'Union européenne importe du gaz azéri qui vient en réalité de Russie et qui sert à financer une dictature cynique qui opprime les Arméniens sans rien ni trouver à redire ? La lâcheté, le dispute au cynisme.
Les Français savent-ils qu'au moment où nous parlons, il y a des prisonniers politiques arméniens qui sont détenus sans aucune garantie des respects des droits de l'homme dans les geôles des dictatures azéries ? Le devoir de la France est de réagir quand les autres restent silencieux. L'Arménie a besoin de nous, les Arméniens attendent notre parole. Notre devoir est de protéger ce peuple qui a déjà subi le premier génocide du XXe siècle et qui subit à nouveau les mêmes menaces proférées par le même penturquisme. C'est le devoir de la diplomatie française.
Ce même devoir qui nous avait guidés en soutenant au XIXe siècle la rébellion grecque, ce même devoir qui nous avait amenés à être les protecteurs du peuple polonais. C'est notre devoir. Rappelons-nous toujours ce qui nous lie à l'Arménie. La décision des marins français de sauver 4000 Arméniens sous les canons ottomans en 1915, à laquelle fait écho la résistance héroïque de Misak Manouchian, survivant du génocide arménien, qui n'avait même pas la nationalité française et qui a pourtant donné sa vie pour le pays qu'il avait accueilli, le nôtre, la France.
Souvenons-nous, mes amis, de ce que nous devons aussi à cette communauté arménienne extraordinaire qui a pleinement fait le choix de la France sans jamais oublier ses origines, exemple de ce que l'assimilation républicaine française a de plus beau. En 2019, en me rendant avec un certain nombre d'entre vous en Arménie pour la première fois, j'ai senti physiquement que ce lien vibrait encore. Découvrant, selon les mots de Sylvain Tesson, une terre inconnue mais reconnaissable, j'ai rencontré une part de nous-mêmes.
Personne ne peut aller au mémorial de Yerevan sans ressentir ce même sentiment, face aux masses de granit évoquant ce génocide perpétré jusque dans les grottes syriennes, le poids de l'histoire dans ce qu'il a le plus dramatique et le poids de notre responsabilité. Car l'histoire n'est jamais aussi tragique que lorsqu'on oublie ce qu'elle est. Ce devoir, nous l'avons à l'égard de notre communauté arménienne, nous l'avons à l'égard du peuple arménien, nous l'avons à l'égard de cette histoire du XXe siècle, faite de génocides et des drames qui ont émaillé la pire période de notre humanité.
Nous avons pris dans notre région la décision de nous lier au Sionic en déployant un programme d'aide humanitaire et je voudrais ici remercier deux personnalités qui nous ont aidés à le porter et qui sont présentes aujourd'hui, Nadia Gord-Sounian, présidente de l'UGAB, et Ara Toragnan, un des co-présidents du CCAF, dont je veux saluer l'engagement devant vous. Aujourd'hui, président du groupe d'amitié France-Arménie, ce qui est pour moi un honneur, je veux remercier tous ceux, quels que soient les bords et les groupes où nous sommes, qui ont co-signé cette résolution.
Nous vous proposons de demander unanimement, pour secouer cette chape de silence, la libération des prisonniers politiques arméniens. Que dans cette période parfois de tumulte et de division dans notre hémicycle, l'Arménie puisse nous unir, voilà l'objectif que nous devons assumer et porter. Chers collègues, quand nous défendons l'Arménie, nous défendons plus que l'Arménie. Nous défendons la souveraineté d'une nation contre l'imperialisme. Nous défendons le droit d'un peuple chrétien à survivre dans une région où il est minoritaire. Nous défendons la démocratie contre le fanatisme. Le peuple arménien compte sur nous. Il a besoin de nous pour secouer cette chape de silence.
Je vous remercie de votre engagement pour l'Arménie et le peuple arménien. Merci Monsieur le Président. Merci Monsieur le Président pour le groupe.
Laurent Wauquiez