Débat Laurent Wauquiez / Jean-Vincent Placé (RTL-LCI-Le Figaro)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir, nous sommes dans le grand studio du Grand Jury, RTL Le Figaro LCI, pour ce face-à-face entre Laurent Wauquiez, le député UMP et maire réélu du Puy-en-Velay. Bonsoir. Bonsoir. Et Jean-Vincent Placé, le président du groupe écologiste au Sénat. Bonsoir. Bonsoir. Une gifle, une débâcle, une déferlante contre la politique du gouvernement. On a tout entendu ce soir. Un gouvernement que vous soutenez, Jean-Vincent Placé. Que faut-il changer selon vous ?
Oui, ce soir, le résultat, ce que vous avez dit, il est désastreux, c'est catastrophique, c'est une débâcle.
Mais vous le prenez pour vous, puisque c'est un gouvernement que vous soutenez ?
Écoutez, nous, on est dans une situation particulière. C'est vrai que nous partageons la préoccupation pour l'ensemble de la gauche, la préoccupation pour l'abstention, l'inquiétude par rapport au résultat du Front National. Et on ne voudrait quand même pas, ce soir, d'être satisfait déjà de notre victoire à Grenoble. C'est la première fois que nous gagnons, comme cela, en quadrangulaire, avec une liste socialiste maintenue. Et puis, au premier tour, nous avions fait une réelle percée, saluée d'ailleurs par l'ensemble des commentateurs, et une percée qui permet de nous maintenir au deuxième tour dans certaines grandes villes, notamment Paris et Lyon.
Donc, nous n'allons quand même pas, alors que, si j'ose dire, la stratégie politique que nous avons eue de différenciation positive et de participation critique au gouvernement, eh bien... On a l'impression que vous avez gagné ce soir. Non, non, non, je ne dis pas ça.
Je voudrais que Laurent Wauquiez vous réponde, satisfaction d'un membre de la majorité. Laurent Wauquiez, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Non, ce que ça m'inspire, c'est le caractère toujours totalement grotesque de certains commentaires des soirées électorales qui expliquent qu'en fait, on a perdu, mais en réalité, on n'a pas totalement perdu, et en fait, on a gagné telle ville. Bon, il y a un moment, il faut prendre un peu de distance et de lucidité pour tout le monde. La première chose, d'abord, c'est que c'est une sanction, une lourde sanction pour le gouvernement, et pour tous ceux qui l'ont soutenue, depuis le PS jusqu'au vert. Cette sanction, je crois qu'il faut bien la comprendre. Moi, c'est ce que j'ai entendu, j'étais candidat, j'ai été élu la semaine dernière. Cette sanction, elle vient de qui ?
Elle vient d'abord de la France des classes moyennes, d'une France modeste, qui a été assommée depuis deux ans d'impôts, assommée, qui a pris 35 milliards d'euros globalement d'augmentation de fiscalité. La deuxième chose, c'est tous ceux qui travaillent, qui ont été découragés, pour lesquels en France, aujourd'hui, il y a trop peu de différences, et où les charges se sont accumulées de façon déraisonnable au cours des deux ans. Et donc, évidemment, la réponse est dans la question, qu'est-ce qu'il faut faire ? C'est à eux qu'il faut redonner de l'oxygène.
Et la politique du gouvernement doit changer en profondeur sur le fait de remettre au premier plan cette France des classes moyennes et cette France qui travaille.
Redonner de l'oxygène aux classes moyennes, Jean-Vincent Passé ?
La formule est évidemment habile et probablement d'ailleurs réelle. Non, mais c'est surtout du réel. On n'est pas sûr de l'habileté. Non, mais M. Wauquiez, je vais vous dire les choses de façon très simple. Vous, vous êtes plutôt pour une politique ultra-libérale, de ce que je peux entendre. Après, c'est votre choix. Défendre les classes moyennes, c'est ultra-libéral ? C'est une politique ultra-libérale que vous souteniez d'ailleurs sous Nicolas Sarkozy, dont vous étiez le ministre. Vous aviez même dit qu'il fallait conditionnaliser les aides sociales ou les assédiques, les allocations chômage, etc. Bon, voilà. Moi, c'est votre position, c'est votre ligne politique.
Et à la limite, c'est votre problème. Mais vous avez déjà également, je dis bien également, emmené dans le mur à l'élection présidentielle. Nous, le problème que nous avons, c'est que nous avons été, effectivement, nous sommes des soutiens de François Hollande et de sa politique. Et vous avez raison, nous ne cherchons pas à nous exonérer de nos responsabilités et de notre bilan. Nous participons et nous assumons également.
Par ailleurs, ça fait quand même deux ans que nous, les écologistes, nous disons que dans le traité européen, que nous avons signé alors que nous voulions le renégocier, qui a été signé par Merkel et Sarkozy, eh bien, les contraintes budgétaires étaient excessives et qu'on voit bien aujourd'hui la situation de l'Europe par rapport à la nécessité d'investissement et de la relance, y compris de la consommation. Et donc, la question du pacte de responsabilité, c'est ça qu'il faut changer. Pourquoi ? Parce que le pacte de responsabilité, moi, je ne suis pas contre-aider des entreprises.
Au contraire, dans le programme des Verts, ça va peut-être vous surprendre, mais on est pour l'exonération des cotisations familiales par les entreprises parce que ça n'a pas de sens de faire payer par les entreprises la politique familiale. Alors, on a bien compris que vous alliez peser pour la... Ce que nous souhaitons, c'est que nous fassions des économies, non, mais des vraies économies. Il y a des niches fiscales anti-écolo nombreuses. 8 milliards sur le diesel. Il semblerait que tout le monde, y compris la télécommunalité, veut éradiquer le diesel. Il y a de l'argent. Il y a de l'argent sur une autre réforme fiscale.
Seulement, voilà, on ne va pas aller chercher dans 50 milliards sur, y compris chez vous, M. Vauquiez, sur, au plus envelé, les services publics ruraux, la proximité. Mais c'est ça que les Français ont dit, les Français de gauche. Je pense que les Français de droite, ils ont dit ce que vous pensez. Mais ça, c'est un autre débat.
Laurent Vauquiez. D'abord, il y a une chose qui me frappe et qu'on voit bien dans une espèce de fracture idéologique à l'intérieur de la majorité. C'est qu'on dit, si on fait des économies, c'est nécessairement les Français qui payent l'addition. Mais il y a une voie que vous n'avez visiblement, mais même jamais explorée, qui ne consiste pas à pénaliser celui qui a le diesel, qui ne consiste pas à enlever des aides aux familles, qui ne consiste pas à rendre plus compliqué le financement des études, mais qui consiste juste à faire des économies sur le fonctionnement administratif du pays. – Et pourquoi vous ne l'avez pas fait pendant 10 ans, ça ? – Et ce dont je vous parle, M. Placé,
– Pourquoi vous ne l'avez pas fait pendant 10 ans ?
– Mais M. Placé, qu'on n'est pas tout bien fait, j'ai été le premier à le dire.
– Bon, alors, ce n'est pas sur l'explication administrative, je suis tout à fait d'accord. – Alors, M. Placé, je voudrais vous poser une autre question. – Non, non, non, je suis pas sur l'expression des départements, par exemple, moi.
– Mais vous êtes extraordinaire. Vous venez de prendre, enfin, quand même, ce qui est sans doute une des plus grosses défaites d'une majorité au pouvoir depuis 30 ans. – Et vous n'arrivez même pas à écouter deux secondes l'expression de l'opposition qui peut peut-être essayer de suggérer quelques toutes petites choses. Ce que je pense, c'est que votre lourde erreur a été de ne pas économiser sur la dépense publique et de faire tout porter sur le poids de la fiscalité.
Et ce qu'il faut absolument changer dans la politique, et ce n'est pas une question de savoir est-ce que les verres vont peser, est-ce qu'on va changer la tête du Premier ministre, c'est de repartir sur une volonté ferme de baisser la fiscalité sur les Français modestes. Et pardon de vous le dire, ça ne s'appelle pas une politique ultralibérale. Ça s'appelle juste une politique qui cherche à épargner les Français. Personnellement, je ne suis pas ultralibéral, je plaide pour un protectionnisme européen.
– Moi, j'ai proposé trois choses, par exemple, dans les discussions budgétaires, et d'ailleurs, ça n'a pas été retenu par le gouvernement, vous voyez. J'ai proposé qu'on crée une tranche d'imposition sur l'impôt sur le revenu à 50%. Eh bien, pourquoi on ne le fait pas ? Parce qu'il faut bien trouver que des gens… – Plus d'impôts ? – Non mais, il faut bien trouver. – Enfin… – À équilibre constant, je pense qu'il faut essayer d'aider justement les classes les plus modestes, mais c'est un débat sur les classes les plus modestes. Donc, essayer de faire en sorte qu'il y ait des abattements, essayer de faire en sorte qu'on aide effectivement les plus modestes.
Moi, je souhaite qu'on mette ces impôts sur les plus modestes. – Je ne parle pas des plus modestes. – J'ai bien compris que nous avions un petit différentiel. – Je ne parle pas des plus modestes, c'est pas un petit différentiel. – Le terme « classe moyenne », c'est qui les classes moyennes ? Et le débat, par exemple, que vous avez initié sur l'augmentation de la TVA, sur laquelle nous sommes revenus au moins pour le taux supérieur, ça s'abattait sur qui ? Ça s'abattait aussi sur l'ensemble des Françaises et Français qui consommaient. – Voilà, c'est l'un des difficultés.
– Mon diagnostic, et je le vois d'ailleurs sur la réaction de tous les ténors, c'est qu'il n'y aura pas de changement.
– Alors très rapidement, parce que vous parlez du changement de politique, mais il faut quand même qu'on parle des hommes aussi, puisque cette politique est incarnée. Est-ce qu'il faut changer, selon vous, de Premier ministre ? – Jean-Vincent Placé. – Moi, je ne pense pas du tout, un seul instant,
que cela résoudra un quelconque problème.
– Les sondages plébiscitent Manuel Valls.
– Nous sommes sous la Ve République, et M. Wauquiez, qui a été ministre, a bien vu ce que c'était. C'est le président qui décide de tout. Moi, je le regrette. Moi, je ne suis pas d'ailleurs pour la Ve République, je suis pour la VIème République. Je suis pour qu'on ait plus de démocratie, je suis pour qu'on ait aussi plus de décentralisation avec des économies. Je le dis, supprimons les départements. J'ai vu que Jean-François Copé avait repris cette proposition. Mais sur la question institutionnelle, de toute façon, le Premier ministre, il fera ce que dit le Président. C'est comme ça, on est sur la Ve République. Et donc, je pense que c'est une question secondaire.
En revanche, nous, les écologistes…
– Le sort de Jean-Marc Ayrault, c'est une question secondaire.
– Non, je vais même vous dire, je pense que comme c'est vraiment la décision du Président de la République, moi, je suis plutôt pour le maintien de Jean-Marc Ayrault, avec la possibilité d'avoir un changement de cap social, écologiste et démocratique.
– Lorsque, on écoute là tout ce qui a été dit. Donc, ce qu'on nous propose, c'est une tranche supplémentaire d'impôt sur le revenu, remettre en cause les aides sur le diesel. Jean-Marc Ayrault est une question secondaire. Et puis, au passage, supprimons joyeusement toute une série de strates administratives. – Et c'est quoi vos propositions ? – J'ai l'impression qu'on est totalement à côté du sujet. – C'est quoi vos propositions ? Vous avez gouverné 10 ans ? – Monsieur Placé, pour que je puisse exprimer des propositions, il faut juste que vous écoutiez un peu. – Très rapidement, Laurent Wauquiez. – Et je pense que cette élection vous a sanctionné par manque d'écoute. – Je suis d'accord.
– Je vais vous donner un exemple. Dans le secteur des petites PME, qui aujourd'hui n'arrivent pas à s'en sortir, pourquoi vous ne rétablissez pas le programme zéro charge qui permettait d'embaucher ? Pour les jeunes qui ont du mal à accéder à l'emploi, l'apprentissage marche. Vous avez supprimé les aides pour l'apprentissage. Pourquoi vous ne mettez pas l'accent là-dessus ? Sur l'aide à la création d'entreprises, tous les dispositifs ont été remis en cause. Pourquoi vous n'en mettez pas dessus ? Dans un département comme le mien, les jeunes ont des difficultés parce qu'ils ont du mal à financer le permis de conduire. Ça, ce sont des aides aussi qui peuvent permettre de rebondir.
– Comment vous faites ça avec la réduction des déficits ? Parce que tout cela est très bien et moi je suis assez attentif à ce que vous dites. – D'un mot à l'un et à l'autre, avant la fin de cette émission, dans quelques instants, on va poursuivre les éditions spéciales. – Avec Sarkozy et Merkel. – Non mais c'est intéressant le débat. Parce qu'à chaque fois que je vois quelqu'un de droite, vous avez beaucoup d'idées de dépenses et vous voulez déduire les déficits. – Est-ce que je peux répondre ?
– De réponses très simples.
– J'ai l'impression que vous parlez quand même aussi beaucoup. Comme quoi la perception… – Allez-y, allez-y, allez-y, Laurent.
– On a 40 caisses de retraite. – Mais si vous êtes d'accord, qu'est-ce que vous faites depuis deux ans ? Allez-y, avancez. – Sur la simplification administrative, c'est un vrai bon projet du Président. – Avec laquelle visiblement vous n'êtes pas d'accord. Vous êtes spectateur d'une majorité qui emmène les Français dans le mur.
– Merci beaucoup à tous les deux. On aura compris le message de Laurent Wauquiez. Secouez cette majorité, on verra demain si vous le faites. – Je vais faire plaisir à Laurent Wauquiez demain, nous allons secouer la majorité. – Jean-Vincent Wauquiez, vous retrouvez la vidéo de ce débat sur RTL.fr, lefigaro.fr et MyTF1News.
Laurent Wauquiez