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interviewRMC· 9 janvier 2026 10 min

"Quand on fait de la politique on ne peut pas avoir peur des gens que l'on représente"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Je voudrais d'abord qu'on revienne sur ce qui s'est passé hier, il était 11h, il y avait un certain nombre de manifestants, agriculteurs devant l'Assemblée Nationale. Vous êtes sortis à leur rencontre et voilà ce qui s'est passé.

0:10
Yaël Braun-Pivet

Merci de venir nous rencontrer. C'est pas possible ça ! C'est désolé là, franchement j'ai...

0:29
Présentateur

Vous avez été hué, des cris de démission, vous avez même pris, semble-t-il, un projectile, peut-être même un crachat. Non, une poignée de neige. Une poignée de neige ?

0:44
Yaël Braun-Pivet

Vous avez le sourire ce matin ? Mais bien sûr, parce que vous savez, quand on fait de la politique, on ne peut pas avoir peur des gens qu'on représente, on ne peut pas avoir peur des Français, des citoyens. Donc les citoyens viennent manifester devant l'Assemblée Nationale, c'est qu'ils ont des choses à dire à la représentation nationale. Il est normal que la présidente que je suis aille à leur rencontre et essaye de discuter avec eux, même quand ils sont énervés, même quand ils sont en colère.

Mais bien sûr, vous savez, moi, ça fait plusieurs années que je fais de la politique, j'ai vécu les manifestations lors de la réforme des retraites avec des cassereaux-lades, les préfets me disaient, n'y allez pas, annulez votre déplacement, je ne l'ai jamais fait. J'ai toujours, toujours été à la rencontre des Français, à la rencontre des syndicalistes, c'est comme ça que je conçois la vie politique. On ne peut pas avoir peur du dialogue, de la confrontation, parfois désagréable, mais ce n'est pas grave, c'est ainsi. Si on ne veut pas cette confrontation, on ne fait pas de politique, on fait autre chose.

1:35
Présentateur

Donc, pour vous, pas de regret d'y avoir été. Vous les avez ensuite reçus, posément, dans votre bureau. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui s'est dit ?

1:41
Yaël Braun-Pivet

Moi, j'ai reçu l'ensemble des organisations syndicales, les unes après les autres. Ce sont des organisations avec lesquelles je suis en contact régulièrement. Je vais aussi, quand je me déplace sur le territoire national, beaucoup à la rencontre de nos agriculteurs, dans des exploitations, etc. Donc, c'est une préoccupation que j'ai depuis longtemps. Donc, ce dialogue syndical, il faut l'avoir, et après, il faut les écouter. Et c'est un peu, et c'est ça qui est un petit peu, finalement, perturbant, c'est que c'est toujours les mêmes revendications qui reviennent. Ils ont besoin de simplification, trop de normes, trop de complexité administrative. Ils ont des boulets au pied.

Ils estiment que la concurrence n'est pas loyale entre ceux qu'ils font et les autres producteurs à l'international. Ils doivent faire face à des crises, crises sanitaires, crises climatiques, et ils ont le sentiment de ne pas être suffisamment armés. Pour autant, ils aiment leur métier. Nous aimons nos agriculteurs, nous aimons notre agriculture. C'est ce qui définit notre pays. On le sait tous, on y est très attachés. Les écouter, c'est bien. Et donc, il faut engager un certain nombre d'actions. Continuer, parce que ça s'inscrit dans un certain nombre d'actions qu'on a déjà réalisées.

2:48
Présentateur

Vous dites, ce qui est terrible, c'est que c'est toujours les mêmes revendications.

2:52
Yaël Braun-Pivet

Mais parce que les choses n'ont pas changé. Alors, elles ont changé, mais à chaque fois, on ne va pas assez loin et ça ne va pas assez vite. Je prends un exemple. Les questions de simplification, ça fait des mois que nos préfets ont travaillé avec les agriculteurs main dans la main pour simplifier les procédures. Mais il faut continuer, on n'est pas au bout du chemin. Et ils ont le sentiment que quand on remet une disposition, eh bien, on recomplexifie à nouveau et que c'est une espèce de va-et-vient qui s'installe. Et donc, il faut qu'on ait un cap clair de simplification. Et c'est ce que je crois à engager le gouvernement actuellement.

3:26
Présentateur

Sauf que l'une des revendications de ces agriculteurs, c'est le Mercosur. Journée décisive aujourd'hui à Bruxelles. La France a annoncé qu'elle voterait non et ça ne changera rien.

3:37
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, on est 27. C'est une union et donc, il n'y a pas de droit de veto comme au Conseil de sécurité des Nations Unies. Et donc, il fallait convaincre des partenaires. Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour ce faire et nous avons réussi en décembre à convaincre les Italiens et à avoir ainsi une minorité de blocage. Ça n'a pas perduré, les Italiens ayant obtenu d'autres garanties. Et donc, il faut continuer à se battre parce que le combat n'est pas fini. Il y a le Parlement européen qui va s'exprimer, la Cour de justice de l'Union européenne qui peut être saisie. Et donc, il y a encore des procédures. Et puis, il y a toujours et encore ce combat pour renforcer les garanties.

Les agriculteurs, nous en avons parlé. Ces fameuses clauses de sauvegarde, ces fameuses clauses miroirs et surtout ces contrôles pour ne pas, en fait, avoir posé des actes, poser des paroles, poser des principes de concurrence loyale et finalement, faire que ça ne soit pas effectif parce que c'est contourné.

4:33
Présentateur

La question de la réalité, effectivement, de ces contrôles, on va y revenir. Mais vous n'êtes pas triste quand même de vous dire que hier, on entendait par exemple la ministre de l'Agriculture sur notre antenne qui disait que c'est un nom puissant de la France.

4:46
Yaël Braun-Pivet

Et c'est un nom puissant qui ne pèse plus rien ? Alors, je ne suis pas d'accord. Il ne pèse pas plus rien, ce nom. Déjà, il a été exprimé très puissamment et par le gouvernement, mais aussi par l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale, à travers plusieurs votes, donc de façon très transpartisane, a exprimé son opposition très ferme au Mercosur. Mais cette opposition, cette position de la France, elle a permis justement d'avoir ces clauses de sauvegarde, elle a permis justement d'avoir ces clauses miroirs, elle a permis justement de pouvoir renforcer les contrôles au niveau européen. Mais pas suffisamment, puisque le Premier ministre lui-même dit que le compte n'y est pas.

Mais c'est la raison pour laquelle nous nous y opposons, et c'est la raison pour laquelle nous continuons à mener le combat, et nous allons être très constants en la matière.

5:31
Présentateur

Il y a un mot qui m'a frappée dans les paroles d'Annie Gennevar, elle dit que c'est un symbole fort. Et moi, je vais vous dire, ce qui m'a le plus désolée, c'est qu'au fond, nous ne sommes plus que symboliques.

5:40
Yaël Braun-Pivet

Ce n'est pas vrai, mais ce n'est pas vrai, je ne suis pas d'accord. La France est attendue, la France a une parole forte, la France a une place importante en Europe. A nous, après, de mener les combats. Nous sommes dans un collectif.

5:54
Présentateur

Vous-même, présidente de l'Assemblée nationale, vous l'avez constaté, les députés français ont voté à la quasi-unanimité contre le Mercosur.

6:01
Yaël Braun-Pivet

Mais c'est ce qui permet au gouvernement aujourd'hui d'avoir une assise très démocratique pour pouvoir continuer à s'opposer à cet accord qui, aujourd'hui, ne nous satisfait pas pleinement. Le compte n'y est pas. Nous ne sommes pas contre les accords de libre-échange. Mais pour autant, il faut continuer à nous battre pour préserver nos intérêts, préserver nos agriculteurs et notre agriculture. Mais pas du tout. Si vous considérez que vous êtes faible, vous ne pouvez pas aller vous battre et vous vous battez avec les mains dans le dos. Nous pensons que la France est puissante, nous pensons que la voix de la France compte à nous, hommes et femmes politiques, de la porte et eau.

Mais nos agriculteurs, en cela, nous aident. Parce que, justement, ils nous montrent qu'ils se mobilisent de façon très unitaire pour défendre l'agriculture et nous sommes aussi leurs porte-parole, nous sommes leurs représentants. Vous soutenez cette mobilisation et même si elle doit durer ? Mais je soutiens la mobilisation des agriculteurs et je souhaite aussi que nous puissions leur apporter des réponses. Tout n'est pas dans le Mercosur. Tout n'est pas dans le Mercosur, c'est ce que je vous disais au départ.

7:06
Présentateur

Oui, vous parliez de la question de la simplification, la question de la concurrence déloyale qui n'est pas qu'avec des pays hors de l'Union Européenne. C'est aussi nos propres voisins, c'est l'Espagne, c'est l'Allemagne, qui ont des règles moins dures. Et c'est l'adaptation, le changement climatique, les questions de l'eau, etc. Est-ce que nous, la France, on ne s'est pas trompée en étant trop zélée sur un certain nombre de normes, plus en tout cas que nos voisins ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on a créé cette distorsion.

7:29
Yaël Braun-Pivet

Parfois, on a créé à travers ce qu'on appelle des surtranspositions. Et donc, on a été peut-être un peu plus loin qu'on aurait dû. Et c'est la raison pour laquelle il faut absolument remettre un certain nombre de choses à plat pour créer les conditions d'exercice du métier d'agriculteur qui soient satisfaisantes. Et j'ai oublié quelque chose qui, finalement, est fondamental, parce que c'est ce qui vient en premier dans la liste, un revenu digne.

Un agriculteur, sa revendication aujourd'hui principale, telle qu'elle a été exprimée encore hier dans mon bureau, c'est de pouvoir gagner dignement sa vie et sa vie de son métier, pouvoir produire en ayant une stabilité financière qui lui permette de regarder l'avenir avec sérénité, de pouvoir nourrir sa famille, ses enfants, de pouvoir se projeter.

8:13
Présentateur

Je pense aussi en termes de bras de fer politique. Alors, du côté de Marine Le Pen, elle demande à ce que l'on brandisse la menace d'une suspension de la contribution de la France au budget de l'Union européenne. Est-ce qu'il faut qu'on rentre dans ce bras de fer ?

8:25
Yaël Braun-Pivet

Je crois que ce n'est pas la bonne méthode, parce que, de l'autre côté, nous avons aussi la politique agricole commune, la fameuse PAC, dont la France est un des principales bénéficiaires. Donc, c'est pour ça qu'il faut continuer à discuter, mais il ne faut pas rentrer dans cette radicalité-là. Je pense qu'elle serait parfaitement contre-productive.

8:44
Présentateur

Les Républicains, par la voix de Bruno Retaillon, ont évoqué aussi la possibilité de censurer le gouvernement sur la question du Mercosur.

8:50
Yaël Braun-Pivet

J'ai vu, effectivement, qu'il y aurait peut-être une motion de censure, alors pas à l'initiative des Républicains, mais à l'initiative du Rassemblement national. On verra quand elle sera déposée. À l'heure où je vous parle, elle n'est pas déposée. On verra aussi quels sont les arguments et comment cela est posé. Et puis, le débat aura lieu, si elle est déposée rapidement, le débat aura lieu la semaine prochaine à l'Assemblée nationale.

9:12
Présentateur

La méthode des agriculteurs, vous avez dit que vous souteniez la mobilisation. On voit sur des images en direct, pour ceux qui nous regardent sur BFM TV, je les commente pour RMC, ce sont des agriculteurs sur le périphérique. Ils continuent donc leur mobilisation, quitte à bloquer cet aspect-là. Est-ce que la méthode, vous la soutenez ?

9:32
Yaël Braun-Pivet

Non, je ne soutiens pas les blocages, je ne soutiens pas l'entrave, à la liberté d'aller et venir des Français. Je ne soutiens pas les dégradations. J'ai des parlementaires qui, encore hier, ont vu leur permanence dégradée. Donc, je ne soutiens pas ces actions qui visent à entraver les Français dans leur liberté. Vous leur demandez de rentrer chez eux. Donc, moi, je souhaite qu'on arrive à avoir ce dialogue. Ce qui est important, c'est qu'on discute et qu'on arrive. Ils savent que nous sommes à leur côté. Donc, il faut qu'on avance main dans la main pour pouvoir gagner ce combat ensemble.

10:03
Présentateur

Je le précise, ces opérations escargots, donc des tracteurs, des agriculteurs, ça se passe sur le périphérique parisien en ce moment même. Et on continue à vous informer sur BFM TV et RMC. C'est le...