Trump 2 : l’équipe présidentielle
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France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour à tous. Dans deux jours, le 47e président des Etats-Unis entrera en fonction, accompagné des hommes et des quelques femmes qu'il a choisis pour incarner la politique de son gouvernement. L'attention s'est déplacée de la Maison-Blanche aux dorures rococos de Mar-a-Lago depuis si longtemps déjà. Les visiteurs de marque ont été si nombreux à s'y empresser que la présidence Trump II a démarré bien avant les cérémonies officielles.
L'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, qui donnera lieu demain en principe aux premiers échanges de prisonniers, est le fruit d'une coopération utile entre l'administration sortante et la nouvelle. Mais c'est bien la pression exercée par Donald Trump sur Benjamin Netanyahou qui a déclenché un processus qui aurait pu intervenir plusieurs mois plus tôt. La méthode MAGA est donc à l'œuvre. Qui sont désormais les personnages marquants de cette nouvelle équipe ? Se résume-t-il à cette oligarchie de milliardaire de la tech dénoncée par Joe Biden dans son ultime message aux Américains ? Elon Musk fait énormément de tapages. Il ne sera pas ministre. Quel sera donc son rôle ?
Politique économique, affaires étrangères, immigration, sécurité, renseignement, santé publique. Les nouveaux responsables sont-ils tous issus du même creuset trumpiste, choisi selon leur niveau d'allégeance pour mener à bien la purge annoncée de l'État profond ? On se souvient des désordres du premier mandat quand on se demandait qui étaient les adultes dans la salle. Le chaos ne déplaît pas à Donald Trump, mais il connaît désormais la machinerie institutionnelle. Sa nouvelle équipe répond-elle aux aspirations de ses électeurs ? Radicalité, disruption, grand remplacement des élites traditionnelles, accélération réactionnaire ? Partons à la découverte de Trump.
Deuxième saison avec vous, Romain Huret. Vous êtes le président et le directeur d'études de l'EHESS. Martin Quincé, directeur du bureau de Paris du German Marshall Fund. Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS, directeur adjoint du Centre Internet et Société. et Laurie Kenton, maître de conférences à l'université de Versailles, Saint-Quentin, en Yvelines. Romain Huret, on sait qu'il fait déjà très froid à Washington. Il fera encore plus froid lundi. La cérémonie aura donc lieu à l'intérieur du Capitole, sous la coupole, ce qui ne manque pas d'ironie au moment où, bien évidemment, la nouvelle administration va réhabiliter les émeutiers du 6 janvier 2017, 2016.
Comment expliquez-vous ce choc de symboles, en quelque sorte ?
On s'est voulu, je crois. Il n'y a pas de coïncidence chez Trump. C'est quelqu'un qui manie les symboles comme personne. On l'a vu pendant la dernière campagne. Donc, le choix est parfaitement assumé. Pour désigner ces émeutiers de 2021, il évoque toujours le fait que ce sont des prisonniers politiques. Et donc, comme prisonniers politiques, ils doivent être libérés. On verra s'il le fera le lendemain de son investiture. En tout cas, il arrive à Washington. Comme vous l'avez dit, il est préparé à l'exercice du pouvoir. Ça fait quatre ans qu'il se prépare à son retour.
Il a une équipe autour de lui qui est prête à prendre les rênes du pouvoir et avec un programme d'une extrême radicalité dont nous allons reparler. Mais je crois que depuis très longtemps, il n'y a pas eu une équipe qui est arrivée avec Washington avec une volonté de transformer en profondeur l'État fédéral, la société et le monde.
Cette équipe compte, je crois, 13 milliardaires qui font partie du gouvernement. On sait que c'est une tradition aux États-Unis que des gens avec d'énormes moyens financiers sont mêlés à la politique. Donc néanmoins, là, ce sont véritablement des ultra-milliardaires avec des profils très particuliers.
Oui, la tradition est ancienne, comme vous l'avez dit. Il y a cent ans, arrivait à Washington des millionnaires, on ne parlait pas de milliardaires, dans les administrations républicaines. Et ces millionnaires avaient profondément transformé le pays aussi, transformé l'économie et transformé le monde. Donc il y a une sorte de répétition.
C'était quoi, les chemins de fer ?
C'était les grandes fortunes de l'industrialisation, chemins de fer, aluminium, acier, banques, et on les a vus arriver, notamment avec un personnage sur lequel j'ai travaillé qui s'appelle Andrew Mullen, qui était un richissime banquier et qui va devenir ministre des Finances pendant 11 années et qui va transformer en profondeur l'économie des États-Unis. Là, bien évidemment, on a un autre type de milliardaire, beaucoup issu ou proche de la Silicon Valley, qui a changé de casquette, puisque très longtemps, elle a été soutenue et a soutenu le Parti démocrate. Là, il y a une ironie profonde de l'histoire. Ils se retournent contre ceux qui les ont construits.
Ils arrivent à Washington avec des projets incroyables sur le bitcoin ou sur la dérégulation. En tout cas, ils veulent adapter l'Amérique au siècle futur et de manière sans doute assez brutale.
Donc, il y a un agenda qui consiste à affirmer, évidemment, à renforcer encore la prééminence des États-Unis dans le monde, mais avec une direction qui est plus réactionnaire ou qui est plus anticipatrice.
La direction est très claire et elle est liée à la victoire de Trump. La victoire de Trump a montré une chose très étonnante au regard de tout ce qu'on pouvait savoir sur les élections dans nos démocraties. C'est que la radicalité paye et elle paye très fortement. De manière surprenante, Trump a fait une campagne très radicale tout au long de la campagne, ce qui est rarissime dans l'histoire des campagnes aux États-Unis où à un moment ou à un autre, les candidats se calment et disent « On va recréer du consensus, on va recréer de la modération ». Là, il est allé jusqu'au bout.
Le fameux meeting du Madison Square Garden, ce gigantesque carnaval, a surpris tout le monde en disant « Mais il fait n'importe quoi, une semaine du scrutin, il est en avance, il va perdre l'élection ».
Il n'élargit pas sa base.
Il n'élargit pas sa base, il ne rassure pas les milieux financiers, etc. Là, il est allé au bout de cette radicalité. Et je crois que ce n'est pas la première fois qu'on entend dire qu'il faut supprimer l'État, l'État profond, qu'il faut transformer en profondeur l'économie aux États-Unis, trouver d'autres moyens de s'imposer à l'échelle internationale. Mais je pense que ce Trump 2 veut aller au bout, en quelque sorte, de ce qu'ont raté avant lui Ronald Reagan, Bush, fils, qui eux-mêmes avaient des projets très radicaux, mais qui ont été limités par Washington.
Reagan voulait supprimer l'État, il comparait l'État fédéral à Dark Vador en tant que c'était le mal absolu et qu'il fallait s'en débarrasser. Il a échoué. Bush, fils, avait les mêmes propos. Il a échoué. Là, cette administration-là, Trump 2 veut aller au bout avec Elon Musk, qui aurait sans doute une mission pour désendetter le pays et supprimer un tiers des fonctionnaires fédéraux et de l'État. Donc, il y a un agenda étonnant, surprenant, mais qui devrait, je crois, en France, nous inquiéter, parce qu'il est possible qu'on connaisse assez rapidement les mêmes choses.
Avant d'en venir là, Laurique Henton, ce qui frappe aussi, ce sont ces quelques personnages véritablement abracadabrantesques qui surgissent et qui nous semblent à nous, selon nos critères à nous, tellement mal placés, tellement mal formés, tellement peu légitimes. on pense à l'éducation, par exemple. Parlez-nous de cette dame qui s'appelle Mac Mahon, ça n'a rien à voir avec le maréchal, et qui, elle, a, si j'ai bien compris, professionnalisé l'industrie du catch.
Oui, alors, c'est un peu injuste de la réduire à ça. Elle et son mari, d'ailleurs, c'est un couple, c'est un couple qui est ami de Trump depuis les années 80, donc il y a à la fois des profils beaucoup plus jeunes, des jeunes quadras, essentiellement, et puis des gens qui sont des habitués, des amis de la famille, quasiment.
Et la relation entre les Mac Mahon et Trump, elle est vraiment ancienne, elle est liée au catch, et le catch, en fait, on voit ça comme une espèce de grand guignol à l'américaine, ce que c'est en partie, mais c'est aussi une forme d'entertainment, et donc l'industrie des loisirs, de la télé, etc., c'est quelque chose qui est à la fois très guignol et très sérieux parce que ça génère des fortunes assez considérables. Il y a un autre personnage d'Anna White qui est le patron de l'UFC, donc du catch, en gros, qui est très proche de Trump, et tout ça, c'est à la fois du sport, du divertissement, mais également de l'argent, beaucoup d'argent.
Et une emprise, pardon, en particulier sur les jeunes hommes, qui s'est manifesté, bien évidemment, au moment des élections dans tout le pays.
Il y a quelque chose de très viriliste dans ce nouveau public Trumpiste chez les jeunes hommes en particulier, qui est un petit peu l'anti-Taylor Swift, ce dont on a beaucoup parlé, donc il y avait cette espèce de rivalité entre deux publics d'une certaine manière. Mais Linda McMahon, elle connaît pas grand-chose à l'éducation, mais sans lancer de pique un peu gratuite, on a aussi des ministres en France qui n'ont pas eu beaucoup de contact avec l'éducation.
Et on en a eu plusieurs.
Donc ça, c'est pas quelque chose de tout à fait nouveau. En revanche, elle a déjà servi dans la première administration de Trump à la Small Business Administration et donc elle a fait un mandat presque entier, sans histoire, assez satisfaisant visiblement. Il n'y a pas eu énormément de turnover, d'émissions fracassantes dans la première administration de Trump. Et Linda McMahon, c'est une des seules qui est restée en poste quasiment pendant tout son mandat, sans faire de vagues, et en faisant le job.
Mais là, son boulot, si j'ai bien compris, ce serait de supprimer le ministère en tant que tel et de laisser les États fédérés s'occuper de l'affaire.
On a souvent avec les républicains, notamment les républicains les plus radicaux, une volonté de déplumer l'État fédéral au profit des États fédérés. Et le sort du ministère de l'Éducation, c'est une longue histoire dans cette optique-là de faire en sorte que le niveau fédéral ait le moins de rôles notamment prescriptifs possibles et que les États fédérés aient le maximum de latitude, ce qui est déjà le cas en fait, dans les programmes, les livres étudiés, ce genre de choses, et puis les financements. Donc, en fait, ce serait une radicalisation de l'existant. Nombreux sont les candidats aux primaires républicaines année après année qui veulent supprimer des ministères entiers.
Le ministère de l'Éducation qui est une création récente, ça date des années Carter. Il n'y en avait pas avant les années Carter. C'est une cible de choix. Le ministère du Commerce, il y en a quelques-uns comme ça. Et donc, ça fait partie du vocabulaire républicain de vouloir désausser l'État. Reagan disait que le gouvernement est un problème et pas la solution. Donc, c'est assez classique, ça. Maintenant, reste à voir ce qu'elle va faire et ça vaut pour la plupart des personnages dont on va parler aujourd'hui. qu'est-ce qu'ils vont faire au-delà de ce qu'on annonce au tout début de cette nouvelle administration. Ça, c'est vraiment quelque chose qu'il va falloir surveiller.
D'autant plus, c'est d'autant plus vrai dans le secteur de la santé publique où là, il y a un trio. Il n'y a pas seulement le Robert Kennedy Junior dont on a compris quand même les bizarreries. Il y a aussi Mehmet Oz qui était un médecin célèbre de Fox News. Lui, il va être responsable de Medicare et de ce qui tient lieu dans leur système très imparfait de système social en quelque sorte d'assurance médicale. Et alors, il y a aussi le personnage qui va diriger le Center for Disease Control qui a joué un rôle majeur au moment évidemment du Covid qui va remplacer le fameux Fauci qui est devenu lui-même la tête de Turc si j'ose dire des Trumpistes.
Donc là, vous avez trois personnages qui, chacun dans son style, dénoncent les vaccins, la médecine traditionnelle et l'emprise en fait de l'État fédéral sur la gestion de la santé des citoyens américains.
Et du de ce qu'on appelle en anglais revolving doors c'est-à-dire la porosité entre les grands groupes industriels et l'administration. Ce qu'on voit beaucoup dans les lobbies c'est-à-dire les gens quittent le gouvernement et rejoignent les lobbies ou quittent le Sénat et rejoignent les lobbies ou l'inverse. Et donc, ça c'est une des positions les plus paradoxales de Kennedy par exemple c'est de dénoncer ça alors que dans le même temps au niveau des conflits d'intérêts on n'a jamais vu autant de conflits d'intérêts entre des grands industriels Musk et les autres qui ont maintenant la main sur le gouvernement.
Donc là, ce qui est vraiment très intéressant c'est le nombre de points d'interrogation qui sont devant nous sur ces différentes positions assez baroques des différents personnages qui vont être aux commandes de ces administrations-là et ce qu'ils vont non seulement tenter pas faire ce qu'ils vont tenter et ce qu'ils vont réussir parce qu'il va y avoir un certain nombre de résistances au niveau des administrations qu'ils contrôlent mais également on risque de voir des résistances au niveau de l'opinion parce que sur les programmes d'aide aux plus démunis il y a toute une partie de l'électorat de Trump qui en bénéficie et donc comme on a des élections de mi-mandat qui sont généralement compliquées pour l'administration en place que la majorité dans deux ans donc après-demain que la majorité à la Chambre est extrêmement faible et que la majorité au Sénat est extrêmement faible même si la carte est plutôt favorable aux républicains ils ont une petite fenêtre de deux ans où ils ont la Chambre la Maison-Blanche et le Sénat ils risquent de perdre la Chambre en 2026 s'ils s'aliennent la base et donc il faut faire attention au programme auquel on va toucher parce que ça peut aussi aliéner la base
mais cette même base et on l'a entendu vociférer tout au long de la campagne dans ces meetings spectaculaires où Trump a démontré son extraordinaire talent de communication enfin de tribun sinon de prophète et en fait on retombe Romain Huret sur cette idée du remplacement du grand remplacement des élites traditionnelles donc cette base quelles que soient les frictions à venir elle réclame en quelque sorte un changement total du système en tant que tel
du système ou une remise en cause de la démocratie représentative telle qu'on la connaît depuis la fin du 18ème siècle j'ai été très frappé par ce qui s'est passé pendant la campagne en matière d'information et on a vu que les médias traditionnels les grands journaux aux Etats-Unis les grandes télévisions ont été pas discrédités particulièrement mais effacés du débat il n'y a pas eu de débat présidentiel alors que c'était un rituel que moi je connais depuis que je suis tout petit avec 3 ou 4 débats qui n'étaient pas décisifs mais qui jouaient un rôle important qui étaient dans la procédure politique et la procédure électorale on tenait à cela les grands journaux donnaient le nom de leurs candidats et c'était un temps qui était attendu et on voit bien que tout cet espace médiatique traditionnel est en train de disparaître comme faiseur d'opinion comme étant l'un des lieux essentiels de la démocratie représentative et qu'est-ce qui l'a remplacé c'est la démocratie numérique ce sont des nouveaux réseaux sociaux qui ne sont pas du tout les mêmes que ceux qu'on a connus avec des journalistes des influenceurs des gens qui viennent de nulle part Joe Rogan par exemple qui s'intéresse aussi au catch
et qui était démocrate et qui a basculé
qui a basculé et qui a joué un rôle aussi important que d'autres grandes figures de journalisme ou de la presse il y a 40-50 ans donc là il y a un déplacement et la population accompagne ce déplacement et la démocratie numérique l'individualisation de nos choix culturels de nos pratiques culturelles tout cela l'accompagne et donc je pense qu'on est confronté là à quelque chose d'essentiel dans nos démocraties c'est le déplacement de la démocratie représentative vers la démocratie numérique et ce déplacement fabrique de nouvelles élites qui font l'opinion et Trump l'a très bien compris en tout cas son équipe l'a très bien compris et sa campagne était parfaitement adaptée à la démocratie numérique beaucoup plus visiblement que celle de Kamala Harris
Olivia Alexandre cette démocratie numérique elle sera présente en force lors de la cérémonie lundi à 18h notre heure puisqu'il y aura les 4 ou 5 individus qui dirigent les plus grosses GAFAM plus celui qui a véritablement créé OpenAI cette nouvelle élite techno monte à Washington jusqu'ici ils y allaient en traînant des pieds quand ils devaient comparaître devant telle ou telle commission d'enquête là on voit véritablement qu'ils viennent prendre le pouvoir qu'est-ce que cela va changer selon vous dans la façon de concevoir l'action politique parce que ces gens-là ils viennent d'un autre monde par définition ils appartiennent à une autre génération
absolument absolument après l'histoire du secteur des nouvelles technologies est ancienne c'est vrai qu'il y a un alignement il y avait eu un alignement entre Silicon Valley par exemple et démocrate depuis en gros Bill Clinton avec un agenda qui s'est parfaitement cristallisé autour de la notion des autoroutes de l'information mais préalablement si on regarde plus en profondeur il y a des liens très forts quand même entre l'industrie militaire le pentagone et la Silicon Valley il y a eu toute une histoire et un certain nombre de compagnies emblématiques de la Silicon Valley qui ont des affinités républicaines à commencer par Intel ou HP et d'ailleurs il y a eu une candidate ancienne dirigeante d'HP qui a été soutenue par Peter Thiel contre Donald Trump
alors Peter Thiel il faut expliquer ce personnage
qui est toujours
dans l'ombre qui ne fait pas partie de ceux à qui a été distribué un portefeuille mais qui est le parrain en particulier du vice-président de J.D. Vance
oui c'est même plus large que ça en fait les différentes personnes qui arrivent au pouvoir moi la manière dont je les thématise c'est c'est par rapport à leur origine effectivement et leur point commun c'est d'avoir toutes toutes ces personnes ont pris à un moment fait et cause contre Donald Trump le second point c'est qu'elles sont toutes issues de l'immigration directement ou indirectement alors il y a les africaners de la tech ce que j'appelle les africaners de la tech qui sont qui ont grandi ou qui sont passés par l'Afrique du Sud Elon Musk Peter Thiel David Sachs qui ont une vision politique et morale extrêmement claire
David Sachs qui va être le tsar c'est leur expression de l'intelligence artificielle
qui reflète bien l'imaginaire sa violence son impérialisme aussi et ils ont une vision d'autant plus brutale qu'il s'agit ni plus ni moins comme le dit Peter Thiel de sortir de la politique c'est rentrer dans la politique pour sortir de la politique avec toute une vision anthropologique derrière qui consiste à dire qu'il n'y a pas de groupe il n'y a que des individus il n'y a pas il n'y a pas avoir de solidarité parce qu'elle conduirait à une forme de méritocratie il n'y a que de la compétition qui doit être valorisée à travers le marché y compris s'il faut accepter de la domination contre l'égalité et c'est peut-être l'ambiguïté parce qu'on parle de démocratie numérique tous ces gens là sont contre la démocratie ils votent la liberté contre l'égalité et il y a un deuxième groupe qu'on pourrait appeler les indiens avec Vivek Ramasmovani c'est des gens qui ont une trentaine d'années qui ont fait leur fortune dans la tech il y a Krishnan qui va être le numéro 2 il y a proche de Trump et puis il y a Jade Evans d'une certaine façon à travers sa femme qui est indienne qui sont des gens qui sont extrêmement attachés au modèle méritocratique du travail à la dérégulation mais aussi qui le lient à la question de la réindustrialisation des Etats-Unis à leur capacité à redevenir la première puissance économique et y compris dans ces territoires
mais donc le plus ambigu c'est Jade Evans et c'est d'autant plus intéressant qu'il a 40 ans que son livre Hilby L.L.G. qui va ressortir en français sous le titre Une famille américaine ce livre-là qui raconte en fait la détresse des petits blancs entre guillemets drogués, alcooliques, sans emploi la désindustrialisation des Appalaches et de l'Oriau dont il est originé lui il défend d'une certaine manière le rôle de l'Etat
Oui oui en fait il y a un certain d'ambiguïté qui parcourt dans ce différent groupe parce qu'à la fois ils veulent un Etat fort qui est capable de réindustrialiser qui est capable de s'opposer à la Chine notamment parce que c'est quand même la grande angoisse de tout ce secteur industriel et en même temps ils veulent une dérégulation ils veulent plutôt un Etat faible ils veulent porter un certain nombre de principes libertariens et on se demande bien comment ces différents programmes peuvent tenir d'autant plus qu'en fait la coalition regroupée autour de Donald Trump elle a une tête et des pieds d'une certaine façon qui ne marche pas forcément dans la même direction Oui mais exactement c'est à dire que l'élite tech elle veut une position extrêmement brutale de dérégulation et de modernisation industrielle d'une certaine façon dont on sait tous les impacts négatifs qu'elle a sur le plan social et politique pour la base trumpiste qui a beaucoup souffert depuis 30 ans notamment les gens que sont censés représenter Jelly Evans dans l'Ohio et puis il y a un dernier groupe de gens qui sont passés par l'Europe qui sont aussi assez jeunes Helberg qui n'est pas très connu mais qui va être sous-secrétaire à l'énergie à la croissance et à l'environnement même s'il ne connait vraiment pas grand chose en l'occurrence qui a été un des plus gros donateurs à Donald Trump il a donné 2 millions il a été aussi formé par Peter Thiel il a travaillé aussi avec Peter Thiel il y a Kratios qui est d'origine grecque qui va être le CTO américain donc le chef des technologies et qui sont des gens alors c'est plus la dimension patriotique là qui est portée et la volonté de développer des nouvelles technologies qui puissent être au service de l'influence américaine notamment face à vraiment la némésis américaine qu'est la Chine et le dernier personnage qui ne va pas être dans l'administration mais assez proche notamment à travers Christian qui est un peu son homme de paille c'est Marc Andressen donc aventure capitaliste extrêmement connue reconnue qui est dans le secteur des nouvelles technologies depuis 30 ans qui a connu toutes les générations technologiques depuis lors et qui porte
et quel va être son rôle
il a un rôle assez éloigné de Washington DC et pourtant parfaitement central il porte notamment un programme d'investissement à travers sa firme de capital risque Andressen Horowitz qui vise à soutenir directement des solutions et des entreprises qui soient capables de faire redevenir l'Amérique au sommet du concert international sur l'exemple de ce qui a pu se passer dans le passé de manière plus ou moins réelle ou fantasmée et notamment à partir de l'exemple des années Reagan
Martin Kassé donc cette idée que la suprématie américaine doit être renforcée doit s'exprimer à la fois dans la continuité par rapport à la Chine par rapport à la Russie jusqu'à un certain point mais avec des personnages qui sont disons relativement plus classiques dans cette galerie de nouveaux portraits à commencer par le nouveau secrétaire d'état Marco Rubio qui est donc un latino d'origine cubaine qui a 53 ans sénateur de Floride jusqu'ici on l'avait repéré lorsqu'il s'était présenté aux primaires déjà pour les élections de 2016 ensuite il s'est rallié à Trump mais lui paraît plus dans la continuité que dans la rupture
oui alors dans les personnages qui vont être à la tête de la politique étrangère des Etats-Unis au sens large on a en effet Marco Rubio qui est un républicain plus traditionnel on peut aussi noter Mike Waltz qui sera le conseiller à la sécurité nationale auprès de Donald Trump qui également peut se positionner comme quelqu'un de plus traditionnel mais on a aussi des profils qui détonnent évidemment à la tête du Pentagone Pete Hexet est quelqu'un qui est véritablement connu de par son rôle à Fox News plus que de par son rôle de vétéran et d'ancien combattant on a déjà mentionné je crois Tulsi Gabbard qui serait à la tête de la direction nationale du renseignement on a également dans les choix des ambassadeurs et ambassadrices des Etats-Unis des profils très différients et parfois assez baroques donc je pense
oui comme le prochain ambassadeur à Paris
qui est autre
qu'un beau père
le beau père de la fille d'Ivanka c'est le père de Jared Kushner voilà
qui a fait deux ans de prison pour malversations diverses on ne va pas entrer dans les détails
au sein de cette constellation de personnes qui vont travailler sur la politique étrangère vous retrouvez déjà toutes les familles qu'on vient d'évoquer des gens qui sont proches de par leurs liens familiaux avec Trump des gens qui sont là de par des liens économiques des gens qui viennent du parti républicain traditionnel etc.
il y a un point commun qui est intéressant de noter c'est le nombre de personnes qui ont une expérience militaire et toutes ces personnes ont une vision des 20 dernières années de la politique étrangère américaine commune ils considèrent que l'invasion de l'Irak est la plus grande tragédie stratégique de l'histoire des Etats-Unis et ils considèrent que les alliés et partenaires des Etats-Unis profitent de la naïveté des Etats-Unis pour finalement garantir leur propre sécurité sans avoir à payer ça c'est vrai que vous soyez J.D.
Vance ou Mike Waltz c'est vrai si vous êtes Tulsi Gabbard ou Pete Hexet tous ces gens ont cette expérience personnelle notamment des combats au Moyen-Orient et en veulent énormément à une certaine politique étrangère américaine républicaine des années Bush ils veulent changer ça
pourquoi ? parce qu'est-ce qu'ils ont constaté ? le chaos qui en a résulté ?
ils ont constaté d'abord une expérience personnelle qui leur a donné l'impression que ça n'a servi absolument à rien la chute de Kaboul en 2021 reste quand même quelque chose qu'on a presque un peu oublié puisque quelques mois plus tard nous avons l'invasion russe de l'Ukraine mais qui à cette époque doit quand même marquer 20 ans d'opération pour voir l'ennemi affiché les talibans reprendre le contrôle du pays on peut difficilement faire pire comme résultat on a des échanges assez intéressants entre militaires notamment des militaires ukrainiens qui rient parfois en demandant aux américains c'est très bien de nous expliquer comment faire la guerre mais quelle est la dernière guerre que vous avez gagnée et c'est vrai qu'on peut parfois remonter jusqu'à la première guerre du Golfe donc il y a maintenant plus de 30 ans pour trouver une guerre où les Etats-Unis peuvent se prévaloir d'une vraie victoire donc il y a vraiment ce traumatisme des années 2000 et j'irais même 2010 parce qu'il faut également compter la Libye et les opérations en Syrie et en Irak contre Daesh parmi tous ces vétérans le deuxième point c'est que ce sont des gens qui vont avoir comme mission de transformer on a mentionné l'état profond les différentes agences de politique étrangère et de politique de défense aux Etats-Unis avec comme première cible les programmes de diversité, équité et inclusion qu'ils considèrent
donc tout ce qu'on appelle woke dans cet espace
de moralisme c'est pour eux une sorte de pourriture à l'intérieur des différents ministères des différents départements qu'il faut éradiquer
avec Exet qui lui dit carrément les femmes dans l'armée c'est un désastre
les femmes dans les positions de combat en effet il a eu cet échange lors de l'audition cette semaine donc l'audition
pour qu'il soit confirmé comme on dit en franglais par la commission du Sénat
et notamment les tests physiques qui vous permettent ou non de devenir militaires d'actifs qui sont différents si vous êtes un homme ou si vous êtes une femme donc ça par exemple c'est un des points que Exet souhaite changer la question de la compétence et celle qui revient le plus souvent lorsqu'on parle aux démocrates qui s'opposent à ces différentes confirmations Pitex 7 est quelqu'un en effet qui a une expérience militaire mais qui a été connue de par son rôle à Fox News va devoir prendre en charge une administration qui est le premier employeur aux Etats-Unis le département de la défense c'est le premier employeur aux Etats-Unis il y a 1.3 million de militaires d'actifs il y a plus de 700 000 civils qui travaillent dans l'administration de la défense
et un budget de 850 milliards
de 850 il y a les discussions on verra de peut-être passer le trillion le 1000 milliards de dollars de budget durant les 4 années à venir c'est une administration extrêmement complexe qui a été incapable par exemple de faire un audit sur les dépenses de défense depuis plusieurs années on ne sait pas vraiment la manière dont sont dépensées ces 800 milliards cette personnalité est-ce qu'elle est capable de gérer ce type d'administration c'est la première question l'autre question c'est la possibilité pour certaines personnes plus controversées d'avoir des habilitations de sécurité nationale et notamment pour Tulsi Gabbard qui a pris des positions assez en faveur de Bachar el-Assad elle a rencontré Bachar el-Assad oui elle trouvait
que c'était un type épatant
également sur des questions vis-à-vis de Vladimir Poutine et qui à la tête de ce rôle de coordination de l'ensemble des agences de renseignement des Etats-Unis aurait bien évidemment l'habilitation la plus élevée c'est-à-dire la possibilité d'avoir accès aux informations les plus secrètes et les plus protégées des Etats-Unis ça encore une fois c'est ce qui sera ciblé par les démocrates lors de l'audition de Tulsi Gabbard pour les républicains même si l'on a des gens au Sénat et à la Chambre qui ont des doutes par rapport à ces personnalités il sera néanmoins très difficile de s'opposer au choix de Donald Trump ça c'est un vrai enjeu des prochaines semaines c'est de savoir si les sénateurs républicains prendront le risque politique de voter contre un choix de Donald Trump c'est-à-dire vraiment d'aller contre la décision du président de mettre telle ou telle personne à la tête d'un département ça ça peut déjà vous donner une idée de l'équilibre des forces au sein du parti et entre le Congrès et le président
et on l'a vu en particulier lors de l'audition de Pete Hexet où les sénateurs démocrates ont été particulièrement confus dans la manière dont ils ont tenté de contredire ou de critiquer le personnage Romain Huret la justice on voit que Donald Trump a choisi ses avocats les avocats qui l'ont défendu dans les différents procès auxquels il a été soumis il a d'ailleurs été condamné dans l'un de ces procès mais la peine évidemment ne sera pas exécutée donc à la justice il y a une dame qui s'appelle Pam Biondi qui a été procureure générale en Floride jusqu'où peut-on craindre que l'appareil judiciaire même si encore une fois il y a l'état fédéral et puis dans chaque état il y a des juges souvent élus donc une grande complexité du système est-ce qu'on peut craindre que la règle de droit soit tordue selon la volonté ou les caprices du président élu
à nouveau je ne pense pas qu'il n'y aura ni volonté ni caprices il y a un programme politique très fort qui est ancien et qui vise à restaurer une justice et un système judiciaire et des décisions de justice qui n'ont rien à voir avec ce qui a été une forme de jurisprudence tout au long du XXème siècle avec l'émergence d'un groupe de juristes au tout début du XXème siècle progressiste pour aller très vite et qui ont décidé de tordre le cou ces juristes à la constitution et aux principes judiciaires américains pour les adapter à la nouvelle société et à la démocratie industrielle du XXème siècle les conservateurs ont toujours détesté mais profondément détesté cette révolution judiciaire du XXème siècle et il plaide depuis les années 50-60 pour une contre-révolution judiciaire contre-révolution ça veut dire revenir aux principes fondateurs de la constitution des Etats-Unis et de la justice aux Etats-Unis telle que les pères fondateurs l'ont conçu
à la fin du XVIIIème siècle
on appelle ça une lecture originaliste qui est très conforme aux origines de la république aux Etats-Unis et qui s'oppose à une version dite réaliste qui adapterait la justice qui adapterait le droit aux évolutions de la société et donc les conservateurs détestent le mariage homosexuel par exemple et le fait que la Cour suprême et d'autres tribunaux soient allés dans ce sens-là les conservateurs ont longtemps détesté la sécurité sociale et ils disent souvent que les pères fondateurs n'avaient aucune envie de mettre en...
n'avaient jamais pensé que le système que la justice aux Etats-Unis pourrait être tordu de cette manière-là pour qu'on légitime et donc ils vont sans doute et vous avez raison de le préciser il y a plusieurs échelons de justice aux Etats-Unis et les conservateurs depuis 50 ans travaillent à mettre des personnes les formes dans des... La Federal Society
qui sélectionne les meilleurs étudiants en droit et les places
et les places exactement et Trump a procédé lors du premier mandat à beaucoup de nominations donc il y a là il y a un projet politique profond il y a un projet de contre-révolution et à mon avis la cible principale va être la contre-révolution en matière du droit des minorités bête noire des conservateurs aussi il y a une jurisprudence de la cour entre les années 60 et les années 2010 pour aller très vite qui a systématiquement favorisé le droit des minorités minorités sexuelles minorités ethniques dans le pays on a vu que la cour suprême a commencé avec l'avortement à revenir sur cette jurisprudence-là et donc il y a de grandes inquiétudes dans beaucoup de milieux LGBT aujourd'hui aux Etats-Unis sur le fait que la contre-révolution en matière du droit des minorités va être au cœur de la présidence de Trump
Laurie Kenton une première opération anti-immigrés illégaux comme on dit là-bas va avoir lieu à Chicago dès mardi donc on voit que la prochaine administration veut véritablement symboliquement mais à grande échelle faire comprendre que oui il passe à l'acte tout de suite
oui l'investiture c'est lundi on commence dès mardi on day one comme disait Trump Chicago est une ville démocrate c'est une ville assez largement noire donc c'est un petit peu l'ennemi comme San Francisco de l'imaginaire républicain donc commencer à taper dans ces endroits-là ce jour-là c'est du symbole sur du symbole la question qui va se poser très rapidement puisque c'est dès le premier jour c'est la façon dont tout ça pourra être mis en oeuvre c'est-à-dire les frictions entre les agents fédéraux qui sont en charge de ça et les pouvoirs locaux c'est-à-dire au niveau de l'État et au niveau de la ville de Chicago il y a toujours des problèmes de coopération entre le fédéral et le local dans la mise en oeuvre alors la première chose c'est l'appréhension donc la question du nombre c'est beaucoup plus facile d'appréhender deux ou trois personnes et beaucoup plus compliqué d'appréhender des dizaines ou des centaines de personnes donc il y a une première logistique du terrain qui va être très intéressante à regarder parce que ça va aussi donner le ton de tout ce qui va suivre et puis ensuite il y a la gestion de la reconduite bon ça on sait faire Biden en a fait énormément Obama en avait fait énormément également mais sur les effectifs qui sont concernés en tout cas point de vue rhétorique notamment en Californie là il y a des questions logistiques qui se posent qui sont absolument vertigineuses parce qu'on parle de millions de gens alors le déroulement de la chose va être peut-être un petit peu adapté à la réalité mais les ambitions sont assez déroutantes
il y a un autre secteur qui est évidemment pour l'économie mondiale un secteur central économie-finance et là on voit surgir des personnages certes milliardaires mais comme on le disait d'entrée c'est pas nouveau aux Etats-Unis mais là des gens qui viennent des fonds spéculatifs ce qui est encore autre chose que les grands banquiers et notamment Scott Besant donc secrétaire d'Etat au Trésor ce qu'on appellerait chez nous Bercy enfin économie-finance qui promet un nouvel âge d'or à condition qu'on baisse très très fortement les impôts et donc là aussi on voit ce programme de réaction véritablement contre une certaine politique économique démocrate
oui alors il y a un paradoxe qui est assez savoureux c'est que quand on nous vend rendre sa grandeur à l'Amérique et en gros revenir aux années 50 parce que c'était tellement mieux que les années 60 où il y avait des étudiants qui manifestaient c'était le début de la cata culturelle les années 60 les années 50 l'Etat fédéral est très présent et la fiscalité est assez délirante dans les repères d'aujourd'hui donc là on est dans des choses qui sont assez paradoxales alors cette histoire remonte à 2017 il y a une énorme baisse d'impôts et personne ne veut être le président qui va remonter les impôts donc Biden n'a pas remonté les impôts comme il aurait pu ou dû et Trump veut faire plus que Trump 1 et donc la question c'est comment on finance tout ça et quelles vont être les conséquences de ça il y a une certaine pensée magique chez les républicains un petit peu dans la lignée de ce qui se passait à l'époque de Reagan avec le ruissellement dont on a vu qu'il marchait quand même relativement mal et donc enfin pas pour tout le monde disons qu'il ne marche pas pour tout le monde exactement et que ça a un impact sur les finances de tout le pays donc quand on veut rendre sa grandeur à la mairie commencer par des grosses coupes dans les impôts ça permet de redonner du pouvoir d'achat aux gens immédiatement mais pas forcément à tous et en tout cas pas forcément dans les mêmes dans les mêmes proportions et puis surtout le problème c'est que ça baisse au fur et à mesure que le temps passe et surtout ça peut être contre-productif après un certain seuil et généralement ce seuil de 7, 8, 9 ans le président qui décide les baisses d'impôts n'est plus là pour constater les dégâts et donc toute la question est de savoir quel va être le gain immédiat pour les gens les gens vont être contents on est toujours contents quand on baisse les impôts mais quelles vont être les conséquences à moyen long terme ça c'est un gros point d'interrogation mais comme les républicains ont la majorité à la chambre et au sénat ils devraient pouvoir réussir à voter cette baisse d'impôts sans trop de difficultés
même chose pour les droits de douane et ça on aura l'occasion d'y revenir évidemment très particulièrement dans cette émission puisque ça concerne au premier chef la Chine mais aussi bien évidemment les Européens les Européens Olivier Alexandre qui eux-mêmes sont visés très frontalement par Elon Musk et par encore une fois ce groupe de tech bros comme on les appelle désormais qui arrivent au pouvoir parce que la réglementation européenne des plateformes que ce soit la modération les datas la manipulation des algorithmes ils trouvent que c'est contraire à la liberté d'expression et celui qui a fait le lien entre les réglementations européennes et la sécurité c'est-à-dire le parapluie de l'OTAN c'est J.D.
Vance en disant si vous ne supprimez pas tout ça on ne va pas continuer à vous défendre
oui oui la réglementation européenne et aussi la réglementation de l'administration Biden puisqu'il y avait une sorte d'alignement il y a eu des collaborations assez fortes pour permettre ce renouvellement du bouclier réglementaire européen ça faisait 20 ans qu'il n'avait pas été actualisé Thierry Breton notre champion national et qui est la figure au-nit de la Silicon Valley avec beaucoup de mèmes de blagues d'agressions qui reviennent régulièrement sur les réseaux sociaux en provenant de la Silicon Valley à son adresse à se retrouver au cœur de la tempête et je pense ce qu'il faut bien voir en fait c'est la séquence engagée avec le Covid qui a vraiment été un moment un tournant extrêmement important et d'ailleurs dans l'histoire des Etats-Unis avec si on prend de la profondeur historique les mouvements se revendiquant du libertarianisme ont toujours suivi des moments considérés comme abusifs du point de vue de l'Etat c'est arrivé après la première guerre mondiale c'est arrivé après le New Deal c'est arrivé après la seconde guerre mondiale c'est arrivé dans les années 1970 et on a eu les années Reagan et le Covid et la gestion plus précisément du Covid par l'administration Biden a vraiment été vécue comme abusive au point d'être théorisée idéologiquement par Ramaswani qui parle de Covidisme
alors que la gestion par Trump a été désastreuse
en termes de nombre de morts oui mais d'une certaine façon et c'est important en politique il a bénéficié quand même d'un timing extrêmement favorable puisqu'il a eu juste le début à gérer d'une certaine façon alors que l'administration Biden a eu géré les effets les réglementations ça l'a fait perdre en 2020 ça l'a fait perdre en 2020 mais aujourd'hui l'administration Biden et les démocrates plus généralement ont assumé le coup politique de la représentation et de la représentation dans tous les termes en fait à la fois administratif mais aussi en termes médiatiques puisque l'administration Biden et plus généralement les bureaucrates ont été très souvent montés à la manière d'un bouc émissaire comme fautifs par rapport à le retour de l'inflation la remontée des taux la crise des matières premières qui a impacté quand même très fortement les Etats-Unis et particulièrement l'électorat de Donald Trump et c'est vrai que dans la Silicon Valley en fait alors là ils l'ont regardé de haut d'une certaine façon ce problème-là mais ils l'ont regardé aussi de près parce que au milieu de tout ça est arrivée la révolution de l'IA générative 2022 c'est Tchatt GPT3 qui sort qui bouleverse un petit peu tous les repères et qui est vraiment une modification des fondamentaux économiques parce que l'IA coûte très cher en fait si on regarde l'histoire du secteur des innovations ces 30 dernières années c'était des innovations qui coûtaient assez peu cher faire du logiciel des apps ça coûte pas très cher faire de l'IA ça coûte extrêmement cher si vous voulez être compétitif dans le domaine des LLM il faut 10 milliards comme disait Elon Musk ça réduit quand même beaucoup le nombre de candidats et donc plus d'énergie et donc plus de ressources de l'énergie de l'eau et puis du capital et un capital qui du fait de la remontée des taux se trouve payant et là dessus l'administration Biden a ajouté de la réglementation en collaboration avec l'Union Européenne et a ajouté aussi tout un tas de normes qui ont impacté directement les ventures capitalistes qui tient à la mise en place de normes RSE sociales et environnementales sur le capital ça a été vécu absolument comme quelque chose de scandaleux par tout un tas d'investisseurs et une mesure sur ce qu'ils appellent une taxation des plus-values latentes qui en gros si vous avez un portefeuille qui prend de la valeur et bien la capacité de l'Etat de venir ponctionner une partie de cette valeur qui a été vécue aussi comme une agression absolument terrible pour les ventures capitalistes notamment dans un contexte où il faut absolument gagner la bataille de l'IA contre la Chine
contre la Chine et il y a l'affaire TikTok TikTok donc la Cour suprême a décidé que oui la loi votée par le Congrès n'est pas contraire au premier amendement donc n'entrave pas la liberté d'expression en principe demain TikTok va commencer à comment dire pour simplifier à baisser en intensité il y a 170 millions d'Américains qui sont sur TikTok Donald Trump en a discuté avec Xi Jinping lors de leur discussion téléphonique je crois que c'était hier et là Martin Casset Trump demande du temps pour décider mais il peut en fait faire comme on appelle ça un executive order enfin une décision présidentielle
la question TikTok est intéressante parce qu'elle révèle plusieurs aspects de ce qu'on peut attendre de Trump 2 d'abord il a été intéressant de voir l'efficacité du lobbying de TikTok auprès de Donald Trump Donald Trump à la base est quelqu'un qui était très critique de l'application et qui était plutôt parmi les champions d'un ban donc d'un arrêt de l'application et il était intéressant de voir comment l'organisation TikTok elle-même a réussi à faire un lobbying très fort auprès de Donald Trump et auprès de gens autour de lui pour le positionner dans un camp beaucoup plus souple
déjà en disant beaucoup de bien de lui
sur TikTok à tel point
que Trump candidat a considéré que c'était plus favorable que Facebook
et c'est quelque chose qui a été noté par de nombreux acteurs du secteur privé alors pas simplement des technologies de voir que le lobbying ça peut marcher et ça peut permettre de faire changer des positions qui sont vues comme très idéologiques de la part de Donald Trump pour des positions plus souples mais il y a également un aspect très fort de politique étrangère donc vous mentionniez le fait que c'était un des sujets de discussion du premier appel entre Xi Jinping et Donald Trump hier il est clair qu'on voit dans les personnalités qui vont être dans l'administration des gens qui sont très durs sur la Chine ça c'est un point commun que ce soit Mark Corubio Mike Woltz etc Trump lui-même n'est pas du tout sur cette position là et c'est pour ça qu'il ne faut pas non plus trop lire dans les nominations de l'équipe le futur de la politique étrangère américaine Trump cherchera à avoir un nouvel accord avec la Chine comme il l'avait trouvé dans la première administration il considère que cet accord de phase one était un succès et qu'il s'agit aujourd'hui de trouver une sorte de manière d'opérer avec la Chine de manière pacifique et donc de trouver des deals avec Xi Jinping je pense qu'un deuxième point c'est qu'il ne faut pas trop en faire non plus dans les nominations parce que ces gens là ne seront pas forcément là dans 6 ou 10 mois il faut se rappeler que durant la première administration Trump on a eu 4 conseillers à la sécurité nationale 6 si vous comptez ceux qui étaient par intérim on a eu 3 à la tête du département de la défense ce sont des gens qui d'ici 12 mois 18 mois ne seront pas forcément là donc essayer de lire dans les feuilles de thé le futur de la politique américaine parce que Marco Rubio a pris telle position sur la Chine et sur l'Ukraine
parce que c'est sur l'Ukraine véritablement que l'interrogation
est la plus pressante pour moi c'est une c'est une erreur ce n'est pas comme ça que la politique américaine sera décidée c'est d'abord des positions de Donald Trump et la question c'est qui a l'oreille de Donald Trump lorsque la décision est prise et à quel moment on prend un autre exemple de la première administration Richard Grenell était ambassadeur à Berlin pas forcément une position très influente dans l'organisation américaine mais parce qu'il avait l'oreille de Donald Trump il avait la capacité de prendre des décisions directement avec la Maison Blanche il comptait bien plus que Rex Tillerson qui était lui-même secrétaire d'Etat
oui mais le même Grenell qui espérait avoir un énorme poste a une vague mission de s'occuper du Venezuela et des autres
encore une fois la mission sur le papier ne veut pas dire que vous avez de l'influence ou non Richard Grenell peut avoir plus d'influence que Marco Rubio même si évidemment dans l'organisation sur papier cet envoyé pour les missions spéciales n'a pas un rôle important
et précisément sur l'Ukraine donc l'envoyé spécial c'est un ancien général qui s'appelle Kellogg qui jusqu'ici s'est toujours prononcé pour un soutien ferme à l'Ukraine tout comme Rubio donc le nouveau ministre des Affaires étrangères donc sur l'Ukraine là encore c'est Donald Trump
c'est absolument Donald Trump d'autant plus que l'Ukraine est un des sujets de politique étrangère dont il a beaucoup beaucoup parlé durant la campagne et dont il a fait une promesse auprès de ses électeurs de trouver un accord de paix rapidement je pense que Kellogg comme Marco Rubio ont en effet pris position pour continuer à soutenir l'effort de guerre ukrainien mais ont également très rapidement exprimé la position de Donald Trump qui est de dire l'Ukraine va devoir faire des concessions pour mettre fin à la guerre et ces concessions incluront des concessions territoriales ce que l'administration Biden qui appelait par ailleurs aussi à un arrêt de la guerre n'avait jamais dit de manière aussi explicite Marco Rubio lors de son audition au Sénat cette semaine l'a répété les Etats-Unis chercheront un accord de paix durant la première partie de 2025 et vont s'il le faut aussi tordre le bras de Volodymyr Zelensky pour trouver cet accord
Romain Huret on arrive pratiquement mais ce n'est qu'une première conversation sur l'allure que vont prendre les Etats-Unis dans les semaines et les mois qui viennent et je crois qu'il faut s'habituer à toutes sortes de néologismes on va commencer à parler de Trump-impérialisme Trump-périalisme de Trump-économics de Trump-onomics le discours que Donald Trump va prononcer lundi on se souvient que lors de sa prestation de serment pour le premier mandat c'était un discours apocalyptique l'Amérique était en ruine c'était le désastre absolu le pessimisme le plus noir ça a été d'ailleurs le ton de cette dernière campagne est-ce que vous pensez que ce discours lundi sera d'une tonalité différente maintenant qu'il exulte à juste titre il faut dire ayant gagné aussi le vote populaire
je ne pense pas qu'il reprenne son vocabulaire très sombre du cauchemar aux Etats-Unis American Nightmare qui était le carnage pardon merci Lory qui était cette idée du carnage et de la désolation dans les villes je suis très frappeur en temps de l'émission sur l'ampleur de la transformation du trumpisme en quelques années il y a 8 ans on parlait très peu de la Silicon Valley on parlait très peu de ce programme économique où on ne parlait pas de la même manière du programme de politique étrangère on se demandait un peu qui était Trump 1 qu'est-ce qu'il allait faire là on voit que sur beaucoup de sujets il y a un vrai programme fort et donc je pense qu'il va le décliner il va le décliner sous forme de de solutions qui sont brutales qui sont très radicales ce qui est dit sur l'immigration sur la Silicon Valley sur la politique étrangère tout cela va avoir des conséquences très fortes aux Etats-Unis Lory disait qu'on ne sait même pas à quel on aura peut-être y compris ses propres électeurs qui vont tanguer pendant plusieurs mois plusieurs années pour se remettre des décisions qui vont être prises je pense aussi à l'Europe qui va connaître une transformation radicale ça fait longtemps qu'à Washington on n'avait pas eu quelqu'un qui annonce un programme d'une telle ampleur je le compare souvent à Roosevelt en 1935 il y avait eu un Roosevelt 1 32 qui avait tâtonné un petit peu qui avait fait pas mal d'erreurs alors c'était avant le début du second mandat mais Roosevelt en 1935 il prend des très grandes décisions il transforme l'état en profondeur il prend des grandes mesures qui vont implanter l'état aux Etats-Unis je pense que là on est en 1935 90 ans plus tard et que Trump va mettre en place les mêmes choses peut-être dans un sens inverse mais qu'on est en train de vivre une vraie révolution aux Etats-Unis
une révolution et le choix du portrait officiel de Trump ce visage à la fois tourmenté est agressif Laurie Quinton est-ce que ça correspond à une colère réactionnaire qui s'inscrit comme et je crois que c'est la tonalité générale de cette conversation qui s'inscrit dans cette oui cette volonté de transformer les Etats-Unis tels que nous les avons connus depuis la seconde guerre mondiale en tout cas
il y a une première dimension qui est le fait qu'il n'avait aucune idée qu'il allait l'emporter la première élection en 2017 là il est dans une optique complètement différente mais Trump est aussi un personnage assez léger c'est-à-dire que lui il fait beaucoup de trollisme et là le choix d'utiliser le mugshot la photo de police comme modèle du portrait officiel c'est une sorte de pied de nez finalement avec ce petit côté il y a presque un sourire en coin genre je vous regarde je vous vois je vous aime et je vous menace et je vous ai bien eu et vous allez voir ce que vous allez voir maintenant on attend de voir ce qu'on va voir mais il y a ce côté un petit peu pied de nez qui plaît beaucoup à son électorat et tout le monde a bien rigolé dans la Trumposphère en voyant ça genre ha ha
oui mais nous allons beaucoup moins rigoler bien évidemment
ça intéresse beaucoup moins
et les américains dans leur ensemble aussi donc d'un mot parce qu'on a très peu de temps malheureusement qui nous reste Olivier Alexandre quel serait le mot que vous utiliseriez pour résumer ce qui nous attend
il l'a dit je serai votre revanche voilà c'est ce qui nous attend c'est à dire un candidat
la revanche oui
des antisystèmes qui font maintenant aujourd'hui système et des antisystèmes qui sont aussi bien les plus riches que les plus pauvres contre tout un tas de figures de boucs émissaires que sont les juges les bureaucrates les immigrés les écologistes ou encore les représentants des minorités aux Etats-Unis
Romain Huret le mot qui selon vous va résumer Trump 2
radicalité on va avoir un mandat extrêmement radical dès mardi à Chicago ou ailleurs on va très vite prendre conscience que les temps ont changé
et vous Martin
en politique étrangère je dirais que c'est deal le but est de faire des accords je pense qu'il ne faut pas trop regarder la question idéologique c'est d'abord quelqu'un qui est là pour faire des accords avec partenaire ou adversaire des Etats-Unis
donc deal et radicalité au menu merci merci à tous les quatre de nous avoir ainsi éclairés inquiétés informés donc merci à vous Romain Huret je signale que vous co-signez avec Thomas Négaroff un ouvrage paru aux Arènes en octobre dernier les Etats-Unis anatomie anatomie d'une démocratie Laurie Kenton je reviens toujours à ce fameux livre sur la musique américaine Rock and Roll Trip les Etats-Unis en mille chansons de l'Alabama au Wyoming et vous avez signé la préface de Taylor Swift histoire d'un phénomène de Caroline Sullivan Olivier Alexandre vous avez publié la tech quand la Silicon Valley refait le monde et bien on y est et il y aura une version en anglais ça c'est tout à fait intéressant parce que c'est rarissime California Press en septembre de cette année Martin Quincé je recommande évidemment vos papiers sur le site du German Marshall Fund un papier que vous avez co-signé Time is almost up un papier co-signé avec Jésine Weber à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Olivier Arnais merci à vous deux Laura Dutec-Pérez m'a aidé à préparer cette émission avec la documentation de Radio France et le moment est venu de passer au carnet de santé de Marina Carrère dans le cause très bon week-end et à samedi prochain Musique
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