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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 20 octobre 2022 14 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

TF1, France 2 : comment les JT diabolisent les grévistes | Thomas Dietrich

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 95 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:38OuverteRéponse partielle

    Tu t'es intéressé à la couverture médiatique de la grève générale de ce 18 octobre, notamment celle de TF1 et de France 2.

  • 7:28OuverteRéponse partielle

    Vous pensez quoi de ce mouvement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:56PrésentateurChiffre
    « ils étaient 13 000 manifestants selon la police, 70 000 selon la CGT. »
  • 6:21PrésentateurChiffre
    « Total qui empoche 10 milliards d'euros. »
  • 11:47InvitéFait
    « On va éviter les amendements qui crament la caisse ou qui remettent en cause notre promesse de baisse d'impôts. »
  • 13:34InvitéFait
    « François Mitterrand a donné une cinquième semaine de congé payé aux Français il y a plus de 40 ans. »
  • 14:03PrésentateurChiffre
    « Pourquoi la France est 34e au classement de la liberté de la presse derrière le Suriname et le Cap Vert ? »

Temps de parole

  • Présentateur58 %
  • Présentateur 220 %
  • Invité8 %
  • Invité 25 %
  • Invité 32 %
  • Invité 42 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

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0:14
Invité

Je pense, paradoxalement, je pense qu'ils ont raison et je me demande si j'aurais pu bien faire grève finalement.

0:36
Présentateur

Salut Thomas. Salut Nadia. Alors tu t'es intéressé pour nous à la couverture médiatique de la grève générale de ce 18 octobre, notamment celle de TF1 et de France 2. Alors oui, on parle souvent et on critique souvent les chaînes d'information en continu, mais quand même TF1 et France 2, les journaux de 20h, c'est 10 millions de personnes qui regardent chaque soir. C'est une grande messe de l'information. Donc j'ai pris un peu mon courage à deux mains et j'ai regardé ce qu'on disait de la journée de mobilisation de la grève générale qui s'est tenue hier. Alors notamment sur TF1, donc propriété de la famille Buig, le journal s'ouvre sur comment les Français se sont organisés.

On a l'impression que c'est comment la résistance s'est organisée pour contrer les grévistes. Alors dès le début, dès les premières minutes, on parle de ces Jean Moulin du covoiturage, de ces Pierre Brossolette du Vélible. On écoute un grand moment de télévision. Retrouvons Marie-Blanche à Paris. 38 minutes de vélo plus tard, elle arrive sur son lieu de travail et présente la facture à son patron. Pour faire venir un maximum de salariés sur le site, l'entreprise a multiplié les incitations.

1:47
Invité

On a proposé aussi aux parents qui avaient des problèmes de garde de venir avec leurs enfants au bureau. Et la dernière chose qu'on a proposée mais qui n'a pas été utilisée, c'est de louer un appartement pour dormir hier soir autour du bureau.

1:58
Présentateur

Alors je pense qu'il faut quand même rendre hommage à Marie-Blanche qui a dû fixer une caméra sur son vélo et qui a dû peut-être rejouer deux fois la scène où elle présente la facture de 10,14 euros à son patron. Tout ça pour expliquer que les méchants grévistes avaient perturbé sa journée. Au passage, on traisse des louanges à ce gentil patron qui rembourse les frais de ses salariés. On aimerait bien savoir d'ailleurs s'il a indexé les salaires sur l'inflation. Ça serait quand même plus intéressant. Et c'est quand même fou comment TF1 traite les conséquences de la grève avant les causes profondes de la grève. C'est-à-dire qu'on a ouvert le journal sur ce que subissaient les Français.

Et c'est pareil sur France 2. On pourrait s'attendre pourtant autre chose du service public mais il faut croire que depuis la suppression de la redevance, c'est devenu un peu l'ORTF. Des travailleurs qui espèrent rentrer à l'heure. Un train qui a été annulé, un autre qui a été programmé pour 20 minutes plus tard. J'attends. Partout ce soir, les regards inquiets, des voyageurs retardés. Il n'y a pas d'informations. Donc je ne sais pas du tout quand est-ce que je vais pouvoir partir. Je vais finir par rentrer mais je ne sais pas à quelle heure. De la gare Saint-Lazare à Paris, à la gare Saint-Roch à Montpellier, fin d'une journée de grève et de galère dans les trains régionaux.

3:07
Invité

Mon train avait du retard. Il a été annulé. Super. Du coup voilà, je dois attendre au moins deux heures à peu près.

3:12
Présentateur

Et au pire du pire, je pense que je prendrai un hôtel ce soir et que j'attaquerai le premier de mon hôtel. Alors, t'entends tout ce vocabulaire de la peur, les regards inquiets, inquiets, épouvantés parce qu'évidemment, les autres jours, il n'y a jamais de retard de train, il n'y a jamais de retard de métro. C'est une journée classique. C'est une journée classique. Mais c'est quand les méchants grévistes, ces salauds de grévistes se mettent en grève que là, il faut évidemment parler de tous ces Français qui galèrent justement dans les transports tous les jours.

Et enfin, après avoir pleuré pendant plusieurs minutes sur ces gentils travailleurs français tombés au champ d'honneur de la grève, tombés pour un ticket de métro, finalement, les grands journaux, donc TF1 et puis France 2, s'intéressent à la grève elle-même et avec un vocabulaire un peu particulier. Parole contre parole habituelle ce soir, à Paris, ils étaient 13 000 manifestants selon la police, 70 000 selon la CGT. Certaines organisations avaient pourtant annoncé la grève générale, mais dans les faits, elle a été par exemple très peu suivie dans l'éducation nationale. Moins de 6% de grévistes contre 11% fin septembre.

Donc après avoir expliqué que les grévistes cassaient les pieds à tout le monde, non seulement c'est des empêcheurs de tournoi en rond pour rester poli, mais c'est aussi des losers puisqu'on vous explique qu'effectivement la grève n'a pas eu les effets escomptés et que c'est un échec. Et puis sur les chaînes d'information continue, on a débattu toute la journée sur cet échec de la CGT qui n'a pas réussi à mobiliser. Alors quand même, c'est oublié un peu facilement la mobilisation qui persiste dans les raffineries, dans les centrales nucléaires, dans des entreprises privées et qui s'étend petit à petit au pays. Ce mouvement de coulère qui est là.

Et bien sûr, ces grands journaux préfèrent s'arrêter sur les incidents qu'il y a eu pendant ces manifestations parce qu'on n'en fait jamais assez sur les méchants casseurs. 50 manifestations étaient organisées sur tout le territoire. Elles ont rassemblé 107 000 personnes selon la police, près de 300 000 selon les organisateurs, la CGT. Ils étaient plusieurs milliers à Toulouse, au Havre, à Lille, Rennes, Marseille ou Lyon. 13 000 à Paris, 200 casseurs en tête de cortège s'en sont pris à des vitrines et ont mis le feu à des poubelles dans le quartier de Montparnasse. Grand classique, les grands médias se délectent du moindre incident dans ces manifestations.

Alors je pense qu'il faudrait faire une minute de silence pour ces fameuses poubelles brûlées.

Peut-être qu'il faudrait créer une cagnotte pour les sacs plastiques carbonisés et les emballages de pasta box qui ont brûlé, brûlé par des méchants manifestants et rien évidemment sur TF1 ou sur France 2, sur les charges des forces de l'ordre contre le cortège syndical dans le cortège parisien, rien sur les derniers exploits du fameux commissaire Paul-Antoine Thomy qui est le frère du mafieux Michel Thomy qui s'était déjà illustré par ces violences et qui s'est de nouveau illustré lors de la manifestation d'hier par son incompétence et rien de manière générale sur les causes des manifestations, les 10 millions de pauvres en France, rien sur les grévistes qui réclament juste qu'on augmente leur salaire pour qu'ils puissent tranquillement vivre et puis voilà, adapter leur train de vie à l'inflation, rien sur le salaire par exemple du PDG de Total, Patrick Pouyanné qui l'année dernière s'est augmenté de 52%, rien sur Total qui empoche 10 milliards d'euros, non, les casseurs, les casseurs, les méchants casseurs et diaboliser justement cette grève avec les black box en tête de cortège.

Alors il y a aussi une même rengaine des médias mainstream qui consiste à mettre systématiquement en avant les Français qui sont contre la grève. Alors c'est un sport national à chaque journée de grève. On ne va pas voir le PDG du CAC 40 pour lui dire pourquoi vous avez encore augmenté votre salaire et pourquoi vous n'avez pas payé vos impôts en France et vous avez tout mis dans les paradis fiscaux. On va chercher, les grands médias, on va chercher le français moyen qui est contre les grévistes et qui est empêché d'aller travailler par les grévistes.

Alors des fois ça marche, souvent ça marche, on arrive toujours à trouver les gens mais des fois il y a des petits ratés, c'est les petits ratés du direct et on a eu un notamment hier sur LCI. Vous avez quitté ce matin la Courneuve à 7h45 alors ça a été un parcours du combattant pour rejoindre ici les Mourines, c'est ça ?

7:16
Invité

Oui, c'est ça, oui, c'est le parcours du combattant puisque, bon, je n'ai pas eu de RERC contrairement à ce que je pensais. C'est ça qui a un petit peu compliqué les choses en fait.

7:28
Présentateur

Vous pensez quoi de ce mouvement ?

7:31
Invité

Ce que j'en pense, mais paradoxalement, je pense qu'ils ont raison et je me demande si je... Bon, maintenant, c'est trop tard parce que je me suis engagé mais...

7:42
Présentateur

Allez travailler !

7:43
Invité

Oui, j'aurais bien fait grève finalement.

7:47
Présentateur

Merci beaucoup, monsieur, bon courage pour rejoindre votre destination. Je suis dégoûté par la réponse. Oui, et puis, alors quand ça ne marche pas, quand on n'arrive pas à taper sur les méchants manifestants, on a un autre marronnier, c'est pleurer les patrons qui sont victimes justement de ces grèves comme sur France 2, on a eu ce reportage. Les salariés veulent tous gagner plus.

8:12
Invité

Et en place du jour, nous avons la demi-coquelette avec des frites et salades.

8:16
Présentateur

Sergio Amaral travaille en salle depuis un an pour 1 600 euros net par mois. Difficile pour lui de s'en sortir.

8:23
Invité

Il y a tout qui remonte, le prix du gaz, l'électricité, vous allez faire des courses, il y a tout qui remonte en ce moment. Je suis arrivé près de mon patron pour le demander une remontation de salaire et il m'a dit que là, pour le moment, ce n'est pas possible, parce que c'est difficile, c'est pour lui.

8:39
Présentateur

Son patron lui a quand même proposé un compromis. Il devait embaucher un serveur, il y renonce. En échange, les 5 salariés font des heures supplémentaires rémunérées. Alors là, la manipulation de l'information, elle est beaucoup plus subtile. On n'est pas dans le rouleau compresseur de la propagande où on oppose les Français qui veulent aller travailler, qui sont bloqués aux méchants grévistes. On ne prend pas, je ne sais pas si tu as remarqué, dans tous les reportages, on ne prend pas des grands patrons. On ne prend pas le PDG du CAC 40 qui voyage en jet privé et qui verse des dividendes.

On prend le petit patron, voilà, qui est propriétaire d'un restaurant, qui est propriétaire d'un petit hôtel et qui est victime, qui aimerait bien aider ses salariés, mais qui n'arrivent pas parce que, comprenez, il est surchargé de taxes et tout ça. Et donc, on arrive à humaniser, en fait, finalement, la figure du patron. Et en fait, ça permet de ne pas parler des responsabilités des grandes entreprises du CAC 40 et des responsabilités gouvernementales. Pourquoi, par exemple, on ne parle pas du fait que le gouvernement ait refusé à l'été d'indexer les salaires sur l'inflation, ce qui aurait pu permettre de régler le problème de millions de Français ?

On oublie de parler du fait que le gouvernement ait refusé de taxer les super profits. On oublie de parler même que ces petites entreprises, comme on voit dans le reportage, elles sont beaucoup plus taxées au niveau de l'impôt sur les sociétés que les grandes entreprises qui arrivent à défiscaliser via des niches comme le crédit impôt recherche. Et puis, voilà, en fait, c'est un mécanisme de dérécipitation des autorités et des profiteurs de crise qui ne sont pas le petit patron à Strasbourg, mais qui sont les grandes entreprises du CAC 40. On a l'impression que France 2 ou TF1 s'intéressent beaucoup à la grève, mais vraiment peu aux causes de la grève.

Alors c'est vrai, on en a parlé là juste un instant, mais il faut quand même se rendre compte que ni sur TF1 ni sur France 2, on a parlé du fait que le gouvernement ait refusé d'inclure dans l'impôt sur la fortune immobilière, donc l'impôt qui a remplacé l'impôt sur la fortune, les yachts et les jets privés, ce qui est quand même un scandale. Je crois qu'on peut regarder un petit magnéto. Encore une fois,

10:33
Invité

c'est que si les biens mobiliers ne sont pas dedans, c'est précisément parce qu'ils peuvent être déplacés. Et donc, si vous dites qu'on les fait rentrer dedans, les gens iront mettre leur bateau dans des ports, des marinas qui ne sont pas si loin de nous, mais qui sont dans d'autres pays et donc ils feront travailler des gens dans les pays voisins. Et donc, c'est de l'activité économique en moins pour la France. Voilà.

10:53
Présentateur

Mais ça, évidemment, France 2 et TF1 n'en parlent absolument pas. Ils ont passé 20 minutes à taper sur les grévistes, à plaindre les petits patrons, à mettre en scène, à opposer les Français contre les Français. et on se demande quand va apparaître le 49-3, le fait que le gouvernement veut passer en force sur une réforme sur une loi aussi importante que le budget. Eh bien, pour France 2, il fallait attendre 30 minutes et c'est quand même une mise en scène un peu particulière.

11:19
Invité

Des nuits de débats sur le budget de la France, le 49-3 est imminent et le gouvernement prépare la suite. La majorité prendra sa responsabilité. Quels amendements l'exécutif va-t-il retenir de ces débats ? Histoire secrète d'un nouveau budget qui doit satisfaire au-delà de la majorité sans pour autant faire trop de concessions. C'est désormais à Matignon et à l'Elysée que sont pris les derniers arbitrages sur le budget. « On va éviter les amendements qui crament la caisse ou qui remettent en cause notre promesse de baisse d'impôts », prévient un ministre.

11:56
Présentateur

Donc, on va vous expliquer que c'est l'histoire secrète d'un passage en force, d'un déni de démocratie. Ça fait un peu émission de Stéphane Bern. Mais en fait, au fond, qu'est-ce que ce passage en force va permettre ? Il va permettre de rendre les pauvres encore plus pauvres et les riches encore plus riches. Donc, on fait toute cette mise en scène télévisuelle pour habituer les esprits à plus de dureté pour justifier la politique gouvernementale.

Parce que quand on passe son temps à taper sur les grévistes à dire que les grèves dans les raffineries qui occasionnent des pénuries de carburant, c'est mal, on prépare les esprits à un passage en force, à des politiques très dures comme on a pu le voir lors des réquisitions de salariés dans des raffineries. C'est quand même une violation patente du droit de grève. et on prépare aussi les Français à accepter des mesures très injustes socialement comme la réforme des retraites. On décrédibilise justement le travail des syndicats, l'opposition des partis politiques et des syndicats.

Et c'est vrai que le gouvernement dans cette tâche est quand même bien aidé par des éditorialistes qui sont soi-disant indépendants et qui ont leur ronde serviette sur les chaînes de télé mainstream. Une question de René en Loire-Atlantique et il est technicien de surface et il nous le précise. Je suis obligée de manifester pour ma survie car je n'y arrive plus que faire d'autre.

13:11
Invité

Manifester, c'est son droit de citoyen. Voter. Voter non seulement aux élections politiques mais aussi aux élections professionnelles. C'est revitaliser cette vie syndicale.

13:18
Présentateur

Ça ne va pas l'aider à boucler le fin de mois.

13:19
Invité

Non, bien sûr. Et puis il y a autre chose aussi qui se posera quand même crûment devant le nez des Français. Il va falloir travailler plus. Si on veut gagner plus sans mettre en péril la productivité et la compétitivité d'entreprises qui ont des factures à payer, à un moment donné il faudra travailler plus. François Mitterrand a donné une cinquième semaine de congé payé aux Français il y a plus de 40 ans à un moment où peut-être l'économie pouvait se le permettre. Est-ce qu'aujourd'hui on ne doit pas la suspendre et renoncer provisoirement ? On la retrouvera quand il y aura des temps de prospérité.

13:46
Présentateur

Donc il y a quelqu'un qui demande comment on va faire pour boucler ses fins de mois et on lui répond qu'on va lui supprimer la cinquième semaine de congé payé et que ce sacrifice est absolument indispensable. Donc tout va très bien dans le plus merveilleux des mondes, Madame la Marquise. Pourquoi la France est 34e au classement de la liberté de la presse derrière le Suriname et le Cap Vert ? Merci Thomas.