José Bové
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:09OuverteRéponse partielle
Est-ce que le gouvernement apporte les bonnes réponses à la crise agricole ?
- 1:04RelanceRéponse directe
Comment résoudre le problème quand ce n'est plus Paris qui fixe les politiques agricoles ?
- 2:50OuverteRéponse directe
Sur le plan intérieur, peut-on peser sur les négociations commerciales avec la grande distribution ?
- 4:52OuverteRéponse directe
Stéphane Le Foll est-il à blâmer pour la crise agricole ?
- 5:29RelanceRéponse directe
François Hollande et Emmanuel Valls interdisent-ils le bras de fer avec Bruxelles ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Stéphane Le Foll inaugurera le Salon de l'Agriculture, irez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« Je dirais que c'est une fois de plus une petite avancée, mais à très très court terme, parce que ça ne règle pas le problème au fond. »
- 0:28Invité politiqueFait
« Donc là, en gros, on va reporter les cotisations sociales d'une année, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont effacées, elles seront repayées en 2017, 2018 ou 2019. »
- 1:45Invité politiqueFait
« Sur les coûts de production, est-ce que c'est normal qu'en France, mais comme dans le reste d'Europe, on puisse vendre en dessous des coûts de production ? »
- 3:24Invité politiqueChiffre
« En 10 ans, 30% de la valeur ajoutée qui revenait aux paysans a été confisquée par les transformateurs, les abattoirs et la distribution. »
- 3:33Invité politiqueChiffre
« C'est-à-dire que les paysans ont perdu 20%. Avant, ils avaient 30% de la marge. Aujourd'hui, ils n'ont plus que 20%. »
- 3:51Invité politiqueFait
« La France a encore dit, il faut qu'on réclame le relèvement du prix d'intervention sur le lait. Rien n'a été fait. »
- 4:00Invité politiqueFait
« Personne ne sait même comment il est calculé. Et quand j'interroge la commission là-dessus, la commission à Bruxelles, on me dit, ce sont les références de 2003. »
- 5:11Invité politiqueFait
« Stéphane Le Foll connaît les dossiers agricoles. »
- 5:45Invité politiqueFait
« Ce qu'il demande, c'est des prix rémunérateurs, pas des obols, pas des choses qui permettent de tenir trois mois et qu'on retourne dans la crise. »
- 6:01Invité politiqueFait
« On a 500 millions de consommateurs. C'est sur ces 500 millions de consommateurs européens qu'on doit construire une politique et pas sur d'hypothétiques marchés à l'exportation. »
- 7:14Invité politiqueChiffre
« On ne peut pas avoir des gens qui se suicident, on a plus de 600 suicides en agriculture en France tous les ans. »
Temps de parole
- José Bové81 %
- Présentateur19 %
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Bonjour José Bové, l'agriculture française et notamment l'agriculture bretonne connaît une crise qui n'a que peu de précédents par sa longueur et son ampleur. Est-ce que le gouvernement apporte les bonnes réponses, je rappelle, baisse immédiate de 7 points de cotisation sociale, et puis année blanche pour les plus fragiles, tous ceux qui ont dégagé de faibles revenus l'an dernier ?
Je dirais que c'est une fois de plus une petite avancée, mais à très très court terme, parce que ça ne règle pas le problème au fond. Donc là, en gros, on va reporter les cotisations sociales d'une année, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont effacées, elles seront repayées en 2017, 2018 ou 2019. Donc en réalité, c'est reculer pour mieux sauter. Tant qu'on ne va pas au fond des sujets, tant qu'on ne pose pas le débat sur les maîtrises des productions, qu'il n'y ait pas plus de volume produit que de volume consommé, tant qu'on ne pose pas le problème du prix vendu à la transformation, ou à la distribution, c'est-à-dire, en gros, des coûts de production qui doivent être pris en compte.
Tant que ces sujets-là ne sont pas abordés, en réalité, on n'aura pas avancé d'année.
Oui, mais comment résoudre le problème quand on est gouvernement français ? Vous savez que ce n'est plus à Paris que se font les politiques agricoles, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est plus le gouvernement qui fixe le prix du lait. C'est pas comme ça que ça se passe, José Bové.
Oui, je suis assez au courant de ça, mais la réalité, c'est que justement, le gouvernement français ne fait rien. Alors, j'ai bien vu qu'il y a quelques jours, Stéphane Le Foll, le ministre de la République, est allé à Bruxelles. Le problème, c'est que si on ne tape pas du poing sur la table, à un moment, et qu'on dit, voilà, nous, on met en œuvre telle politique. C'est, par exemple, le cas sur l'histoire de la traçabilité de la viande, dans les plats préparés. Le Parlement européen a voté ça il y a deux ans, trois ans maintenant. La France a dit, on va le faire. Eh bien, on le fait.
Sur les coûts de production, est-ce que c'est normal qu'en France, mais comme dans le reste d'Europe, on puisse vendre en dessous des coûts de production ? Il n'y a pas un métier qui fait ça, il n'y a que les paysans qui vendent en dessous de leurs coûts de production. Eh bien, la France doit dire, on légifère sur ça. Évidemment, Bruxelles va dire, on n'est pas d'accord. Oui. Ça va complètement...
Ce n'est pas seulement qu'on n'est pas d'accord, c'est que ça contrevient aux règles européennes.
Alors, on fait quoi ? Eh bien, on fait le bras de fer avec Bruxelles. C'est quand même marrant de se dire que sur l'agriculture, on se couche devant la commission, mais que quand c'est M. Cameron qui vient à Bruxelles, lui, on lui déroule le tapis rouge. Eh bien, est-ce que les paysans ne valent pas autant que M. Cameron ? Moi, je dis oui. Donc, il faut faire le bras de fer sur ces questions-là. Mais le problème qui s'est posé, c'est qu'il y a deux ans, on a réformé la politique agricole commune. Et quand on a fait la réforme de la PAC, eh bien, chaque État a décidé de faire sa propre politique. Ça a été le début du détricotage d'une politique commune.
Et on a abandonné tous les outils qui permettaient de maîtriser les productions. Les quotas laitiers, sur la viande, sur les céréales, tous les outils ont été démantelés.
Alors ça, c'est sur le plan européen. Sur le plan intérieur, est-ce qu'il y a moyen, à votre avis, de peser davantage sur ces négociations commerciales, notamment avec la grande distribution ? Vous avez vu quand même qu'un certain nombre de distributeurs ont fait des gestes de bonne volonté en disant qu'ils ne demandaient pas de nouvelles baisses de prix sur les produits laitiers, par exemple.
Je crois qu'il faut d'abord rendre les choses claires. Aujourd'hui, ce n'est pas que la grande distribution qui est responsable. Les transformateurs sont autant, si ce n'est pas plus responsable, que la grande distribution. Et en 10 ans, 30% de la valeur ajoutée qui revenait aux paysans a été confisquée par les transformateurs, les abattoirs et la distribution. C'est-à-dire que les paysans ont perdu 20%. Avant, ils avaient 30% de la marge. Aujourd'hui, ils n'ont plus que 20%. Ça veut dire que si on ne met pas en place des règles, très simple, pas de vente en dessous du coût de production. C'est quelque chose qu'on peut mettre en place.
À la France d'assumer, et après, elle fera le bras de fer. Mais la France a encore dit, il faut qu'on réclame le relèvement du prix d'intervention sur le lait. Rien n'a été fait. Ça ne sera pas fait. Personne ne sait même comment il est calculé. Et quand j'interroge la commission là-dessus, la commission à Bruxelles, on me dit, ce sont les références de 2003. Et quand on demande quelles sont les références de 2003, on me dit que c'est celles d'avant. Ça veut dire complètement aujourd'hui qu'on est en train de sacrifier les paysans et que la logique des marchés internationaux est en train de prendre le dessus.
Je trouve invraisemblable, on est en pleine crise, le commissaire européen, l'éducateur Phil Hogan. Vous ne l'aimez pas lui. Alors lui, je ne l'aime pas non. Pas vraiment. Ce n'est pas ma tasse de thé. Lui, il est en train de partir se balader en Colombie, au Japon, Dieu sait où, pour conquérir des marchés à l'exportation. Mais les marchés à l'exportation de matières premières, on ne va pas vendre du fromage, des produits laitiers, des choses. On va vendre de la matière première de base au prix mondial. Donc, on ne fait rien. Et ça, c'est quand même à peu près scandaleux.
Bon, Phil Hogan, c'est fait. Stéphane Le Foll, est-ce qu'il est à blâmer ? Vous avez vu qu'il est la cible d'un grand nombre d'agriculteurs. Est-ce qu'il mérite tant d'indignité ?
Alors, moi, je connais Stéphane Le Foll. On a travaillé ensemble. On n'était pas côte à côte, mais pas loin, au Parlement européen, dans la commission de l'agriculture. Stéphane Le Foll connaît les dossiers agricoles. Mais je dirais qu'aujourd'hui, il est pied et poing lié parce qu'on ne lui donne pas les moyens d'attaquer sur la question agricole. Donc, à lui d'assumer et à faire un rapport de force avec le Premier ministre et dire à François Hollande, on ne peut pas sacrifier comme ça l'agriculture.
Vous pensez que c'est François Hollande et Emmanuel Valls qui lui interdisent d'engager le bras de fer que vous réclamez avec les autorités européennes ? Ah bah écoutez, je ne sais pas si c'est François Hollande,
mais en tout cas, je ne vois pas le Premier ministre aujourd'hui. Quand il annonce uniquement les baisses de cotisations, il ne rend pas service au ministre de l'Agriculture parce que ce n'est pas ce qu'attendent les paysans. On l'a entendu hier soir. Ce qu'il demande, c'est des prix rémunérateurs, pas des obols, pas des choses qui permettent de tenir trois mois et qu'on retourne dans la crise. On ne pourra pas s'en sortir si on produit plus que ce qu'on est en capacité de consommer à l'intérieur de l'Union Européenne. Alors on a 500 millions de consommateurs.
C'est sur ces 500 millions de consommateurs européens qu'on doit construire une politique et pas sur d'hypothétiques marchés à l'exportation.
C'est Stéphane Le Foll qui donc ira inaugurer dans dix jours
le Salon de l'Agriculture à Paris, vous irez ? Moi je n'irai pas au Salon de l'Agriculture cette année. Non, parce que je pense que quand on a une crise telle que celle-ci, vouloir faire la vitrine et faire des beaux discours, des super vaches, des super robots de traite, voir la grande distribution, voir les fast-foods au Salon de l'Agriculture, ce sont ceux-là même qui tuent l'agriculture aujourd'hui dans ce pays et c'est eux qui vont être au cœur de ce salon. Eh bien moi je n'irai pas, je ne mettrai pas les pieds au salon parce que je trouve que ce n'est pas correct d'être là pour regarder ces belles choses et en même temps de voir les paysans crever à l'autre bout de la France.
Et vous appelez les éleveurs à boycotter, à ne pas aller au Salon ?
Ça c'est à eux de choisir, mais moi je leur dis ce que je vais faire. J'ai été pendant des années au Salon, j'ai été représentant syndical, j'ai été au Salon du matin jusqu'au soir pendant toute la durée. Mais cette année je dis, il ne faut pas aller au Salon. Moi, en tout cas moi je n'irai pas parce que c'est indécent. On ne peut pas avoir des gens qui se suicident, on a plus de 600 suicides en agriculture en France tous les ans et on va faire une vitrine sur les soupots robots de traite, sur les nouvelles machines. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Là, on se fiche des paysans, c'est contraire en fait à la résolution des problèmes.
Vous avez été élu il y a un peu moins de deux ans, José Bové, en tête de liste Europe, Écologie, Les Verts. Quels sont vos liens aujourd'hui avec ce mouvement ?
Moi, j'ai été élu la première fois en 2009 avec Danny Cohn-Bendit et tous les autres. Dans ce qu'on a essayé de créer, c'était un mouvement où on pouvait être membre de parti politique ou pas membre de parti politique. Moi, je n'ai jamais été membre d'un parti politique, donc je n'ai jamais été adhérent non plus à Europe Écologie, Les Verts, mais j'ai fait partie de ce mouvement. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je ne comprends pas du tout comment il fonctionne, parce qu'on a eu un resserrement. Alors, c'est leur problème interne.
Je dirais simplement que ça pose un vrai problème pour l'écologie et pour la défense des combats aujourd'hui sur un plan politique, que ce soit au niveau national ou européen. C'est vrai qu'aujourd'hui, ce n'est pas tellement la défense au quotidien de l'écologie qui l'emporte, plutôt les batailles d'égo, les batailles d'appareils. C'est vrai que quand je regarde les mails qui arrivent, on a l'impression un peu d'une maison de fous.
Qui incarne l'écologie aujourd'hui en France ? C'est Cécile Duflo ?
C'est Nicolas Hulot ? Emmanuel Kos ? Je dirais que c'est d'abord les milliers de personnes qui sont investies dans les associations, dans les mouvements sur le terrain. Non, mais parce qu'il y a plein d'associations. Alors, ceci étant dit... Au niveau politique, il faut préciser, si c'est au niveau politique dont on parle, aujourd'hui, je ne pense pas qu'il n'y ait plus de représentation politique dans les appareils de partis qui se disent se réclamer de l'écologie. Nicolas Hulot représente une vision qui dépasse ce qu'a pu être ou ce qui est aujourd'hui ce mouvement politique. Alors, est-ce qu'il aura envie de faire quelque chose ? Est-ce qu'il a envie de construire ?
Moi, je n'en sais rien. On va voir. Mais en 2007, il a renoncé juste avant de se présenter. Et en 2012, ce n'était pas son truc. Il a été tapé par un appareil un peu bizarroïde. Et aujourd'hui, qu'est-ce qu'il a envie de faire ? Moi, je n'en sais rien. Mais en tout cas, il n'y a pas que l'élection présidentielle. Et si la vie politique, c'est que l'élection présidentielle, on voit ce qui est en train de se passer. On est dans un pays de fous.
D'autres questions pour vous tout à l'heure, José Bové. On n'a pas parlé de Notre-Dame-des-Landes et de ce référendum local que le gouvernement veut organiser. Et puis, on peut revenir aussi, évidemment, sur la crise agricole. Les auditeurs de France Inter nous appellent au 01 45 24 7000.
José Bové