Vote de confiance, budget, oppositions...L'interview en intégralité de François Bayrou
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Il est 8h20 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV horaire exceptionnel parce que invité exceptionnel. Bonjour François Bayrou. Vous êtes Premier ministre. Merci d'avoir répondu à accepter de répondre à mes questions. J'ai aussi reçu de nombreux messages de Français, d'auditeurs dont je me ferai le porte-voix. Vous êtes Premier ministre, dis-je, mais sans doute pas pour longtemps. Vous le savez, dans cinq jours, c'est fini.
Alors, cette formulation, c'est absolument le contraire de ce que je suis. Chacun a ses travers, ses qualités et ses défauts. Les miens sont sûrement très nombreux. Mais il y a un défaut que je n'ai pas, c'est d'être défaitiste. C'est de considérer que tout est écrit, qu'il suffit de baisser les bras.
Mais là, c'est peut-être pas défaitiste, c'est juste réaliste, François Bayrou. Peut-être réaliste.
Peut-être réaliste, mais à coup sûr défaitiste. Et ce n'est pas ma manière de voir les choses. Ce qui se passe pour la France est très important. On va en parler. Mais je vous ai apporté un journal d'hier, Le Monde d'hier.
D'hier soir, le journal Le Monde, avec à la une la Chine.
Pas la Chine. La Chine au centre d'un front anti-Occident. Et qui y a-t-il dans ce front, dans ce rassemblement-là ? Il y a 3 milliards d'êtres humains représentés par leur gouvernement. Le pays le plus peuplé au monde, l'Inde. Le pays le plus riche industriellement, commercialement, monétairement du monde, la Chine. Le pays le plus vaste du monde, la Russie. Et tous ces pays unis sur des valeurs et une volonté qui sont de prendre la place de ce que nous, l'Occident, nous sommes. Anti-Occident. Ça rappelle ce vers célèbre d'une très célèbre balade de Rudyard Kipling qui dit « East is East and West is West and the twain never shall meet ».
L'Est est l'Est, l'Ouest est l'Ouest et jamais ces deux-là ne se rencontreront. On est revenu à une période du monde.
Mais François Bayrou, en fait je vous arrête un instant. Non, non, ne m'arrêtez pas. Non, non, si je vais vous arrêter mais vous allez reprendre. Je vais vous arrêter pour une raison. C'est que ça fait des jours que vous dites que c'est la catastrophe. Ça fait des jours que vous dites qu'on est comme des petits bonhommes qui courraient sur une falaise dans les dessins animés mais en fait sans se rendre compte que le sol s'est déjà dérobé sous nos pieds. Ça fait des jours que vous êtes comme un petit garçon qui crie au loup mais qui a tellement crié au loup qu'on ne le croit plus quand le loup est là.
Est-ce que vous vous rendez compte de ça ? Cette manière désobligeante de présenter les choses... Non, ce n'est pas désobligeante. Excusez-moi.
C'est au contraire très inquiétant.
Excusez-moi. Vous êtes observatrice. Je vous écoute. Journaliste. Vous êtes devant quelque chose qui ne s'est jamais produit depuis des décennies, peut-être depuis un siècle. Et vous faites des commentaires de dessins animés.
Non, je dis qu'il n'est plus temps de dire que c'est la catastrophe, il est temps d'agir. Qu'avez-vous à proposer, François Bayrou ? Qu'avez-vous à dire ce matin aux socialistes, au Rassemblement national, au LR ?
Je dis d'abord aux Français. Parce que vous, vous êtes pris dans le jeu des appareils politiques. Si, c'est votre manière... Non, j'ai ici de très nombreuses questions,
de José, d'Alain, de Fred, de Christophe, de Jean-Pierre, d'Alexandrin.
C'est votre manière de voir les choses. Ne vous défendez pas. On n'est pas en débat l'un contre l'autre. On essaie de regarder la situation dans laquelle on se trouve. Et la situation de la France, dans cet Occident, dont je viens de dire à quel point il était « challenger », comme on dit en franglais, c'est une manière de dire qu'il a des défis... Il est mis au défi. Il est mis au défi et qu'on veut le dominer. Dans cet Occident-là, il y a l'Europe. Et dans l'Europe, il y a la France. Et la France, elle a une situation particulière. qui est une situation d'affaiblissement incroyable. Je ne crie pas au loup. Je dis les choses précises comme elles se passent.
Quelles sont ces choses précises ? C'est que nous nous sommes laissés entraîner. Et j'ai mis le sort du gouvernement en jeu pour cette raison. Pour qu'on ouvre les yeux. Pour qu'on voit ce qu'il en est. D'habitude, les gouvernements, comme vous savez, les Français disent qu'ils se planquent.
Vous avez mis votre tête, en effet, sur le bio.
Pour que tout le monde se rende compte de la situation. Quand je parle de la dette, je parle de quoi ? Je vous dis précisément les choses. Chaque année, la France crée un peu plus de richesses que l'année précédente. À peu près 50 milliards. La totalité de ces 50 milliards. Et plus encore, elle est versée à nos créanciers et elle part à l'étranger. C'est-à-dire qu'il y a une hémorragie du pays. Une hémorragie de tout ce que le pays produit. De tout ce que nous produisons tous ensemble. Qui va vers nos créanciers. Ceux qui nous ont prêtés. Et qui sont pour 60% à l'étranger. Ce qui est très différent d'autres pays. Le Japon, par exemple. Il y a une dette très importante.
Mais ce sont les Japonais qui la détiennent. D'une certaine manière, c'est un circuit fermé. Et donc, cette situation-là, elle nous affaiblit durablement. Alors, il y a des gens que vous citiez. Des formations politiques. Des appareils politiques. Qui disent, on ne veut pas le voir. Ce n'est pas grave. Ça nous intéresse. Vous voyez bien que ce n'est pas si grave. Le bateau continue à flotter. Comme j'ai eu l'occasion de le dire.
Vous avez dit, Simone, ne t'inquiète pas. Le bateau continue à flotter. Mais vous vous adressez aux Français. Sauf que ce sont les parlementaires qui auront le doigt sur le bouton lundi.
Mais les parlementaires peuvent faire tomber le gouvernement. Ils en ont le pouvoir.
Et ils prévoient de le faire.
Et ils prévoient de le faire. Est-ce que ça va rendre service au pays ? Qui sont les parlementaires qui menacent ou qui annoncent qu'ils vont faire tomber le gouvernement ? Tu parles d'un exploit à faire tomber le gouvernement. C'est un gouvernement qui n'a, depuis le premier jour, pas de majorité absolue, pas de majorité relative. On a dû construire un budget parce qu'il n'y avait pas de budget. On a dû récupérer la totalité des textes qui étaient en grande difficulté. On les a fait adopter. Et on dit, ben voilà, on va abattre ce gouvernement.
Ils en ont le pouvoir. Alors, que dites-vous ?
Et j'ai précisément voulu, en faisant ce geste inédit, on va dire, original, de provoquer ce vote lundi. Parce qu'il s'agit d'une prise de conscience. Je leur dis, regardez ce qui se passe dans le monde. Regardez ce qui se passe en France.
Mais François Bayrou, on va parler un peu franchement. Vous avez compris que pour l'instant, ça n'a pas pris.
Vous avez l'impression que je ne parle pas franchement.
Si, si. Mais il y a un point sur lequel, sauf le respect que je vous dois, vous êtes dans le déni, c'est que les chiffres ne sont pas bons. Ça ne passe pas. Qu'avez-vous à dire ce matin aux différentes organisations politiques que vous avez commencé à rencontrer hier, que vous rencontrerez encore demain, pour les convaincre de ne pas appuyer sur le bouton « Éjecte lundi ».
Je dis, si vous avez ce qui est votre fonction, votre vocation, si vous représentez les Français, demandez-vous où est l'intérêt national. Allez-vous... Quand vous avez... Non, laissez-moi dire les choses. Cette décision qu'ils prendront, qu'ils annoncent qu'ils vont prendre, cette décision-là, elle va semer, elle va créer l'instabilité dans notre pays. Et que veulent les Français ? Tous les sondages le montrent, ils veulent de la stabilité. Et donc, si vous êtes représentant du peuple, comme c'est la vocation d'un député, si vous êtes représentant du peuple, alors vous devez vous demander « Où est l'intérêt national ? » J'ai dit une chose très simple.
Ce vote-là, c'est un vote sur le constat de la situation du pays. Est-ce que, oui ou non, cette situation dans le monde, comme je viens de le montrer, est-ce que cette situation, elle est grave et urgente ? Ma réponse, elle est grave et urgente. Et si vous connaissez quelqu'un averti qui pense que ça n'est pas le cas, tout à l'heure, j'étais avec vos journalistes dans le couloir. Tous disaient « En effet, c'est grave et urgent, mais comment vous pouvez faire ? »
Alors, je vous repose la question. Est-ce que vous renoncez à supprimer les deux jours fériés ?
J'ai dit le jour où j'ai annoncé cette mesure. Alors, les jours fériés, précisons les chiffres. C'est 10% de l'effort qu'il faut faire. C'est 4 milliards. Je l'ai dit hier soir, j'ai reçu des formations politiques, par exemple, les Républicains, qui disent « Nous avons possiblement des réponses qui permettent de faire autrement pour trouver cet effort que les deux jours fériés. » Très bien. Je l'ai dit dès le premier jour. Je suis prêt à examiner
toute solution. Vous continuez à les examiner ou vous dites ce matin « Je renonce à supprimer les deux jours fériés ? »
Je renonce. Dès l'instant que nous aurons trouvé, et c'est ça, tout le but du travail que nous devrions conduire
à propos du huit. Donc, s'il vous trouve 4 milliards d'économies ailleurs...
4 milliards, 4 milliards, c'est 4 000 millions d'euros.
Non, non, mais on a commencé à comprendre. Mais ça veut dire que vous dites « Je suis OK, mais j'attends qu'ils me fassent une proposition sur les 4 milliards. »
Ils m'ont dit et ils ne sont pas les seuls.
Laurent Wauquiez sera à ce micro demain matin, le président du groupe Les Républicains. Il était là,
il a dit pour nous « Nous reconnaissons l'importance de l'effort. Nous ne nions pas la gravité de la situation. C'est très important. Voilà une formation politique importante, majeure, qui est représentée au gouvernement. »
Il a dit, je cite, que vous étiez prêt à un bouger. Est-ce que ce matin, vous nous dites « Je renonce à supprimer ces deux jours fériés ? »
Je ne dirai pas les choses qui paraîtraient ne pas tenir compte de la situation. Je suis prêt, on ne peut pas le dire mieux, je suis prêt dès l'instant que nous aurons trouvé et je pense que c'est possible. J'avais dit moi-même on peut avoir un jour, on peut faire autrement, on peut... Pourquoi je choisis les jours fériés ? On m'avait proposé autre chose qui était de passer de 35 heures de travail par semaine à 36 heures de travail par semaine. On me dit « Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? » Parce que 35 heures, c'est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires.
Et il y a des salariés, des familles françaises pour qui cette rémunération supplémentaire qu'entraîne une heure supplémentaire...
Ils perdraient du salaire si ça devenait des heures régulières.
Exactement. Et donc, j'ai dit il y a peut-être autre chose, il y a les jours fériés. Et je suis tout à fait...
Vous êtes ouvert ce matin mais vous ne dites pas « Je l'ai supprimé ».
Je suis tout à fait prêt. Je l'ai dit à ce que nous examinions ensemble, c'était mon idée initiale.
On retourne à la casse départ,
François Bayou. Non, mais... On en est toujours à être ouvert à l'idée... Ne prenez pas l'air journalistiquement catastrophé.
Non, mais je le prends parce que je sais que l'heure tourne, que vous n'avez plus que 5 jours et que vous en êtes encore ce matin à me dire « Je suis ouvert à la discussion ».
Mais c'est pas que je suis ouvert à la discussion. Je dis ce qui est en jeu lundi, c'est de savoir si oui ou non, nous pouvons nous accorder entre parlementaires, les parlementaires vis-à-vis du gouvernement...
sur l'ampleur du désastre, de l'effort à consentir.
J'essaie de ne pas employer des mots qui soient des mots déplacés. Je ne dis pas désastre, je dis que toutes les forces politiques du pays qui ont figuré au gouvernement depuis 50 ans ont participé au creusement de ce déficit qui a entraîné une dette qui est tellement immense qu'elle pompe, elle aspire tous les jours toutes les richesses nouvelles que créent les Français. Ça ne vous heurte pas ? Vous ne dites pas qu'il y a là quelque chose de très grave ?
En tant que bonne mère de famille, si je puis reprendre l'expression bon père de famille et l'adapter aux femmes, en effet, un budget comme ça dans une famille ou dans une entreprise, ça ne passe pas. Je crois que là-dessus, tout le monde est d'accord. Mais simplement, eux vous disent si vous faites un geste, éventuellement, on ira. Le geste n'est toujours pas vraiment 100% là.
Apolline de Malherbe, arrêtons-nous une seconde. On a le temps dans votre émission. Vous venez de dire une chose absolument suffocante, essentielle. Vous dites moi qui suis une maman, s'il y avait un budget comme ça à la maison, ça ne passerait pas. Mais le budget comme ça à la maison, le budget comme ça dans les entreprises, c'est ce qu'un certain nombre de forces politiques considèrent comme normal. On va continuer comme ça. On va aggraver encore un peu les choses. Nous avons prévu de baisser de plusieurs dizaines de milliards par l'emprunt que nous devons faire cette année. Ils disent non, il faut emprunter à nouveau 30 milliards de plus.
Mais vous n'avez pas envie que ça marche en fait. Vous n'avez pas envie de rester lundi.
Mais pourquoi vous pouvez...
Parce que si vous vouliez rester, vous feriez des gestes là. Vous savez que ça ne passe pas.
Excusez-moi, je ne prenez pas mal ce que je vais dire. Il y a deux manières de faire du journalisme. Je ne donne pas de leçons. Mais je suis en face de vous et vous posez des questions.
Je n'ai pas peur des leçons. Je ne donne pas de leçons. Je voudrais obtenir des réponses.
Je dis, mais ça n'est pas... La manière dont vous présentez les choses, c'est une manière pour faire du sensationnel.
Vous faites de la pédagogie. Vous venez de prononcer. Et c'est formidable de faire de la pédagogie. Mais il n'est plus temps de faire de la pédagogie.
Eh bien, vous vous trompez absolument. Jusqu'à lundi, il est absolument temps de la prise de conscience.
Le problème, c'est que là, vous vous adressez aux Français. Et je le comprends parfaitement. Et je crois d'ailleurs que les Français ont davantage compris sans doute que les politiques la gravité dont vous parlez. Mais quand je dis il n'est plus temps, c'est que cette pédagogie-là, vous avez passé l'été à l'affaire. Vous l'avez d'ailleurs parfois fait de manière très directe sur votre chaîne YouTube. Le problème, c'est que le moment dans lequel on est là, les cinq jours qui vous séparent du vote, c'est un moment politique.
Parce que ceux qui détiennent la clé, sauf si vous nous dites on fait un référendum ou on refait des élections, dans ce cas-là, c'est en effet les Français qui détiendront la clé. Entre-temps, ce sont les élus qui la détiennent et c'est eux qui lundi devront être convaincus de vous garder.
Et donc, après avoir fait le constat dans votre bouche, dans votre phrase, le plus accablant, le défi le plus important qu'on puisse dire, je suis... Moi, ma mission, ma tâche, c'est de faire que chaque minute d'ici le lundi, chaque temps d'antenne que je trouverai, nous prenions ensemble la mesure de ce qui va se passer si la décision est que le gouvernement tombe. Parce que, si c'était le gouvernement qui tombe pour aller dans le même sens, pour trouver un effort du même ordre, pour dire, non, vous avez raison, mais nous allons relever le défi d'une autre manière. Bon, l'avis d'un gouvernement, c'est pas si important. Nous en posons des questions précises
sur les deux jours fériés, sur l'AME, sur la taxe sur les plus riches. Sur les deux jours fériés, on a bien compris, vous ne dites pas ce matin, je supprime la suppression des deux jours fériés. Je suis ouvert,
dites-vous, à en discuter. Je suis ouvert à ce que nous trouvions une organisation qui permette d'obtenir les mêmes buts sans avoir les inconvénients, à supposer que ces inconvénients soient majeurs, comme un certain nombre de gens le pensent ou le disent.
Très bien. Quelles sont les pistes ?
Quelles sont les pistes ? C'est les 4 milliards qu'ont promis les formations politiques pour dire... Donc là-bas,
il est dans le camp DLR. La réponse sera ici même demain matin. Maintenant, sur la question de l'AME, c'est une des questions que vous pose le RN. Et selon les informations de la rédaction de BFM Business, le gouvernement a donc adressé ce mardi, hier, pour avis au Conseil de la Caisse nationale de l'assurance maladie. Ça a été confirmé sur BFM TV hier soir par le patron de la Caisse nationale de l'assurance maladie. Deux projets de décrets qu'on a pu consulter qui durcissent les conditions d'accès à l'AME et qui réduisent la liste des soins auxquels on a droit, notamment, je pense, par exemple, à la question des prothèses auditives ou des lunettes.
Ça, c'est un signal que vous envoyez aussi au RN. Est-ce que vous assumez ces deux décrets ?
Non. J'assume les décrets que je signe ou que le gouvernement signe. C'est une mesure de bon sens. Lorsque vous demandez des efforts aux Français, il n'est pas possible que le sentiment que les Français éprouvent, c'est qu'eux doivent faire des efforts et les étrangers, puisque aide médicale d'État s'est destinée aux étrangers, pas possible que tout le monde n'y soit pas associé. Par exemple, il y avait dans la liste des soins de la balnéothérapie.
Ce n'est pas normal, ce n'est pas raisonnable que le pays, comment dirais-je, avec libéralité et sûrement générosité, ne prenne pas soin de l'équilibre que les Français ressentent, que les Français qui se sentent eux-mêmes appelés à un effort disent mais ce n'est pas possible que d'autres qui sont les étrangers que nous accueillons et que nous aidons, pas possible qu'ils ne soient pas associés
avec le Rassemblement national ? Vous les avez vus hier ? Vous leur avez dit que vous aviez fait ces deux décrets-là ?
Ils savent bien que je le fais. Nous avons évoqué cette question souvent, pas seulement avec eux, mais il y a des forces politiques dans le gouvernement.
Vous avouerez que le timing, le fait d'avoir fait ces décrets hier...
Vous ne pouvez pas tenir les deux rôles à la fois. Vous dites comment ? Mais vous ne bougez pas. Vous nous avez promis de bouger et vous ne bougez pas. Et puis... Oui, mais vous n'avez pas dit
jusqu'à présent que vous vouliez travailler forcément directement avec le RN.
J'ai parlé avec toutes les forces politiques représentées au Parlement, à la différence de tout le monde. Mon affirmation, c'est que les députés sont tous égaux en dignité et tous égaux en responsabilité. font-ils d'ailleurs partie
de l'arc républicain ? C'est ce que dit Nicolas Sarkozy dans une interview au Figaro ce matin.
Alors, la République, c'est très compliqué. La République, c'est deux choses. La première, c'est un certain nombre de règles. La démocratie, on est élu. Ça, c'est la République et tous ceux qui sont élus font partie de l'ensemble républicain. Et puis, la République, c'est un ensemble de valeurs qui sont liberté, égalité, fraternité. et fraternité n'est pas le mot le plus mince dans tout ça. Et de ce point de vue-là, ceux qui sont situés à l'extrême droite ou à l'extrême gauche de l'échiquier...
Je précise pour ceux qui nous écoutent sur RMC que vous mettez la main droite et la main gauche des deux côtés comme si ça encerclait, désignant ainsi l'extrême droite et l'extrême gauche.
Exactement.
Ça veut dire que RN et LFI ne font pas partie
de l'extrême républicain ? Et de ce point de vue des valeurs de la République, à ce moment-là, il y a, comme vous le savez, des débats tels que nous avons dû conduire des campagnes électorales les uns contre les autres, précisément sur le sujet des valeurs.
On vient de parler des LR, on vient de parler du RN. Emmanuel Macron vous a, semble-t-il, demandé hier de travailler davantage avec le Parti Socialiste. On vient de parler de l'AME. La réaction ce matin de l'ancien ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, aujourd'hui député socialiste, il dit « j'ai les boules ».
Oui. Vous voyez bien la quadrature du cercle.
Exactement.
Et donc, cette idée qu'en France, on est capable d'ignorer complètement la responsabilité qu'on a, le moment qu'on est en train de vivre, la gravité des choses, simplement parce que chacun veut imposer son point de vue. Le RN dit « il faut regarder la situation des étrangers ». Et de notre côté, le Parti Socialiste dit « il faut absolument dépenser plus et créer... » Vous connaissez ces deux grands courants. Ceux qui disent « il faut faire payer les étrangers », ceux qui disent « il faut faire payer les riches ».
Et ces deux grands courants se trompent sur plusieurs choses et notamment sur le fait que chaque fois que vous augmentez les impôts dans le pays qui a déjà les impôts les plus élevés au monde et notamment chaque fois que vous augmentez les impôts des entreprises, à ce moment-là, vous portez atteinte au dynamisme du pays, aux choses les plus essentielles. Vous dites donc non
à la demande du Parti Socialiste d'augmenter la fiscalité des dividendes ? C'est non ?
Ce n'est pas les dividendes. Sur les dividendes, on peut avoir des sujets. Mais on peut avoir des zones de rencontre si c'est modéré, si c'est sérieux. Mais l'idée de créer 27 milliards d'impôts plus 5, ça fait près de 32 milliards d'impôts qui reposeront pour l'essentiel sur les entreprises et sur les investisseurs, si vous lisez la presse économique ce matin, il y a des réflexions sur ce sujet et des réactions hostiles sur ce sujet partout. Vous ne pouvez pas déséquilibrer un pays en touchant à sa force de production quand c'est un pays dont le problème principal est qu'il ne produit pas assez. Alors sur quoi,
je reprends la phrase d'Emmanuel Macron qui vous a demandé, je cite, de travailler avec le Parti Socialiste, vous les recevrez demain, sur quoi êtes-vous prêt à discuter avec eux ?
Je suis prêt à discuter avec eux, sur tout, y compris sur le travail. Je vous rappelle que j'ai lancé avec le conclave, comme on disait à l'époque. Le conclave a conclu à une réflexion sur la pénibilité. Le conclave a conclu à une amélioration de la situation des femmes devant la retraite. parce que des femmes qui ont à traverser les maternités, vous savez bien que du point de vue de la carrière professionnelle, ça présente un certain nombre de difficultés. Et le conclave que j'avais lancé est arrivé à un accord ou à... Un presque accord. On va dire un presque accord. Disons que ce presque accord est pour moi un accord, en tout cas, une incitation à traduire cet accord dans la loi.
Que sur la pénibilité, que sur la situation des femmes devant la retraite, oui, nous pouvons avancer. Et il y a bien d'autres sujets, notamment sur le travail, sur lesquels nous pouvons avancer. Il demande de diviser par deux l'effort. Et le Parti socialiste le sait bien.
Notamment, donc, ça veut dire une réduction du déficit qui ne serait plus que de 21,7 milliards plutôt que 44 milliards.
Là-dessus, pouvez-vous être d'accord ? Ça n'est pas diviser l'effort. C'est décidé qu'on va de nouveau emprunter 20 et quelques milliards supplémentaires. Et dans la situation du pays, moi, je demande que les responsables politiques mesurent le degré de déstabilisation dans lequel nous sommes. Et je n'ai pas l'intention de dire que pour trouver des accords d'appareil, il suffirait de surcharger encore le sac à dos plein de fonte qu'on met sur le dos des jeunes Français.
Mais êtes-vous prêt à tendre la main au Parti socialiste ? Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?
Je tends la main à toutes les forces politiques et à tous les représentants du peuple qui sont parlementaires en disant nous avons à construire l'avenir ensemble. Si vous êtes prêt à participer à cette construction de l'avenir, quant à moi, j'y suis prêt, le gouvernement y est prêt, le président de la République y est prêt. La question est de savoir si on partage un accord. Vous voyez bien que la démarche que j'ai choisie, c'est une démarche dont il ne faut pas faire sauter la première étape. C'est est-ce que nous sommes d'accord pour dire la gravité des choses ?
Vous ne regrettez pas d'avoir peut-être mis la charrue avant les bœufs ? C'est-à-dire d'avoir demandé d'abord la confiance et eux ont le sentiment que du coup la discussion de toute façon
ne se fera pas. C'est exactement comme si vous me disiez en réalité lorsque vous avez un patient qui a des médecins, il faut commencer par l'ordonnance avant de faire le diagnostic. Vous voyez bien que ça serait absurde. Quand on a une situation de santé devant laquelle il faut que la médecine intervienne, en tout cas tous ceux qui... Eh bien il faut qu'on s'accorde sur le diagnostic d'abord.
Pensez-vous encore qu'il soit possible que les socialistes ne votent pas contre vous lundi ?
Je ne... Je pense que c'est possible. Je pense que ça dépend d'eux. Je pense que ça dépend du contact qu'ils ont avec les Français. Mais je sais que toutes les forces politiques, si elles étaient devant la situation, les yeux ouverts, elles diraient écoutez, on se met d'accord sur le constat et on va ensemble négocier après la totalité des décisions qu'on doit prendre. Sauf qu'ils sont déjà
dans l'idée que vous n'êtes plus là. Olivier Faure, il l'a dit hier, j'ai dit à mes camarades, si l'un d'entre vous a son téléphone qui sonne et que c'est le président de la République, il décroche et s'il lui propose d'être Premier ministre, il répond oui. Ça veut dire qu'ils sont déjà dans l'après. Pour eux, c'est déjà fini.
Bon, faisons pas de mystère. Olivier Faure pense qu'il peut être nommé Premier ministre. Vous le savez, il l'a dit et tout le monde le dit.
Il peut l'être ?
Quand Emmanuel Macron
dit qu'il faut bosser avec les socialistes ?
Le Premier ministre, c'est celui qui est choisi par le président de la République. C'est ça les institutions. Et c'est très important. Et donc, la question, c'est avec quelle majorité ? Parce que, si j'ai bien compris, alors c'est de la politique politicienne et vous savez qu'en ce moment, ce n'est pas ce que j'ai envie de faire. Mais bon, sacrifions une seconde à ce sujet. Olivier Faure, il dit je vais constituer un gouvernement sans LFI. Fort bien, je pense en effet que l'alliance du PS avec LFI est un problème pour le pays et pour le PS. On va constituer un gouvernement sans LFI.
Et pendant tout le week-end précédent, aux universités de LFI, tout le monde scandait, tout le monde, déteste le PS. Donc, ce n'est pas... Non, ce n'est pas très amical. Ce n'est pas très amical. Ce n'est pas très cohérent pour le pays. Et puis, il va censurer, il va abattre... Donc, vous êtes en train de dire ça ne marchera pas mieux que moi. Ça ne marchera pas mieux que moi. Laissez-moi finir juste en deux phrases la démonstration. Il va abattre ou il veut abattre le gouvernement qui est soutenu par ce qu'on appelle le bloc central. de LR jusqu'aux formations du centre et du centre-gauche. Est-ce que c'est le bon moyen de trouver une majorité ?
Est-ce qu'il est logique, cohérent de dire je vais abattre votre gouvernement et après, vous me soutiendrez ? Je ne suis pas sûr que ça marche. Parce qu'il y a un minimum de logique dans la vie. Et donc, la démarche d'Olivier Ford, dont il ne fait pas mystère, il veut devenir Premier ministre, cette démarche-là elle me paraît comment dire risquée. C'est peut-être le moins qu'on puisse dire pas très cohérente et pas très logique. C'est une des raisons pour lesquelles la réflexion sur une abstention lundi prochain devrait être à l'ordre du jour si on veut constituer un gouvernement.
Vous espérez qu'il s'abstienne de voter contre vous. François Bayrou, si toutefois... Non,
je veux corriger votre formule. Ma disposition d'esprit ce n'est pas être dans les marchandages d'appareils de partis. C'est bizarre parce que c'est le réflexe naturel. Ça n'est pas ce que je pense. Je pense que nous sommes à un moment historique et que dans les moments historiques c'est avec les Français et en s'adressant à ce qu'ils ont de plus précieux c'est-à-dire le souci de leurs enfants, le souci de leur avenir qu'on fait bouger les choses.
Si toutefois vous n'obtenez pas la confiance lundi et que vous êtes contraint de démissionner, pensez-vous que la seule solution soit la dissolution ? Parce que vous venez d'en faire la démonstration, il n'y a pas de majorité.
La dissolution est un risque on l'a vécu il y a un an. On a vécu il y a un an une dissolution dont le président de la République attendait une clarification et ce qu'on a eu c'est à peu près le contraire. Est-ce qu'il est logique ou cohérent d'imaginer qu'une prochaine dissolution apporterait plus de clarté ? Je ne le crois pas. C'est la décision du président de la République.
Mais nous comme citoyens français est-ce que nous avons envie de nous enfoncer dans le chaos ou est-ce que nous avons envie de dire écoutez force politique vous êtes gentil on apprécie vos jeux vos personnalités mais le moment où nous sommes c'est le moment de vous asseoir autour de la table tout ensemble et de faire avancer les choses. C'est ça que les français pensent au fond d'eux-mêmes et c'est eux qui ont raison.
François Bayrou pendant ce temps-là il y a eu à Marseille cinq personnes qui ont été poignardées il y a eu une répartie dans les Corbières un mot sur Marseille cinq personnes donc poignardées grièvement blessées hier l'auteur a été abattu par la police un tunisien connu des services de renseignement et de justice il avait eu une première condamnation en première instance mais qui n'était pas je cite définitive puisqu'il avait fait appel une procédure judiciaire était également en cours depuis le mois d'août pour des propos antisémites devant la mosquée de Seth cet individu est de nationalité tunisienne il a 35 ans il avait une carte de séjour qui devait se terminer en 2032 voilà ce qu'a affirmé le ministre de l'intérieur sur place hier condamné donc une première fois poursuivi avec une carte de séjour considérée comme dangereuse avec des troubles psychiatriques qu'attendons-nous ?
il fallait le renvoyer et vous savez comme moi
qu'une carte de séjour
on ne peut pas la suspendre si la justice peut parfaitement la suspendre mais allons un peu plus loin vous vous dites propos antisémites c'est pire que ça cet individu là il menaçait sa famille sa femme a dit j'avais peur qu'il me tue alors des gens qui sont atteints de troubles psychiatriques dans la société il y en a beaucoup et c'est très important de le mesurer et quand ils se livrent à des exactions et qu'ils sont engagés et bien il faut les renvoyer dans leur pays
pour autant mais il avait fait appel donc la condamnation n'était pas définitive
c'est ça c'est un état de droit et cet état de droit il est protecteur pour un très grand nombre de français et pour ceux qui sont en dehors de la raison et du fait qu'on vive ensemble cela il se réfugie derrière les procédures du droit
il n'avait plus sa place en France
quelqu'un qui ne respecte pas la loi et qui est dangereux pour ses semblables n'a pas sa place en France encore faut-il que son pays l'accepte et c'est ça la difficulté il y a une chose qui m'a frappé
François Bayrou c'est quand j'ai échangé avec le maire de la commune des Corbières où a eu lieu cette rave party il dit la moitié des voitures de ses participants à la rave sont immatriculées en Espagne ou en Italie pourquoi ? parce que l'Espagne et l'Italie ils ont dû surcier leurs lois est-ce qu'on n'est pas sur la rave party comme sur tout le reste les dindons de la farce ?
on est les dindons de la farce si on n'a pas le sérieux et la volonté de faire respecter nos lois les autres ne le font pas donc d'une certaine manière ça accorde des facilités à ceux qui ne veulent pas respecter la loi mais le devoir la responsabilité d'un gouvernement quelle que soit son orientation c'est de faire respecter la loi et que ceux qui ne sont pas de notre pays et qui de surcroît ne respectent pas la loi cela il est capital qu'on les reconduise à la frontière et que le pays d'où ils viennent les accepte et c'était exactement le bras de fer dans lequel nous sommes avec l'Algérie par exemple
François Bayrou encore Premier ministre vous serez candidat au municipal à Pau
vous le verrez quand je parlerai au palois il se trouve que c'est une ville que j'aime beaucoup comme vous savez pour laquelle j'essaie de faire le maximum comme vous le savez mais je ne parle pas à mes concitoyens par l'intermédiaire de médias nationaux donc il y a le national
le local mais ça pourrait être en tout cas la suite de vos aventures si je puis me permettre François Bayrou
si vous croyez que les aventures sont finies vous vous trompez beaucoup de ce point de vue là parce que une vie d'homme c'est de l'engagement et l'engagement il prend plusieurs formes mais en tout cas il ne s'arrête jamais à mes yeux
enfin le job de Premier ministre en lui-même il a sans doute une fin lundi quand même
peut-être vous vous dites ça parce que mais ça supposerait que j'accepte un verdict contre lequel je me bats tous les jours à chaque minute parce que ce qui est en jeu c'est pas mon sort c'est pas le sort du gouvernement c'est secondaire ce qui est en jeu c'est le sort du pays et c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les débats que nous avons
merci François Bayrou d'avoir répondu à mes questions ce matin François Bayrou Premier ministre donc bien sûr je vous laisse partir pour ce conseil des ministres qui pourrait être votre dernier conseil des ministres mais on a bien compris que vous alliez vous battre jusqu'au bout il est 8h53 sur RMC et BFM TV et sur BFM TV place à l'opposition on verra justement si vous avez réussi à les convaincre François Bayrou il y aura le parti socialiste représenté par Jérôme Guedj il y aura les républicains représenté par Florence Portelli il y aura le RN représenté par son porte-parole Laurent Jacobelli le gouvernement qui vous l'avait dit a proposé ces deux ces deux points cette refonte possible de l'AME donc émission exceptionnelle évidemment parole à l'opposition je vous laisse y aller mais je vous sens encore sceptique François Bayrou vous avez du mal à partir vous êtes inquiet
en aucune manière
en aucune manière vous restez serein
vous dites vous avez du mal à partir je suis à votre table je ne vais pas quitter vous êtes aussi très poli je ne vais pas quitter la table alors que vous êtes en train de parler avec vos spectateurs je vais vous raccompagner alors
à tout de suite sur BFM TV
François Bayrou