Rachida Dati, ministre de la Culture : "Il est important de garder un audiovisuel public puissant"
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6h39, les matins de France Culture, Guillaume Herner.
Et oui, tout à l'heure nous parlions d'agriculture, on passe de France Agriculture à France Culture avec la culture, la nouvelle occupante de la rue de Valois. Bonjour Rachida Dati, ministre de la Culture. Une réaction à ce que vient de dire mon camarade Jean Lémarie sur la constitutionnalisation de l'IVG.
Bonjour, merci pour votre invitation. D'abord, je voudrais rendre hommage au président de la République qui avait annoncé le premier, évidemment, la constitutionnalisation de l'IVG, d'inscrire ce droit dans la constitution. Rappelez-vous les réactions. D'ailleurs, vous en parlez de manière assez sibylline, mais à l'époque on avait dit que c'était un gadget. D'autres ont dit que la constitution ce n'est pas un catalogue de droits. Parce que quand il s'agit des femmes, évidemment, ce n'est jamais haut niveau, ce n'est jamais assez fort. Vous parliez que c'est un signal fort pour les femmes dans le monde.
Moi, je dirais que c'est un signal fort, c'est un signal politique fort pour les femmes en France. C'est un symbole fort pour les femmes en France. Vous parliez sur l'accès à l'IVG. Je vais vous dire, vous savez, en France, en 2024, il y a des endroits, même s'il y a où le gynécologue ou la structure hospitalière, vous ne pouvez pas avorter. Parce que c'est compliqué, parce qu'on vous complique le chemin, parce que parfois on vous fait culpabiliser, on vous fait aussi porter le fardeau de cet accès à l'IVG.
Je vous le dis, moi, il m'arrive très régulièrement d'accompagner des femmes dans ce chemin douloureux, dans ce chemin pour certaines tragique, soit au dépend de leur santé, soit évidemment au dépend aussi de leur vie sociale. Et donc, je trouve que cette constitutionnalisation, c'est un signal politique fort, c'est un symbole fort pour les femmes dans le monde, certes. Mais moi, je considère qu'un droit acquis, quand c'est des femmes, il n'est jamais définitivement acquis. Et donc, aujourd'hui, ce signal est important pour dire à la France entière, partout en France, que cet accès doit être simplifié. Il est une évidence pour les femmes qui veulent évidemment y accéder.
Et je peux vous dire qu'en France, ça n'est pas encore aussi évident que cela.
Ça n'est d'autant pas évident que récemment encore, sur une chaîne de télévision, l'IVG a été assimilée à un homicide. C'était sur CNews. Et ce matin, justement, il y a énormément d'articles à ce sujet. Par exemple, à une de la Croix, Média, comment garantir le pluralisme ? Rachida Dati, vous êtes la ministre de la Culture. Quel regard posez-vous sur le pluralisme des médias en France ?
Le pluralisme, c'est un pilier de la démocratie. C'est comme... Moi, je veux faire le parallèle avec la justice. Sans justice, c'est l'arbitraire. Et l'arbitraire, on sait à quoi ça conduit. Et donc, le pluralisme, c'est aussi un pilier de la démocratie. C'est aussi lutter contre la mauvaise information, contre le détournement de l'information. Nous parlions, avant d'arriver dans ce studio, justement, sur la culture scientifique. Moi, je vais installer un comité de scientifiques pour pouvoir rétablir la culture scientifique. La France est un pays de culture scientifique. Et aujourd'hui, et notamment, ça a été assez, j'allais dire, important au moment du Covid.
Regardez tout ce qui s'est passé, la remise en cause de la science, du progrès. Regardez sur la vaccination, comme ça a été très malmené, alors que nous sommes le pays de pasteurs. Et donc, je souhaite évidemment... Un comité de scientifiques, c'est-à-dire ? Qu'est-ce que vous allez faire ? Pour avoir, justement, pour prendre des axes, mener des actions en faveur de la culture scientifique. Le pays de Curie, le pays de Pasteur, ne peut pas aujourd'hui être dans le déni ou le renouement de cette histoire qui est notre histoire.
Et donc, de mener des actions en faveur de la promotion de la culture scientifique, justement, pour éviter soit les fake news, ou, en tous les cas, tout ce qu'on a appelé le complotisme, enfin, en tous les cas, tout ce qui permet de remettre en cause la science. Et ce n'est pas un hasard, ça va très, très loin. Moi, je relis ça aussi à l'école, où vous avez des enfants aujourd'hui qui contestent des tableaux historiques, en disant, on ne peut plus regarder une femme nue sur un tableau, avec l'absence de recul, l'absence de culture. Et donc, tout ça est lié.
Et donc, j'aimerais bien, évidemment, aussi sur cette culture scientifique, avoir une action très, très forte pour, justement, qu'elle ne soit pas détournée, déformée, galvaudée. Et puis, tout ça remet en cause la démocratie dans notre pays.
Et comme vous le savez, la culture scientifique, c'est quelque chose qui nous est cher sur France Culture. Il y a plusieurs émissions de vulgarisation scientifique. Justement, le service public audiovisuel, ici même à Radio France, on lutte beaucoup contre les fake news et cette manière d'avoir des vérités relatives. Donc, j'imagine que ce pilier de la démocratie, c'est aussi le service public de l'audiovisuel pour vous, Rachida Dati.
Bien sûr que, et je l'ai toujours dit, et je l'ai revendiqué, bien avant d'être ministre de la Culture. Moi, je dois beaucoup...
Vous ne l'avez jamais dit sur France Culture, alors ?
Je l'ai dit sur France Inter, justement. Vous faites bien de me dire ça, parce que c'est évidemment tout le sujet de la réforme de l'audiovisuel public dans un contexte, dans un environnement qui est bouleversé par les innovations technologiques, par les plateformes, par aussi... Vous savez très bien que maintenant, les audiences sont différentes. En hausse pour France Culture. Non, non, mais il y a beaucoup de bouleversements. On écoute moins la radio aussi. On écoute plus France Culture. On regarde moins la télévision aussi. Moi, je parle aussi notamment sur les jeunes. Il y a évidemment cet impact-là.
Et aujourd'hui, vous avez vu dans un contexte de forte concurrence, où évidemment, il est important de garder un audiovisuel public puissant. Et pour qu'il reste puissant, il faut rassembler ses forces. Il faut arrêter de travailler en silo, parce que, je veux vous dire, à un moment donné, ça va anéantir, pour ne pas dire affaiblir, l'audiovisuel public. Donc aujourd'hui, il faut rassembler ses forces pour pouvoir préserver cet audiovisuel public et garder sa puissance, et garder son rôle et cette puissance vis-à-vis des publics, de tous les publics, et en particulier les plus jeunes.
Alors, est-ce qu'il y a l'amour ? Il y a l'épreuve d'amour aussi, Rachida Dati ? Et en matière budgétaire, il y a eu une coupe budgétaire qui touche tous les budgets, y compris le budget du ministère de la Culture et le budget de l'audiovisuel public. Est-ce qu'à l'avenir, il peut y avoir une pérennisation de ce budget ? Parce que l'on redoute que cette manière de faire des synergies soit aussi une manière de faire des coupes budgétaires.
Ça n'a jamais été l'esprit de la réforme, et vous le savez bien. Mais j'aime à vous l'entendre dire. Non, mais vous le savez bien, et ça a été dit et redit. Mais la réforme de l'audiovisuel public, c'est justement pour pouvoir le préserver, pour pouvoir garder sa force et sa puissance, c'est ce que je vous ai dit tout à l'heure. Et pour cela, il faut avoir des coopérations renforcées, des synergies, évidemment. Et sur le financement, évidemment qu'il faut un financement sanctuarisé. Ça a été mon combat bien avant d'être ministre de la Culture. Et là, je vais encore plus l'engager aujourd'hui. C'est un combat qui va être porté avec les parlementaires, mais aussi avec les dirigeants.
Par exemple, aujourd'hui, cette réforme, tout le monde considère qu'elle est nécessaire. Elle n'est plus contestée là-dessus. D'ailleurs, vos dirigeantes, les dirigeantes de France Télé ou de Radio France, reconnaissent que cette réforme que nous souhaitons porter, elle est nécessaire. L'opinion publique reconnaît aussi qu'il y a un sujet avec l'audiovisuel public, mais aussi les parlementaires. Donc, nous allons mener ce débat. Et je pense que c'est le moment, aujourd'hui, de mener cette réforme. Et évidemment, avec le financement qui va avec.
Jean-Limari, la question des moyens est centrale. Effectivement, je rappelle que la redevance audiovisuelle a été supprimée il y a deux ans. Provisoirement, une fraction de la TVA la remplace. Quel instrument imaginez-vous pour financer l'audiovisuel public sur le long terme, encore une fois, puisque c'est essentiel ?
Ça va être ce type d'instrument qu'il faut soit pérenniser, en tout cas, à tout le moins sanctuariser. En tous les cas, moi, je ne mènerai pas une réforme de l'audiovisuel public si, effectivement, on n'arrive pas à obtenir un peu cette sanctuarisation de ce financement. Donc, c'est tout le sujet de la réforme que nous souhaitons mener aujourd'hui. Et que souhaite le Président de la République, d'ailleurs.
Pour être plus précis, souhaitez-vous une loi de programmation avec un budget sur plusieurs années ? Ce qui permet, là aussi, d'imaginer l'avenir.
Non, mais monsieur Lémer, attendez. Là, vous me parlez technique.
C'est très important.
Je vous ai parlé de l'objectif. Si vous voulez avoir un audiovisuel public fort, puissant, évidemment, il faut que les moyens soient en face. Et pour garder aussi cette indépendance à cet audiovisuel public, il faut que le financement soit aussi pérennisé, pour ne pas dire sanctuarisé. Donc, l'un ne va pas sans l'autre. On ne peut pas mener, en tous les cas, cette réforme sans avoir cette garantie-là. Ça va être le sujet du débat parlementaire que nous allons initier.
Rachida Dati, on a beaucoup parlé de crise de l'agriculture actuellement, crise aussi du milieu rural. L'une de vos actions concerne, justement, ce milieu rural avec un printemps de la ruralité. En quoi consiste-t-il ? Quelles sont les actions que vous avez, que vous souhaitez mener dans ce domaine-là ?
C'est effectivement une de mes principales priorités. Je l'ai annoncé dès mon arrivée au ministère de la Culture. La ruralité, c'est 22 millions d'habitants. Et en plus, dans cette ruralité, il existe une offre culturelle. Mais souvent, c'est un impensé, pour ne pas dire un angle mort, depuis Paris. Et donc, je souhaite mettre de la lumière. Je souhaite aussi apporter mon soutien aux élus ruraux qui se battent pour maintenir cette offre culturelle. Et donc, j'ai lancé une consultation il y a quelques semaines, pour ce printemps de la ruralité, pour demander des contributions, mais aussi des obstacles, qu'est-ce qu'on devrait faire, qu'est-ce qu'on devrait lever comme obstacle.
Et à ce jour, nous sommes à près de 25 000 contributions, simplement en quelques semaines. Et j'invite d'ailleurs, puisque ceux qui répondent à ces contributions sont des acteurs culturels, des élus, des habitants, et j'invite sur votre antenne, puisque évidemment, les acteurs culturels écoutent votre antenne, de continuer à contribuer sur cette plateforme qu'on peut retrouver facilement sur le site du ministère de la Culture. Parce que déjà, on a commencé à regarder ce qui remontait. Évidemment, le premier obstacle, c'est la mobilité. La mobilité physique, puisque vous êtes souvent dans des zones très enclavées, et mobilité aussi des œuvres.
Il n'y a pas de raison que nous ayons des grands opérateurs publiques, nationaux, très prestigieux, et que les œuvres ne circulent pas. Donc la mobilité spectateur, et la mobilité évidemment des œuvres. L'autre demande aussi, c'est ce qu'on appelle une ingénierie culturelle dédiée à la ruralité. Souvent, c'est vrai que les élus ruraux se démènent pour cette offre culturelle. Je n'aime pas dire le terme, mais c'est un peu ça. Ça devient du bricolage, et donc c'est beaucoup d'énergie. Il faut que nous puissions avoir une ingénierie très dédiée à cette offre culturelle en ruralité.
Et puis le troisième axe qui remonte aussi, et qui est aussi pour moi une priorité, parce qu'on oublie, le premier vecteur culturel, c'est le patrimoine. La France est riche de ce patrimoine. Et en ruralité, ce patrimoine de proximité extrêmement important. Et ce patrimoine de proximité, je vais vous dire, il est restauré, sauvegardé, souvent, malheureusement, au détour d'un incendie, d'un dégât des eaux, un plafond qui s'écroule. Donc on le sauvegarde quand il est très mal en point, mais on a du mal à le faire vivre ou à le faire connaître. Ça aussi, ça va être ma priorité au ministère de la Culture.
Comment concilier cela avec les coupes budgétaires qui existent en tous les domaines, y compris dans celui du patrimoine, avec 100 millions en moins pour ce secteur-là, Rachida Dati ?
Vous savez très bien qu'on est en ce moment dans un contexte très compliqué. Une inflation qui persiste, une croissance en berne, d'intérêts qui augmentent. Et donc, évidemment, et puis c'est à l'honneur du président de la République de dire, je n'augmenterai pas les impôts sur les classes moyennes. Donc si vous n'augmentez pas les impôts, ça veut dire moins de recettes, et donc il faut regarder les dépenses. Tous les ministères sont mis en contribution. Le ministère de la Culture est aussi mis en contribution.
Je suis une responsable politique et en plus c'est en cohérence avec mes convictions profondes et en cohérence avec la famille politique à laquelle j'ai toujours appartenu de dire, il faut réduire et revoir les dépenses. Mais il y a des inquiétudes et je les entends, elles sont légitimes. Une chose est sûre, en tous les cas, moi je vais vous dire, je vais beaucoup aussi m'appuyer sur ce qu'on appelle la réserve de précaution dans tous les ministères. Qu'est-ce que c'est les réserves de précaution ? C'est que tous les ans, on met des crédits de côté qu'on n'utilise pas et qu'on utilise quand il y a des imprévus.
En tous les cas, j'utiliserai ces crédits face à ces imprévus qui n'étaient évidemment... Donc le budget 2024 de la Culture va être en hausse et il va être évidemment utilisé et soutenu. Il y a des secteurs qui sont plus impactés d'autres. Le spectacle vivant, je m'y engage, le spectacle vivant continuera à être soutenu, je serai à leur côté. Il n'y a pas un euro qui manquera sur les territoires. Je m'y engage.
Dans les discussions que vous avez eues avec Bercy, avec Bruno Le Maire, comment les choses se sont-elles passées ?
Justement, on a un sujet en commun avec Bruno Le Maire, c'est l'intelligence artificielle. L'intelligence artificielle, l'irruption de l'intelligence artificielle dans la culture, c'est un bouleversement majeur parce que ça percute quoi ? Ça percute les auteurs. L'intelligence artificielle, il ne faut pas caricaturer aussi les créateurs. Ils utilisent l'intelligence artificielle. Mais nous avons un principe, une invention française, j'allais dire presque une exception culturelle française qui est le droit d'auteur. Ça fait 200 ans qu'il existe.
Il n'y a pas de raison que malgré cette innovation technologique, il y en a eu d'autres, des innovations technologiques, ne serait-ce que l'irruption d'Internet, est-ce qu'on a remis en cause ce droit d'auteur ? Moi, je souhaite que ce droit d'auteur soit maintenu. Je le dis très clairement parce qu'il y a eu des flottements ces dernières années. Moi, en tous les cas, je serai aux côtés des auteurs pour préserver ce droit d'auteur. Et d'ailleurs, je le dis à mon ami Bruno Le Maire qui est ministre de l'économie et donc justement, il est aussi ministre du budget.
Donc c'est pour ça que vous parlez peut-être un peu d'argent avec lui aussi.
Il ne sera pas ministre de toute sa vie, comme moi d'ailleurs. Et donc, il sera très content après son poste ministériel de pouvoir vivre de ses droits d'auteur. Donc, je lui dis, menons ce combat ensemble pour que les droits d'auteur évidemment soient préservés dans ce combat aussi dans l'encadrement et la régulation de l'intelligence artificielle.
Jean Lémarie. Dans ce débat budgétaire toujours tendu entre Bercy et les différents ministères, c'est une tradition. Quelle garantie aujourd'hui avez-vous de Bercy sur les moyens dont disposera la culture ?
Je viens de vous les exposer. Plus largement. Plus largement. Voilà, le spectacle vivant. Le spectacle vivant. Un euro ne manquera pas au territoire que les gels ou les réductions en tous les cas sur les dépenses seront compensées par cette réserve de précaution dont je viens de vous parler.
Vous avez beaucoup évoqué, Rachida Dati, la culture pour tous. Alors, il y a de nombreux débats depuis des décennies. Culture pour tous, culture pour chacun. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous ? Quelle est donc votre doctrine en la matière ?
Vous avez aujourd'hui la culture et je le vois. Regardez ce qu'a suscité comme réaction ma nomination. On a l'impression que la culture, c'est un domaine réservé. Puis moi, je vais vous dire, je découvre aussi ce ministère de la culture. Je regarde, c'est un ministère aussi des nominations. Beaucoup d'entre-soi, beaucoup de cooptation. Moi, je rends hommage, par exemple, aux organisations syndicales de ce ministère qui m'ont alertée tout de suite en disant sur les nominations, sur les actions que nous menons de casser cet entre-soi. Alors, il y avait un programme qui avait été mené...
Attendez, je termine ma phrase de casser cet entre-soi et cet endogamie et en disant nous vous attendons aussi sur les nominations. Moi, je souhaite aussi ouvrir cette culture, y compris dans les nominations, au plus grand nombre et à ceux pour lesquels c'est jamais pour eux. Et donc, la culture pour tous, c'est soit, comme je l'ai dit pour la ruralité, l'obstacle physique. On n'a pas les moyens de pouvoir aller à une salle de cinéma, se rendre à un spectacle vivant, se rendre à une médiathèque, à une bibliothèque, à une librairie. Vous savez, il n'y a plus de disquaires en France. Pratiquement plus. Il y a encore des librairies. Il y a encore 3500 librairies.
Et je le dis, moi, chacun de mes déplacements, je me rends dans des librairies. Ça, c'est le cœur battant aussi de la culture et c'est un moyen de faire accéder au plus grand nombre la culture. J'ai parlé, par exemple, des acteurs de l'éducation populaire. Je les ai réunis récemment au ministère. Ils m'ont dit eux-mêmes. Merci, madame la ministre. Ça fait plus de 30 ans que nous n'avons pas mis les pieds au ministère de la culture parce que nous n'avons jamais été conviés comme partenaires. Pourquoi ? Parce que cette culture populaire, pour certains, c'est la médiocrité. La culture populaire, ça me permet aujourd'hui d'être à votre micro comme ministre de la Culture.
Le programme La Relève qui avait été mené, par exemple, par votre prédécesseur, l'idée donc d'introduire de la diversité, est-ce que c'est quelque chose que vous allez poursuivre en l'état avec d'autres formes,
Rachida Dati ? Oui, parce qu'il a été contesté. Il y a eu des critiques. Je les ai entendus. Et évidemment, j'ai revu les critères pour que ce soit des critères d'égalité ou d'équité. C'est-à-dire que les critères, moi, je refuse les critères ethniques, les critères sociaux ont un sens. L'égalité des chances, c'est de permettre à ceux qui n'ont pas les moyens d'accéder à la culture, qui n'ont pas les moyens matériels ou parfois psychologiques d'accéder à la culture, c'est de gommer, évidemment, cette inégalité-là, en tous les cas de la réduire. Et donc, le programme de La Relève, j'ai revu les critères et ce programme va être d'ailleurs lancé prochainement.
Et moi, je voudrais rendre hommage par exemple à une association qui a beaucoup travaillé avec La Relève qui est l'association Les Déterminés et à son président Moussa qui effectivement fait un travail formidable dans ce cadre-là.
Vous avez fait une apparition sur Twitch dans une émission de rap. Alors là aussi, il y a eu un certain nombre de commentaires. Moi, j'aimerais les vôtres. Est-ce que vous écoutez du rap ? Est-ce que c'était donc une décision délibérée pour montrer que le rap fait partie de la culture pour vous, Rachida Dati ?
D'abord, sur cette émission sur Twitch, j'avais été invitée avant d'être ministre de la Culture. C'est un endroit au Nessoubois qui est assez improbable, qui est très connu des jeunes et ils jeunes toutes conditions sociales qui écoutent cette musique parce qu'on l'oublie parce que certains la caricature, je vois y compris à la ville de Paris, on considère que c'est que pour certains ou une certaine catégorie que je ne veux pas qualifier ici parce que ça serait gênant. Non, cette culture du hip-hop, du rap, ça concerne toutes les générations et aussi toutes les conditions sociales.
Cet endroit, c'est un endroit où des célébrités, Dajou, Taïk, Maître Gims, Fritz Corleone, Nakamura qui était encore récemment... J'ai dit un mot grosier. Oui, d'accord. Je vous ai entendu, vous inquiétez pas, je vous ai entendu.
De toute façon,
j'allais vouloir le dire. Tous ces artistes qui ont réussi, qui ont réussi par eux-mêmes, qui ont réussi par leur solidarité, ils ont réussi mais ils n'oublient pas d'où ils viennent. Et donc, ils vont sur ces plateformes chanter, donner de leur temps. Vous savez, ils ne se cachent pas dans des loges pendant des heures pour faire une petite prestation et s'en aller. Non, ils retournent de là où ils viennent pour pouvoir donner des prestations et entre eux, entre deux chansons ou entre, j'allais dire, oui, deux prestations, ils essayent de promouvoir des jeunes qui se lancent dans cette musique. Et encore une fois, j'insiste, toutes les conditions sociales.
Et moi, j'avais été invitée parce qu'il y avait deux jeunes filles qui faisaient leur première prestation. Et donc, j'ai souhaité les soutenir. Effectivement, et je remercie Taïke et Dajou qui étaient là ce soir-là qui ont soutenu cette jeunesse et cette jeunesse qui se bat toute seule parce que cette plateforme, elle fonctionne toute seule et comme elle peut. Et moi d'ailleurs, je les ai invitées au ministère parce que je souhaiterais évidemment un peu plus les aider. Parce que cette culture-là, c'est une vraie culture. C'est de la culture française. Ça n'est pas... Et donc, cette reconnaissance-là au sein de la culture française, c'est important. C'est important.
Le hip-hop et le rap, ça contribue à la culture française. Ça n'est pas une culture qui déteste la France, bien au contraire. Elle l'a fait aussi grandir.
Alors, ça dépend quel rappeur, Frise Corleone, une réaction ?
Mais comme vous avez eu d'autres artistes dans d'autres secteurs musicaux, dans d'autres champs musicaux qui ont pu être controversés, je ne le connais pas et il n'y était pas ce soir-là.
Il n'y était pas ce soir-là. Vous voyez à peu près ce qu'on lui reproche à Frise Corleone.
Il n'était pas là. Pourquoi vous voulez l'associer à moi ?
Non, je ne veux pas l'associer à vous. Je veux une réaction de la ministre de la Culture à un problème qui est un problème récurrent qui a été le cas avec Médine, avec Frise Corleone et plus avec des rappeurs qu'avec d'autres genres musicaux. Vous avez raison.
Est-ce qu'il faut condamner le rap, monsieur ? Pourquoi vous ne me parlez pas d'autres artistes qui sont peut-être plus conventionnels, qui sont peut-être de votre classe sociale et qui sont aussi... Non, non, non. Je ne commence sur rien et je ne finis sur rien. Je vous dis simplement que les artistes... Non, non, j'écoute du rap et je n'ai aucun problème
avec ce genre musical. J'ai un problème avec l'antisémitisme et avec le racisme.
Moi, je n'ai pas un problème avec l'antisémitisme. C'est un délit, monsieur. J'ai été magistrat et je t'ai gardé. C'est ce que je voulais vous entendre dire.
Parce que vous en doutiez. Non, je n'en doutais pas mais avec Frisk-Orléans, c'était le débat qui avait eu lieu.
Oui, mais quand vous l'associez, quand vous me dites je ne le connais pas et je crois qu'il y a une procédure judiciaire et c'est normal. C'est comme l'art. Vous savez, la liberté de croissance, elle est absolue. Mais la pédocriminalité, ce n'est pas un art. Voilà. Si vous voyez ce que je veux dire. C'est exactement... Nous sommes dans le même registre.
Effectivement, ce que vous voulez dire et justement, comme vous êtes plusieurs fois effectivement exprimé là-dessus, comme il y a aussi d'autres questions sur les oeuvres qu'il faut montrer ou ne pas montrer. Vous étiez évidemment la grande fête du cinéma français. Là aussi, il y a une question qui se pose suite à des accusations. Le film, par exemple, de Jacques Doyon a été, disons, sera projeté à une date ultérieure. Rachida Dati, qu'en pensez-vous ?
Alors moi, je vais vous dire, c'est ma position. D'abord, lutter contre les violences sexuelles et sexistes comme les violences qui ont jugales. Moi, c'est un combat que je mène et souvent, j'ai été très seule il y a quelques années. C'est des combats que nous menons, que j'ai mené beaucoup avec Simone Veil. D'ailleurs, je rappelle que sa robe de magistrat, la robe de magistrat de Simone Veil, elle me l'a offerte. J'ai rendu la justice au nom du peuple français dans sa Rome. Donc, c'est un combat que nous menons depuis très longtemps et qui est un combat pour moi, je dirais un combat de vie. C'est un combat qui m'a amenée à la politique et donc, il faut ne rien laisser passer.
La nouveauté, c'est qu'enfin, nous entendons la parole des femmes. Il faut l'entendre, il faut la reconnaître. Mais ça va plus loin parce qu'il n'y a pas que des femmes victimes. Il n'y a pas que des femmes, il y a des enfants, il y a des jeunes hommes. Et donc, c'est d'entendre la parole de ces victimes. Il faut l'entendre. Alors, il ne faut pas la sacraliser, mais il faut l'entendre. Et donc, il ne faut rien laisser passer. C'est pour ça que je disais, la liberté de création, elle doit être absolue. Mais la pédocriminalité, ça n'est pas un art. Les violences sexuelles, ça n'est pas de l'art. Et donc ça, il faut être très clair là-dessus. Ensuite, évidemment, comment...
Qu'est-ce qu'on fait du film de Jacques Doyon, par exemple ? Moi, c'est mon avis personnel, je veux vous dire. Un livre, par exemple, c'est une oeuvre individuelle. Vous pouvez très bien sanctionner un auteur. C'est une sanction individuelle. Sur un film, c'est une oeuvre collective. Est-ce qu'on doit punir, sanctionner tous les autres talents, tous les techniciens, les maquilleurs, les secrétaires, les régisseurs, ceux qui investissent aussi dans ce film ? Moi, je suis plus gênée par rapport à la sanction collective. Nous sommes un pays, je parlais du droit tout à l'heure, vous savez, je ne suis pas devenue magistrat par hasard.
Parce que nous sommes dans un pays de responsabilité individuelle, pas de responsabilité collective. Et donc, je suis plus gênée de punir tout un film, de punir tous les artistes sous diverses formes en raison d'un comportement inapproprié ou illégal, pénal, pénalement répressible d'une personne. Voilà, ça c'est mon avis personnel.
Merci beaucoup, Rachida Dati, ministre de la Culture, d'avoir été avec nous ce matin, 8h45 sur France Culture.
Rachida Dati