Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC — Apolline Matin (sur Podcast)· 30 avril 2026 8 min

L'invité d'Apolline Matin : Philippe Brun - 30/04

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. Bon réveil à toutes et à tous à l'écoute d'RMC. Il est 7h43. Le baril est en train d'exploser cette nuit autour des 125 dollars. Mais vous n'achetez pas des barils. Vous achetez des litres d'essence. 2 euros pour le sans-plomb. Le gasoil à 2,20 euros. C'était attendu. Et ça a eu l'effet escompté. La polémique. Total annonce 5 milliards de bénéfices au premier trimestre. Bonjour Philippe Brun. Bonjour. Vous êtes député socialiste de l'heure. Et à l'annonce des résultats de Total, vous avez immédiatement déposé une proposition de loi pour taxer les bénéfices exceptionnels des groupes pétroliers. Je simplifie le mécanisme sous votre contrôle.

Les entreprises concernées afficheraient un chiffre d'affaires supérieur à 750 millions d'euros. On trouverait plusieurs taux, mais on taxerait les bénéfices exceptionnels en calculant sur les trois années d'avant. Vous le dites clairement. Les pétroliers sont en train de s'engraisser sur notre dos.

0:50
Philippe Brun

C'est évident. Il faut s'imaginer. C'est le Père Noël pour le détroit d'Hormuz. On passe d'une situation à laquelle l'essence a un prix beaucoup plus bien inférieur. Et aujourd'hui, vous avez une augmentation de 40% du prix du gasoil sur un an, de 25% du prix du sans-plomb sur un an. Et ces profits, rien ne les justifie. Ce n'est pas Total qui a inventé une essence. On peut rouler 20 kilomètres de plus avec un plein. Ce n'est pas Total qui a développé une offre commerciale formidable qui fait qu'on va tous chez Total et pas chez les autres. Et c'est pour ça qu'ils font davantage de profits. C'est simplement le profit réalisé sur le dos des Français.

C'est les automobilistes qui, par leur ticket de carburant, ont financé ces sur-profits. Et la première annonce de Total hier, ce n'était pas de dire on va faire un geste pour les automobilistes, de dire on va distribuer un dividende exceptionnel aux actionnaires. Donc nous sommes dans notre rôle en disant aujourd'hui que cet argent doit être rendu aux Français. La taxe qu'on propose, ce n'est pas une taxe pour aller dans le puits sans fond du déficit de l'État. C'est une taxe pour ensuite prendre des mesures pour redonner cet argent aux automobilistes.

Soit effectivement baisser la TVA comme l'a fait le gouvernement socialiste espagnol, comme l'avait fait Lionel Jospin quand il était Premier ministre en 2001. Soit effectivement avec des chèques qu'on peut donner immédiat aux Français qui en ont le plus besoin.

1:59
Présentateur

Alors Total, eux, ce qu'ils disent, c'est qu'ils redistribuent déjà simple déclaration à l'AFP hier. Ils disent avoir mis en place sans attendre qu'on nous le demande une politique de plafonnement des carburants dont les Français bénéficient. Et c'est vrai. Le carburant, aujourd'hui, il est moins cher chez Total. Il est plafonné.

2:14
Philippe Brun

Alors d'abord, Total, il n'y a pas des stations Totales partout. Les stations Totales où ? Sur les autoroutes. Le monde qui fait son plein au quotidien pour aller travailler sur une autoroute. Il y en a dans les très grandes villes. Moi, par exemple, dans l'Eure, dans ma circonscription, j'ai 83 communes, 130 000 habitants, peut-être 90 000 véhicules en circulation. Et il y a seulement deux stations Totales. Donc, Total est un acteur minoritaire, aujourd'hui, de la distribution du carburant. Où vont les Français moyens qui nous écoutent ce matin sur RMC faire leur plein ?

Ils vont chez Leclerc, ils vont chez Carrefour, ils vont chez Intermarché, bref, sur les parkings des supermarchés où l'essence est souvent à prix coûtant. Donc, le geste commercial de Total, ce n'est pas ça la bonne réponse. On s'en moque que Total fasse des offres commerciales, que Total vous offre un Kinder ou un Mars ou des chewing-gum à la caisse. Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est que les prix baissent.

2:58
Présentateur

Ça, pardonnez-moi, excusez-moi, le plafonnement des prix de Total, depuis le début, il l'avait pratiqué déjà au moment de la guerre en Ukraine. On est dans une offre commerciale, c'est comme quand on vous offre une serviette de plage avant les vacances ?

3:10
Philippe Brun

Évidemment, c'est totalement anecdotique. Total n'est pas un acteur majeur de la distribution aujourd'hui des stations-service en France. Il y a très peu de stations Total, notamment en ruralité. En réalité, on va tous, on va acheter notre essence au supermarché ou à quelque chose qui ressemble à un supermarché. C'est là que les gens vont faire leur plein. Ils ne font pas leur plein chez Total, il y a très très peu de stations Total en vérité. Ça ne concerne personne, ça concerne les gens qui sont sur les autoroutes et dans les grandes villes où il y a effectivement des stations Total.

3:35
Présentateur

On va accueillir Jérémy qui nous appelle du bourdoisan en Isère. Bonjour Jérémy ! Bonjour ! J'aimerais bien que l'État aussi j'aimerais bien aussi que l'État me fasse un petit geste commercial sur mes impôts de temps en temps. Je ne sais pas si c'est possible. Ouais ? Ouais, non mais alors... Vous n'avez pas l'air enthousiaste sur la proposition de loi ? Non, mais en fait... Non, c'est pas du tout enthousiaste parce que là, j'ai l'impression qu'on vit dans un pays communiste. Les sociétés privées ont quand même le droit de travailler, de faire du bénéfice. C'est ça qui me dérange un peu. Moi, je rejoins un peu l'avis de Jérémy, le précédent auditeur qui avait été intervenu tout à l'heure.

En fait, on a trois facteurs qui ont joué en faveur de Total. C'est qu'avec le blocage des prix, Total a avalé tous les clients des distributeurs d'hypermarchés. Donc forcément, le chiffre d'affaires il a augmenté. Nous avons le facteur le prix du baril qui a augmenté aussi. Donc forcément... Et pour vous, tout est normal. Là, quand Jérémy, pardonnez-moi, en oubliant la proposition de loi de Philippe Brun, un instant. Hier matin, vous entendez 5 milliards de bénéfices record pour Total au premier trimestre. Ça ne vous interpelle pas, Jérémy ? Vous êtes chauffeur-livreur, vous faites le plein. Chaque année, ils font du bénéfice. Vous voulez faire quoi ? Vous voulez faire quoi ?

Jérémy, on fait quoi ? Parce que moi, je voudrais juste rappeler aussi qu'on a déjà... Non, mais je vais poser la question à Philippe Brun. On a déjà mis des mécanismes en place pour taxer les surprofits du gouvernement Borde en 2022, 33% sur les bénéfices jugés excessifs. On a récolté 69 millions. Oui, alors...

5:06
Philippe Brun

Moi, j'avais voté contre cette taxe qui était une blague. C'était une taxe sur le raffinage. Donc, il y a peu de raffineries en France, de moins en moins, malheureusement. Et les raffineries en France, elles sont plutôt déficitaires. Elles ne font pas de surprofits. C'était évident que cette taxe, elle n'est rien rapportée. Elle a rapporté 70 millions d'euros. C'est moins que le budget de la chaîne RMC. Donc, il sait évidemment que c'était anecdotique et inutile. Ce qu'il faut aujourd'hui, et moi, je suis d'accord avec ce que dit Jérémy, c'est faire surtout baisser les prix à la pompe. Pour le financer, il faut qu'on puisse avoir des moyens pour le faire.

Si on veut, par exemple, baisser la TVA ou la TICPE sur les prix du carburant, il faut qu'il y ait une juste contribution. Je rappelle qu'on n'est pas les seuls à le proposer. Le gouvernement espagnol, le gouvernement portugais, le gouvernement autrichien demandent aujourd'hui à l'Union européenne d'adopter cette taxe que je propose aujourd'hui, que nous proposons au niveau national de l'adopter au niveau européen pour qu'il y ait une juste contribution. Exemple, lors de la crise Covid et ukrainienne, vous vous souvenez, il y a eu une explosion du prix du conteneur. Et un grand groupe de porte-conteneurs qui est propriétaire de BFM TV, CMA CGM, avait réalisé des surprofits importants.

Le conteneur était passé de 4 000 euros à 20 000 euros. Et bien, qu'est-ce qui s'est passé ? On a adopté une taxe et CMA CGM a payé une taxe supplémentaire sur ces surprofits. Vous dites période exceptionnelle, mesure exceptionnelle. L'augmentation du prix du conteneur, ça avait fait augmenter les prix de tout le monde en supermarché. Donc CMA CGM avait payé. Là, l'augmentation du prix du baril, ça fait augmenter les prix de tout le monde à la station de service. Il est normal que Total paye aussi.

6:28
Présentateur

D'un mot, et il nous reste très très peu de temps, je voudrais préciser, puisque vous l'avez évoqué, il y a 3 200 stations totales, c'est 25% du carburant distribué en France, un quart, pour le dire simplement. Mais en fait, on parle des distributeurs quand on parle de ça. On parle de ce qu'on voit, nous, quand on fait le plein, il y a le totem, il y a le prix, etc. Mais ce n'est pas les distributeurs. On n'arrête pas de parler des marges des distributeurs. Là, on est sur les raffineries, on est sur les pétroliers. Il faut bien comprendre la nuance. On se compte de cibles,

6:51
Philippe Brun

en fait, depuis le début. Absolument. Le problème, ce n'est pas les distributeurs, ce n'est pas non plus les raffineries françaises, puisqu'elles sont, pour la plupart, déficitaires. Le déficit est d'ailleurs organisé assez intelligemment, de manière comptable, par les grands groupes. C'est les producteurs. Si Total voulait vraiment faire un geste commercial, ce ne serait pas dans ces stations. Ce serait de dire, le pétrole que je vends à Leclerc, à Intermarché, à Carrefour et à tous les autres, là, je mets en place un blocage des prix. Exactement. Et là, on aurait des effets immédiats à la pompe.

7:19
Présentateur

Merci beaucoup, Philippe Brun. On verra si le gouvernement se saisit de votre proposition de loi. Emmanuel Macron a appelé hier à réfléchir à de nouvelles réponses. On verra ce qu'il en est. Merci, Philippe Brun, cette proposition de loi pour taxer les super profits de Total. Vous l'avez présenté ce matin sur RMC. Merci Jérémy qui était avec nous au 32 16. On continue d'en parler avec vous ce matin. N'hésitez pas, vous prenez la parole.

L'invité d'Apolline Matin : Philippe Brun - 30/04 — Philippe Brun · Pourquijevote