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interviewC à vous (sur YouTube)· 20 mars 2026 12 min

Le “Charles de Gaulle” localisé à cause d’une application de course

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- P.Larrouturou: Ce soir, la France tente de continuer à maintenir la pression sur le Japon. Cette phrase de l'Elysée. - M.Bouhafsi: Vendredi dernier, en Méditerranée orientale, un simple footing a suffi à révéler une position militaire sensible.

Depuis plusieurs semaines, un officier publiait sa course sur une célèbre application de sport sans se rendre compte qu'il géolocalisait le porte-avions Charles-de-Gaulle au nord de Chypre. Cela pose une question sur nos usages numériques, jusque dans les opérations les plus sensibles. - C'est une course qui pourrait bien compromettre la sécurité nationale. - Le Charles-de-Gaulle localisé en pleine mer à cause d'une application de sport. - Un jeune officier, amateur de course à pied, décide de faire du footing sur le navire.

Des performances qu'il enregistre sur sa montre connectée et qui se retrouvent publiées en ligne. Grâce à ces données, on peut ainsi retracer le parcours du bateau ces derniers jours, au nord-ouest de Chypre et à une centaine de kilomètres des côtes turques. - Une faille de sécurité qui pourrait rendre le bâtiment vulnérable. - M.Bouhafsi: Bonsoir, R.Grably.

Un simple footing publié sur les réseaux sociaux, une imprudence qui pourrait mettre à mal et en danger toute une opération militaire. - R.Grably: Ca dépend dans quelle phase on est.

Il y a des phases où le porte-avions veut plutôt se montrer. C'est une imprudence assez symbolique. De voir que même sur des sites aussi sensibles, des sites militaires et un porte-avions, il y a encore des imprudences...

Vous disiez que c'est aussi peut-être notre rapport au numérique qui est difficile à appréhender, y compris dans la cybersécurité et la diffusion de données. Malgré nous, ça nous fait prendre conscience qu'on est un nuage de points de données en permanence quand on est civil, mais aussi quand on est militaire. - M.Bouhafsi: Je voudrais qu'on insiste sur cette image, avec ces boucles.

On a l'impression que ça ne veut rien dire, mais c'est la position du porte-avions Charles-de-Gaulle...

Ces données, n'importe qui peut les consulter? - R.Grably: Oui.

Le marin faisait son footing sur le porte-avions. Il faisait 7 kilomètres. Comme le porte-avions avance à 50 km/h, son parcours est en train d'avancer.

Ca fait cette forme de boucle. - Y.Goosz: C'est pas qu'il tourne en rond. - R.Grably: Ca, tout le monde peut la voir.

Des millions de personnes utilisent Strava. Cette plateforme est pour mesurer ses performances. C'est un réseau social.

On suit ses amis pour se comparer et courir. Par défaut, le profil est public. On peut le configurer en privé.

Ces cas d'école sur l'application, on en parle depuis 2018. Ca fait 8 ans que, malgré tout, il y a quand même des gens dont le poste est ultrasensible et qui ne paramètrent pas leur profil. Même s'ils ne mettent pas leur nom, qu'ils sont anonymes... - M.Bouhafsi: On va en discuter.

C'est pas arrivé qu'une fois. Le 14 février, au large de Cherbourg, Quelques jours plus tard à Copenhague et le 13 mars au nord-ouest de Chypre. En analysant les courses de ce militaire, on suit le déplacement du Charles-de-Gaulle.

Le danger, c'est de localiser le militaire derrière ces données. On peut connaître son entourage, sa famille, ses collègues... - R.Grably: On a eu un cas analogue pour les agents de la DGSE. - M.Bouhafsi: C'était en 2018. - R.Grably: Des confrères du "Monde" ont travaillé sur ces dossiers.

Ils ont vu qu'il y avait une activité et des footings en Irak, de comptes français. Là-bas, on n'y part pas en vacances. Ils ont regardé les profils.

Ils se sont rendu compte que ces profils faisaient des footings dans le 20e, au siège de la DGSE. Ils enclenchaient leur enregistrement devant l'entrée et ils le finissaient devant l'entrée. En remontant le profil, ils se rendaient compte que les agents mettaient leur temps au marathon.

Si vous êtes le seul à faire ce temps au centième, c'est des données. Vous avez le temps, le dossard...

J'ai pu trouver des photos des agents de la DGSE. - A.Bégot: Il y a à peine un an, dans le Finistère, de simples footings publiés par des militaires ont suffi à dévoiler leurs déplacements au plus près des sous-marins. - Impossible d'y entrer sans être fouillé, sans avoir laissé son téléphone portable dans un casier.

Et pour cause...

Dans le Finistère, il y a les sous-marins militaires français. Pourtant, avec de simples courses à pied, cette sécurité a été mise à mal. Et ce, quand 16 militaires ont couru avec leur montre connectée et publié leurs trajets sur une application.

La carte permet de voir qu'ils ont longé les quais, juste à côté des sous-marins. - A.Bégot: A l'entrée de la base, les téléphones sont enfermés dans des casiers.

Les montres connectées restent au poignet. On n'est pas encore au point sur les systèmes de prévention? - R.Grably: J'imagine que sur la base, la règle est de n'avoir ni montre ni téléphone connecté.

Les montres sont plus difficiles à contrôler. Il ne faut pas s'autoflageller. Nos militaires s'y connaissent.

Les consignes sont claires. C'est la différence entre la théorie et la pratique. Sur la base du Finistère, quand vous avez les sous-mariniers qui partent en mission et que, potentiellement, vous pouvez remonter à leur identité et aux photos de leur famille ou de leurs enfants...

C'est peut-être plus grave que l'emplacement d'un porte-avions. Vous êtes une puissance étrangère ou des terroristes...

Ca ne coûte rien de faire ça. Tout est accessible pour tout le monde. Les terroristes pourraient faire chanter quelqu'un au mauvais endroit au mauvais moment. - M.Bouhafsi: C'était pas un secret, de savoir que le Charles-de-Gaulle était en Méditerranée.

On pense aux futurs déplacements de nos navires et de ces navires qui sont normalement dans un endroit secret. C'est une faille de l'armée française? - T.Breton: Quand le porte-avions se déplace, le monde entier le sait.

Tous les satellites sont dessus. C'est une surprise pour personne. La route du Charles-de-Gaulle est connue de tous les services planétaires, y compris ceux qui sont dessus.

Est-ce que l'armée française a failli? Non. Toutes les armées sont confrontées à cette trace que laissent les agents, leurs officiers et leurs soldats en opérations et dans l'espace de vie.

Ca nous concerne nous, également. On a des tas d'exemples. Aux Etats-Unis, en Irak, ils se sont tous fait prendre.

Souvenez-vous des Russes qui étaient sur le front et qui, le soir, parlaient à leur mère. Ils se recevaient un drone sur la tête parce qu'on les avait identifiés. Maintenant, quand on est en opération, il y a des consignes strictes.

Nous avons une action physique et une action dans l'espace informationnel. On laisse des traces dans l'espace informationnel. Il faut qu'on le sache, y compris les militaires et les agents en opération.

Ces espaces physique et informationnel qui se superposent, c'est les 2 espaces dans lesquels on cohabite et on coopère. Quand on est en opération, on doit appliquer les mêmes consignes de sécurité qu'on s'applique de façon très rigoureuse dans le Finistère pour pénétrer sur un porte-avions et dans l'espace informationnel qui nous entoure. - M.Bouhafsi: Les mêmes failles ont été observées avec les Etats-Unis, où les agents de sécurité de J.Biden...

On voit que cette application est devenue une faille de sécurité mondiale pour ceux qui veulent aller chercher des informations. J'aimerais qu'on revienne sur ce qui s'est passé en octobre 2024. Des agents de la sécurité d'E.Macron publiaient leurs footings sur la même application.

Ca permettait d'anticiper les déplacements d'E.Macron à son hôtel. C'est un danger plus important que le Charles-de-Gaulle. - R.Grably: Oui.

Les forces de sécurité qui protègent le président, quand il y a un déplacement organisé, ils y vont en amont. Quand ils vont dans un hôtel et qu'ils logent dans le même hôtel que le président de la République, comme ce sont des gens très entraînés et très sportifs, ils font un footing le soir. Un footing avec un point de départ et d'arrivée qui était le même...

C'était en bas d'un hôtel. L'hôtel où doit séjourner un président de la République, c'est pas censé être connu. Il y a des cas où un déplacement a été révélé dans la presse.

Il a été changé, l'hôtel. - T.Breton: On est dans une période de conflictualité où vous avez des conflits traditionnels et des guerres asymétriques.

Ceux qui sont dans leur blockhaus, des Iraniens ou des Houthis...

Ils n'ont pas accès aux informations, mais ils peuvent suivre. Dans la guerre asymétrique, où vous allez pouvoir utiliser des drones à 30 000 dollars...

Quand vous avez cette information, certains pourraient vouloir attaquer le président. Il faut faire attention à cette notion de guerre asymétrique. - E.Eméyé: L'imprudence est à tous les niveaux.

Le président de la République dispose de téléphones spéciaux, ultra sécurisés et chiffrés. Si vous regardez bien cette photo, on aperçoit 2 téléphones de la marque à la pomme. Même au sommet de l'Etat, on continue à utiliser des outils du quotidien, au risque de fragiliser la sécurité? - R.Grably: Pour certaines information, il y a un équipement adapté.

Un téléphone a été conçu par Thales. Quand on se met dans un cadre, qu'on va échanger des informations sensibles, les outils protègent les conversations. Le problème, c'est tout ce qu'il y a autour.

Sur ces téléphones ultra sécurisés, on ne peut pas faire grand-chose. Tout ce qu'on diffuse comme données malgré nous, sans se rendre compte...

On ne se rend pas compte que ce qu'on diffuse comme informations, ça peut être utilisé. C'est difficile à appréhender. Intellectuellement, c'est difficile à appréhender.

Il ne faut pas s'autoflageller. En 2018, c'était pas facile de comprendre que ça allait être utilisé comme ça. C'est des cas où un chef d'Etat se dit: "J'ai mon téléphone sous la main.

J'ai un mot à envoyer. Je ne vais pas aller demander à quelqu'un. C'est pas très grave.

Je vais utiliser une application chiffrée." Ca peut être intercepté. - M.Bouhafsi: On imagine que le président de la République,

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