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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 21 septembre 2021 22 minContradictoireFond programmatiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploiDéfenseImmigration & asile

Geoffroy Roux de Bézieux : "On a un marché du travail qui fonctionne moins bien"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:37OuverteRéponse directe

    Pourquoi De Gaulle ?

  • 2:56OuverteRéponse directe

    Cette phrase "l'intendance suivra" n'a jamais été prononcée par De Gaulle ?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    L'idée de souveraineté économique est-elle le cœur de l'héritage gaulliste ?

  • 4:53OuverteRéponse directe

    Quel regard sur le contrat des sous-marins perdu face aux Américains ?

  • 6:33RelanceRéponse directe

    Les Américains ne sont plus nos alliés après Kaboul et le contrat des sous-marins ?

  • 7:24OuverteRéponse directe

    Quel rôle pour l'État dans les périodes de crise ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:51Invité politiqueFait
    « Dès le départ, même quand il est prisonnier en 1917, il pense que l'économie, c'est une forme de puissance des nations. »
  • 2:04Invité politiqueFait
    « En 1945, quand il nationalise, parce qu'il n'y a plus d'entreprise, il n'y a plus d'économie, il n'y a plus de capitaux. »
  • 2:09Invité politiqueFait
    « En 1958, quand il arrive, il choisit l'Europe, il choisit le hâte des frontières et il choisit une libéralisation de l'économie française. »
  • 2:28Invité politiqueFait
    « En 1964, il propose aux Allemands de faire une monnaie commune. »
  • 3:52Invité politiqueFait
    « Quand je suis arrivé au MEDEF, que j'ai été élu il y a trois ans, j'ai créé un comité de souveraineté économique. »
  • 4:09Invité politiqueFait
    « Quand Clinton ouvre l'OMC à la Chine, on a tous cru que le commerce allait permettre finalement de créer une espèce de grande démocratie mondiale avec les mêmes régimes. »
  • 4:38Invité politiqueFait
    « Les États-Unis, la décision sur les sous-marins, c'est simplement, l'Europe ne nous intéresse pas beaucoup, notre ennemi c'est la Chine et c'est là que ça joue. »
  • 6:11Invité politiqueFait
    « La défense européenne aujourd'hui, c'est la France. C'est la France qui se bat au Sahel, c'est la France qui est la première armée d'Europe. »
  • 8:28Invité politiqueFait
    « Décarboner l'économie, c'est quelque chose d'extrêmement difficile, d'extrêmement coûteux. »
  • 15:27Invité politiqueChiffre
    « C'est à 7-8% qu'on a des difficultés de recrutement, alors qu'ailleurs, c'est à 4%. »
  • 16:37Invité politiqueChiffre
    « On a perdu pratiquement 5-6 points de la richesse nationale en production industrielle. »
  • 18:08Invité politiqueChiffre
    « L'immigration économique, aujourd'hui, elle est très faible. On parle de quelques dizaines de milliers de salariés par an. »

Temps de parole

  • Invité politique69 %
  • Présentateur13 %
  • Présentateur 212 %
  • Auditeur3 %
  • Auditeur 22 %

3,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le président du MEDEF. Il publie « L'intendance suivra ! » sous titre « De Gaulle et l'économie ». C'est aux éditions Robert Laffont et ce sera en librairie après-demain. Questions et réactions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Geoffroy Roux de Bézieux, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. Dans ce livre, vous avouez votre passion pour le général. Vous vous dites fasciné par l'homme du 18 juin.

18 juin, vous avez vécu un coup de foudre intellectuel pour ce personnage historique dès le plus jeune âge. Vous conviendrez, je pense, Geoffroy Roux de Bézieux, que votre passion est commune. Beaucoup de Français la partagent. Beaucoup de personnalités publiques se disent gaullistes. On aurait été plus surpris si vous aviez été fan de Marx, comme Alain Minc, ou, pourquoi pas, de la poétesse du 16e siècle, Pernet Duguillet. Alors, pourquoi... Je connais moins Pernet Duguillet. Ah bah c'est très bien, pourtant. Pourquoi De Gaulle ?

1:13
Invité politique

Vous l'avez dit, c'est un livre assez personnel. Il y a eu, pendant la pandémie, toute une série de déclarations. En fait, tout le monde est devenu gaulliste. Effectivement, sur l'arc politique, beaucoup s'en réclament. Et moi, je me suis essayé d'un angle qui n'a jamais été traité, en tout cas de cette manière, qui est De Gaulle et l'économie. Parce qu'on a une image de De Gaulle très étatiste, très anti-libérale, très anti-européenne aussi.

1:35
Présentateur

Et vous vous inscrivez contre, d'ailleurs.

1:36
Invité politique

Et surtout, peu intéressé par l'économie. Et la thèse de ce livre, qui était par un certain nombre d'exemples et de faits, c'est qu'en fait, il n'était pas toussant. Alors, pas non plus un ultra-libéral, comme on dit aujourd'hui. D'abord, c'est quelqu'un qui s'intéresse à l'économie. Dès le départ, même quand il est prisonnier en 1917, il pense que l'économie, c'est une forme de puissance des nations. Et que c'est de ça que fait la puissance de la France ou d'autres pays. Il alterne des périodes, entre guillemets, étatistes. Par exemple, en 1945, quand il nationalise, parce qu'il n'y a plus d'entreprise, il n'y a plus d'économie, il n'y a plus de capitaux.

Mais en 1958, quand il arrive, il choisit l'Europe, il choisit le hâte des frontières et il choisit une libéralisation de l'économie française. Et puis sur l'Europe, alors on a retenu, vous savez, quand il quitte en 1966, 1965, la politique dite de lâcher vite. Mais en réalité, il voulait construire une Europe, une Europe assez différente de celle qui a été construite, au fond, une Europe des nations. Et il y a une chose que moi j'ai vraiment découverte, c'est qu'en 1964, il propose aux Allemands de faire une monnaie commune. Je ne sais pas si vous venez de toute la polémique des gaullistes sur l'euro.

Savoir que c'est de Gaulle qui, le premier, imaginait une monnaie franco-allemande à l'époque, remet un peu les choses en perspective. Et au fond, la conclusion de ce livre, en quelque sorte, c'est que de Gaulle, c'était ni un libéral, ni un étatiste. C'est d'abord quelqu'un qui ne croyait pas aux doctrines économiques, qui s'adaptait aux circonstances, et pour qui l'intérêt de la France passait en premier.

2:56
Présentateur

Mais cette phrase que vous avez choisie comme titre, l'intendance suivra, on dit qu'en fait, il ne l'a jamais prononcée. Oui, alors effectivement... Qui voudrait dire, dans son idée, en gros, c'est la politique qui compte, l'économie suivra, l'intendance suivra, et en fait, il ne l'a jamais vraiment prononcée, celle-là.

3:12
Invité politique

Effectivement, il dit à Michel Droit dans un interview qu'il ne l'a pas prononcée, qu'au contraire, l'économie fait partie de la politique, en quelque sorte. On le voit bien aujourd'hui, ce qui fait la puissance des Etats-Unis, c'est les GAFA, c'est Microsoft, c'est Facebook, ce qui fait la puissance de la Chine, c'est sa puissance économique. Donc l'économie est un élément de la puissance des pays.

3:32
Présentateur

Et aujourd'hui, Geoffroy Roux de Bézieux, après les rêves passés de la mondialisation heureuse, après la crise du Covid, n'est-ce pas, au fond, l'idée de souveraineté économique qui est le cœur de l'héritage gaulliste, le cœur économique de son héritage ?

3:47
Invité politique

En tout cas, la question se pose. Alors moi, le mot souveraineté ou autonomie stratégique ne me fait pas peur. Quand je suis arrivé au MEDEF, que j'ai été élu il y a trois ans, j'ai créé un comité de souveraineté économique. Alors ça a un peu fait tiquer, on va dire, ou en tout cas ça a surpris. Mais je crois qu'il faut trouver l'équilibre entre le protectionnisme défensif et, j'allais dire, l'ouverture des frontières béates. On a tous cru, il faut le dire, quand Clinton ouvre l'OMC à la Chine, on a tous cru que le commerce allait permettre finalement de créer une espèce de grande démocratie mondiale avec les mêmes régimes. On s'est trompé, on s'est trompé.

Et on voit bien l'évolution des derniers mois de la Chine qui durcit considérablement à la fois sa manière dont il dirige sa population en interne, mais aussi, vous l'avez cité, je crois, dans l'interview précédent, ses ingérences étrangères et ses propagandes et sa manière d'utiliser les faits. Mais on le voit aussi, c'est en cela que c'est un moment vraiment gaullien. Les Etats-Unis, la décision sur les sous-marins, c'est simplement, l'Europe ne nous intéresse pas beaucoup, notre ennemi c'est la Chine et c'est là que ça joue et donc on fait un espèce de gigantesque porte-avions militarisé avec l'Australie.

4:53
Présentateur

Quel regard vous avez sur ce qui s'est passé là ces derniers jours et sur ce contrat du siècle qui nous a été raflé par les Américains ? D'abord sur le plan économique, ça veut dire quoi de perdre 50 milliards d'euros pour l'économie française ? Et ensuite, est-ce qu'Emmanuel Macron a raison de tonner à ce point contre les Américains d'un point de vue économique là aussi ?

5:12
Invité politique

Alors, je pense qu'il faut séparer les choses. Il y a une conséquence industrielle, c'est une mauvaise nouvelle pour Naval Group, mais ça ne va pas mettre par terre Naval Group, c'est effectivement une très mauvaise nouvelle. Après, il y a la forme. Un contrat, il y a des moyens de sortir d'un contrat et ce contrat prévoyait des sorties. Mais là, la manière dont la France a été traitée, presque humiliée publiquement, est inacceptable. Mais je crois que le plus important, c'est le fond. C'est ce que j'avais commencé à dire. Je crois que les Américains ont décidé que leur avenir, c'était face à la Chine.

Ils ont fait tout ce qu'il fallait pour, c'est-à-dire notamment mettre à disposition des sous-marins nucléaires, c'est-à-dire lâcher la technologie nucléaire aux Australiens, et que l'Europe compte peu ou compte moins. Et donc la conséquence, c'est quoi ? C'est aux Européens, et à la France et à l'Allemagne en réalité, de décider ce qu'ils veulent faire pour assurer leur sécurité. On parle beaucoup de défense européenne, mais il faut être réaliste. À 27, avec des pays qui sont face à la Russie, où on la menace russe, on n'aura pas de défense européenne. Et la défense européenne aujourd'hui, c'est la France.

C'est la France qui se bat au Sahel, c'est la France qui est la première armée d'Europe. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça met une question très forte sur l'Allemagne. Je suis heureux de voir que Ursula von der Leyen a fait une déclaration, bon, 5 jours après, mais elle a fait quand même cette déclaration.

6:23
Présentateur

5 jours après, oui.

6:24
Invité politique

Et je pense qu'on a vraiment une question qui se pose sur une autre manière de penser nos alliances de défense, la balle est dans le camp de l'Europe en réalité. Vous savez, De Gaulle disait, les nations n'ont pas d'amis, elles n'ont que des intérêts. Ben là, on a eu ce rappel. Avec les Américains, là, c'est clair.

6:40
Présentateur

Ce n'est plus nos alliés, les Américains, quand vous voyez ce qui s'est passé il y a un mois à Kaboul, et quand vous voyez le contrat...

6:47
Invité politique

Je dirais les choses un peu différentes. On a quand même plus en commun avec les Américains en termes de valeurs qu'avec les Chinois. Nous, on ne surveille pas notre population, on ne leur interdit pas de se maquiller ou de regarder des jeux vidéo, on ne fache plus ce qui s'est passé en Chine, on ne réprime pas les manifestants, on ne surveille pas les journalistes. Donc on a des valeurs communes. Mais on a des intérêts qui sont différents, et ça, il faut en être conscient. Vous me posiez la question, je finis juste en dix secondes, sur est-ce que c'est la bonne décision à Emmanuel Macron de protester ? Oui, c'est avoir des conséquences économiques négatives.

Mais on ne peut pas assumer d'être, finalement, vassalisé par une ou l'autre puissance. Il faut que l'Europe s'affirme.

7:24
Présentateur

Dans votre conclusion, Geoffroy Roux-de-Bézieux, vous réfléchissez au rôle de l'État dans les périodes de crise. Et on pense, ça résonne évidemment avec aujourd'hui, on pense évidemment à celle du Covid. Si l'État est le pompier qui vient éteindre les incendies, vous avez cette métaphore, il rechigne toujours la crise passée à retirer sa combinaison et à reposer le casque. On est dans cette situation-là aujourd'hui ? Après le quoi qu'il en coûte ?

7:48
Invité politique

On y rentre. Il faut être honnête, la situation économique est bien meilleure. Les États, d'ailleurs, partout dans les démocraties occidentales, ont fait le job. Parce que de toute façon, en arrêtant l'économie, il n'y avait qu'une seule solution, c'est que l'État soutienne. Il faut revenir à la place naturelle de l'État. Et là, c'est un débat immémorial entre plusieurs bords politiques. Quelle est la juste place de l'État ? Ce que je dis dans le livre, moi je suis un ordo-libéral. Un ordo-libéral, c'est quoi ? C'est quelqu'un qui pense que l'écho de marché est indispensable et nécessaire, mais qu'elle n'est pas toujours suffisante.

Et notamment que sur certains sujets de très long terme, on a besoin d'un État stratège. Le meilleur exemple que je peux vous donner, c'est le défi écologique. Décarboner l'économie, c'est quelque chose d'extrêmement difficile, d'extrêmement coûteux. Et on a besoin d'une planification de ce point de vue-là.

8:35
Présentateur

Mais pour reprendre la question de Nicolas posée différemment, Bruno Le Maire a annoncé fin août la fin du quoi qu'il en coûte. Et quelques jours après, on a eu 1,5 milliard pour Marseille, 500 millions d'euros pour le Beauvau de la Sécurité, 2 milliards pour la rénovation énergétique, 600 millions d'euros pour le chèque énergie, ou encore 600 millions d'euros pour l'assurance des récoltes des agriculteurs. Est-ce que Valérie Pécresse a raison quand elle dit « Emmanuel Macron crame la caisse » ?

8:58
Invité politique

Je crois que les dernières mesures que vous avez citées ne sont pas tout à fait du quoi qu'il en coûte. On est plus dans le début de la campagne électorale qu'une tradition française, la dernière année. Il y a un certain nombre de mesures.

9:11
Présentateur

C'est des mesures électoralistes et pas qualifiées.

9:14
Invité politique

Je ne vais pas les commenter une à une, mais en tout cas, elles ne sont pas de la manière. Le quoi qu'il en coûte, c'était protéger l'outil productif, les entreprises, pendant qu'elles étaient empêchées de travailler, ou en tout cas réduites. Là, nous, on est très clair, il faut arrêter, sauf dans des cas très particuliers, quand il y a encore des secteurs qui sont... Il y a des festivals, des choses comme ça qui sont... Donc oui, il faut arrêter le quoi qu'il en coûte. Mais c'est open bar, pour citer Dominique Seux. Écoutez, je commence à m'inquiéter, ou on commence à s'inquiéter sur le fait qu'effectivement, il faut sortir de cette édiction. Le poids de la dette, vous le connaissez.

Donc oui, si tous les jours, comme vous le dites, on va continuer à faire des mesures, on peut s'inquiéter.

9:51
Présentateur

C'est le sujet économique de ces derniers jours, l'augmentation, Geoffroy Roux-de-Bézieux, générale des prix de l'énergie, notamment l'essence et le gaz. Ces augmentations pèsent lourd sur le portefeuille des Français. Est-ce que cette hausse marquée vous inquiète ?

10:05
Invité politique

Oui. Elle nous inquiète. Alors, pour les Français, et puis aussi, je me permets de lui dire, pour les entreprises, notamment industrielles, puisque l'énergie, ça dépend des secteurs, est un facteur très important. Ça pose un problème de pouvoir d'achat. Alors, en plus, l'indice du pouvoir d'achat, le reflet des dépenses contraintes, logement, énergie, pas toujours très très clair. Vous allez me poser la question, je vais la devance, ça pose un problème de salaire, et ça pose un problème de prix. Parce que, cette discussion, on a tous vu, monsieur le maire, augmenter les salaires.

10:34
Présentateur

Oui, il vous a dit d'augmenter les salaires, mais il n'est pas le seul, sur tout le spectre politique. On vous dit clairement, alors pas vous, Jean-François Raud-Bézieux, mais les patrons, en disant, vous avez eu cette phrase, pardon, le 25 août dernier, sur France Info, vous disiez, mais oui, d'accord, mais si on augmente les salaires, ce sont les prix qui vont augmenter. Sauf que là, un mois plus tard, c'est les prix qui augmentent, et vous n'augmentez pas les salaires.

10:54
Invité politique

Non, mais, pardon, il faut prendre le truc à l'endaire. Si je prends la restauration, l'injonction de Bruno Maire, concernant en particulier la restauration et d'autres métiers de service, dont tout le monde reconnaît, qui sont mal payés, ou en tout cas pas assez payés. Dans la restauration, le prix du salaire, ça dépend des cas, mais 70-80% de l'addition finale. Quand McDonald's, il y a un an et demi avant la pandémie, ou deux ans maintenant, augmente le prix de son salaire minimum, le salaire inter-McDonald's, il augmente le prix du burger. Et donc, ça ne veut dire quoi ? C'est-à-dire comment augmenter le prix du menu ?

Dans la plupart des métiers de service, le prix final payé par le consommateur dépend des salaires. Et c'est vrai dans les métiers grand public, mais c'est aussi vrai dans les métiers B2B. Et je me suis permis de dire à Bruno Le Maire que le premier donneur d'ordre pour le nettoyage, pour la sécurité, c'est l'État, et qu'en général, il prend toujours le moins 10 ans. Je ne sais pas comment est fait le nettoyage ou le gardiennage chez France Inter. Il doit y avoir un directeur des agents qui fait un appel d'offres. À un moment, s'il décide que le prix, c'est 80% et puis la qualité de l'entreprise, la manière de telle traite, c'est 20%, on sort de cette logique de low cost.

Parce qu'on ne sortira pas de ce dilemme des salaires, que je ne nie pas, sans avoir une économie qui soit moins tirée vers le bas sur les prix.

12:08
Présentateur

Mais est-ce que vous pouvez dire clairement ce matin, Geoffroy Roux de Bézieux, aux entrepreneurs, augmenter les salaires ? La question est désormais urgente.

12:16
Invité politique

Mais Nicolas Demand, je ne peux pas dire à tous les entrepreneurs, de manière générique, augmenter les salaires, parce que chacun est dans une situation différente. Fixer une ligne, un cap, une perspective. Prenons les restaurants ou les hôtels. L'hôtel parisien, trois étoiles, aujourd'hui, son taux de remplissage, son taux d'occupation, c'est 20-30%. Donc il est encore en perte.

12:32
Présentateur

Vous nous prenez le secteur qui ne va pas bien. Pardon, mais ce n'est pas des gauchistes qui disent ça. Il y a des chefs d'entreprise, de nombreux chefs d'entreprise, qui disent en off, on s'est gavé pendant deux ans avec les aides de l'État, et maintenant...

12:46
Invité politique

Non, je crois que... Ne dites pas ça. Le mot gavé ne me paraît pas approprié.

12:51
Présentateur

Je l'ai entendu. Je l'ai entendu. Qui dit, on a reçu des aides de l'État massives, est-ce que ce n'est pas le moment de le répercuter sur les salaires ?

12:58
Invité politique

Je ne pense pas qu'il faille faire un lien entre les aides de l'État qui ont compensé les fermetures et les salaires. La question du salaire, c'est...

13:04
Présentateur

Quand vous voyez, pardon, le CAC 40 qui s'est enrichi, qui a fait un semestre quasiment record de profits avec 60 milliards... Non, non, non, mais je veux dire, on peut aussi poser des questions qui fâchent, vous voyez ?

13:13
Invité politique

Mais vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez. Alors, dans l'ordre, si vous voulez. La situation de prise, elle est très hétérogène en fonction des secteurs, des endroits. On ne peut pas dire de manière générique, il faut augmenter tous les salaires. Il y a des gens qui peuvent le faire, et il y a des augmentations de cas qui se produisent. Et je pense que les négociations de début d'année, qui ont lieu généralement en janvier, on verra, ne serait-ce que pour une question d'offre et de demande et de recrutement, des augmentations de salaires.

Quant au profit du CAC 40, bon, d'abord, c'est 40 entreprises, petit 1 sur 3 millions d'entreprises en France, mais surtout, on les souligne toujours quand ils augmentent, jamais quand ils baissent. Or, au premier semestre 2020, évidemment, et d'une manière assez logique, ils ont baissé très fortement. Donc, oui, il y aura des augmentations de salaires, ne serait-ce que parce que les tensions du marché du travail sont très fortes, mais dire qu'il faut augmenter tous les salaires partout, malheureusement, on ne peut pas, sauf à augmenter les prix pour le consommateur final et les prix pour les acheteurs.

Moi, je reviens sur ce sujet d'acheteurs, vous le balayez d'un revers de main, mais je vous assure que c'est très important, si les acheteurs des grands groupes, des collectivités, des hôpitaux, des mairies, mettaient un peu moins l'accent sur le prix, les salaires augmenteraient. Puis, un dernier point, comme je le souligne juste en 10 secondes, sur le nettoyage, on a lancé une initiative, vous savez que c'est souvent des horaires décalés. Les femmes de ménage ou les hommes de ménage viennent nettoyer le soir ou le matin. On a poussé pour que ça soit fait en journée, accepter que son bureau soit net en journée, c'est une manière d'améliorer les conditions de travail.

14:33
Présentateur

Arnaud Montebourg veut augmenter de 10% le SMIC et il veut organiser un Grenelle, comme en 1968, pour augmenter de 10% les salaires. C'est une proposition politique, il veut du volontarisme. Est-ce une mauvaise idée ?

14:49
Invité politique

Il est ni le premier ni le dernier à vouloir augmenter le SMIC. Le problème du SMIC, comme vous le savez, c'est que ça a un impact sur tous les salaires, donc ça revient à une augmentation générale des salaires. Et comme je l'ai dit, la situation des entreprises est tellement différente d'une entreprise à l'autre, d'une région à l'autre, qu'on ne peut plus réfléchir et raisonner. Je ne suis même pas sûr que la branche, vous voyez, soit pertinent. Les abdos de borne ont essayé de négocier avec la branche restauration. Je pense qu'à l'intérieur de la restauration, malheureusement, les situations sont très différentes.

15:14
Présentateur

Mais alors justement, à la rentrée, vous mettiez en garde contre la pénurie de main-d'oeuvre, notamment dans l'hôtellerie et le bâtiment. Où en est-on ? La pénurie est-elle toujours là ? Ou des postes ont été pourvis ces dernières semaines ?

15:22
Invité politique

Oui, en France, des difficultés de recrutement et un niveau de chômage plus élevé qu'ailleurs. C'est à 7-8% qu'on a des difficultés de recrutement, alors qu'ailleurs, c'est à 4%. Donc, on a un marché du travail qui fonctionne moins bien. Donc oui, aujourd'hui, il y a des difficultés de recrutement. Est-ce qu'elles sont plus fortes que quand on est rentré dans la crise ? C'est difficile à dire et à mesurer, mais oui, il y a des difficultés de recrutement. Et ça pose des problèmes, alors plus pour le bâtiment que pour la restauration, parce que la restauration est encore en négatif par rapport à l'année dernière, mais on le constate tous les jours. Etienne, au Standard, bonjour et bienvenue.

Bonjour.

15:57
Auditeur

Oui, bonjour aux journalistes de France Inter et bonjour à M. Rouge, au froid du dieu. Bonjour. Oui, j'ai une question à poser. Moi, je travaille au Mans. Autrefois, Renaud employait 12 500 salariés au Mans. Maintenant, il y a à peu près 2000 salariés. Renaud ne fabrique plus une seule Clio, j'ai bien dit plus une seule Clio en France, alors que Toyota, lui, arrive à fabriquer des Toyota Yaris à Valenciennes. Donc moi, je trouve que c'est un scandale. J'aimerais avoir l'opinion de M. Rouge, au froid des yeux là-dessus, s'il vous plaît.

16:26
Présentateur

Merci beaucoup, Étienne. On retrouve la question de la souveraineté économique. Geoffroy, au froid des yeux, vous répondez.

16:31
Invité politique

Oui, c'est la question de la réindustrialisation de la France. Il y a le syndrome que vient de décrire l'auditeur, c'est le fait qu'on a perdu pratiquement 5-6 points de la richesse nationale en production industrielle. Et là où il a raison, c'est que d'autres pays similaires comme l'Allemagne ont gardé pratiquement 20%. Alors, il y a eu des erreurs stratégiques dans certaines entreprises. Je ne vais pas citer les cas particuliers, mais il y a eu des erreurs stratégiques. Trop de délocalisation, probablement. Il y a aussi, il faut le dire, un facteur spécifique en France.

C'est qu'on a, pour des raisons historiques, ce n'est pas la faute des gouvernements, c'est successif, créé ce qu'on appelle les impôts de production qui pèsent sur le chiffre d'affaires, qui fait que ça pénalise particulièrement la production en France. C'est pour ça qu'on a gardé plus d'emplois de services que d'emplois industriels. Au standard, Sylvain. Bonjour, bienvenue.

17:19
Auditeur

Oui, bonjour. On vous écoute. Merci pour vos émissions.

17:22
Présentateur

Merci à vous.

17:22
Auditeur

Voilà, donc moi j'ai une question. Dans la région où j'habite, et je pense que c'est le cas dans pas mal de régions, il y a pas mal de problèmes de recrutement dans l'hôtellerie, la restauration, le bâtiment. Je pense qu'on a une main d'œuvre qui est prête à travailler tout de suite. C'est la main d'œuvre issue de l'immigration. Malheureusement, on leur met des bâtons dans les roues. Et en cette période très électorale, en plus, on entend toujours les mêmes discours, à savoir, ils prennent le boulot des Français. Donc j'aurais voulu savoir ce que pouvait faire le MEDEF pour faciliter l'embauche de ces personnes-là. Parce que les Français ne veulent plus travailler dans certains secteurs.

17:58
Invité politique

Merci Sylvain pour cette question. Geoffroy Roux de Bézio. Oui, alors là, ça mériterait un développement long. C'est un sujet compliqué. Bon, d'abord, sur le principe général de l'immigration économique, aujourd'hui, elle est très faible. On parle de quelques dizaines de milliers de salariés par an qui sont régularisés après avoir travaillé. Nous, on est prêts à intégrer, nous, les entreprises, à intégrer les gens. Il n'y a pas meilleur facteur d'intégration dans la société que de travailler. Parce que vous apprenez la langue, vous avez la fierté du travail, vous payez des cotisations, vous êtes devenu un citoyen.

Mais évidemment, ça se heurte à un problème plus général, qui est un problème politique, qui est l'intégration générale des immigrants à la population. Et là, on renvoie à des débats politiques. Donc on n'a jamais réussi à avoir un débat cartésien, si vous voulez, raisonnable, rationnel, sur ce sujet.

18:46
Présentateur

Mais comment vous jugez les débats de cette début de campagne présidentielle, notamment sur l'immigration, où de plus en plus de voix appellent à une immigration zéro ? Et pas seulement Éric Zemmour, quand vous entendez Michel Barnier qui est pour un moratoire sur l'immigration, qu'est-ce que le président du MEDEF dit à ça ?

19:02
Invité politique

Le président du MEDEF dit une chose. Nous, notre rôle, le rôle des entreprises, c'est d'être une machine à intégrer. Quand vous avez un travail, quand vous avez un revenu, quand vous avez une contribution à la société par vos charges sociales, par vos impôts, vous devenez un citoyen à part entière. Donc, savoir combien d'immigrés on peut intégrer, c'est un débat politique. Mais une fois que la décision est prise politiquement, par l'élection présidentielle ou par l'effet durable, notre job à nous, c'est ça. Et moi, ce que je vois quand je suis sur le terrain avec les adhérents MEDEF, c'est beaucoup d'entrepreneurs qui ont, à l'échelle micro, une capacité à intégrer 1, 2, 3, 4 immigrés.

Il y a même, il faut le dire, des cas, vous le savez tous, d'immigrés en situation irrégulière, qui sont régularisés, entre guillemets, par le travail. Donc, je trouve que cette dimension économique du débat, elle est totalement sous-estimée, parce qu'on est sur d'autres thèmes que vous connaissez.

19:55
Présentateur

Juste une question sur le pass sanitaire.

19:56
Invité politique

Allez-y.

19:57
Présentateur

Le pass sanitaire, on a appris hier que Jean Castex, vous s'apprêtez à le prolonger au-delà du 15 novembre. Est-ce que c'est bien, ça ?

20:04
Invité politique

Il faut le prolonger jusqu'à ce qu'il ne soit plus nécessaire. Vous allez me dire, c'est une déclaration en langue de bois. Nous, on s'y est fait. Oui. Je vous l'accorde. D'une espèce rare. On n'est pas des fans du pass sanitaire, d'abord à titre personnel et puis globalement. Ce qu'il faut dire, c'est que sur le plan économique, au début, ça a beaucoup affecté les secteurs, notamment les centres commerciaux. Maintenant, ça remonte. C'est-à-dire que les gens se font à tout, en quelque sorte. Donc, dès qu'on peut l'arrêter, j'ai vu que le président Macron parlait de l'arrêter dans certaines régions, dans certaines villes.

20:37
Présentateur

C'est souhaitable.

20:38
Invité politique

Arrêtons-le. Mais en même temps, si vous voulez, on est quand même mieux aujourd'hui avec ce pass sanitaire qu'on était en mars 2020 avec le confinement.

20:44
Présentateur

Puisqu'on parle de bois, de langue de bois, mais enfin de bois, on en est où de la pénurie de bois, de papier, de microprocesseurs, ce que Dominique Seux nous rappelle ? Il y a un vrai problème de papier. Les éditeurs ont un problème d'impression de livre. Il n'y a pas de papier pour imprimer les livres. J'ai réussi à éditer mon livre,

21:00
Invité politique

mais effectivement, c'est pas assez juste. Il y a deux choses là-dedans. Il y a des pénuries conjoncturelles, parce qu'il y a eu une reprise, il y a eu un arrêt brutal de la production, une reprise très forte, et il y a une saturation des bateaux, des portes-conteneurs. Ça, ça va durer quelques mois, mais ce n'est pas très grave. Et puis, il y a une autre pénurie qu'on a mal, c'est la pénurie liée à la transition écologique. C'est vrai pour le bois, où on essaie de faire migrer les bâtiments du ciment au bois. C'est vrai pour un certain nombre de matériaux qui sont nécessaires pour la transition.

Donc, là-dessus, il y a probablement des plans étatiques de réindustrialisation ou de ressourcissement. En France, c'est vrai aussi pour les semi-conducteurs. Merci au gaulliste Geoffroy Roux de Bézieux ou Gaullien,

21:43
Présentateur

je ne sais pas ce que vous préférez. L'intendant suivra De Gaulle et l'économie, le titre de votre livre en librairie après-demain, publié chez Robert Laffont. Merci encore.

Geoffroy Roux de Bézieux : "On a un marché du travail qui fonctionne moins bien" · Pourquijevote