Richard Ramos : "Les industriels de la charcuterie sont prêts à tout pour faire du fric en tuant les Français"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est bien connu, tout est bon dans le cochon, et bien c'est pas si sûr. Un député veut faire interdire les nitrites, ces additifs utilisés dans la charcuterie, des conservateurs qui donnent une jolie couleur rose par exemple au jambon. Ce député c'est vous Richard Ramos, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes élu modem du Loiret, votre proposition de loi arrive aujourd'hui à l'Assemblée, elle va être discutée en commission avant d'être débattue en séance publique la semaine prochaine. Vous aviez déjà fait une précédente tentative il y a un an, vous aviez finalement retiré votre texte. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Pourquoi ça marcherait cette fois ?
Parce que la première fois quand je l'ai retiré c'était tactique. Je voulais regarder comment les industriels, certains industriels de la charcuterie, allaient dépenser des millions d'euros en lobbyistes pour essayer de contrer le peuple français et la représentation nationale. Et c'est ce qui s'est passé ? C'est ce qui s'est passé puisque la dernière fois en faisant semblant de mettre ce texte là, ils ont écrit à tous les députés des choses qui étaient fausses. Et donc aujourd'hui on sait comment marchent les lobbyistes, on a pu les contrer. Et avec la Ligue contre le cancer, avec Foodwatch, avec Yucca téléchargé par plus de 20 millions de français, eh bien on a pu les contrer.
Et on a pu faire en sorte qu'aujourd'hui le peuple français et surtout les pauvres ne vont pas avoir le risque de crever à cause industrielle qui veulent faire du fric sur leur dos.
Mais attendez, pourquoi dites-vous que vous avez réussi à les contrer ? Parce que qu'est-ce qui vous prouve que les députés finalement ne vont pas voter contre votre proposition de loi ?
D'abord on n'en sait rien, vous avez raison, mais quand vous êtes dans l'Assemblée nationale et que les députés dans les couloirs vous disent, Richard, quels que soient les bords politiques, je pense que ce soit de droite, M. Villani, Loïc Prudhomme de la France Insoumise, quand tous viennent vous dire, Richard, ton combat il est juste et on va t'aider, ça veut dire qu'on sent que derrière la représentation nationale va enfin permettre qu'on trouve un chemin parlementaire au fait qu'on empoisonne plus les français.
Richard Ramos, vous êtes la bête noire de ces lobbies, du coup est-ce que vous subissez encore des pressions ou ils essayent même plus ces peines perdues avec vous ?
Ils essaient toujours, ils ont suffisamment d'argent pour changer de cabinet de lobbyiste.
Ils essayent comment concrètement ?
C'est très simple, nos auditeurs doivent comprendre un truc très simple. Quand on veut discréditer quelque chose, les lobbyistes utilisent toujours la même méthode. On fabrique du cognitif faux, c'est-à-dire de la fausse science. On va mettre des millions d'euros et on va dire à des chercheurs, écris-moi ça. Et donc les chercheurs, certains, sous l'habilité, vont écrire des choses fausses. Ça c'est la première des choses. Et quand on aura un cognitif faux, des choses fausses écrites, on va dire, regardez, les chercheurs l'ont dit. La deuxième chose, c'est des connivences.
Vous avez autour de l'Assemblée nationale, notamment un restaurant qui s'appelle Chez Françoise, auquel on va créer des connivences, mais des mauvaises connivences, auquel on va créer un contact avec les sénateurs, avec les élus, avec des hauts fonctionnaires, qui vont faire qu'il y a une collusion des gens. Et le troisième, c'est le discrédit, c'est-à-dire, regardez le député Ramos, il est centriste, il est dans la majorité présidentielle, oh mais le grand fou, il a fait les choses avec François Ruffin, par exemple. Et ils envoient ça à tous les autres députés, le discrédit. C'est toujours la même méthode. Mais ça, c'est sur le dos des Français et des Françaises.
Richard Ramos, pourquoi voulez-vous interdire ces nitrites ? C'est quoi le problème ?
On a fait 48 heures d'audition. Et puis ici, il faut rendre hommage à Axel Kahn, décédé, qui était le président de la Ligue contre le cancer, avec qui on a beaucoup échangé. Nous avons fait des auditions, les chercheurs sont venus au Parlement, et on sait maintenant, on sait maintenant, que les nitrites dans la charcuterie, ça tue les Français et les Françaises. Et donc pourquoi aujourd'hui... Ça suscite quoi ? Comment ? Ça suscite quoi exactement ? Eh bien c'est simple. Vous avez les nitrites, c'est pas le nitrite dans la soupe et dans les légumes. Les nitrites, quand ils font un effet cocktail avec le fer qui est dans la viande, cet effet cocktail procure des cancers colorectaux.
Et le pire, c'est que les industriels, M. Bernard Vallat, son président, est venu dire à l'Assemblée nationale que ça faisait au moins 1200 morts. Publiquement, pour la première fois depuis 30 ans, Bernard Vallat, président de la FICT, reconnaissait devant la représentation nationale que ça faisait au minimum 1200 morts par an.
Donc le danger est avéré, c'est pas au nom du principe de précaution que vous voulez faire interdire ces nitrites ?
Aujourd'hui, créé par le général de Gaulle, le CIRC, cet organisme de l'Organisation Mondiale de la Santé, basé à Lyon en France, a dit la charcuterie, c'est un cancer avéré. Et les nitrites, probable. Ça veut dire qu'aujourd'hui, on sait qu'en France, ça tue. Et on sait encore une fois que certains industriels veulent créer deux charcuteries. Une pour les pauvres, avec du nitrite, où ils auraient le droit de crever. Et une pour les riches, où la tranche serait supérieure. Et là, ils n'auraient pas le droit de crever. On ne peut pas laisser, quand on est représentant de l'Assemblée nationale, deux alimentations en France. Une pour les pauvres, et une pour les riches.
Mais les industriels de la charcuterie expliquent au contraire que votre loi ne va pas dans le sens de la sécurité sanitaire, puisque ces conservateurs ont permis d'évacuer le botulisme, les salmonelles, la listeria, et que si on enlève ces nitrites, toutes ces maladies vont revenir.
Ces gens-là sont des voyous. Des voyous. Aujourd'hui, quand vous allez dans un supermarché pour vos enfants, vos petits-enfants, vous-même, vous voyez des multitudes de produits sans nitrite. Des centaines de millions de tranches de jambon sont mangées sans nitrite. Des centaines de millions. Zéro retour de botulisme. Le jambon, toute notre charcuterie corse, il n'y a pas de nitrite. Le jambon de Parme, pas de nitrite. Et regardez dans le supermarché, tous ces produits sans nitrite, c'est centaines de millions de produits. Millions de produits. Mais ça se conserve moins longtemps,
c'est ça.
Au lieu de 21 jours, on va avoir 14 jours dans son frigo. Mais on risque de ne pas ouvrir. Eux disent 2-3 jours. Ils disent une tranche de jambon, c'est 2-3 jours dans le frigo. Ce sont des menteurs. Et vous allez dans un supermarché, cher auditeur et auditrice, et vous regardez les DLC, ces fameuses dates limite de consommation, vous aurez 14 jours dans votre frigo. Ces gens-là sont prêts à tout pour faire du fric en tuant les Français.
Et c'est dangereux, quelle que soit la quantité, si on n'en mange pas, si on n'en mange qu'une fois de temps en temps, c'est quand même dangereux ?
Alors, on dit qu'il faudrait, dans la charcuterie, transformer 50 grammes par jour pour que ça soit dangereux. Mais tous les 20% de plus pauvres en France sont au-dessus de ces doses-là. Autrefois, madame, les Français, les riches, mangeaient de la viande et les pauvres mangeaient des légumes. Aujourd'hui, les riches mangent des légumes et les pauvres mangent de la viande, mais parfois de la mauvaise viande, de la mauvaise farchuterie. Et je le dis et je le répète, j'étais un sien chroniqueur gastronomique. J'aime la cochonnaille, j'aime pas la cochonnerie.
Et cette charcuterie dont on parle, c'est la charcuterie exclusivement industrielle ou si je vais chez mon charcutier, il est possible aussi qu'il y ait des nitrites ?
Chez mon charcutier, il peut y avoir aussi des nitrites. Donc il faut demander, en fait, il faut lire les étiquettes et demander. Ce qui est exceptionnel, c'est que le combat qu'on a mené, eh bien, il est en train de percoler dans la société. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que mon petit charcutier, aujourd'hui, des centaines de petits charcutiers sont en train de faire de la charcuterie sans nitrite. Et là aussi, c'est intéressant. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'excuse de dire que le petit charcutier ne pourra pas y arriver. À Paris, en province, on a des charcutiers qui font du sans nitrite. Et c'est ça, aujourd'hui, l'enjeu.
Il y a des alternatives ? Oui, il y a des alternatives.
Ça coûte plus cher. Il y a des alternatives. Ça coûte plus cher. Alors, vrai débat, une tranche qu'on produit sans nitrite, c'est deux centimes de plus de surcoût de production. Et ces gens vous le vendent jusqu'à 50 centimes plus cher. Encore une fois, pourquoi ? Parce qu'ils veulent faire de la marge avec les riches et ils veulent faire du volume avec les pauvres. Ils sont venus nous dire que ce n'était pas pour eux une question de santé publique, mais de segmentation commerciale.
Et le gouvernement, qu'est-ce qu'il dit de tout ça ?
Alors, le gouvernement, on a été beaucoup appuyé par Julien de Normandie. Je dois dire que, moi-même, je pensais que le ministre ne nous soutiendrait pas. On verra quand même tout à l'heure, dans quelques heures, j'ai envie de dire. Mais le gouvernement a décidé de pouvoir donner au Parlement un chemin pour pouvoir l'interdire.
Mais il dit quand même qu'il attend la décision de l'ANSES.
Alors, il dit qu'il attend la décision de l'ANSES. Mais il permet au Parlement de voter un texte et on attendra la décision de l'ANSES.
Mais il n'a pas donné de consigne aux élus Modem, aux élus Modem, aux élus La République En Marche, en disant « Allez-y, votez ce texte ».
On verra tout à l'heure, mais en tout cas, on sent avec nous un ministre de l'agriculture sensible à la fois à la science et sensible également à la protection des plus pauvres.
Richard Ramos, député Modem du Loiret, on a compris, votre combat contre les nitrites arrive aujourd'hui à l'Assemblée en commission. Vous étiez l'invité du 5-7.
Richard Ramos