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interviewBLAST· 10 novembre 2024 45 min

"AU BOULOT !" : PORTRAIT D'UNE FRANCE BRISÉE PAR LE TRAVAIL

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur 2

Au fond, ce que je veux faire, c'est la réinsertion sociale des riches.

0:04
Locuteur 6

Ah non, oui, bonjour, c'est du barco et c'est bon. Putain, je l'aurais mis trop loin.

0:13
Locuteur 2

C'est pas une question de droite ou de gauche, c'est une question de à quel point on est en haut et à quel point on est déconnecté des gens normaux.

0:19
Locuteur 7

Mais vous comptez faire ça toute votre vie, au bout d'un moment, vous en avez grave marre.

0:22
Locuteur 4

On fait quand même du cinéma et on voulait pas que ce soit un catalogue des métiers. On essaye toujours de mettre un peu de pétillant là-dedans et donc on attendait le bon moment. Et le bon moment, c'est la rencontre avec Sarah Salman.

0:32
Locuteur 1

Et j'ai dit encore, c'était une petite matinée là. Il fallait que je bouge, il fallait que je travaille, ça me plaisait tout bizarre moi.

0:38
Locuteur 5

Vous montrez des personnages qui sont heureux de travailler. Mais on a tous des copains et ça les fait chier de travailler quoi.

0:44
Locuteur 2

Et il y a un rapport au travail qui est plutôt négatif. C'est toujours un rapport de dualité entre la dureté et la dignité.

0:51
Locuteur 5

Dans l'ensemble, les gens savent que oui, il faut travailler un peu plus longtemps.

0:54
Locuteur 2

Et en fait, en écrasant le coût du travail, on écrase les travailleurs eux-mêmes. Il faut qu'on se réveille et il faut qu'on travaille davantage collectivement.

1:01
Locuteur 4

Moi, je me fais un devoir de continuer de mener le combat et surtout de montrer tout le temps que c'est quand on est ensemble qu'on est fort.

1:16
Locuteur 5

Ah, ça fait plaisir de vous revoir chaque année, notre petit rendez-vous, le film, etc. Là, vous êtes allé au boulot, vous bossez beaucoup, toi, la ferme des Bertrand, toi, ta vie politique quand même assez active avec ses soubresauts. Et vous avez quand même le temps de faire un film, un bon film. Moi, je trouve que vous êtes les seuls dans le paysage à montrer ces gens qui travaillent, à montrer des ouvriers, à montrer des femmes de ménage. Enfin, je ne vais pas énumérer toutes ces personnes-là. Il n'y a que vous qui faites ça, quoi. Et donc, après, le film, on va en parler, on est là pour ça, quoi.

Mais le film, vous servez de l'argument de cette chroniqueuse de CNews qui s'appelle Sarah Salman.

2:01
Locuteur 7

Mes impôts n'ont pas à payer la médiocrité de ceux qui ne veulent rien foutre. C'est quoi ? C'est un rhume, une angine et on ne va pas bosser. Mais c'est quoi ces gens qui ne foutent rien ? C'est quoi ces glandus, ces assistés, ces feignasses ?

2:12
Locuteur 2

Quand je suis entré à l'Assemblée nationale, j'ai déposé des amendements « Vie ma vie » tous azimuts. Je disais au ministre de l'Éducation d'aller en collège, rep, d'abord. Je disais au ministre de la Santé d'aller en EHPAD, d'abord. Je disais au ministre de la Justice d'aller en prison, d'abord, toujours comme stagiaire. Mais jamais, même je l'ai fait régulièrement sur les plateaux télé, et jamais ça a mordu à l'hameçon. Et la première qui a mordillé à l'hameçon, c'était Sarah Salman. Je viens ici pour une invitation amicale à Madame Salman.

2:38
Locuteur 6

Amicale !

2:39
Locuteur 2

Et que vous veniez vous installer pendant un mois, deux mois avec le SMIC.

2:43
Locuteur 6

Admettons, je me mets dans ces conditions, je l'accepte, mais pas pour cette durée-là. Une semaine, ça sera déjà pas mal.

2:48
Locuteur 2

Ah bon ? Merci. Une semaine au SMIC sera déjà pas mal. C'était sur le plateau des Grandioles, elle n'était pas encore sur CNews. Après, j'ai tout fait pour la ramener sur la berge. Je suis comme un chien qui est tout content, qui ramène un honos à son maître. Je l'ai ramené à Gilles. Mais Gilles, tu regardais le nonos en disant « Ouais, bof, je sais pas si j'allais le mordiller celui-là. »

3:06
Locuteur 4

Déjà, moi, je la connaissais pas. Je sais pas si toi, tu la connaissais, mais moi, je la connaissais pas. J'avais repéré. Et c'est vrai que quand François me dit « Sarah Salman », je vais voir sur les réseaux sociaux, je vois cette femme, cette chroniqueuse. J'étais persuadé que le procédé qu'on voulait utiliser pour raconter notre histoire était bon. De gérer des contraires comme ça, de l'emmener au boulot, etc. Mais par contre, je me sentais pas capable de la supporter. Donc voilà, c'était ça ma réticence. Mais sinon, j'ai pas résisté bien longtemps.

3:30
Locuteur 5

Moi, je vous ai envoyé un SMS. C'est vrai que par moments, je suis comme tout le monde. Il y a des scènes où je suis vraiment ému de la voir. Et quand elle pleure dans les bras de cette femme de ménage, cette assistante de vie, c'est pas fin. Je veux dire, elle est réellement elle-même. T'as l'impression que c'est Martine qui découvre le monde. Après, c'est très particulier, mais on en parlera de la fin du film, parce qu'il y a quelque chose qui m'échappe complètement et qui vous échappe, j'ai l'impression. Mais pour revenir à votre entente à tous les deux, au départ, c'était pas évident. Toi, t'y croyais pas trop à son histoire.

4:08
Locuteur 2

On avait le film avant Sarah Salmane, parce qu'on savait le film qu'on voulait faire, qui était plutôt notre France. Une espèce d'errance dans notre France, c'est-à-dire une France humaine, fraternelle, une France du travail, une France populaire, et qui était en fait ancrée dans le mouvement des retraites. C'est à ce moment-là qu'on veut faire un film. Parce que notre président film, c'était Debout les femmes. C'était sur le temps du Covid, et il y avait le président de la République qui a dit il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal.

Et à la place de la reconnaissance et de la rémunération, il y a eu au contraire la double peine, l'inflation qui est venue gréver les petits salaires, et la retraite à 64 ans qui pèse d'autant plus sur les métiers physiques populaires. Et donc nous, on se dit, on ne veut pas les oublier. On veut refaire un film sur la deuxième ligne, sur les essentiels, sur les invisibles. On veut retourner au champ.

4:57
Locuteur 5

Est-ce qu'il y a un road movie, un truc comme ça ?

4:59
Locuteur 2

Comme on fait souvent à Jeu du Soleil, il y a déjà un road movie, dans Debout les femmes, on suit une mission parlementaire qui amène un côté road movie aussi. Et là, on voulait faire une errance dans notre France. Et en même temps, on butait, parce qu'on savait qu'un film de Ruffin et Perret sur les ouvriers et les employés... Oui, c'est attendu. Oui, ça manque d'originalité.

5:19
Locuteur 5

Mais vous aviez commencé à tourner déjà ?

5:21
Locuteur 4

Non, pas du tout. On attendait, on s'était vu plusieurs fois préparé pour préparer ce film, mais on n'avait jamais le bon déclic, le bon moyen cinématographique, parce qu'on fait quand même du cinéma. Et on ne voulait pas que ce soit un catalogue des métiers, on ne voulait pas que ce soit quelque chose de rébarbatif. On essayait toujours de mettre un peu de pétillant là-dedans. Et donc on attendait le bon moment. Et le bon moment, c'est la rencontre avec Sarah Salman.

5:38
Locuteur 5

Parce que comment vous faites quand vous fabriquez vos films ? Est-ce que vous avez scénarisé ? On n'écrit rien. Tu dis que vous improvisez, ce n'est pas vrai ?

5:45
Locuteur 2

Non, on n'écrit rien. On n'écrit rien. C'est vrai ? Non, rien. Nous n'écrivons pas une ligne. Nous n'avons pas écrit une ligne sur le jeu du soleil, pas une ligne sur le jeu du soleil.

5:53
Locuteur 5

Et vous demandez des aides quand même ?

5:55
Locuteur 2

A postériori.

5:56
Locuteur 4

On a la chance d'être suffisamment libre, parce qu'un film paye le suivant. Et donc on a le compte de soutien du CNC pour les spécialistes. Mais sinon, on ne passe devant aucune commission, on ne demande pas des subventions, ni quoi que ce soit. Donc c'est aussi le gage de notre liberté. Donc on a quand même la chance de pouvoir partir.

6:11
Locuteur 5

Et toi qui sors d'un gros succès avec la ferme d'Albertron, quand même. Je ne te parle pas de ton compte en manque, je te parle du succès populaire. Ça a été incroyable. Vous êtes presque 200 000 entrés.

6:21
Locuteur 2

Il déclenche les mouvements sociaux des agriculteurs pour soutenir ces films.

6:25
Locuteur 5

Il y a quand même un problème. Enfin, ce n'est pas un problème, il y a une temporalité. Parce que quand on voit votre film maintenant, en fait, il y a des scènes d'Halloween de l'année dernière. Donc Sarah Salman, vous la contactez il y a plus d'un an.

6:38
Locuteur 2

Je suis intervenu sur le plateau des Grandioles au moment des mouvements des retraites. Donc ça nous amène un an et demi en arrière. Ça a mis quelques temps à se lancer. Je pense que voilà.

6:48
Locuteur 5

Et la séparation s'opère quand ?

6:52
Locuteur 2

Je ne sais pas.

6:53
Locuteur 4

Fin d'année dernière ? Janvier, février peut-être. Ou avant. Je ne sais plus.

6:58
Locuteur 5

Parce que, mettons, je mets les pieds dans le plat tout de suite, parce que vous faites ce road movie, vous allez voir des gens avec elle, vous la trimballez partout. Et donc il y a l'idée, je ne sais pas si vous êtes sincère ou si François t'es sincère dans ta volonté de la faire changer, si tu y crois vraiment. Mais on a l'impression, comme téléspectateur, ça fonctionne très bien. Parce qu'on se dit, cette femme qui est quand même, elle est plus qu'à, enfin c'est même plus le problème qu'elle soit à droite ou pas à droite. Elle défend les riches d'une manière tellement outrageuse.

7:25
Locuteur 2

Je pense que c'est plus verticale qu'horizontale. Ce n'est pas une question de droite ou de gauche, c'est une question de à quel point on est en haut et à quel point on est déconnecté des gens normaux.

7:33
Locuteur 5

Mais alors elle est assez touchante, tu vas dire je me plante peut-être, mais je la trouve, parce que le fait qu'elle accepte de jouer le jeu, je trouve ça super de sa part.

7:42
Locuteur 4

Reconnaissant lui ce mérite-là, elle a quand même accepté de jouer le jeu et pas tout le monde l'aurait fait, y compris dans nos milieux.

7:47
Locuteur 2

Et avec de l'humour, moi je le tiens à dire qu'on fait un film qui est drôle. Parce que l'humour est la gauche, je pense qu'il y a un vrai problème.

7:55
Locuteur 7

C'est quoi ? Tu ne sais pas ? Gilles ?

7:59
Locuteur 2

Navey ! Navey !

8:02
Locuteur 7

Putain, on est nul !

8:03
Locuteur 2

Je trouve qu'elle a aussi de l'ironie sur elle-même. Elle accepte, y compris de se montrer dans des postures qui ne sont pas franchement... Oui, oui, il y a des fois des chiottes. Et puis, il y a de la joie dans notre film. Je le dis parce que je pense que faire dans le temps qu'on vit, qui est quand même un temps de morosité, je pense que la France est en dépression et que c'est un problème politique. La dépression est un problème politique. Quand on lit le journal d'un Allemand qui est écrit par un gars qui avait 20 ans dans les années 30 en Allemagne, il dit que Hitler s'est imposé moins par la volonté de quelques nazis que parce que les Allemands sont tombés par millions en dépression.

Et je pense qu'aujourd'hui, on vit un temps de dépression. Et donc, la joie est un devoir presque.

8:50
Locuteur 5

Mais c'est une question que je me pose et que je vous pose à tous les deux. Parce que dans les personnages de travailleurs que vous montrez, vous ne montrez que des gens, enfin, si je ne me trompe pas, même dans les restos du cœur, mais enfin encore que... Vous montrez des personnages qui sont heureux de travailler, qui ont un rapport de... Même si la nana te dit « Je gagne mille balles à torcher le cul des vieux, mais je suis heureux de les travailler, parce que j'apporte du bonheur, etc. » Et vous n'avez pas de personnages qui, à mon sens, représentent... Alors, je n'ai pas fait de calcul de proportion, mais on a tous des copains et disons que ça les fait chier de travailler.

Et il y a un rapport au travail

9:25
Locuteur 4

qui est plutôt négatif. Après, dans l'usine à poisson, si tu veux, quand tu vois les gars qui travaillent dans des conditions super dures, qui sont tout esquintés, qui ont déjà des prothèses à l'âge de 38 ans, ils ne sont pas heureux de travailler. Ils sont dans la nécessité de travailler. Mais après...

9:37
Locuteur 5

Mais vous ne les montrez pas trop. Vous montrez l'usine à poisson, mais vous ne montrez pas tellement de travailleurs qui ont un rapport alimentaire avec le truc et qui...

9:45
Locuteur 2

Je pense qu'eux le disent en partie, mais il faut bien voir que dans le rapport au travail, et même quand on démarre le film dans les retraites, parce que c'est vraiment notre point de départ, c'est ce qu'on entend sur les mouvements des retraites, les gens disent quoi ? Ils disent « On aime notre métier, on n'aime pas comment on nous fait faire notre métier. » Et donc, je pense que dans le rapport au travail, il faut dire à la fois les difficultés et la fierté, il faut dire la dureté et la dignité. Et en fait, même dans l'usine à poissons, qui est en gros le métier le plus répétitif, mais le gars, il dit « Mais moi, j'étais filteur, et j'étais fier d'être filteur.

» Leur problème, c'est qu'à force d'avoir fait des gestes comme ça pour découper le poisson en deux, le gars, il a 38 ans, et il dit « Je suis Robocop ». Mais je pense qu'il y a toujours dans le rapport au travail, enfin, dans les classes populaires, moi, quand j'en discute, c'est toujours un rapport de dualité entre la dureté et la dignité. Donc, comment on fait pour faire diminuer la dureté et faire élever la fierté ?

10:43
Locuteur 5

Mais il y a un message subliminal, enfin, en tout cas, même plus que subliminal, puisque tu le dis, qui serait « Le travail est une sorte de vertu, et le Français doit travailler, doit être heureux au travail. » C'est ce que tu dis un petit peu ou je me trompe ?

10:58
Locuteur 2

Non, mais même ma conviction la plus profonde, c'est que la société, c'est du travail, qu'il soit bénévole ou salarié, mais c'est du travail mis en commun. Aujourd'hui, on ne peut pas faire cette émission si jamais tu n'as pas tes salariés qui sont là, si toi, tu ne travailles pas, s'il n'y a pas quelqu'un qui a fabriqué le cahier, si jamais, là, on m'a servi un verre d'eau, mais t'imagines la quantité de travail accumulé mis en commun dans ce verre d'eau pour faire le gobelet, pour le mettre… Faitir en plus, c'est oui. Pour mettre de loin à l'intérieur, que l'eau, elle soit purifiée, et ainsi de suite. La société, c'est du travail mis en commun.

Il me semble que si la société va mal centralement depuis 40 ans, c'est parce que depuis 40 ans, on considère non plus le travail comme un atout, mais qu'on le travaille comme un coût. On le considère comme un coût, comme un coût qui a diminué, comme un coût qui a écrasé. Et en fait, en écrasant le coût du travail, on écrase les travailleurs eux-mêmes. Mais moi, ma conviction profonde, c'est que la société, c'est du travail, je le redis, salarié ou bénévole, mais c'est du travail qui est mis en commun.

11:54
Locuteur 5

Mais est-ce que vous avez la même vision de ce que doit être le travail ? Est-ce qu'il y a des divergences entre vous ? Est-ce que toi, par moment, tu lui dis, je ne sais pas, dans le casting, par exemple, est-ce que vous aviez d'autres personnages à montrer ? Ou est-ce qu'il y a une sorte d'évidence qui se fait entre vous ?

12:07
Locuteur 4

Non, mais tu sais, quand tu... Enfin, moi, je suis assez d'accord avec François sur cette question du travail. Quand tu discutes avec les gens, c'est sûr que c'est dur de travailler, mais c'est dur de ne pas travailler. Voilà, donc il y a quand même un choix à faire là-dedans. Après, l'objectif, c'est de faire en sorte que les gens, ils vivent dignement de leur travail et qu'ils en vivent correctement et qu'ils ne sortent pas complètement esquintés. Après, dans le casting, si tu veux, le film, on le construit comme ça. On commence à déminer. L'histoire, elle prend position, publique sur son plateau, du haut de sa suffisance. Comme quoi, Sarah Salman, que 1300 euros, c'est déjà pas mal.

Je ne sais pas pourquoi les emplois. C'est Feignasse. C'est Feignasse. Et donc, on commence à aller dans cette usine à poissons. On commence à aller avec Luisa, qui est auxiliaire de vie sociale, qui gagne 1000 euros par mois. Et tout ça, finalement, en très peu de temps, ces préjugés sont déminés. Sur la question des 1300 euros, 4 heures dans l'usine à poissons, la retraite à 64 ans, elle ne voulait plus en entendre parler. 1300 euros, effectivement, ça ne suffit pas. Donc, c'était facile. Sauf que dans l'usine à poissons, une séquence qui n'est pas dedans, les salariés qui sont autour de la table dans la salle de pause, elles leur disent, « Oui, mais vous, ça va.

Ce n'est pas vous que je jugeais, mais c'est les assistés. Ce sont les assistés, tous ceux qui ne veulent pas lever leurs fesses du canapé. » Et là, tout le monde autour de la table dit, « Ah oui, oui, les assistés. » Donc, ça veut dire que cette question de l'assistanat a gangréné depuis longtemps, y compris les classes populaires. Ce n'est pas seulement les préjugés de Sarah Salman. Et donc, du coup, on construit le film comme ça en se disant, « Aïe, aïe, aïe, là, il y a problème parce que cette question-là, elle est quand même génératrice d'un vote RN énorme. Et donc, on va aller déminer ça. Donc, on va au Secours populaire, donc on va au territoire zéro sous mort.

Voilà comment on construit le film. Pas forcément focalisé que sur le travail, mais pour déminer les a priori sur le travail et sur les assistés, qu'il peut y avoir Sarah Salman et les gens en général.

13:47
Locuteur 5

Est-ce que vous la sentiez ? Parce qu'on a l'impression que même ces valeurs, elles prennent conscience d'un certain nombre de choses. Ça a l'air vrai, ça.

13:54
Locuteur 2

Oui, mais je pense qu'elle évolue au fin du film, sachant que moi, ce n'est pas mon sujet. Je sais, c'est ce que tu dis, mais en même temps,

14:01
Locuteur 5

je vais vous dire quelque chose. Moi, en tant que spectateur du film et qui a plutôt de la tendresse pour vous et qui aime vos films, etc., à un moment donné, je me suis dit, il y a une arnaque à la fin. Parce qu'à la fin du film, qui est très joyeuse, vous dressez une table, il y a une sorte de mini-festival de Cannes. Non, non, mais tout ça. Censure. Non, mais tu sais, parce que tu construis, entendez-moi bien là, tu construis toute une narration autour de ce personnage et à la fin, par une sorte de pirouette, tu nous dis, enfin, je ne sais plus, on voit off si c'est toi ou tu nous dis, non, mais bon, on s'est fâchés à cause de...

Elle a dit des horreurs sur la Palestine, donc on n'a plus besoin d'elle, etc. Mais toi, en tant que spectateur du film, même si tu es content d'avoir fait ce voyage avec vous, tu t'es hyper frustré, parce que tu te dis, mais attends, mais pourquoi ils nous construisent une narration pendant 1h20 minutes et puis pour nous dire, non, mais allez vous faire voir ailleurs, nous, on a décidé de l'écarter, etc. Je ne suis pas d'accord avec toi

15:01
Locuteur 4

sur la méthode narrative, dans le sens qu'on avait à peu près fini notre histoire avec elle, puisqu'on avait déminé ce qu'on voulait déminer et que finalement, on arrive quand même au bout d'un processus et qu'a priori, tu l'as vu comme ça, je respecte, mais c'est vrai qu'on a vu 15 000 spectateurs dans les salles de cinéma, on ne nous a pas souvent fait ce type de réflexion.

15:18
Locuteur 5

Le film a un gros succès, je suis vraiment... Les salles sont pleines, mais ça...

15:22
Locuteur 4

Non, mais si sur cette question-là, il y avait un moment donné où on avançait étape par étape avec elle, et il ne t'aura pas échappé qu'il y a eu le 7 octobre, qu'on commence quand même avec Sarah Salman, le projet de film, elle travaille sur RMC, et elle a des prises de position qui sont des prises de position sur le côté social, qui sont des prises de position qui nous intéressent parce qu'on veut combattre ces prises de position, et après, alors qu'on tournait un film qu'on revendique comme humaniste, proche des gens, parce qu'il y a beaucoup d'humanité, on pleure aussi dans le film et tout ça, on avait une Sarah Salman qui était sympa avec les gens sur le terrain, mais après, elle avait aussi des propos qui étaient sans aucune compassion pour les enfants de Gaza, des choses comme ça, donc on ne pouvait pas faire un film humaniste là, en France, en tournant notre espèce de road movie, et puis quand on allume la télé, on entend des propos qui sont inacceptables, donc du coup, à un moment donné, on a dit, bon, on va arrêter avec toi, c'est plus possible.

16:10
Locuteur 5

C'était ça ma question sur la temporalité, parce qu'en fait, quand vous avez démarré le film avec elle, il n'y avait pas eu encore le 7 octobre. Non, ben non. Ah ouais, mais elle tenait déjà, dès après le 7 octobre, elle tenait déjà des propos pro-israéliens qui étaient, que ce soit pro-israélien, ce n'est pas le problème, mais qu'il n'y ait aucune compassion pour les victimes de Gaza, elle ne l'a pas fait qu'une fois, elle l'a fait plusieurs fois. Et c'est vraiment ça qui a été déterminant pour vous.

16:34
Locuteur 2

Dans la relation que l'on avait en off avec elle, c'était quand même quelque chose qui faisait plus que crisper. Tu vois, je trouve que sur le terrain du social, on est habitué à une lutte des classes, la bourgeoisie, le prolétariat, on fait avec en démocratie depuis un siècle et demi. Il y a des aspects qui deviennent beaucoup plus tendus, tu vois, dans les discussions et on voit que ça peut amener à une certaine forme de folie dans la société française. Tu vois, donc, c'est ce qu'on a éprouvé. L'incapacité à avoir de l'empathie pour des gamins qui sont tués à Gaza est quand même un point de non-retour.

17:15
Locuteur 5

Ça, je peux l'entendre. Mais vous avez eu des discussions avec elle pour lui ? Comment c'est... Si ce n'est pas indiscret, parce que j'ai vu le film et tu te dis mais comment ça s'est passé cette rupture ? Est-ce qu'il n'y avait pas moyen de la faire revenir à la fin, d'expliquer un peu plus ?

17:30
Locuteur 2

Tu vois, il aurait fallu faire tous des discours à la fin, mettre tous des discours devant la caméra, alors que je le redis même si tu ne vis pas comme ça. Mais moi, mon sujet dans le film, ce n'était pas elle. Ce n'est toujours pas elle. Je veux dire, je pense que dans le film, il y a des choses essentielles qui sont dites sur notre pays. Tu vois, je te prends une séquence pour moi. Mohamed, qui est le poseur de câbles en formation à Grigny.

17:56
Locuteur 6

Alors, il bosse bien ou pas, mon collègue ?

17:58
Locuteur 2

Très bien. C'est bon.

18:00
Locuteur 6

Allez, un peu d'endurance, François.

18:03
Locuteur 2

Donc, il dit, voilà, moi, même quand je serai poseur de câbles, je sais que je devrais prendre deux boulots parce que c'est comme ça. Pour survivre, maintenant, il faut deux boulots. Déjà, la résignation qu'il y a pour se dire que, voilà, pour un gamin de banlieue, c'est normal pour vous réussir à vivre et qu'il faille de boulot. Mais il ajoute, moi, je voulais un CDI, on ne me donne pas le CDI. Je voulais de la stabilité, on ne me donne pas la stabilité.

Il me semble que ce qu'il dit à travers cette simple phrase, je veux de la stabilité, on ne me donne pas de la stabilité, c'est une demande très profonde des classes populaires de notre pays aujourd'hui, qu'il y ait une demande de protection, une demande d'être rassuré, une demande de stabilité. Et qu'au fond, depuis 40 ans, on a des dirigeants politiques qui ont installé de l'instabilité et qui ont fait de l'instabilité une vertu. Ça s'appelle la fluidité, ça s'appelle la mobilité, ça s'appelle la flexibilité, ça s'appelle la vie liquide.

Gilles, auteur de La Sociale, rappelait qu'Ambroise Croisa, ministre des Travailleurs en 1945, quand il met en place la sécurité sociale, il dit qu'il va mettre en place des lois de tranquillité sociale. Et que même,

19:03
Locuteur 4

il dit... Que les gens ne vivent plus dans l'angoisse du lendemain.

19:06
Locuteur 2

Et que même, c'est pour que les gens dorment bien. Il faut que les gens puissent dormir paisiblement. Ce qui est fait depuis 40 ans, c'est tout l'inverse. C'est d'installer l'anxiété au cœur des classes populaires de notre pays. C'est de faire que les gens dorment de moins en moins bien la nuit. Enfin, voilà. Tu vois ? Et donc, je pense que dans notre film, mais par d'autres biais, et des biais qui peuvent être positifs, je te prends un biais positif à mon sens. Parce que notre film, tu vois, on a notre fil conducteur un peu comme une comédie à Delarte, c'est au boulot. Voilà. Et puis, comme on a beaucoup de marginal manœuvre, comme on n'a pas écrit de scénario ni rien, on peut bifurquer.

Donc, on se retrouve dans la profondeur de la picardie. Et tu as là, sur le bord du terrain, un gamin de 7 ans qui vient te dire « Moi, je joue à la poupée et c'est normal que les filles, elles jouent au foot. »

19:54
Locuteur 7

Avec ma petite cousine, je joue à la Barbie et je joue au bébé.

19:58
Locuteur 2

T'imagines ? Nous, l'éducation qu'on a reçue. Je suis sûre

20:01
Locuteur 6

que je trouve ça positif.

20:02
Locuteur 2

Ouais ?

20:03
Locuteur 6

Moi, non. Je trouve ça dramatique. Quand j'entends ça, je me dis que c'est un naufrage.

20:08
Locuteur 2

Et il te dit « C'est l'égalité homme-femme. » Il vient expliquer ça un homme de 7 ans. T'imagines ce que ça veut dire en termes d'évolution sociologique de notre pays pour que ça soit acquis au fin fond de la picardie par un gamin de 7 ans. Et là, il faut dire merci aux enseignants. Et je pense que notre film, au fond, il dresse un portrait d'une France populaire qu'on voit rarement. Ce que raconte Louisa Auxillière de Vie sur son métier, à la fois son immense sentiment d'utilité, sa grande fierté de venir en aide aux personnes âgées et en même temps la manière dont la société la traite, elle. Combien de films de cinéma font ça aujourd'hui ?

20:47
Locuteur 4

Pareil pour toi, dans les biais qu'on s'autorise comme ça dans notre quête à la rencontre, on pousse la porte d'un restaurant et on se retrouve avec Haroun, qui est un cuisinier afghan qui explique son parcours de vie. On lui consacre je ne sais pas combien de minutes qu'il fait ça aujourd'hui. Et il explique qu'il a traversé 11 frontières, qu'il a réussi à construire sa vie, qu'il a rencontré la mère de ses enfants et puis finalement par le travail il s'est intégré et puis maintenant il a quand même un poste comme responsable de cuisine et il espère devenir chef de la cuisine. Il a toujours passé ses papiers ? Il a toujours passé ses papiers ? Il a toujours passé ses papiers ?

21:23
Locuteur 3

Je suis content même.

21:25
Locuteur 4

On va avoir des gens heureux. Donc ce petit moment-là, finalement c'est une magnifique réponse à Retailleau, à Bardella et toute la clique. Parce qu'il vient faire

21:33
Locuteur 2

de la ficelle picarde, le gars a traversé 11 frontières depuis l'Afghanistan pour venir faire des ficelles picardes sur le Kébelu Amiens. C'est quand même pas rien.

21:40
Locuteur 4

Donc tu vois, c'est pour dire aussi que dans le film, parce que c'est vrai qu'on focalisait un peu sur Sarah Salmane, mais elle disparaît petit à petit au fond du film donc je trouve que sa disparition n'est pas si brutale. Vous savez si elle l'a vue ?

21:50
Locuteur 2

Oui, bien sûr. On avait deux conditions avec elle. Il y avait une première condition qui était qu'elle pouvait voir le film et elle nous a dit ce qu'elle en pensait en bien ou en mal et on n'avait pas à en tenir compte. On n'en a pas tenu compte. Et le deuxième truc c'est qu'elle voulait organiser une projection pour ses amis. Donc les deux conditions étaient remplies. C'était les seules conditions.

22:10
Locuteur 5

Et elle était plutôt heureuse du film ?

22:12
Locuteur 2

Je pense qu'elle est contente du film. Je veux dire qu'elle voit des moments où elle n'aime pas mais elle voit en même temps je pense que même qu'elle a vécu sa meilleure vie. Tu sais moi, ma conviction c'est que Je pense qu'elle est heureuse du film

22:22
Locuteur 5

mais je pense qu'elle en sort.

22:23
Locuteur 2

Je pense que ma conviction

22:24
Locuteur 5

c'est que tu sais même que Elle vous a utilisé autant que vous l'avez utilisé. Peut-être.

22:27
Locuteur 2

Moi ce qui me marque parce qu'on essaie de faire pour moi il y a deux invisibles dans notre pays. Il y a les invisibles d'en bas mais au fond il y a un autre invisible aussi c'est l'invisible d'en haut. Le capital il n'est pas visible. Tout ce que tu vas voir c'est 150 milliards d'euros de dividendes mais où est-ce qu'ils vont ces dividendes ? Qu'est-ce qu'ils deviennent ? Qui les possède ? Ce n'est pas visible. Et je pense que ça réintroduit la conflitalité aussi si on arrive à montrer un peu de ces invisibles d'en haut. Donc là c'est vraiment par le trou de la serrure quand on va chez Balmain et ainsi de suite.

Mais ça réintroduit une conflitalité parce que sinon on pourrait considérer que l'univers des modestes est normal.

23:06
Locuteur 5

Mais en plus elle le dit assez bien enfin je m'excuse de reparler d'elle mais elle dit qu'elle est pauvre chez les riches elle un petit peu. Mais en même temps quand elle te montre une veste à 2800 balles elle n'est pas naïve au point de tu vois c'est de la provoque qu'elle fait là où tu crois que pour elle 2800 balles c'est rien.

23:22
Locuteur 4

Malheureusement je crois que c'est assez naturel

23:23
Locuteur 2

et ça tu vois dans les salles de cinéma c'est sûr que le croque-munch à 54 euros le sac à 20 000 euros et la veste à 3000 c'est un truc qui revient pour les gens qui est moteur de colère parce que du coup les gens il y a du rire il y a de l'émotion et puis il y a aussi de la colère.

23:40
Locuteur 4

Nous ce qu'on aime bien c'est quand même la sortie des salles c'est que les gens ont passé un bon moment on a vécu franchement une tournée d'avant-première extraordinaire dans l'ambiance peut-être encore plus dans l'engouement puis l'envie d'en découdre avec toutes ces injustices qui sont flagrantes dans le film et puis je crois que la joie le rire ça remet aussi un peu d'essence dans le moteur

23:58
Locuteur 5

il y a une légèreté il y a tout ça qui fonctionne et puis la stratégie combien il y a de copies du film 140

24:05
Locuteur 3

140 quand même ah ouais

24:07
Locuteur 5

c'est une grosse sortie c'est pas Star Wars non plus non mais d'accord mais quand même 140 mais tu vois le fait d'avoir fait autant d'avant-première parce que moi je vous suis sur les réseaux sociaux chaque fois vous publiez des vidéos où les gens se lèvent applaudissent tu sens qu'il y a un engouement donc le bouche à oreille fonctionne ça veut dire que les gens sont heureux d'aller voir ce film et c'est vrai que ça crée de l'engouement et vous avez eu des alors bizarrement moi j'ai regardé aussi votre sortie dans les médias les journalistes font un peu la gueule ils parlent de démagogie toi tu as été attaqué d'ailleurs par Jean-Michel Apathy sur le fait que tu as utilisé ton salaire de député d'ailleurs tu es toujours non mais tu vois bien ce qu'il a écrit il a fait un tweet en disant que tu as utilisé que sur ton temps de travail tu as fait ce film sur ton temps de travail

24:53
Locuteur 2

j'ai fait d'abord beaucoup sur des week-ends mais moi je considère que ça appartient à mon activité de député pour deux raisons la première raison c'est que je suis un représentant de la nation et je me force de représenter la nation elle est plus invisible de la nation à la fois je l'ai fait dans mon journal pendant 25 ans je l'ai fait en radio avec Daniel Mermet à la base si j'y suis ou qui est gérant hommage je pense qu'on fait ces films-là aussi parce que j'ai eu cet apprentissage je l'ai fait quand je passe dans les médias j'essaie de mettre en avant les classes populaires de mon pays je le fais à la tribune de l'Assemblée je le fais dans des films moi mon objectif c'est de représenter les plus invisibles de la nation qui eux-mêmes quand même là Louisa elle accède à quelques plateaux télé on fait exister des auxiliaires de vie mais quand est-ce que les médias qui nous critiquent reçoivent une auxiliaire de vie reçoivent un éboueur reçoivent un livreur de chez Uber enfin tu vois jamais jamais le temps de présence médiatique des gens que nous on met dans nos films il est nul il n'existe pas et il n'existe à peu près aussi peu à l'intérieur de l'Assemblée nationale donc il y a un député qui fait l'effort de son maximum à la fois pour aller les voir et en même temps pour leur donner la parole sur mon écran et après il y a un deuxième truc qui est un peu bizarre mais c'est que finalement c'est par le biais du documentaire que je me reconnecte au réel le plus ça ne veut pas dire que je ne rencontre pas des gens normaux mais tu veux quand je fais une braderie et que je croise des gens qu'on discute on compapote 5 minutes et tout ça c'est du micro contact quand je reçois des gens à ma permanence il y en a beaucoup qui sont des représentants des porte-parole de choses qui peuvent être très bien mais bon des syndicats bon et il m'arrive de recevoir des gens qui ont des problèmes directement enfin tu vois la vraie France enfin les gens normaux on va dire mais ça reste dans un cadre qui est un peu aseptisé de ma permanence parlementaire là comme on fait un film je suis obligé de mettre les bottes d'aller dans la ferme du paysan d'y passer une journée de passer une journée avec un livreur en parcourant les rues de passer une journée dans l'usine et le fait d'être bizarrement c'est par le biais de la caméra et du film que je retrouve le contact le plus direct du réel avec moi cette angoisse tu sais que tu me mettais dans ton premier livre comment il s'appelle ton premier livre que j'ai adoré pourtant le premier pendant les affaires pendant les affaires les affaires continuent à un moment tu dis qu'il est nécessaire pour le journalisme d'être énervé d'avoir des nerfs plantés dans la société et bien enfin il est de la même manière pour un politique qu'est-ce que je vais aller porter dans les médias à l'assemblée si jamais je ne suis pas énervé si jamais je n'ai pas ce contact avec les gens qui me nourrit et qui fait que je sais qui je viens des formes

27:25
Locuteur 4

tu disais c'est vrai

27:27
Locuteur 2

voilà je suis Jean-Michel Apathy ce que j'ai à vous répondre aujourd'hui

27:30
Locuteur 5

non mais justement attends je vais rebondir si tu me permets je t'en prie est-ce que tu as senti parce que là tu parles des gens du contact que tu as avec eux et c'est vrai que tu es quelqu'un on voit bien que tu es heureux quand tu es dans la dans la foule même je suis venu soutenir dans des campagnes chez toi et là le fait que tu aies eu cette rupture je n'ai pas envie de parler de Mélenchon non mais je ne t'interroge pas c'est pas ça je pourrais t'interroger là-dessus mais je veux dire ce n'est pas lieu on parle du film mais ce que je veux savoir c'est que quand même tu as franchi un cap en te séparant en changeant de partie en te séparant en allant au fight et est-ce que dans les salles de cinéma est-ce que quand tu rencontres des gens etc est-ce que tu sens de l'animosité maintenant contre toi parce que sur les réseaux

28:17
Locuteur 2

c'est là où on voit qu'il faut quand même distinguer très fortement ce qui se passe sur les réseaux sociaux où j'ai la chance qu'on aille pour moi et où je n'ai pas à aller et ce qui se passe dans la vie réelle et je te parle de la vie réelle mais dans la vie réelle il n'y a rien voilà dans la vie réelle il n'y a rien il y a eu des salles de cinéma qui étaient remplies avec des standing ovation et bienveillantes avec de temps en temps une question sur Gaza une question sur la Palestine voilà c'est normal parce que c'est un petit bout du film donc c'est normal mais pour l'essentiel voilà moi je vois très bien à quel point les réseaux sociaux et la vie ordinaire ça n'a rien à voir heureusement et d'ailleurs même dans la manière dont Sarah Salman est reçue par les gens tu vois je pense qu'il y a quelque chose dans le film qui est de l'ordre quand même de la revanche sociale c'est à dire que c'est elle qui va aller nettoyer toilettes et on voit que Louisa et Vanessa ça leur fait plaisir c'est elle qui va passer le balai dans le restaurant et Enes la serveuse elle fait un clin d'œil enfin tu vois mais d'ailleurs

29:13
Locuteur 5

elle a vraiment bossé ou elle le faisait pour l'image une fois que la caméra s'arrête ah non

29:16
Locuteur 2

elle bosse non non non elle l'a vraiment fait enfin tu vois bon et avec les autres qui lui disent non mais là c'est pas bien fait regarde là enfin voilà donc il y a quelque chose de la revanche sociale mais sans doute le plus important il y a quelque chose pour moi du droit de réponse on a des gens qui sont parlés plus qu'ils ne parlent ils sont parlés par les politiques ils sont parlés par les médias et là c'est comme si tu sais dans la rose pourpre du caire Woody Allen il fait sortir Mia Faro de l'écran et elle vient dans la salle ben là il y a quelque chose qui est de l'ordre un peu la même chose on a une chroniqueuse de plateau télé hop on la fait sortir de l'écran et on la ramène d'égal à égal elle descend de son piédestal et elle se retrouve face aux gens qu'elle a insultés et qui lui disent mais comment tu peux parler de nous comme ça tu connais rien de nos vies elle dit ouais ben oui c'est pas faux mais ils lui disent avec fermeté mais avec bienveillance quelque part c'est à dire et là aussi je te vois je te fais la distinction entre les réseaux sociaux et la vie les gens ils passent pas leur temps à s'injurier à s'insulter

30:15
Locuteur 5

mais quand même là c'est pas les réseaux sociaux il y a une sorte d'opposition qui s'est créée entre les campagnes et les banlieues peut-être qu'on t'a mis dans un combat qui te plaît pas beaucoup mais tu vois bien là le film est plutôt un film des campagnes que des banlieues ben non je crois pas ben non si tu regardes

30:32
Locuteur 4

en tant qu'humulé non

30:34
Locuteur 2

non mais si tu regardes Louisa elle est dans une banlieue à Saint-Etienne on a Amine qui vient des banlieues de Saint-Etienne et qui nous livre partout à Lyon on va dans le centre de formation à Grigny nous même je veux te dire dans la démarche qui est la nôtre je fais un manifeste politique aussi j'ai pas envie de le dire on fait un film qui est pas un film de discours jamais on a mis nous on fait pas des économistes des sociologues des politistes à l'intérieur de nos films tu vois c'est l'émotion qui doit prendre le dessus mais pour moi c'est un film politique je pense qu'il nous faut une gauche joyeuse et généreuse je la montre tu vois je la fais vivre à l'écran je pense qu'il nous faut maintenant une France humaine et fraternelle rassemblée que ça soit en banlieue à Grigny ou dans le Morvan bon avec Louisa dans sa tenue traditionnelle algérienne ou Elie le paysan du Morvan et on monte une France humaine fraternelle rassemblée et enfin ma conviction c'est que de la même manière que le parti communiste d'après-guerre avait héroïsé les mineurs de fonds et les métallos en disant c'est vous qui reconstruisez le pays la gauche aujourd'hui elle doit héroïser le charisme le manutentionnaire l'auxiliaire de vie la caissière en disant c'est vous qui tenez le pays debout pas seulement en disant le SMIC à 1600 euros mais en donnant des noms des prénoms des noms de lieux des noms de métiers des conditions de travail particulières de manière à ce que les gens se sentent incarnés représentés et se disent c'est la gauche qui parle de moi je vais voter à gauche à terme et donc finalement sans le dire comme ça dans le film je passe de la critique ou un peu fatigué j'ai dit pendant des années voilà ce qu'il nous faudrait faire à le faire

32:15
Locuteur 5

j'ai connu ta période où on avait marre où tu disais je ne sers à rien à l'assemblée enfin etc j'ai connu ta période où la blève

32:24
Locuteur 2

qui est récurrente c'est pas une période c'est des périodes

32:29
Locuteur 5

non mais mais quand même on a tu as vu ce qu'on a subi avec la dissolution on a échappé de peu au rassemblement national etc il y a des bouleversements comme ça autour de nous et toi comment tu là c'est plus enfin c'est aux politiques aussi que je parle comment tu est-ce que tu as une sorte d'angoisse qui monte parce que c'est bien beau de dire il faut amener de la joie il faut amener de la gauche etc mais tu vois bien que les médias enfin tu vois bien le paysage comme il a évolué et tu peux répéter ça mais à un moment donné

32:56
Locuteur 2

c'est la phrase de Gramsci qui dit qu'il nous faut allier le pessimisme de la lucidité et l'optimisme de la volonté les raisons d'être inquiets aujourd'hui sont multiples si tu regardes ce qui se passe en Espagne les conséquences du réchauffement climatique qui ne sont pas prises au sérieux et une non-transformation de l'économie enfin je veux dire tu as des dizaines de raisons d'être inquiets bon qu'est-ce qu'on fait face à ça est-ce qu'on fait une dépression ou bien est-ce que bon on dit allez on y retourne quoi

33:30
Locuteur 5

et toi ton engagement enfin tu as fait quand même beaucoup de films je ne parle pas de la fiction mais même la fiction c'est un film très politique comment tu vis toi cette dissolution ces bouleversements politiques et ta place de documentariste ou de cinéaste dans ce paysage-là comment ça te fait bouger et quel espoir ou quel désespoir

33:52
Locuteur 4

moi je veux dire moi ça m'affole terriblement mais en même temps je me fais toujours un devoir de représenter ces classes populaires et ces gens leur donner de la dignité leur donner de la place sur les écrans et aussi de continuer la bataille parce que j'ai eu quand même la chance de faire beaucoup de films sur la résistance de passer beaucoup de temps avec Raymond Braque avec Stéphane Nessel Daniel Cordier Walter avec Léon avec Léon Landini bien sûr et donc on l'a retrouvé j'ai vu c'est chouette et eux étaient certainement les plus grands optimistes parce que la situation en 44 elle était encore pire que nous quoi leurs potes étaient torturés eux-mêmes étaient torturés ça dénonçait de partout les nazis étaient là l'extrême droite évidemment en collaboration et donc et c'est à ce moment-là qu'ils écrivent le programme les jours heureux et que deux ans après et Aubrac me disait tu vois on était en prison il se fait arrêter avec Jean Moulin et tout comme ça qui aurait dit que deux ans plus tard on allait faire la sécurité sociale on allait nationaliser les banques et tout donc moi je me fais un devoir de garder de l'optimisme et de continuer de mener le combat et surtout de montrer tout le temps que c'est quand on est ensemble qu'on est fort et la division permanente organisée des classes populaires entre les immigrés les français les campagnes les villes les trucs on sait que c'est c'est ravageur et donc nous en faisant des films comme ça qui sont humanistes qui travaillent sur les émotions on voit qu'on a une communauté quand même et un intérêt commun entre toutes ces classes populaires et il faut le montrer le montrer le montrer après bah oui ça m'affole mais écoute j'espère que j'aurai pas démérité et puis qu'on va arriver à la fin c'est nous qu'on va gagner comme dire

35:25
Locuteur 5

comment dire t'as un point de vue très rare et très particulier c'est que t'as fait un film sur Jean-Luc Mélenchon t'es ami avec François donc comment tu parles de gauche la gauche est quand même assez fracturée est-ce que là aussi t'as des signes tu penses

35:40
Locuteur 4

moi j'ai la chance aussi d'habiter loin de tout le petit milieu politique qui croit que tout se passe autour d'eux et en fait je suis vous disiez quoi énervé c'est ça là où j'habite et bien tout le monde ne pense pas la même chose et tout et franchement l'histoire par exemple entre Jean-Luc et François il y en a qui disent il a bien fait il n'a pas bien fait enfin tout ça mais en tout cas franchement je te parle de gens qui votent à gauche mais ils s'en foutent un peu alors bon ben moi ben voilà François c'est un ami de longue date j'ai fait le film avec Mélenchon et je suis très reconnaissant parce que franchement j'avais fait ce film dans des conditions qui étaient très beau film et puis en plus avec une image de fin

36:18
Locuteur 5

formidable

36:18
Locuteur 4

et puis une liberté totale qui aujourd'hui peut faire un film politique avec cette liberté où Jean-Luc Mélenchon ne m'a même pas demandé de regarder le film avant qu'il soit diffusé donc voilà moi j'en suis là et puis moi je fais des films

36:29
Locuteur 2

parce que moi je regarde les films avant qu'il soit diffusé il y a un comité de censure

36:34
Locuteur 5

une question sur les médias François comment tu parce que je te vois comme ça enfin tu comment quand tu vas tu vas sur CNews non

36:44
Locuteur 2

je n'ai pas passé une seule fois sur CNews

36:46
Locuteur 5

et quand tu vas à BFM ou à LCI ou quand tu as l'impression d'aller au combat ou tu as face à toi des gens même ailleurs même ailleurs même intérieur oui bah à France Inter tu t'es fait un peu charbonner là par Miss Sonia De Villers tu avais l'impression qu'elle avait un compte à régler avec toi qu'il y avait une sorte de colère

37:08
Locuteur 1

vous n'auriez pas peur des caricatures il n'y a pas quelque chose de fantastiquement démagogique est-ce que vous ne cédez pas à la facilité en la faisant venir elle en usine plutôt que n'importe qui d'autre qui chiffre du chômage chiffre des inégalités sociales à l'appui va vous démontrer par A plus B qu'il faut supprimer l'impôt libérer l'investissement prendre des mesures

37:31
Locuteur 2

si jamais elle n'a pas aimé le film si jamais elle ne m'aime pas elle n'est pas obligée de m'inviter pour me faire du mal pour se faire du mal à elle-même mais pour faire du mal aux auditeurs non mais je veux dire quand tu vas dans les médias on peut se réveiller autrement le lundi matin je trouve en fait quel regard tu portes sur les médias moi ce qui me tu vois je te le dis mon obsession c'est comment je vais avoir les cinq minutes où je vais pouvoir parler des gens tu vois et où je vais pouvoir défendre des voix des vies des visages et en fait ce qui me navre le plus hier matin pour prendre cet exemple très concret sur Inter c'est pas qu'elle m'attaque mais c'est qu'elle me passe neuf minutes sur Salman et zéro sur Louisa zéro sur Sylvain zéro sur Mohamed zéro sur Haroun enfin c'est comme si tous ces gens-là qui déjà n'existent pas tu vois enfin c'est une espèce de négation de la même manière que quand tu lis les mémoires de Saint-Simon tu vois que ça fait des centaines de pages il n'y a pas un mot sur les paysans tout est sur les aristocrates de la cour à Versailles quand je regarde l'actualité les médias j'ai l'impression que c'est pareil c'est la vie des grands qui efface la vie des gens et c'est en fait mon combat c'est de les faire rentrer quand je fais un film ou quand je produis un livre c'est aussi pour déplacer le débat sur mon terrain tu vois si je fais un livre sur le mal travail je sais quand je vais être invité sur BFM je vais pouvoir passer cinq minutes sur le mal travail sur le fait que les inaptitudes sont passées de 50 000 inaptitudes par an à 100 000 en 10 ans t'imagines ça veut dire que les gens il y a 100 000 personnes qui tous les ans vont à Pôle emploi parce qu'ils sont brisés physiquement ou psychiquement par le travail

39:15
Locuteur 5

et puis les burn-out qui augmente c'est dedans

39:17
Locuteur 2

c'est psychique tu vois mais là pour faire bref sur les 100 000 t'en as la moitié c'est des troubles musculo-soéritiques théorétiques l'autre c'est des troubles psychiques liés au travail bon 100 000 c'est comme si l'industrie automobile disparaissait tous les ans et dans le silence c'est la poussière d'humains mise sur le tapis évidemment quand je fais un bouquin là-dessus je me dis bon je vais pouvoir y aller et parler de ça et pas parler de qu'il est curé

39:39
Locuteur 5

est-ce que tu sens que dans cet univers médiatique qu'est-ce que tu le sens évoluer est-ce qu'il est le même qu'il y a 5 ans parce qu'on voit bien qu'on est dans une neuve langue là aujourd'hui tout le monde est d'extrême gauche il n'y a plus de gauche toi tu parles de la gauche mais tu vois bien qu'il y a des glissements sémantiques en permanence quoi

39:54
Locuteur 2

oui après moi par rapport à quand j'ai écrit mon bouquin sur les petits soldats du journalisme parce qu'il y a des moments où j'ai passé des années à écrire sur les médias et aujourd'hui je veux dire il est évident que notamment Bolloré contribue à droitiser le champ médiatique pas seulement lui mais comme ça marche sa télé ça produit un effet d'imitation et ça fait tomber des dominos par derrière bon et puis ça s'appuie évidemment sur un rassemblement national qui est le premier parti du pays donc voilà il y a il y a quelque chose maintenant en termes de liberté je trouve que les réseaux sociaux ce que vous faites et ainsi de suite ça ouvre des bulles d'expression qui n'existaient pas il y a 25 ans enfin quand on me dépeint ah mais qu'est-ce que c'était bien au moins il n'y avait pas n'importe quoi qui se racontait tout ça enfin je me souviens de la fin des années 90 quand même ou quand tu voulais faire du journalisme en sortant d'une école avec une liberté d'expression et tout ça il fallait que tu crées ton journal c'était la galère aujourd'hui je pense que on a un un champ qui est peut-être avec des niches malheureusement tu sais une niche je dis c'est un endroit où à la fois on peut aboyer mais on a quand même la laisse donc ça veut dire qu'on est limité dans les effets qu'on produit mais mais quand même je trouve que et puis même du coup des effets rebonds qui fait qu'il y a des infos qui sortent sur des médias qui sont dominés alternatifs et ainsi de suite et qui rebondissent et que les médias dominants ils peuvent plus ignorer auparavant enfin je trouve que on avait des on avait un système d'information qui était hyper rigide et moi je peux pas peindre comment c'était il y a 30 ans comme un espèce d'idéal je me bagarrais contre ça il y a 30 ans je dis pas qu'aujourd'hui c'est super il y a de la joie et tu vois je vais pas sur CNews donc mais mais là

41:43
Locuteur 5

tu vas t'investir tu reviens plus au journalisme ou tu reviens pour faire des films ou tu travailles toujours un peu à Fakir

41:49
Locuteur 2

non j'ai pu écrire un papier pour Fakir depuis à mon avis l'élection de 2022 tu vois je pouvais plus

41:55
Locuteur 5

mais tu y repasses plus enfin tu non

41:57
Locuteur 2

je m'entends très bien avec Fakir bah oui Fakir est un très bon journal je pense que j'ai laissé un outil dans un bon état financier avec des abonnés avec tout ça mais moi j'en pouvais plus tu sais

42:11
Locuteur 4

en tout cas par rapport à ça Fakir je comprends par rapport à l'emploi du temps de François on se demande comment il arrive à faire tout ce qu'il fait mais sur Fakir je vous conseille quand même il y a un dossier sur le vote rassemblement national qui est formidable de ce mois-ci d'enquête ce mois-ci franchement c'est génial parce que ça explique beaucoup de choses entre le racisme et le vote du RN etc et franchement c'est super parce que moi c'est ce que je vis et c'est ce que je côtoie et puis il y a une belle belle enquête et ça vaut le coup c'est pas souvent qu'on est aussi je sais pas comment dire c'est souvent caricatural le regard et là il y a une analyse de fond qui est vraiment chouette de terrain d'accord

42:47
Locuteur 5

bon bah merci à vous deux vous avez une idée du prochain ou non

42:51
Locuteur 2

non pas du tout moi j'aimerais bien non mais tu sais moi j'ai besoin de créer et je dirais que d'écrire aussi d'écrire soit écrire soit mais malheureusement je suis inapte à faire des fics à écrire des fictions donc bon

43:05
Locuteur 4

moi je prépare une fiche

43:06
Locuteur 2

voilà je prépare une fiche non mais moi j'ai besoin de créer pour me mettre des bulles de champagne dans la tête tu vois

43:11
Locuteur 5

mais là toi aussi tu travailles aussi à reconstruire la gauche enfin tu t'investis un petit peu dans les réunions on va pas en parler là

43:19
Locuteur 2

non mais je veux dire

43:20
Locuteur 5

c'est tout le temps je pense que je travaille

43:22
Locuteur 2

je travaille à reconstruire la gauche par le film qu'on sort là je le te dis pour moi il y a un contenu manifeste politique de ce que devrait faire la gauche joyeuse et généreuse fraternelle, humaine aimant la France la donnant à aimer et avec cette centralité pour moi du travail je le répète qu'il soit bénévole ou salarié

43:42
Locuteur 5

très bien allez tous voir au boulot c'est pas du boulot c'est vraiment du plaisir abonnez-vous à Blast faites des dons etc et passez le bonjour à Sarah Salman puisque c'est devenu votre copine merci Denis non mais merci à vous deux d'être venus

43:58
Locuteur 2

je vois que t'es jaloux parce que t'as pas été invité au Plaza Athénée pour déguster un croque-monsieur

44:03
Locuteur 5

je veux bien aller manger un croque avec elle moi je la trouve non non mais bon voilà non mais c'est moi j'ai pris du plaisir à voir votre film donc c'est pour ça que je vous ai invité je suis merci d'être venu

44:12
Locuteur 3

nous on a pris du plaisir à être là ouais c'est très agréable merci salut à tous au revoir à bientôt merci à tous

44:18
Locuteur

merci à tous