Nostalgie, passion triste ou joyeuse ?
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Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 14 %
Temps de parole
- Invité37 %
- Présentateur29 %
- Invité 211 %
- Invité 36 %
- Auditeur6 %
- Auditeur 23 %
- Auditeur 33 %
- Auditeur 42 %
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C'est quasiment inévitable, le jour de Noël, on a des souvenirs qui remontent. Les Noëls passés, ceux de votre enfance, ceux où vos enfants étaient plus petits, plus sages qu'aujourd'hui. C'est le souvenir que vous en avez. Les cadeaux que vous aviez reçus à l'époque, un concert d'un artiste qu'on n'entend plus si souvent aujourd'hui, mais dont vous fredonnez les tubes sous la douche. Une console de jeu qui a pris la poussière au grenier, mais que vous adorez. Et puis ces films qui repassent inévitablement au moment de Noël. Le Père Noël est une ordure, Love Actuali, Maman j'ai raté l'avion et aussi La Grande Vadrouille, Harry Potter ou Bienvenue chez les ch'tis.
On les connaît par cœur et alors on les regarde quand même. Les sketchs, les inconnus ou des nuls, ceux de Caméra Café ou D'un gars une fille, on se fait les répliques avant qu'elles n'arrivent à l'écran. On adore. Pourtant, le temps a passé, il y a eu bien d'autres choses. Alors pourquoi la nostalgie nous envahit-elle ? Est-ce que vous aimez ce sentiment comme un doudou qu'on ressort du placard et qui nous fait du bien ? Ou est-ce que ça vous paralyse, ça vous donne le vertige du temps qui passe ? Bref, la nostalgie est-elle une passion triste ou heureuse ? En tout cas, c'est un carton total quand il s'agit de faire du business.
On voit renaître des émissions de télé qui ne marchaient plus, des tournées de concerts centrées sur les années 80, des soirées à thème 70s ou années 2000. Les films qui avaient fait un carton ressortent en version restaurée ou en remake. Et on rêve de s'offrir un vieux téléphone portable à clapet. Vous savez, celui dont la batterie durait une semaine sans que ça nous paraisse extraordinaire. De rejouer au cap-là aussi ou de relire Petit ours brun. Est-ce qu'on idéalise le passé ? Est-ce qu'on risque tous de sombrer dans la mélancolie ? Ce soir, on ne va pas tourner en boucle sur le thème « C'était mieux avant ». Mais parfois, on se dit juste que c'était pas mal.
Bonsoir Claude. Oui, je vous écoute.
Merci d'avoir appelé France Inter, c'est nous qui vous écoutons.
Ah, d'accord.
Vous êtes à l'antenne Claude.
Oui, la nostalgie, bien entendu, c'est un sentiment que j'éprouve très souvent. Je vais bientôt avoir 80 ans. Alors, autant vous dire que le passé me revient très facilement, d'autant plus que mon mari est décédé, j'ai mon fils aussi qui est décédé. Donc, ça fait beaucoup de moments à revivre. Il y a des moments où c'est difficile, surtout au moment des fêtes, des vacances. Voilà, mais en même temps, on est bien obligé de poursuivre notre vie avec cette nostalgie. Et ce que je voulais ajouter aussi, c'est qu'on ne peut pas non plus répéter sans cesse que c'était mieux avant. Je ne sais pas ce qui était vraiment mieux avant.
Je ne sais pas, en tout cas, je trouve que les nouvelles technologies nous aident beaucoup dans nos déplacements, dans nos contacts. Voilà, de ce côté-là, je trouve que c'est tout de même plus facile. Et personnellement, je trouve que chaque époque a ses particularités et qu'il faut vivre avec les particularités de l'époque.
Claude, vous nous dites que ce n'était pas mieux avant, mais que vous êtes quand même dans une forme de nostalgie. Qu'est-ce qui vous rend nostalgique ? C'est justement le souvenir de vos êtres chers qui ne sont plus là ? C'est les souvenirs des temps passés ensemble ? C'est aussi ce que vous faisiez à une autre époque, que vous faites moins maintenant ?
Ah oui, alors effectivement, il y a un petit peu ça, effectivement. On fait moins de choses, ça c'est sûr. Je ne fais plus de sport comme avant. Je marche moins vite, je me déplace plus lentement. Mais la nostalgie, c'est plus effectivement la pensée de mes êtres chers. Alors je dois dire que je suis tout de même très entourée par mes filles et mes petits-enfants. Et ça, c'est un très grand soutien. Mais quand on est tous, quand on se retrouve seul chez soi le soir, et c'est vrai que pour des personnes comme nous, le passage, comme les bébés, vous savez, le passage du soir est un moment difficile.
En tout cas, on est ravis de vous avoir en ligne, Claude. Merci d'avoir appelé France Inter dans le Téléphone Sonne. Et autour de la table du Téléphone Sonne, nous avons ce soir Thomas Dodman. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes historien, vous êtes chercheur à l'Université de Columbia aux Etats-Unis. Vous êtes en ce moment à Paris et on est ravis de vous avoir en studio. Vous êtes l'auteur du livre « Nostalgie, histoire d'une émotion mortelle » publié chez Seuil. Et puis, nous sommes aussi avec Alexandra Vignol. Bonsoir. Bonsoir. Enseignante, chercheuse et directrice de la pédagogie à l'INSEC, Institut des Hautes Études Économiques et Commerciales.
Avec vous, on parlera plutôt de la nostalgie sous un angle marketing. Vous avez fait, je crois, une thèse sur le sujet. On y reviendra. Un commentaire, Thomas Dodman, sur ce que nous dit Claude. Il y a un mélange de le temps qui passe, peut-être une série de disparitions qui est lourde évidemment à porter. Ça, c'est un côté nostalgie. On est presque déjà dans une forme de mélancolie qui est connotée plus péjorativement, si on doit définir un petit peu les termes en début d'émission.
Oui, tout à fait. Dans l'intervention, il y a un petit peu des deux. Il y a à la fois la mélancolie de la perte, mais il y a aussi le ressourcement du souvenir. Quand on parle de nostalgie, on parle souvent d'une émotion ou d'un sentiment qui est aigre-doux. Parce qu'il y a à la fois un petit peu la souffrance, mais aussi un sentiment bénin de ressourcement dans ce qu'on en a perdu. Et dans les retrouvailles, notamment avec des membres de la famille ou avec des souvenirs d'enfance. Il y a une très belle phrase qui peut-être donnera du courage à Claude de Pierre-Paulo Pasolini qui disait « La connaissance est dans la nostalgie. Qui ne s'est pas perdue ne se connaît pas.
» Et je pense que parfois la nostalgie peut avoir, dans la souffrance et dans la douleur, peut avoir un ressort positif justement pour sortir de cela.
Oui, parce que les exemples, la liste quasiment que je faisais de toutes ces choses qui renaissent, que ce soit des émissions de télé, que ce soit, on va parler même de choses qui existent encore, les BN, les Malabars, les Carambars, les Flambis, tout ça, ça évoque des souvenirs d'enfance aussi parfois. Là, on n'est pas dans quelque chose de négatif quand on a envie de retrouver ça ou de retrouver une vieille console de jeu.
Tout à fait. Aujourd'hui, les psychologues parlent d'un sentiment bénin, d'une émotion plutôt positive qui permet un ressourcement, qui donne un sentiment d'ancrage, d'identité aussi. La nostalgie est très fortement liée à l'identité. Ça n'a pas toujours été le cas. Nous pourrons peut-être y revenir.
Oui, et j'aimerais avoir aussi votre définition à vous, Alexandra Vignol, de la nostalgie et comment vous la différenciez peut-être, s'il faut le faire, de la mélancolie ? Là, la définition est très juste. On parle de réaction affective douce amère parce qu'à la fois, on a des émotions positives en repensant à des souvenirs agréables, mais en même temps, on sait qu'on ne pourra jamais retourner à cet état, d'où l'aspect amère. Et à la différence de la mélancolie, il n'y a pas toujours cette dimension négative de tristesse. On peut avoir une nostalgie très joyeuse. Une nostalgie très joyeuse. Vous vous rejoignez aussi sur ce point, Alexandre Vignol et Thomas Dodeman.
Thomas Dodeman, vous avez écrit ce livre « Histoire d'une émotion mortelle » autour de la nostalgie. Est-ce que ça a toujours existé, la nostalgie, ou est-ce que ça a été quelque part inventé ou développé, peut-être travaillé ?
Tout à fait. La nostalgie n'a pas toujours existé. C'est un exemple parfait de l'historicité des émotions. Nos émotions que nous avons tendance à croire ont toujours été là, en fait, n'ont pas forcément toujours été là. La nostalgie est une invention de la fin du XVIIe siècle, très exactement en 1688.
Vous avez mis une date sur le début de la nostalgie ?
Ce n'est pas moi qui l'ai mise. C'est un jeune médecin, un jeune étudiant en médecine, qui a 18 ans à l'époque, qui s'appelle Johannes Hofer, qui est étudiant en médecine à l'université de Bâle, et qui invente le mot de nostalgie. Il forge un néologisme, donc des racines grecques, nostos, au retour au pays, et algos, souffrance ou douleur, pour saisir ce que lui considère être une pathologie, une nouvelle pathologie qu'il observe chez des patients, et dont il veut essayer de faire le profil médical avec les causes, les remèdes possibles, pour essayer de cerner une nouvelle pathologie qu'il définit d'emblée comme étant une forme spécifique de mélancolie.
Donc on est dans le registre de la mélancolie qui existe depuis très longtemps, depuis l'Antiquité, mais quand on parle de nostalgie, il faut faire attention parce que c'est une invention de la modernité. Ulysse, par exemple, n'est pas nostalgique, même si, évidemment, il a le regret de sa chère Ithaque dans l'Odyssée, il ne parle jamais de sa nostalgie, parce que le mot n'existe tout simplement pas. Donc l'historien des sensibilités se doit d'essayer de comprendre pourquoi est-ce qu'à la fin du XVIIe siècle, on considère qu'il est nécessaire d'inventer une nouvelle pathologie émotive.
Votre commentaire, Alexandre Avignol, sur cette historicité, on retrace là le chemin de la nostalgie, parce que c'est vrai que spontanément, moi j'imaginais que la nostalgie, c'est de tout temps, c'est-à-dire qu'on s'est toujours dit, c'était mieux avant, mais « Ah, c'était bien quand j'étais plus jeune, ah, c'était bien quand j'ai fait ça, même la semaine dernière, parfois nostalgique de la semaine dernière, Alexandre Avignol. » C'est possible. Alors pour moi, la nostalgie a de tout temps existé. Mais là où je rejoins Thomas, c'est que nous n'avions pas nommé ce sentiment, cette émotion, cette réaction affective. Et donc, Ulysse en est le parfait exemple.
On n'arrivait pas à mettre un nom sur ce mal du pays, sur les fameuses racines, nostos et algos. Nostos, le pays, algos, la douleur. Et c'est là où Offer, effectivement, avec sa thèse de médecine, invente ce nouveau mot et met enfin en mots une maladie, un mal du corps. Une maladie du corps. Alors je vais citer un message qu'on a reçu par WhatsApp au 01 45 24 7000. Eric qui nous dit « J'aurais tant voulu vous envoyer un billet par pigeon voyageur pour vous dire qu'aujourd'hui, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était. » J'aime beaucoup l'ironie d'Eric qui nous écrit à France Inter.
Et pour se mettre dans une autre forme de nostalgie, on va écouter une petite guirlande de sons qui nous ramènent à une télé, peut-être ancienne, peut-être actuelle. Alors c'est quasiment un blind test derrière votre radio ou ici dans ce studio. Est-ce que Thomas Dodman, Alexandra Villal, vous avez reconnu certains des génériques de différentes chaînes de télévision française qu'on vient d'entendre ? Allez-y, tous les deux en même temps. Allez-y, Alexandra peut-être. Alors, la Star Academy en dernier ? Oui, ça c'était le dernier.
Allez-y, vous Thomas Dodman ? Là, je révèle que je ne suis pas vraiment français, que je n'ai pas grandi en France et donc du coup, je n'ai pas ces références culturelles.
Après, chacun aussi ses émissions de télé, vous en avez sans doute plein d'autres dans les oreilles, mais effectivement, on a entendu le générique d'Un gars, Une Fille, Fort Boyard, Les Guignols de l'Info, Star Academy. J'ai pris ces quatre exemples puisque Un gars, Une Fille, c'était une série avec Alexandra Lamy, Jean Dujardin, une série d'humour court qui n'existe plus, mais qui est rediffusée abondamment. Star Academy, c'était une émission en lématique des années 2000 qui a disparu, qui est revenue il y a maintenant trois ans et qui cartonne. Fort Boyard, ça, j'ai envie de dire, ça existe un petit peu de tout temps, ça fait bien 30 ans et ça continue.
Et Les Guignols de l'Info, là, c'est une émission qui a disparu. Vous qui êtes l'experte du marketing Alexandra Vignol, qu'est-ce qui fait qu'on a comme ça, là par exemple dans le monde de la télé, des choses qui disparaissent, éventuellement qui réémergent ou qui sont rediffusées ? Alors, je crois que ce qui est passionnant, c'est que ces émissions, si des personnes les ont connues plus jeunes et qu'elles reviennent 10 ans, 15 ans, peut-être 20 ans après, eh bien, on a envie de les partager avec les enfants, les petits-enfants. Et enfin, on se retrouve tous devant un écran.
On n'est plus chacun devant son smartphone, sa tablette, son ordinateur, mais on a envie de partager ce moment ensemble. On va retourner au standard, rejoindre Dominique qui nous a appelé. Bonsoir Dominique ! Oui, bonsoir ! On vous écoute !
Oui, voilà, moi c'était sur un sujet, c'est par rapport à la voiture, quoi. Et je trouve que, effectivement, je suis bien nostalgique des voitures d'avant. Et je roule avec une vieille voiture, d'ailleurs, et je n'ai pas du tout envie de ce qu'il y a maintenant. Parce que je trouve que même esthétiquement, c'est... Enfin, voilà.
Alors, c'est quoi les voitures d'avant ? Celles qui vous rendent nostalgique, en l'occurrence ?
Bon, ben, c'est les années 80-90. Puis bon, un petit peu avant aussi. Quand j'étais... Bon, j'ai un petit peu plus de 60, j'ai 66 ans. Mais dans ma jeunesse, j'ai roulé avec une DS, mais pas les DS de maintenant. Et c'est vrai que, voilà, j'adore regarder les vieux films où il y a toutes ces voitures-là et que j'ai connues à l'époque, quoi.
Et vous avez quel âge, vous, Dominique ?
66 ans.
66 ans, les voitures des années 90. Donc, effectivement, ça nous ramène à... Peut-être quand vous avez eu votre permis ?
Oh, ben, j'ai bien avant. Parce que... J'ai eu à 18 ans, vous voyez. Ça fait bien plus longtemps que ça.
Qu'est-ce que vous aimiez, ou qu'est-ce que vous aimez encore toujours, plutôt, dans ces vieilles voitures, dans ces voitures des années 80-90 ?
Eh ben, c'est qu'elles avaient toutes quelque chose de... Maintenant, je trouve qu'elles s'en sont toutes. Alors qu'à l'époque, je ne sais pas, il y avait vraiment une esthétique particulière pour chaque modèle. Puis c'était, voilà... Puis après aussi, le fait de rouler, ça ne posait pas forcément de rouler très vite. Et voilà, et puis... Et bon, les odeurs, tout ce qui se rattache à cette époque-là. Et j'aime bien retrouver ça quand je roule.
Tout cet univers sensoriel, les odeurs, les bruits, sans doute aussi. Parce qu'évidemment, les voitures d'il y a 35 ans font un bruit qui est un ronronnement, parfois agréable et chatoyant à l'oreille. Je vous voyais réagir un petit peu, Thomas Donemann. Qu'est-ce que ça vous inspire, cette nostalgie des voitures ?
Oui, vous l'avez très bien dit, c'est tout un univers sensoriel qui va avec. Donc, ce n'est pas tellement un jugement esthétique, même s'il y a ça aussi. Et je suis tout à fait d'accord avec Dominique, les voitures étaient bien plus belles avant. Mais c'est surtout ce qui enclenche le mécanisme, la réaction nostalgique, c'est surtout tout ce que l'on associe à ces voitures-là de cette époque-là. Le permis, les débuts de la conduite, les personnes avec qui on a pu rouler, et tout l'univers sensoriel, les odeurs, le toucher de ces produits de cette époque-là qui sont associés à une phase de notre vie.
Donc, dans la nostalgie, il y a une mobilisation de mémoriel qui est souvent un peu flatteuse aussi. C'est-à-dire qu'elle est sélective. Elle se souvient.
C'est une excellente question. Est-ce qu'on se fait des idées sur ce dont on est nostalgique ?
Alors, oui, inévitablement. Et encore une fois, je rejoins Dominique tout à fait sur le jugement esthétique. Mais en général, quand on se souvient de manière agréable de choses du passé dont on est nostalgique, c'est parce qu'on oublie un petit peu les côtés plus négatifs.
Il n'y avait pas de clim dans la DS, Dominique.
Il n'y avait pas de clim, par exemple. Les suspensions, les amortisseurs n'étaient pas tout à fait aussi performants à cette époque-là.
Il fallait surveiller le compteur en permanence. Il n'y avait pas de régulateur ou ce genre de choses.
Exactement. Et ça, c'est une des forces, mais aussi des dangers du souvenir nostalgique. C'est que c'est un souvenir sélectif qui souvent embellit un petit peu le passé.
Alors, Alexandre Avignol, vous avez fait, si je ne me trompe pas, une thèse sur le sujet influence de la perception nostalgique sur l'attachement à la marque. Alors là, il se trouve qu'on la cite parce que c'est celle qu'a citée notre auditeur Dominique DS, qui est devenue d'ailleurs une marque à part entière, mais on pourrait citer des vieilles Peugeot, des vieilles Renault, des vieilles Citroën, des vieilles Volkswagen ou Mercedes. Comme ça, j'ai cité cinq marques et on est bien. Alexandre Avignol, comment vous l'analysez, cette nostalgie autour du monde de la voiture, qui est un univers, pour le coup, où la nostalgie d'un côté, la force des marques de l'autre, est extrêmement forte ?
Et oui, on le sait. Il y a une période sensible autour de 20, 25 ans, le permis, la liberté, qui fait qu'on va associer, comme l'a dit Thomas, des moments très positifs à une voiture, une marque. Et on le sait, aujourd'hui, les marques utilisent les techniques de rétro-branding ou encore de rétro-marketing. Ils vont chercher dans le passé. Alors, je vais citer des marques à mon tour. Allez-y. Mini, Renault, Fiat, avec la Fiat 500, etc. Toutes les marques s'y sont mises. Oui, la Renault, il y a la Renault 5, la Renault 4 qui sont sorties, version électrique. Exactement. Et ça va venir toucher la corde sensible.
Et même si ce n'est pas forcément un Dominique qui va acheter la voiture rétro-brandée, des consommateurs vont se dire « Ah oui, je me souviens, je l'ai vu dans un film, je l'ai vu dans un clip, mon père, mon grand-père en a eu une, on m'en a parlé. » Et c'est beaucoup plus facile de relancer, d'en parler et de la faire connaître. Avant de retourner au standard, comment est-ce que les marques que vous connaissez bien, j'imagine, Alexandra Vignol, peut-être qu'elles vous ont posé quelques questions, demandé quelques conseils, comment est-ce qu'elles travaillent sur cette corde sensible-là ?
Qu'est-ce qui fait que, pour reprendre l'exemple de Renault, par exemple, avec le retour de la Twingo, la Renault 5, la Renault 4, ils se disent « Ces marques-là, ces figures iconiques-là, elles peuvent avoir un potentiel de retour dans les années 2020 sans que ça fasse réchauffer ? » Alors, pour éviter le sentiment de réchauffer, on va bien sûr aller chercher des modèles qui sont aujourd'hui iconiques et des modèles qui ont marqué leur époque. Et c'est quoi un modèle iconique ? Parce que parfois, des voitures se vendent à de très nombreux exemplaires mais ne sont pas plus iconiques que ça et ça peut être l'inverse, évidemment.
Alors, prenons la Fiat 500, il y a eu le grand bleu et puis c'était un modèle hyper mignon, hyper chou, tellement associé à Rome, à ces petites rues et la relancée 50 ans plus tard, on reprend les codes. Un modèle de petite taille, des yeux arrondis, une bouille charmante et évidemment, on a tout le confort d'aujourd'hui. On a la clim, on a la sécurité, on a tout ce qu'il faut et ça fonctionne parce qu'évidemment, on a entendu la marque, on en a entendu parler et les bons codes sont repris. DS, et comme nous le disait Dominique, j'ai conduit l'ancienne DS, j'ai conduit le modèle original, le modèle du président. Et évidemment, quand DS revient, on reprend quelques codes, mais pas tout.
Et puis, ça devient une marque à part entière, ça devient la marque premium de PSA à l'époque, Stellantis aujourd'hui. On va retourner au Standard, rejoindre Stéphane. Tout à l'heure, je parlais de vacances. Bonsoir Stéphane.
Oui, bonsoir.
Ça rime avec votre question.
Oui, alors en fait, moi j'avais une anecdote pour montrer le côté universel de ce sentiment. Donc, nous sommes en famille, on fait un séjour de plusieurs semaines à l'étranger. La veille du départ, pour retourner en métropole, on a une soirée au restaurant. Et en sortant du restaurant, le gars, mon fils de 6 ans, il me dit, papa, je ne sais pas pourquoi, genre je n'ai pas été grondé, je n'ai pas fait le désir, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai eu envie de pleurer. Voilà. Il savait qu'il avait quitté cet endroit qu'il avait bien aimé et j'ai envie de pleurer. La nostalgie, déjà à 6 ans.
Ah ça, la fin des vacances, c'est quelque chose de terrible. Est-ce que c'est de la mélancolie ou de la nostalgie ? Et vous en avez parlé un peu avec lui, vous lui avez dit quoi ? Comment est-ce que vous avez pris en compte cette émotion-là ?
Eh bien, en fait, sur le coup, j'ai d'abord été un peu surpris. Qu'est-ce que ça veut dire ? Puis après, j'ai compris que, effectivement, ça y est, il avait déjà, il regrettait par avance son départ, retrouver le pays un peu plus froid, enfin, etc., il avait bien aimé. Et donc, ce qui j'ai trouvé amusant, c'est ce côté un peu universel. On n'a pas besoin d'être tous les exemples qu'on a, on prend des adultes, voire des anciens. Mais non, déjà à 6 ans, on peut avoir déjà ce sentiment universel.
Ce sentiment, c'est celui qu'évoque Brigitte Bardot dans La Madrague. On a rangé les vacances dans des valises en carton et c'est triste quand on pense à la saison du soleil et des chansons. Voilà pour Brigitte Bardot. Merci Stéphane de nous avoir appelé. Comment est-ce que vous analysez ce ressenti, Thomas Dodeman ? Est-ce que là, on est dans de la nostalgie et les vacances qui sont en train de se finir ? On est encore dedans, on devrait encore profiter de la douceur d'un soir d'été, des étoiles, de la beauté du restaurant où on est. C'est de la mélancolie ? On est déprimés par avance de la rentrée ?
Non, je ne pense pas qu'on soit déprimés par avance de la rentrée. Certes, on anticipe un petit peu sur la perte de la liberté, des beaux jours qui vont avec les vacances. Mais il y a aussi du coup un effet de surestimation peut-être du bonheur qui devrait être associé avec les vacances et on a l'impression du coup de ne pas avoir profité pleinement. Et je pense à Noël, par exemple. Noël est un moment souvent associé à la nostalgie, c'est un moment où on se retrouve en famille, où les adultes regoutent un petit peu au plaisir de l'enfance quand on se lève le matin, on découvre les cadeaux sous l'arbre, le sapin, etc.
Mais c'est aussi un moment qui met une surenchère sur l'importance de ne pas rater son Noël. Il faut que ce soit bien, il faut que le repas soit parfait, il faut que les cadeaux... On se met une pression de dingue. Et souvent, du coup, on finit par ne pas être complètement satisfait, pas être complètement content. Il y a des personnes qui sont assez contentes à la fin des vacances de repartir travailler, par exemple, pour échapper à cette pression-là. Donc, les moments des vacances, les moments des retrouvailles, des fêtes sont des moments très intensément nostalgiques, et là aussi, c'est un petit peu à double tranchant.
On va parler dans un instant, parce que vous en parlez assez en détail dans votre livre, du lien entre la nostalgie et la politique, la façon, éventuellement, dont on peut s'en servir à des fins politiques. Mais d'abord, on va revenir à la totale pop culture et on va écouter cette chanson. Je crois que vous la connaissez souvent assez bien. Voilà, Born to be alive, c'est une chanson de Patrick Hernandez qu'on entend beaucoup dans la tournée, notamment Star 80, qui joue cette tournée sur la nostalgie. Patrick Hernandez, il est avec nous ce soir. Bonsoir, Patrick Hernandez. Bonsoir à tous. Merci d'être en direct sur France Inter en ce jour de Noël.
La nostalgie, c'est un peu ce qui fait vivre tous les artistes une fois qu'on est au-delà de la sortie immédiate de leur titre, de leur tube et que ça devient un peu du passé. Comment vous regardez, comment vous jugez ce sujet ? Est-ce que c'est votre gagne-pain aujourd'hui, la nostalgie, Patrick Hernandez ? Alors écoutez, pour être très très honnête, la nostalgie sur Star 80, c'était les premiers temps, les trois premières années. Donc on est dans les années 2010, ça commence déjà. Alors, 2007 en fait, nous allons bientôt fêter les 20 ans de la tournée. On va être nostalgique du début de la tournée Star 80. Et donc, à ce moment-là, effectivement, ça joue beaucoup sur la nostalgie.
Après avoir fait le premier film avec Thomas Longman, le film Star 80, ça a ouvert la porte à toutes sortes de générations, des quadras, des trentenaires, des très jeunes, des enfants. Et honnêtement, là, on n'est plus vraiment sur la nostalgie. Donc on est vraiment sur autre chose aujourd'hui. Depuis presque 20 ans maintenant, l'année prochaine, ça fera 20 ans. Et comment vous analysez le fait, alors ça fait 20 ans parce que ça a cartonné, comment est-ce que vous analysez le début, le succès des débuts, Patrick Hernandez ? Il y avait un besoin de retourner aux années 80 quand on était en 2007 ?
Oui, alors en étant un peu vachard, c'est vrai qu'on a fait des titres qui sont devenus inoxydables avec le temps. et c'est en fait une génération de titres. Je vous signale qu'on a été jusqu'à 19 sur cette tournée Star 80 et il n'y en a pas un qui chante la même chanson que l'autre. Il y avait une diversité dans notre programmation qui était incroyable et ce sont tous des titres qui sont pratiquement tous, qui sont dédiés à la fête, qui sont dédiés à la bonne humeur, à la positivité. Donc voilà, je pense que c'est ça qu'on va les citer les titres Patrick Hernandez au-delà de Born to be a live.
Il y a Macumba de Jean-Pierre Madère, il y a Femmes libérées, Cooking d'Ingler, Les démons de minuit, Images, L'amour à la plage de Niagara, Nuit de folie de début de soirée. Tout ça effectivement célèbre la fête. Donc la fête des années 80, on a envie de la faire en 2007, en 2025, en 2026 bientôt. Et c'est le dernier mouvement je pense. Aujourd'hui, on fait moins de musique qui concerne la fête. Donc en fait, les gens vont encore fuser dans ce répertoire pour faire la fête. Moi j'ai une fille qui a 19 ans qui m'avoue qu'effectivement quand ils font des fiestas entre jeunes, ils ont besoin de Macumba, ils ont besoin des démons, ils ont besoin de Born to be live.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de belles chansons aujourd'hui, bien évidemment. Mais la musique dédiée à la fête, pour l'instant, il n'y a pas eu de renouveau ou très peu. En tout cas, c'est nous. Cette chanson, vous l'aviez, elle avait été écrite en 1973, elle est sortie un peu après, 78, elle n'est jamais sortie des playlists, elle est revenue dans cette tournée Star 80 et même à la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Paris 2024. Alors, ce n'était pas vous qui l'interprétiez, mais quand même, ça dit aussi cet hommage parce que les cérémonies d'ouverture de Paris 2024, c'était globalement un hommage aussi parfois nostalgique à tout ce qui faisait la grandeur de la France.
Oui, il ne faut pas oublier en plus que Bound to be alive est un message de positivité et c'est un message en fait, je ne me suis pas rendu compte à l'époque de la portée entre guillemets philosophique de la chose, mais en fait, c'est quelque chose qui veut dire beaucoup pour beaucoup de minorités. Moi, je m'en suis aperçu quand j'étais aux Etats-Unis, les minorités résonnaient très très fort sur cette chanson et en fait, ça véhicule un message de positivité qui est encore aujourd'hui omniprésent et je pense que même sans parler de nostalgie, quand on entend cette chanson, on a envie de faire des choses, on a envie de bouger, on a envie de danser, on a envie en fait de s'ouvrir.
On va la récouper d'ailleurs. Merci beaucoup Patrick Hernandez d'avoir été en direct avec nous dans Téléphone Sun ce soir, Born to be alive. Alors cette tournée Forever Star 80 avec Sabrina, Jean-Pierre Madère, Émilie Images, Zouk Machine et d'autres à partir du 6 mars dans toute la France mais aussi en Suisse et puis le 14 avril à l'accord Arena de Paris. Voilà, ça c'est dit. Je me tourne vers Alexandre Avignol. Qu'est-ce que ça dit le succès de Star 80 ou de Born to be alive ?
On était avec Patrick Hernandez en direct à l'instant parce qu'il y a aussi des jeunes qui écoutent ça ou qui vont à ce genre de concerts, qui vont à la tournée de Starmania il y a quelque temps à Paris alors qu'ils ne sont pas nés dans les années 60-70. Ils n'ont pas connu le premier Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon. On arrive à être nostalgique d'une époque qu'on n'a pas connue ? Eh oui, c'est absolument possible. On va aller chercher ces chansons qui ont marqué leur époque. On va se les approprier. On va vivre des soirées et je pense que ce que les gens cherchent quel que soit leur âge dans ces concerts, c'est le partage intergénérationnel.
Des chansons dont les paroles sont faciles à chanter. Ce n'est pas une musique élitiste mais c'est une musique extrêmement joyeuse.
Thomas Dodman. Oui et puis il faut tout simplement dire aussi la nostalgie est un formidable réservoir de création artistique que ce soit dans la musique, que ce soit dans la poésie, que ce soit peut-être moins dans l'art mais c'est sujet à un débat. Mais ça a toujours été un extraordinaire, une ressource vraiment pour les artistes.
On puise et d'ailleurs ce que vous dites ça me fait penser à tous les débats autour de l'intelligence artificielle. On va s'éloigner un petit peu mais c'est vrai que quand on demande à l'IA de générer quelque chose elle va puiser dans ce qu'elle connaît donc quelque part l'IA est par essence nostalgique.
Exactement, la mode l'est aussi. La nouveauté de la mode n'est toujours qu'un recyclage d'une ancienne nouveauté recomposée avec une autre nouveauté aussi. Donc on est constamment dans l'hybride, dans la réutilisation et c'est là où il faut distinguer peut-être entre une nostalgie plus créative, une nostalgie plus ouverte qui émancipe aussi peut-être et une nostalgie plus régressive qui est une nostalgie qui pense une essentialisation du passé perdue et auquel il faudrait revenir absolument tout en voilà en oubliant que ce passé est une invention et souvent un mythe.
Un peu fantasmé.
Un peu fantasmé.
Amélie est au Standard de France Inter. Bonsoir Amélie. Bonsoir. On vous écoute.
Eh bien écoutez, je voulais simplement dire que moi je suis nostalgique d'un temps sans smartphone. Je l'ai connu, j'ai 35 ans, j'ai vraiment vu l'avènement des smartphones et je trouve que la société était bien différente sans smartphone. Dans les espaces publics, on pouvait discuter plus facilement et je revois aussi certaines séries, films et on voit que la société était très différente au travers de ces films ou séries.
Et je vois Thomas Donman qui a tout de suite envie de vous répondre.
Je partage ce sentiment là et je constate qu'aujourd'hui dans la jeunesse dont font partie mes enfants, il y a aussi une certaine nostalgie d'un monde qu'ils n'ont pas connu, celui de l'avant smartphone que l'on voit par exemple dans l'extraordinaire succès de la série Stranger Things qui se passe aux Etats-Unis dans les années 80 et où la jeunesse d'aujourd'hui découvre une jeunesse d'avant où il n'y avait pas de smartphone par exemple et où l'on peut voir d'autres formes de relations interpersonnelles, d'autres formes d'interagir les uns avec les autres. Donc je pense que c'est partagé aussi par les jeunes générations dans un certain sens aussi.
Mais là encore, je m'adresse de nouveau à Amélie si vous êtes toujours en ligne. Est-ce qu'il n'y a pas une part de... Vous disiez, je le vois dans des films, etc. Est-ce qu'on ne fantasme pas ? Est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'on se fait inider, Amélie, de ce qu'était ce monde d'avant les smartphones ou c'était aussi parfois une sacrée galère pour se retrouver, pour se déplacer, pour se contacter ?
Oui, c'est vrai qu'il y a beaucoup plus de facilité aujourd'hui, mais il y avait plus de magie, je pense, et que ça, on ne se fantasme pas. Il y avait plus d'improvisation, enfin voilà, c'était quand même différent et plus spontané en fait. Donc, voilà.
Et d'ailleurs, dans ma liste d'objets qui sont un peu du monde de la nostalgie, je mettais le Minitel, le Walkman, les cassettes audio, les magnétoscopes, les appareils photojetables et puis les cabines téléphoniques qui là ont complètement disparu. Alors qu'on trouve, j'ai vu ça récemment en faisant des courses de Noël, on trouve des appareils photojetables, on peut encore en acheter aujourd'hui. Le Walkman revient aussi. Le Walkman et le Polaroid, évidemment. Alors là, ça fait 15 ans qu'il est revenu en grande force. On est aussi au standard avec Fred. Bonsoir Fred.
Oui, bonsoir.
Quelle est votre question ?
Alors, j'aimerais savoir, je vous écoute depuis tout à l'heure et je suis moi-même nostalgique des années 80-90, j'ai 53 ans. Beaucoup de monde est nostalgique des années, peu importe, 60, 70, 80, 90. Alors, j'aimerais savoir est-ce qu'on est nostalgique d'une époque, c'est-à-dire sur un calendrier ou est-ce qu'on ne serait pas plutôt nostalgique de nos plus belles années, nos années 20 ans, 30 ans, où on avait plein de projets, on était immortel, on avait les hormones en ébullition et on avait tout à construire.
Très bonne question autour des hormones en ébullition. Fred, merci de nous avoir appelé. C'est une très bonne question parce que c'est vrai que moi, j'ai l'impression que les années 80, elles étaient déjà à la mode dans les années 2000. On est dans les années 2020 aujourd'hui. Donc, on était 20 ans en arrière, là, on est 40 ans en arrière, mais les années 80, elles scintillent toujours. Est-ce que, pour rejoindre la question de Fred, c'est toujours, on se projette sur une époque d'il y a 30 ou 40 ans ou l'époque de quand on était jeune, ou est-ce qu'il y a certaines époques qui ancrent plus un imaginaire, un souvenir collectif ?
Un peu des deux, en effet. On peut tout à fait montrer qu'il y a un sentiment de c'était mieux avant qui remonte très très loin dans le temps. C'est peut-être une valeur universelle de l'humanité, en tout cas, que l'on peut retrouver. Mais, c'est vrai aussi qu'il y a des époques, et notamment l'époque contemporaine dans notre modernité, qui vont cristalliser un sentiment de nostalgie autour de, voilà, une perte de repère. C'est une des caractéristiques du monde contemporain, du monde moderne, où les choses changent très très vite et où les gens se sentent un petit peu perdus.
Et notamment aussi à cause de crises économiques qui se succèdent depuis un certain nombre d'années et qui font que les années 80 ressortent beaucoup comme dans l'Europe occidentale, en tout cas, un dernier moment, c'est la fin des Trente Glorieuses, c'est la fin d'une période de l'après-guerre plus positive où on avait l'impression de vivre mieux. Après, il y a eu tout un tas de... Voilà, l'histoire s'est réaccélérée, il y a eu des crises, il y a eu des guerres qui font qu'on a un petit peu perdu notre innocence que l'on pouvait avoir dans les années 80. La première grande phase de nostalgie date vraiment des années 70, on va dire.
Donc c'est à partir des années 70 que la nostalgie devient un phénomène sociologique. Et on aurait vite fait
de rapprocher ça au choc pétrolier de 73, 79, la fin des Trente Glorieuses, même si c'était peut-être un raccourci.
Tout à fait, c'est un raccourci parce que là aussi il y a une idéalisation de la période avant. Mais c'est vraiment le moment où l'on commence à sentir ce qui je pense c'est le sentiment très commun aujourd'hui, c'est-à-dire que la promesse de progrès que nous avons avec nous depuis le XVIIIe siècle, c'est-à-dire l'idée qu'on va vers mieux, que les choses vont s'améliorer, cette promesse de progrès peut-être s'enraye, peut-être elle s'effrite un peu. Et ça, c'est un sentiment qui est très répandu aujourd'hui, qui se renforce aujourd'hui.
On le voit dans les sondages qui, chaque année, nous rappellent, en fin d'année, le sondage IFOP nous rappelle que les Français pensent que les choses étaient mieux avant. Et c'est sans doute lié à cette perception d'un progrès qui s'est enrayé et qui n'est plus partagé comme avant. et les gens ne peuvent plus en profiter autant.
Je voulais qu'on parle un peu de politique parce que dans votre livre, vous parlez de les politiques et là, à l'instant, vous venez de le faire aussi. Entre le c'était mieux avant, les politiques qui promeuvent le retour aux traditions à toutes époques, des époques troubles comme des époques actuelles. On pourrait même se dire que ce qui se passe du côté de l'Est avec la Russie, l'Ukraine, peut-être le retour à une grande Russie, est-ce qu'il y a des promesses autour de la nostalgie en attisant la nostalgie chez des électeurs ou chez des peuples qui forgent ce qui peut se passer dans le monde politique et géopolitique ?
Absolument. Si la nostalgie peut être une émotion très positive, très bénigne à l'échelle individuelle ou dans le monde de l'art et de la culture, c'est malheureusement une émotion très dangereuse dans le monde de politique. C'est un formidable levier politique pour fédérer des ressentiments comme ceux que l'on peut ressentir pour des raisons plus ou moins légitimes aujourd'hui autour d'un bouc émissaire, autour d'un ennemi désigné et qui est rendu responsable pour le fait qu'aujourd'hui les choses ne vont pas aussi bien qu'elles n'allaient hier.
Et c'est de là, à partir de là, que s'enclenche le mécanisme de la politique de la nostalgie dont l'exemple le plus éclatant est sans doute celui du Make America Great Again de Donald Trump, le pays où je vis. Tout est dans le
Again, c'est-à-dire
tout est dans le Again. Il faut rétablir une grandeur passée. C'est un discours que l'on retrouve évidemment partout en Europe, à travers le monde. Il faut rétablir une grandeur passée, une grandeur qui garantissait à tout le monde un bien-être. Et pour faire cela, il faut trouver les responsables du fait qu'il n'y a plus ce bien-être, que les gens ne sont plus aussi bien-être.
Donc là, la nostalgie amène à chercher un bouc émissaire.
Et donc là, la nostalgie amène à chercher un bouc émissaire. C'est quelque chose que l'on retrouve évidemment beaucoup dans des discours d'extrême droite, mais pas que. On peut les retrouver à gauche aussi. Et c'est une vraie politique pernicieuse dans ce cas-là. Et donc, ça rejoint ce que je disais avant sur une nostalgie qui serait restauratrice, qui tenterait de restaurer un État qui existait avant et qui souvent est tout à fait fantasmé.
Et là, dans ce que vous venez de dire, on comprend mieux aussi le titre de votre livre Histoire d'une émotion mortelle autour de la nostalgie. Ce livre publié chez Seuil. On va faire encore un détour par le Standard où nous attend Fabienne. Bonsoir, Fabienne.
Oui, bonsoir.
On vous écoute.
Moi, je n'ai pas de questions, mais plutôt un témoignage. J'étais au cinéma il y a quelques temps. Je ne me souviens d'ailleurs plus du film. Mais à la fin du film, j'ai entendu une musique « Les Pêcheurs de Perles » chantée par Tino Rossi avec un grésillement sur un micro-sillon et tout d'un coup, je me suis mise à pleurer.
Je suis étonnée qu'une musique puisse ramener des souvenirs comme ça, puisse susciter autant d'émotions et ça m'a reconnectée à ma mère, à ma grand-mère avec la nostalgie de l'insouciance de l'histoire de ces femmes, tout ce qu'elles ont vécu, tout ce que j'ai vécu, tout ce auquel on n'est pas préparé, tout ce qu'on n'est pas formaté pour vivre ce qu'on a à vivre et donc ce qui m'a ramenée à l'insouciance et à la nostalgie de l'insouciance.
Et je me tourne vers Alexandre Avignol. Merci beaucoup Fabienne de nous avoir rappelé. La force de la musique, on y revient à nouveau, elle est extrêmement puissante dans tout ce qu'on décrit dans le cinéma, dans le marketing aussi. Oui, absolument. La nostalgie peut jouer sur tous les sens. La musique, une odeur, un parfum, un bruit même, le tic-tac de l'horloge chez notre grand-mère et la musique est un vecteur extrêmement puissant pour nous ramener dans un passé idéalisé ou réel. Dans tous les cas, ça fonctionne extrêmement bien. Merci beaucoup Alexandre Avignol.
Merci à vous aussi Thomas Dodman de nous avoir accompagné dans ce Téléphone Sun de Noël qu'on a essayé de faire nostalgique mais pas mélancolique. L'équipe du Téléphone Sun cette semaine, Alix Barrois et Ludovic Asselot à la réalisation. Cécile Bideau à la rédaction en chef et à la programmation. Il y avait Amori Baucher, Laura Dumez et Ryan Saibi. Merci aussi à l'équipe du Standard et voici la question des petits bateaux.
Très bonne question.
Les égyptiens mangeaient-ils allongés ou assis ? Réponse dans un instant.