Saison 2 des "filtres" à une vraie loi climat
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Je ne peux m'en pêcher de saluer la performance qui consiste pour un rapport d'évaluation concernant la loi climat à n'auditionner aucun scientifique, aucun membre de la Convention citoyenne pour le climat, aucun membre du Haut Conseil pour le climat, aucune ONG engagée pour le climat, la biodiversité ou sur la précarité énergétique. Il devrait en fait y avoir une seule façon d'évaluer une loi climat, en tonnes de CO2 évitées et en nombre de personnes sorties de la précarité énergétique. Mais ni dans la conception de la loi, ni dans son étude d'impact, ni aujourd'hui dans son évaluation, cette méthode rigoureuse n'est appliquée.
La loi n'avait laissé qu'une peau de chagrin des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, raison qui nous avait amené à voter contre cette loi d'inaction climatique. Après la saison 1 des filtres du président, des filtres de la technostructure, des filtres des lobbies, voici la saison 2 du détricotage des objectifs de lutte contre l'artificialisation des sols et contre les passoires thermiques. Il est vrai que ces dispositions étaient bancales et manquaient de courage, nous l'avions dit.
Elles ont déjà été modifiées une fois et vous nous annoncez de nouvelles modifications, comme si le législateur s'appelait Pénélope et devait défaire la nuit ce qui a été fait le jour. Tout cela serait comique si nous n'étions pas en train de vivre une tragédie, car tout cela est anachronique. L'année 2022 a été la plus chaude jamais enregistrée en France.
Il y a eu au moins 3000 morts de la canicule. Des milliers d'hectares ont été brûlés par les incendies. La sécheresse a été catastrophique, la situation de la ressource vitale en eau est critique.
Les Françaises et les Français souffrent tous les jours du déni climatique qui a conduit à l'absence de politiques puissantes, d'isolation des logements et de sortie des énergies fossiles. Mais qu'à cela ne tienne ? Aux quatre coins de la France continuent les projets destructeurs.
Ici, de nouvelles autoroutes. Là, de nouveaux entrepôts logistiques. Les jets privés continuent de voler.
On pourra continuer de faire Paris-Lyon ou Lyon-Marseille en avion. La 5G se déploie. Dans les gares et les villes, les écrans publicitaires numériques sont toujours allumés, comme une métaphore de la valeur des discours appelant à la sobriété.
En montagne, surgissent partout de nouvelles installations de neige artificielle et de nouveaux projets de téléphérique pour monter toujours plus haut, faire du ski, alors que le manteau neigeux disparaît. Loin des engagements pris, la France relance la centrale à charbon de Saint-Avold, installe un terminal méthanier pour importer du gaz de schiste et soutient activement de nouveaux projets d'exploitation d'énergie fossile, tel que celui de Total en Ouganda, qui est une bombe climatique. À la question « Quel est le principal frein à l'action climatique ? », la Convention citoyenne avait répondu « L'obsession pour la croissance ».
Le cœur des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, c'était la rupture avec le consumérisme et le productivisme. Cette vision du monde qui conduit le gouvernement à proposer de travailler toujours plus longtemps, jusqu'à 64 ans, pour vivre moins. L'urgence climatique impose évidemment des choix radicalement différents.
Delphine Batho